Pour le directeur de La Règle du Jeu ce sera aussi un moment de retour. Retour d’un philosophe dans le lieu matriciel de sa formation. Retour d’une parole dans l’espace qui l’a vue naître. Poursuite d’une fidélité intellectuelle à une amitié et à une exigence. L’ENS, haut lieu de la philosophie en France, institution majeure qui a vu passer tant de figures capitales – de Jean-Paul Sartre à Louis Althusser, de Jacques Derrida à Michel Foucault – demeure le foyer d’une mémoire vivante, un théâtre de la pensée où se joue, depuis des générations, une certaine idée et pratique de la philosophie.
Pour Bernard-Henri Lévy, ce retour rue d’Ulm revêt une intensité particulière. Il fut étudiant dans cette école, et c’est ici même que se noua sa première rencontre avec celui qui allait devenir une figure essentielle de son parcours intellectuelle : Benny Lévy, inscrit « dans la longue et belle lignée des normaliens aventuriers. » BHL raconte cet épisode avec précision dans Les aventures de la liberté (Grasset, 1991) : envoyé par Jean-Pierre Vernant chez Louis Althusser, ce dernier le met entre les mains de son interne le plus brillant : Pierre Victor (qui ne s’appelle pas encore Benny Lévy). Le jeune étudiant voit descendre « un normalien au visage aigu » qui entreprend de le « tapiriser » et improvise une séance d’explication de texte. BHL perçoit déjà, chez son homonyme, « une sorte d’univers intérieur dont la nécessité de parler ne suffisait pas à le déprendre », signe d’une profondeur qui ne cessera de le marquer.
Cette rencontre inaugurale a ouvert la voie à un compagnonnage philosophique et fraternel. Il y eut, entre Bernard-Henri Lévy et Benny Lévy, un dialogue vivant et exigeant, parfois conflictuel, mais toujours fécond. Leur collaboration au sein de l’Institut d’études lévinassiennes témoigne de cette dynamique. BHL en parle comme d’un lieu de parole et de confrontation : « C’était le lieu d’un échange, donc, avec Benny. […] Je me rappelle être venu chaque fois ici […] avec un très grand sentiment de jubilation intellectuelle et de joie. » Il évoque aussi la puissance de stimulation de Benny Lévy : « Il impulsait. Il réveillait. Il mettait en mouvement. […] Il faisait qu’on osait, non plus “lutter”, mais penser. »
Au sein de leur dialogue, chacun avait trouvé sa place dans une tension fertile entre héritage grec et tradition juive, philosophie et théologie, entre politique et métaphysique.
C’est cette vivacité que la séance du 23 mars entend revisiter, sous le titre : « Réflexions croisées sur l’Europe, la politique et le sionisme : lecture de Benny Lévy ». À travers cette intervention (en dialogue avec le jeune Adam Médioni), Bernard-Henri Lévy proposera non seulement une relecture de l’œuvre de son ami, mais aussi une méditation sur notre présent, éclairée par cette figure singulière qu’il n’a cessé de célébrer. Il le dit lui-même, poétiquement : « Il y a un poème de Baudelaire qui s’intitule “Les Phares”. Eh bien je me dis parfois que Benny c’est un peu ça… Une lumière intermittente… Une lueur interrompue… Il y a des personnages comme ça… Ils apparaissent sur la scène de l’histoire ou de la pensée… Ils émettent une lumière forte, extraordinairement vive, incandescente, et qui laisse un souvenir lui-même incandescent. »
Ce retour à l’ENS s’inscrit également dans une continuité. Le 6 avril 2009, sous l’égide de l’Institut d’études lévinassiennes, Bernard-Henri Lévy y prononçait une leçon intitulée « Comment je philosophe », dans la prestigieuse Salle Dussane, haut lieu de la geste normalienne. Cette intervention donna naissance à un ouvrage publié chez Grasset, De la guerre en philosophie, prolongeant ainsi la réflexion engagée dans ces murs.
Un retour dans les murs de l’ENS donc, la réactivation d’un dialogue et un moment de philosophie.
Informations pratiques pour assister au séminaire du 23 mars :
La salle vous sera communiquée après inscription, lundi dans la matinée.
Séminaire ouvert au public extérieur à l’ENS.
Pour des raisons de sécurité, vous ne pourrez pas rentrer sans inscription, sans présentation d’une carte d’identité et un contrôle du contenu de votre sac pourra être effectué.
Nombre de places limité. Fermeture de l’inscription dimanche à 23h59.
