C’est grâce à une femme, sa professeure de français, qu’il découvre, avec Gérard de Nerval, l’étendue du problème. Il est alors âgé de 12 ans, peut-être 13.
Depuis, Fabien Quartelli, 42 ans, aide médico-psychologique à Grenoble auprès de la jeunesse perdue de la France du XXIe siècle, mène son existence de chef-d’œuvre en chef-d’œuvre, de souffle en souffle (un mot qui lui est cher), affinant toujours davantage, avec chaque nouvelle lecture, ces sensations dont seul l’esprit est capable.
Son compte (@fabantocha) ne totalise que 5 000 et quelques abonnés. C’est peu mais c’est surtout beaucoup, étant donné que Fabien ne chronique aucune littérature contemporaine et que ses choix sont exigeants et rares, à l’image du lecteur qu’il est.
Il a relu la nouvelle Sylvie à de nombreuses reprises depuis l’hapax collégien. Il a découvert Paul Gadenne (Siloé), Jean-René Huguenin, Cizia Zykë (Oro), et surtout William Faulkner dont il lit en ce moment même toutes les œuvres, par ordre chronologique.
Il pense peut-être, comme Léon Bloy, que « le temps des livres est passé ». Symptôme d’une douceur et d’une sensibilité – hélas d’un autre temps – qui s’expriment sur ce qu’est devenu le monde ?
Fabien Quartelli cisaille ses propres critiques alla Instagram avec un soin d’orfèvre, une précision de navigateur intrépide confronté aux bourrasques algorithmiques et au devenir-poisson rouge de ses contemporains.
Et ça marche ! Ce n’est pas Babylone mais ça marche, puisqu’il a réussi à faire lire La Puissance et la Gloire(Graham Greene), Le Cavalier suédois (Leo Perutz), Moravagine (Cendrars), Le Sommeil de la raison(Gabrielle Wittkop), Le Tunnel (Ernesto Sábato), Les Saisons (Maurice Pons), Le Voleur (Georges Darien),Les Tortues (Loys Masson), Diadorim (João Guimarães Rosa) et bien d’autres à des abonnés qui ne soupçonnaient même pas l’existence de tels livres, de tels écrivains.
Il me rappelle un peu ces fous, puisque c’est ainsi qu’on les appelait il n’y a pas si longtemps, qui persistaient à écouter des disques vinyle sur des platines, ne jurant que par cela, pendant que tout le monde collectionnait CD-ROM, mp3, iPods, Deezer et autres Spotify… Allez savoir, ce que l’on appelle aujourd’hui d’un commun accord « littérature blanche » – pour ne pas avoir à dire « littérature transparente », ou « littérature invisible » ? – est peut-être à la littérature d’antan ce que le plat et gris 140 kbps est à l’expérience sonore et spatiale totale de la galette noire… On sait comment cette histoire s’est terminée : les vinyles vont bien, ils nous remercient. Espérons qu’il en aille de même pour la grande littérature. On pourrait appeler cela le « syndrome de Perséphone » : rien de tel qu’un petit tour de Styx pour parfaire son come-back.
Fabien Quartelli est donc aussi la preuve que l’on peut être fin critique, haut-bouquiniste, c’est-à-dire thaumaturge et réanimateur de la langue endormie, oubliée, perdue, sur les plateformes actuelles autant que sur celles à venir.
C’est comme toujours, bien sûr, question de goût, question de volonté, question d’actes. Je pense pour ma part qu’à l’heure des réseaux, les nouveaux passeurs de livres de cette espèce comptent parmi les plus heureux, les plus précieux éléments de la critique littéraire. Alors, longue vie à ces néocritiques, néobouquinistes, dénicheurs et conservateurs d’anciennes pépites d’or de textes. Et merci à eux.
Entretien
Quel genre de livres vous touche particulièrement ?
La grande littérature : Faulkner, Céline, Bernanos, Proust… Connaissez-vous Paul Gadenne ? Il reste trop méconnu. On pourrait le considérer comme un Dostoïevski français.
J’ai l’impression que vous mettez surtout en avant des auteurs ou des œuvres un peu à l’écart, plus confidentiels.
