À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?

Tout dépend de quel livre il s’agit ! Si c’est un roman, je le lis banalement le soir, dans mon lit, avant de m’endormir, ou bien dans un train, pour m’occuper. Si c’est un essai, a fortiori un livre de philosophie, tout change : je le lis de préférence le matin, à ma table de travail, avec un stylo à la main !

L’âge n’y a pas changé grand-chose, sauf que je lis de moins en moins (à quoi bon, quand la mort est si proche ?) et relis de plus en plus.

Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?

Il y en a plusieurs ! D’abord la trilogie des Trois Mousquetaires, de Dumas, surtout Vingt Ans après, à cause du personnage d’Athos, si noblement désespéré. Il m’a servi d’antidote, à l’avance, contre toute tentation nihiliste ou immoraliste ! Que tout se vaille ou ne vaille rien, aucun admirateur d’Athos ne peut le penser !

Ensuite les Pensées de Blaise Pascal, pour la pénétration psychologique (même Nietzsche, à côté, fait pâle figure) et la vision tragique et vraie (et non pas tragique et grandiloquente, comme chez Nietzsche) de la condition humaine. Ensuite Proust et Céline, qui m’ont dissuadé, par trop d’admiration, de devenir romancier. Ensuite Épicure et Spinoza, qui m’ont convaincu que le but de la philosophie était bien, en effet, une forme de sagesse.

Enfin Montaigne, qui m’a dissuadé d’y croire tout à fait.

Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?

Don Quichotte, malgré plusieurs tentatives !

Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?

Dans son Journal, André Gide conseille aux apprentis écrivains, en cas de découragement, de se plonger dans quelque mauvais livre, pour se réconforter (par comparaison) et se donner du courage. Puis il ajoute, je cite de mémoire : « Attention, le remède est dangereux ! À n’utiliser qu’avec modération ! » C’est un conseil qu’il m’est arrivé de suivre…

Pour le reste, je lis pas mal de romans policiers, le soir ou dans les trains. Ils sont rarement excellents, mais cela divertit, souvent plaisamment. Au fond, j’aime mieux un livre médiocre écrit pour mon plaisir (c’est le cas des polars ou de la littérature commerciale) qu’un livre, fût-il réussi, qui n’est écrit que pour montrer à quel point l’auteur a du talent. Qu’il ait du talent, qu’est-ce que j’en ai à faire ? C’est son problème, pas le mien ! Son plaisir, pas le mien ! Qu’il m’émeuve ou m’intéresse, me donne à penser ou à rêver, voilà ce qui m’importe. Mieux vaut la littérature commerciale que la littérature narcissique ! Et mieux vaut de très loin, cela va de soi, la grande littérature, celle qui n’est écrite que par impossibilité de faire autrement !

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