BHL entarté ! Totale extase dans la basse-cour humaine internautée ! Ah quelle revanche bien juicieuse pour les nécessiteux de la lumière, les privés de quart d’heure warholien, les quelconques du moi-je, les ni vie ni destin, les ressentimenteux de profession ! Ah, ce n’est pas moi, pauvre Bibi, à qui on balancerait une tarte dans la figure dans l’église de Baudelaire à Namur ! Jamais, au pauvre Bibi. Quelle injustice ! Quel privilège indu ! Salaud de mec ! Toujours les mêmes à y avoir droit. M’enfin, on va pas bouder notre plaisir. Bavons, mes Frères, bavons. Et quel transport, quelle félicité, davantage encore, pour le grand parti de la haine, néos archéos et autres salopards sous le manteau ! Après la misère, la boue.

Sauf que tout cela ne suffit pas aux patentés de l’ignoble, aux terroristes sur tablette, aux fervents de l’attentat symbolique par trop symbolique, trop « pour rire », pas assez « real », pas assez saignant. Lui balancer de la tarte à la crème ? Seulement ? Allez plus loin, que diable ! Demain bastonnez-le carrément, tatanez-le sans retour, et qu’on lui ferme la gueule une fois pour toutes ! Du symbolique au réel, franchissons le pas. Exemples récents.

Le festival de la haine a trouvé son misérable héros, son bras armé, sa petite frappe forte en goule, son escroc à l’anarchisme et à la révolte.

Amis, ne prenez pas cela à la légère, à la rigolade, à la dérision, boules puantes et compagnie. Une tarte est plus qu’une tarte. La crème ? Quand j’entends le mot culture, je sors ma tarte à la crème. Hier, l’huile de ricin, les crachats à la face qu’on humilie, à l’humanité qu’on dégrade.

« Viens ! », qu’ils lui disaient après avoir raté leur coup. Et, là, pas pour des tartes à la crème, non.

 

Un commentaire

  1. Après un discours de roi d’Espagne destiné à refermer sur les putschistes la grille d’égout d’un avenir irradié, Manuel Valls pouvait être fier. En augmentant la température de son public de MC des César à un degré tiédasse, il avait empêché quelques manchots de dégainer leur gun et le fumer comme un Boudiaf. Bien sûr, il avait fallu que sa voix délicatement tranchante de baryton Martin portât jusqu’aux gradins du stade, et, après un coup de tête zidanesque envers l’ex-chef de l’État, — il y a ceux qui visent la Finale et les autres, — qu’il aille finir sur son propre terrain l’électorat des supporters de foot. Picasso ne trouvait que ce qu’il avait pris garde de ne point chercher. Valls sait désormais ce qui lui reste à faire. Ne pas trop le chercher, cet Obélix que le petit fillot du boucher-charcutier d’Autun a persuadé que tout là-haut, là où, pas plus tard qu’hier, il piochait encore dans le panier de viennoiseries, on le compte pour du beurre. Y faut les voir, ces VIP en costume de James Bond. Z’en ratent pas une! Dans toutes les parties, qu’y sont. À s’dorer l’cul au Festival pendant qu’mézigue, me v’là rendu à ma satanée prédestination, cocu comme le coq hue. Gad’ bien çui-là! Monseigneur la Roture, tu peux toujours t’gratter avec si tu comptes que j’crache le morceau sur ç’te réalité que j’rêve de t’arracher. Le monmonde, j’le veux en tout point semblable au tonmonde, avec permutation des conditions en ma faveur.
    À l’heure H permanente, parvenu au sommet de la pyramide des responsabilités, Valls a les moyens de changer le monde. Il peut dorénavant capter, et ce sans interférences, que le seul privilège dont il jouisse rondement passe carrément au-dessus des têtes de pioche qui l’avaient renvoyé en queue de peloton lors des primaires de 2011. Tâtant du bout des orteils le bord du belvédère comme le ferait un plongeur olympique, il prend conscience que la fonction prime sur l’organe. Si lui, le citoyen Valls, prouvait maintenant qu’il peut se payer, avec ses propres deniers, un aller-retour en famille pour assister, en direct à Berlin, à une leçon d’art footballistique donnée au monde entier par le club de sa ville natale, il risquerait de creuser un peu plus le fossé qui l’éloigne comme un siège éjectable des classes tsiprasiennes qu’il projette de ramener au bercail. Aussi, L’HOMME D’ÉTAT DOIT se MONTrER DANS Le plus simple APPAREIL D’ÉTAT. Nous sommes d’accord, il s’agit là d’une opération de communication étatique. C’est donc sur des fonds publics que l’on prélèvera le montant de l’opération de manière que le chef du gouvernement de la République soit vu en temps voulu et en public devant ses concitoyens, partageant avec eux la même passion, la même aspiration à une amélioration de la qualité de vie pour tous et pour chacun. Tel était le message martelé au congrès du Parti socialiste. Mais on ne martèle pas à Poitiers sans s’exposer aux foudres de la nouvelle drauche.
    Le voudrait-il, le Premier ministre de la cinquième puissance mondiale ne pourrait pas chaparder un jiǎozi dans l’assiette d’un collègue sans que son geste fût passé au crible, entériné ou écarté par sa garde rapprochée avant de se retrouver un jour sous le feu des autoprojecteurs. Doutez-vous bien alors que si vous voyez apparaître le visage ou la silhouette de Manuel Valls en quelque occasion que ce soit, c’est à chaque fois la France qui se tient devant vous, et donc un reflet de vous-même scintillant parmi des millions, peu importe que vous vous teniez debout ou non à cet instant précis, l’essentiel étant qu’il le fasse en votre nom, — merci à lui. S’il y a roman national, c’est ici que ça se passe. La France c’est moi, et j’accepte ce rôle flaubertien à nul autre pareil. Qui, sinon moi-même, saurait jouer un personnage ayant à cœur de régler, à titre d’exemple, l’urgente harmonisation fiscale en Europe? Lorsque Moi-la-France atterrit à Berlin devant la Juventus et le Barça, elle veille à ce que la tête de proue de l’Union européenne acclame deux des pays le plus durement touchés par la crise de 2008 et dont les efforts qu’ils consentent à faire pour se sortir du gouffre ne souffrent pas l’humiliation. Un soutien moral d’un prix, somme toute, excessivement modique.
    La défiance vis-à-vis de l’UE tient pour partie au fait qu’elle nous montre un visage différent de celui des nations qui la composent. Valls nous montre le chemin à suivre pour impulser les retrouvailles des amants désunis. Lorsqu’il monte dans un avion d’État et s’envole vers Berlin, il se déplace dans un espace Schengen où il est partout chez lui. Il incarne une ère politique futuriste. Il rétrécit le temps spatial par le raccourcissement de l’espace temporel. Il resserre les liens avec ses internationaux. Il leur devient familier comme nous attendons que ses homologues européens viennent à notre rencontre faire de l’Europe une réalité.