Oui, parce que sur Instagram, on parle déjà énormément des grands classiques. Moi, j’aime faire découvrir des œuvres méconnues, des écrivains discrets, et même, parfois, des textes peu connus d’auteurs célèbres. C’est intéressant, car cela offre une porte d’entrée différente et suscite la curiosité. Prenez Paul Gadenne : son premier roman, Siloé, se déroule dans un sanatorium. C’est un texte en partie autobiographique, puisqu’il a lui-même souffert de la tuberculose. Cela m’a fait penser à La Montagne magique de Thomas Mann. Il a aussi écrit La Plage de Scheveningen, Le Vent noir ou encore Les Hauts- Quartiers. Son style est admirable. Il y a aussi Jean-René Huguenin, absolument remarquable : mort à 26 ans dans un accident de voiture, il a laissé un roman, La Côte sauvage, ainsi qu’un journal publié au Seuil, où il raconte l’écriture de ce livre. Pour moi, c’est une lecture fondamentale. Je pense également à Krasznahorkai, même si depuis son prix Nobel, il est désormais bien plus lu.
On ne peut plus vraiment frimer entre initiés… Le Nobel donne une visibilité énorme.
Exactement. Même si son œuvre reste exigeante et peu accessible. Plus récemment, j’ai chroniqué Orode Cizia Zykë. Ce n’est pas de la « grande littérature » au sens classique, mais il y a un souffle extraordinaire dans ce livre, comme dans toute son œuvre. C’est entièrement autobiographique. Ce livre m’a profondément marqué : en le lisant, j’ai ressenti une énergie nouvelle dans ma vie quotidienne. Il m’a littéralement contaminé. Il n’y a ni descriptions poétiques ni introspection, simplement une aventure de 450 pages, totalement unique.
Est-ce cela que vous recherchez dans un livre ?
Ce que j’attends d’un livre, c’est une seule phrase capable de me faire penser à ma propre condition, à celle de l’homme et du monde. La littérature n’est pas un art mineur. Je prends l’acte de lire très au sérieux. Or, une grande partie de la littérature contemporaine me semble relever du simple divertissement, et cela ne me suffit pas. C’est d’ailleurs pour cela que je n’en parle pas. Chez Paul Gadenne, une seule phrase peut contenir tout ce qu’on trouve chez Cécile Coulon. Dès lors, je n’ai pas de temps à perdre : la vie est courte, et lire demande du temps. Avec l’expérience, je vais directement vers les livres que je juge essentiels, ceux qui m’apportent réellement quelque chose. Au fond, c’est une question d’émotion. La première fois que j’ai lu Voyage au bout de la nuit, ce fut une véritable déflagration. J’ai dû refermer le livre pour reprendre mes esprits. C’était d’une intensité rare.
Avez-vous des antennes qui vous permettent de distinguer un bon livre d’un mauvais, presque instinctivement ?
Oui, on le sait. Même en lisant les trois premières phrases, je peux dire si le livre sera bon ou non pour moi. Quand je dis ça, certains me trouvent prétentieux : « Tu ne peux pas affirmer ça, quel orgueil ! », etc.
Qu’est-ce qui fait, selon vous, un bon livre ?
Un souffle inexplicable. C’est assez mystérieux. Prenez la première phrase du Voyage au bout de la nuit : « Ça a débuté comme ça. » Ou celle de la Recherche : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » On est immédiatement happé. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. C’est peut-être naturel, peut-être sacré, presque divin… Il y a quelque chose de magique. Et puis il y a la transmission. Les gens me disent : « J’ai découvert ça grâce à vous. » Et c’est exactement ce que je veux : partager les bons livres. C’est tellement important dans la vie quotidienne, quand on sait ce que la lecture peut apporter.
Vous parvenez donc à susciter l’enthousiasme ? À donner envie de lire à ceux qui vous suivent ?
