Nous avions déjà croisé le destin d’Helly Luv, l’une des figures kurdes du film « Peshmerga » de Bernard-Henri Lévy, ces derniers mois, en duplex d’Erbil, à l’occasion de la sortie de son arme de conviction massive : le tube kurde “Révolution”.

Helan Abdulla, connue sous son nom de scène « Helly Luv », est une artiste née pendant la guerre du Golfe et fille de peshmerga.

Sa famille, kurde d’Iran, cherche alors à échapper à Saddam Hussein et fuit en Turquie. Après neuf mois passés dans un camp de réfugiés, elle immigre en Finlande : « Lorsque nous sommes arrivés, nous comptions parmi les premiers immigrants kurdes. Nous avons eu des moments très très durs à  vivre, les premiers temps, parce que beaucoup de gens ne voulaient pas nous accepter, et d’autres n’arrivaient pas à nous comprendre. Quand, enfant,  je suis allée à l’école, j’étais intimidée  parce que j’étais très  différente des autres écoliers : mes cheveux et mes yeux étaient sombres, je ne ressemblais à personne et j’étais la seule fille dans ce cas. Dans mon entourage ensuite, j’étais la seule étudiante originaire d’un pays extérieur. Mais tout cela m’a endurci, je suis devenue plus forte. Aujourd’hui, l’Etat islamique est mon agresseur, et je n’en ai pas peur car j’ai la peau dure ».

C’est finalement à Los Angeles, qu’elle démarre, plus tard, sa carrière en diffusant sa musique sur des sites de partage comme Myspace. En 2013, elle se fait remarquer avec fracas, dans tout le Moyen-Orient, avec un single « Risk It All »,  littéralement « Tout risquer », et tombe dans les radars des islamistes et de Daech qui, depuis, la menacent de mort pour ses messages et postures considérés comme « provocateurs ».

Plutôt que de se taire, Helly Luv a choisi de ne pas céder aux pressions et diffuse sa musique et ses clips (le dernier a été tourné à quelques encablures des combats) affichant des millions de vues sur Youtube.

Aucune ambiguïté ne plane quant à son propos : la liberté pour son peuple et la « célébration de tout ce que l’on peut risquer pour un rêve »…

Si la chanteuse use de certains codes marketing de l’industrie du disque, et bénéficie d’une beauté stupéfiante, c’est pour la bonne cause, sa cause, et c’est bien cet engagement politique qui fait d’elle un ovni de la pop-musique actuelle : « Vous pouvez demander à chaque Kurde ce dont il rêve pour son peuple, ils répondront tous la même chose : l’indépendance. Les  Kurdes ont une histoire très dure, difficile et sanglante. J’ai voulu faire une vidéo qui rende hommage à leur désir de liberté. Avant l’arrivée de l’Etat islamique, le Kurdistan était très proche de l’indépendance, l’économie était bonne, et Erbil était une ville touristique. Tout a changé depuis… Pour le moment, la priorité est la destruction de L’Etat islamique. Nous verrons ensuite… J’en suis convaincue : nous touchons plus que jamais ce rêve de l’indépendance du Kurdistan ».

Interrogée sur ce que nous pouvions faire, à notre niveau, pour soutenir les victimes de l’Etat islamique, elle répond ceci : « Parmi les choses plus les importantes, il y a d’une part, évidemment, ce qui se passe sur les réseaux  sociaux. Ils comptent parmi les armes contemporaines les plus puissantes et les gens ont parfois tendance à l’oublier. D’autre part, les dons sont également importants : sous forme de vêtements, de certains matériels, d’argent, pour les 1,8 millions de réfugiés que nous avons ici, Yézidis, Kurdes, les victimes en provenance de Kobané, de Shingal, etc. Je suis sûre que beaucoup d’organisations pourraient aider ainsi les gens. Autre chose essentielle : partager les informations car tant de gens ignorent encore ce qui se passe ici. De mon côté, depuis le début de ce conflit, j’ai décidé de me battre avec mes propres armes, c’est-à-dire avec ma musique et ma voix. J’ai senti que c’était mon devoir. Je voulais créer une chanson et une vidéo pour diffuser notre message, parce que l’Etat islamique est, non seulement l’ennemi du Kurdistan, mais celui du monde entier ».

Pari gagné. « Revolution » trouve un écho international et attire l’attention des médias de la planète. Les articles pleuvent et saluent l’indéniable courage de la belle.

Quid de son surnom de “Shakira kurde” ? « On veut toujours me comparer à quelqu’un d’autre, Lady Gaga, Rihanna, Mickael Jackson, que sais-je, mais je suis très différente de tous ces artistes !  Ma musique, mon message, mon style, tout est très différent. Je ne sais pas d’où est sorti en premier ce parallèle, peut-être est-ce à cause de  ma façon de danser dans certaines de mes vidéos : dans le désert avec des lions par exemple ?. »

Helly Luv défend aussi l’égalité hommes-femmes et vante autant qu’elle le peut la place de ces dernières dans les rangs des combattants. Un symbole fort, unique au Moyen-Orient :  « Dans l’histoire du peuple kurde, ce que peu de gens savent c’est que nous avons l’habitude, depuis des centaines d’années, d’avoir de grandes figures féminines, chefs d’armée, qui ont pu conduire hommes et chevaux à la guerre, et gagner. Ces femmes étaient d’incroyables guerrières. C’était il y a longtemps, mais il y a toujours, pour une femme kurde, quelque chose de l’ordre d’une fierté héritée de ces temps-là. Tout le monde sait aussi, évidemment, combien les conditions de vie des femmes sont difficiles et qu’il y a peu de soulagement pour elles dans cette région du monde… Mais si vous observez attentivement les choses, lorsque la guerre arrive, tout le monde, hommes et femmes, se lève et prend les armes. Il n’y a plus  aucune différence sur la ligne de front ».

L’apparition d’Helly Luv est un des moments forts de « Peshmerga », le film de Bernard-Henri Lévy.

La bande-annonce de « Peshmerga » de Bernard-Henri Lévy

Le clip « Revolution » de Helly Luv


Affiche du film "Peshmerga" de Bernard-Henri Lévy, en sélection officielle du Festival de Cannes 2016.

PESHMERGA
Un film de Bernard-Henri Lévy

SORTIE LE 8 JUIN 2016

2 Commentaires

  1. J’aime ce mélange de Pop avec un fond engagé. Le discours de cette jeune-fille est très bien structuré. C’est une nouvelle forme de féminisme. Et qu’elle soit l’idôle des kurdes montre l’ouverture d’esprit de ces derniers. Il ne sont pas ennemis de l’émancipation des femmes.