Comment Facebook m’a éliminé

Je suis écrivain, je suis réalisateur. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, c’est ainsi. J’écris, je publie, je travaille beaucoup, je réfléchis, j’existe. Je suis un être passionné, parfois emporté, et je travaille actuellement sur plusieurs livres : un essai sur le judaïsme, une biographie de Kafka et un roman sur les Marranes.
J’avais, il y a quelques jours encore, une page Facebook, comme tout le monde, car il est spécifié, quand on s’inscrit sur Facebook, que Facebook est ouvert à tout le monde. Mais Facebook, la société Facebook a décidé de supprimer mon compte, ma page. Sur cette page, il y avait des articles sur Kafka, sur Proust, sur Gombrowicz et sur Miles Davis, sur Stravinsky et sur Sollers. Il y avait des propos polémiques car je suis polémiste. Il y avait des propos sur Polanski car je suis polanskiste. Il y avait une part de moi, de mon univers. Tout ça, ainsi que mes 3 300 amis, a disparu : non seulement c’est ignoble pour mes 3 300 amis, qui ne peuvent plus communiquer avec moi, mais c’est ignoble tout court.
Car pendant qu’on me fait taire, qu’on me sabre, qu’on me supprime, qu’on m’élimine virtuellement, culturellement, intellectuellement, tous les groupes Facebook haineux à mon endroit, eux, perdurent, sont là, consultables, en pleine forme. Je suis supprimé, moi, sans avertissement, de Facebook, mais des groupes tels que « Yann Moix, la Suisse t’emmerde ! » ou « Yann Moix, la Suisse t’encule ! », qui appellent à brûler mes livres sur la place publique, appellent à me frapper physiquement ou s’en prennent à mon physique par des injures démentielles, des groupes comme ceux-là, oui, sont consultables.
Ce n’est plus de la censure : Facebook pratique le délit de sale gueule. Facebook prive un écrivain, un artiste, de parole, de moyen d’expression, de vitrine, au profit de la Meute hurlante, nombreuse, haineuse, dégueulasse.
Ceci est une lettre ouverte à Facebook : je ne savais pas que, pour perdurer sur ce support, il fallait pratiquer la faute d’orthographe de manière systématique, encourager la haine de la pensée, du pamphlet et de la littérature, et encourager la pratique de la menace de mort et du délit de faciès. Je ne savais pas que Facebook avait la haine des penseurs, des artistes et des intellectuels.
Je demande instamment à Facebook de rétablir ma page, non pas une toute nouvelle page bien vierge qui recommence à zéro, avec mémoire effacée, avec amis détruits, avec articles déchirés : mais la page mêmement même que celle que je possédais il y a deux jours encore. Non pas le jumeau nettoyé de mon mur pestiféré, mais le même mur mêmement même, les mêmes amis semblablement semblables. Je veux retrouver mon profil strictement profilé de la stricte même manière.
Je suis le premier écrivain au monde éjecté de Facebook. Le premier détruit sur Facebook. Le premier qu’on accepte de livrer aux chiens de la Meute, le premier que Facebook permet de lyncher, d’assassiner (pas de panique : j’ai la peau dure), mais qui, supprimé, rayé, éradiqué, ne peut ni se répondre, ni s’exprimer. Je n’ai, sur Facebook, que le droit d’être tué, fustigé, haï. Je n’ai plus le droit, sur Facebook, de vivre, de faire partager des vidéos de Frank Zappa ou de Cornell Dupree, de faire découvrir Cziffra à mes amis, ni leur dire ô combien Guitry est un génie. Je ne peux plus donner au moindre ami, sur Facebook, un renseignement sur Rossellini, ni livrer une anecdote sur Fassbinder.
Je n’ai que le droit d’être exposé. Sur Facebook, on menace de me torturer (physiquement), on menace de faire un autodafé de mes livres en place publique, on menace de me faire la peau. Sauf que c’est un support sur lequel je suis déjà mort. Réduit au silence. Même les néo-nazis ne connaissent pas ce traitement.
Je suis le premier artiste français, le premier écrivain du monde a être excommunié d’une société virtuelle ouverte à tout le monde sauf un, ouverte au monde entier sauf à moi.
Je demande ici, solennellement, aux autorités facebookiennes de rétablir immédiatement mon profil, mes pages, mon mur. Facebook est un trombinoscope : ma trombine n’est pas au goût de Facebook.
J’irai jusqu’au bout pour revenir, non par une ruse, non nanti d’un nouveau profil pirate et marrane, d’une crypto-identité, en toute lumière sur ce site démocratique moins un. Ce site pour tous sauf pour Yann Moix. Ce site pour l’humanité entière à une exception près. Ce site universel à un paria près : moi. A une sale gueule près : la mienne.
J’ai de la force, de l’énergie, de la conviction, de l’intelligence et des avocats. Le combat commence aujourd’hui. Ceux qui voudront me soutenir sont les bienvenus.
Sur Facebook, “Yann Moix la Suisse t’encule” n’est pas une insulte. En revanche, “Yann Moix” tout court est une insulte. Et la pire au monde.
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facebok le site pour ados et adultes mentalement retardés ? et ben dis donc
au fait l’affaire Zahia c’est aussi la faute ds suisses ?
Monsieur,
Je vous trouve très amer face à mon pays qui est la suisse et je suis très déçue de voir qu’avec un parcours intellectuel comme le vôtre vous ne maîtrisez pas mieux votre haine. Sur quelques remarques je suis en partie d’accord et je pense que nous sommes un peu des moutons mais analyser des personnes, un pays, comme vous le faites me fait penser que vous êtes un homme dangereux et que finalement je suis contente de savoir que vous n’êtes pas intéressé à devenir Suisse. Attendez un peu de voir de quoi est capable votre gouvernement et je crois que c’est mal parti. Par contre beacoup de vos compatriotes sont très intéressés de travailler chez nous en Suisse car en France c’est quand-même la dèche
Cher Monsieur Moix,
La petite citoyenne helvétique que je suis se décide à vous écrire car je m’interroge sur plusieurs points vous concernant. En effet, sans vouloir faire de la psychologie de bas étage, je me demande d’où vient le problème… un vilain petit suisse vous embêtait dans la cour de récréation ? Il vous piquait vos billes ou vous racketait sur le trajet du retour ? Contrairement à tout le fiel que vous pouvez déverser sur mon joli pays, ainsi que sur ses habitants, je peux vous assurer, qu’ici nous sommes très heureux. Mon mari est français et croyez-moi, il ne retournerait pour rien au monde mener la vie dingue qu’il avait en région parisienne… vous nous traitez d’incultes, vous dites que notre pays n’a aucune culture etc vous n’avez pas dû venir souvent par chez nous.
D’autre part, il y a une dizaine d’années je suis allée plusieurs mois aux Etats-Unis pour y passer le First Certificate… et croyez-moi, j’ai été admirablement bien reçue, j’y ai gardé des amis et personne ne m’a fait part d’un quelconque resentiment envers mon pays, bien au contraire.
Par conséquent, Cher Monsieur Moix, je vous invite à venir passer du temps chez nous pour constater par vous même de la véracité de mes propos et peut-être devenir plus aimable et poli, ce qui apporterait probablement une touche positive à vos oeuvres.
A bon entendeur,
Sandra Jacquemart