Oui, par exemple avec Les Deux Étendards de Lucien Rebatet, roman publié par Gallimard en 1952. Je sais que certains ont acheté le livre après m’avoir vu en parler. Ma publication a eu beaucoup de vues. Quelqu’un m’a fait un retour magnifique. Sur Instagram, on peut voir combien de personnes enregistrent une publication : pour Les Deux Étendards, il y en a 47. Cela veut dire que 47 personnes ont été suffisamment intéressées pour le garder de côté, peut-être pour le lire plus tard. Ce n’est pas énorme, bien sûr, mais malgré tout, cela représente déjà des lecteurs potentiels.
Exactement comme certains critiques autrefois – Nerval, André Breton, et bien d’autres – qui ont permis de redécouvrir des œuvres.
Tous les jours, je fais cette expérience. Le seul auteur contemporain dont j’ai parlé c’est Victor Castanet, avec Les Ogres et Les Fossoyeurs, ses enquêtes sur les EHPAD et les crèches. Comme cela touche à mon métier, je l’avais identifié sur Instagram, et il m’avait même remercié. Ça m’avait fait plaisir, d’autant plus qu’il a accompli un véritable travail de fond et d’investigation.
Vous sentez-vous critique littéraire ? Et comment écrivez-vous vos critiques ? Elles sont assez courtes ; est-ce une contrainte liée au réseau ?
D’abord, il faut savoir que j’ai écrit un roman il y a cinq ans. Écrire me plaît, c’en est même un besoin. Sur Instagram, il y a une limite de caractères, on est contraint. Au fond ça m’arrange, j’aime être concis. C’est un exercice intéressant que de réussir à donner envie, à transmettre ce qu’on a ressenti et ce que l’auteur a voulu dire en allant à l’essentiel. Cela étant, je me pose quand même une question : puisque sur Instagram l’image compte énormément, combien de personnes likent uniquement pour la photo. C’est le piège de la plateforme. Je vois bien que certains lisent, puisqu’ils commentent, mais sur 300 likes, combien ont réellement lu le texte ? 25, peut-être ? Je ne sais pas. À l’ère du scrolling, avec des milliers de chroniques chaque jour, comment capter l’attention ? On peut même ajouter de la musique maintenant… mais je ne le fais pas, parce que je trouve que ça détourne du texte, cela désaxe.
Vos critiques reposent surtout sur votre ressenti personnel. C’est assez différent de la critique littéraire classique, souvent plus objective.
Oui, c’est ma manière de lire. Quand j’ouvre un livre, je m’y engage totalement.
Concrètement, comment procédez-vous ? Prenez-vous des notes au fil de la lecture pour préparer votre critique ?
Pas du tout. Dès que j’ai terminé le livre, je prends mon téléphone ou mon ordinateur et j’écris directement, à partir du souvenir que j’en garde. Je ne prends aucune note.
Est-ce que vous partez d’un texte long que vous réduisez ensuite ?
Non, jamais. Le texte a tout de suite la bonne longueur. En revanche, j’essaie toujours de choisir un extrait marquant. Mon format est le suivant : un résumé, mon avis, puis une citation. Le résumé me semble indispensable, pour que les lecteurs comprennent de quoi parle réellement le livre. Si je commence directement par mes impressions, ça ne fonctionne pas. Mais résumer un livre en quelques mots, c’est très difficile, c’est même un vrai défi. Il faut avoir vécu le livre, physiquement. Le comprendre parfaitement, pas forcément… mais il faut l’avoir ressenti, éprouvé, et que cela transparaisse.
Être capable de transmettre cette expérience, c’est donc le cœur d’une bonne critique sur Instagram ?
Oui, je pense. Et là, on parle de grande littérature : si je ne vis pas le texte, c’est qu’il m’a laissé indifférent.
D’autant que ce sont des critiques condensées appliquées à des œuvres majeures. Vous devez faire exister de très grands textes en quelques phrases.
Exactement. Prenez Le Bruit et la fureur de Faulkner : c’est extrêmement difficile à résumer. Que s’y passe-t-il, au fond ? Presque rien. Ce sont quatre chapitres qui racontent, chacun à leur manière, une même histoire. C’est une continuité fragmentée. Résumer cela est très compliqué. C’est avant tout une expérience : ça se vit plus que ça ne se raconte. Mais j’ai quand même essayé de le faire.
Qu’est-ce qui vous rapproche de la critique littéraire classique, et qu’est-ce qui vous en distingue ?
Ce qui m’en distingue, d’abord, c’est que je ne parle pas d’œuvres contemporaines. Par ailleurs, pour moi, la critique reste aussi liée au support papier. Quant à l’étiquette d’« influenceur littéraire », je ne sais pas trop quoi en penser. Les livres ne sont pas des produits comme les autres, ce ne sont pas des objets de consommation. Un roman ce n’est pas de la lessive. Ils sont essentiels à l’être humain. L’écriture compte énormément pour moi, elle est indissociable du livre. Et je pense même que sans critique, il n’y a pas d’art. J’ai parfois le sentiment – c’est une hypothèse – que le déclin de la littérature actuelle tient au fait qu’il n’existe plus de grande critique. Aujourd’hui, qui ose dire du mal des livres ? Personne. Quand on lit Léon Daudet, par exemple, qui pouvait démolir un ouvrage, cela donnait paradoxalement une vraie visibilité à l’auteur. C’était impressionnant. Léon Daudet, le fils d’Alphonse, est à mes yeux l’un des plus grands critiques. J’aime aussi beaucoup Baudelaire dans ce rôle.
Lisez-vous des revues littéraires contemporaines ?
J’ai été abonné au Magazine littéraire il y a quelques années, mais le contenu a fini par ne plus me convenir, alors j’ai arrêté. Je les ai conservés, et il m’arrive d’en relire certains numéros. Il y a parfois des dossiers intéressants.
Quel regard portez-vous, de manière générale, sur ce phénomène qui consiste à parler de littérature sur les réseaux sociaux ?
Je suis assez partagé. D’un côté, c’est sans doute aujourd’hui le meilleur moyen de transmission, le support le plus efficace pour parler de littérature et faire circuler les grands textes. Mais, d’un autre côté, c’est un univers saturé, il y a énormément de contenu, et il faut faire le tri. Honnêtement, une grande majorité des comptes me paraît assez médiocre. Il faut savoir où chercher, apprendre à repérer ce qui vaut la peine. C’est pour cela que la critique sur papier me semble toujours essentielle par rapport à la critique numérique.
La critique papier reste donc, selon vous, une forme de sanctuaire et une garantie d’exigence ?
Oui, et surtout quelque chose qui s’inscrit dans la durée. Sur les réseaux, les chroniques datées de six mois ou d’un an sont rarement consultées à nouveau. Tout est très immédiat, très lié à l’instant. L’attention se joue sur le moment. C’est aussi pour cela que j’ai épinglé certains livres – Les Deux Étendards, ainsi que Les Hauts-Quartiers de Paul Gadenne et 2666 de Roberto Bolaño. En les mettant en avant de manière permanente, avec une image fixe en haut de mon profil, ils continuent d’être visibles et consultés. Il y a ce genre de petites stratégies qui permettent de diriger l’attention vers les œuvres que l’on souhaite vraiment mettre en lumière.
Il y a aussi un impératif esthétique, non ?
Oui, il faut d’abord séduire visuellement. C’est très révélateur de notre époque : l’image prime, et ce n’est qu’ensuite que l’on s’intéresse éventuellement au texte. C’est un peu regrettable, mais cela me pousse aussi à soigner mes photos. Est-ce vraiment adapté à la littérature ? Peut-être pas.
Selon vous, il faut s’adapter au réseau dominant du moment ? Si demain un autre prend le relais, vous suivrez là où se trouve l’influence, où se concentre l’attention ?
Peut-être, oui. En ce moment, les gens sont sur Instagram. Mais je voudrais insister sur un point : je ne fais pas de vidéos ni de reels quand je parle de livres. Ça fonctionne très bien pour les autres, certes, mais ce n’est pas moi. Ce n’est ni ma personnalité ni mon tempérament. Je préfère écrire. Pour moi, la critique littéraire passe par l’écrit. Vous avez peut-être remarqué : ceux qui font des reels ne révèlent le livre qu’à la toute fin, pour retenir le spectateur jusqu’au bout. C’est une stratégie efficace, mais elle ne m’intéresse pas.
Vous êtes un classique égaré en terre digitale.
Oui, et je ne lis que des livres anciens, des auteurs disparus.
Un dinosaure qui tente de survivre face à l’algorithme.
Je m’en sors plutôt bien pour un vieux tricératops.
Et puis, il y a ces vieilles couvertures que vous publiez, des années 40-50… Ces graphismes d’un autre temps.
C’est un choc temporel et visuel sur la plateforme. La plupart des gens se moquent complètement de ces livres. Mais dès qu’on en parle, ils suscitent de l’intérêt. C’est tout l’objectif du compte : ce sont des œuvres qui m’ont tellement marqué que je ne peux pas les laisser dans l’oubli. Elles ont ainsi un petit moment de lumière – et peut-être que certaines, ignorées, trouveront quelques lecteurs aujourd’hui.
Votre compte ressemble à une extension d’une excellente librairie d’occasion. C’est essentiel pour faire vivre un certain type de littérature.
Oui, comme un vieux bouquiniste. Parce que, au fond, la littérature est morte.
Quel écrivain pourriez-vous croiser dans vos cauchemars ?
Cécile Coulon.
Quel écrivain pourrait devenir votre meilleur ami ? Pourquoi ?
Anton Tchekhov, pour son esprit et son humour.
Que conseilleriez-vous à quelqu’un qui pense tout savoir ?
Les Livres de ma vie de Henry Miller. Il réaliserait qu’il ne sait rien.
Et à un snob ?
Les 120 journées de Sodome.
Que recommanderiez-vous à un mystique ?
Bossuet. Probablement le plus grand prosateur français. Précepteur du dauphin, fils de Louis XIV, il a écrit des sermons remarquables et un court texte, Sur la brièveté de la vie, absolument extraordinaire. Après ça, il devient difficile de lire autre chose : tout est dit en quelques pages. Si vous fouillez sur mon compte, vous le trouverez.
Si vous pouviez obliger Donald Trump à lire un livre, lequel choisiriez-vous ?
Le Bruit et la fureur de Faulkner, pour qu’il découvre un peu le Mississippi. Je suis persuadé qu’il n’y comprendrait rien : je l’imagine s’agacer et abandonner avant la fin. Pour un Américain, lire Faulkner est indispensable.
Et pour Poutine ?
Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski. « Je suis un homme malade, un homme méchant. » Dès la première ligne, il y a un souffle incroyable.
Que conseilleriez-vous à un magnat de la Silicon Valley ?
Le Roman d’un berger d’Ernst Wiechert.
À quelqu’un de désespéré ?
Emil Cioran, De l’inconvénient d’être né.
Et à quelqu’un qui dit ne pas aimer les livres ?
Ce n’est pas simple… peut-être Voyage au bout de la nuit. Ou bien Guerre de Céline, publié récemment. La première page m’a bouleversé : ce réveil au front… c’est saisissant.
J’ai trouvé qu’il y avait une économie différente, une forme de dépouillement, presque du minimalisme. Moins étouffant que d’habitude.
C’est justement ce qui m’a frappé. On dirait un brouillon à peine retravaillé. « J’ai attrapé la guerre dans ma tête » : cette phrase m’a foudroyé. Elle dit tout. Il y a le bruit dans l’oreille, la guerre comme traumatisme… C’est d’une puissance incroyable. Personne ne l’avait formulé ainsi. Cela paraît simple, mais c’est du génie, au sens plein du terme. Une phrase capable de produire une véritable déflagration.
Pourquoi n’avez-vous pas critiqué votre propre livre, Louis ou le chemin des renaissances ?
Parce que je ne le considère pas comme un grand livre.
Par humilité face aux autres œuvres que vous évoquez ?
Oui. Je ne veux pas me hisser sur les épaules des autres.
Alors, continuez à parler des livres.
Vous aussi. Vive les livres.
Un pacte, alors : celui des vrais livres.
Le pacte des fous.
