Pour avoir des nouvelles d’Iran hors des canaux de propagande du régime, il faut, en tous cas ce jour-là, passer par l’Irak et un intermédiaire propriétaire d’un VPN.
Il faut aller vite, pour ce complice intermédiaire.
Sur les hauteurs, près de la frontière iranienne, il est possible, avec un peu de chance, d’accrocher un peu de réseau et de recevoir quelques vocaux.
C’est ainsi que des nouvelles de Sanandadj, ou Senna (en Kurde), l’une des principales villes de l’Ouest de l’Iran, capitale de la province iranienne du Kurdistan, ont pu se frayer un chemin jusqu’à nous.
Voici les mots d’un témoin qui a choisi un prénom d’emprunt, anonymat oblige pour des raisons évidentes de sécurité.
Il a opté pour Darius. Il est étudiant. Il a 20 ans.
Quel regard vous portez sur ce qui est en train de se passer ?
Je suis forcément plein d’espoir. Le régime iranien est presque fini militairement. Je suis sûr de cela. Le régime ne peut pas rivaliser avec les Etats-Unis. Là, ce qu’il essaie de faire, c’est de la nuisance, de nuire au monde entier. Mais j’ai l’espoir que cela change. Et cette intervention est la bienvenue. Je ne dis pas que la guerre, c’est bien. Je ne peux pas vraiment souhaiter qu’il y ait des bombes sur mon pays, des morts dans ma famille, mais en même temps, c’est le seul espoir que quelque chose change. Et j’y crois, je pense que cela peut changer. Rien n’est sûr, mais c’est possible. Dans l’autre cas, c’est-à-dire sans intervention, nous allions nous faire massacrer dans les rues pendant encore des années. J’ai vraiment de l’espoir. Je pense vraiment que cela peut changer. Et si les choses ne changent pas maintenant, ça risque d’être jamais.
Que dire des bilans humains ? Que ressentez-vous ?
Forcément, cela fait mal au cœur, je pense notamment à l’école de filles bombardée. On ne peut pas dire que c’est une bonne chose, que c’était nécessaire. Maintenant, et c’est peut-être très grave ce que je vais dire, cela va peut-être vous paraître horrible, mais je préfère, même si je ne suis personne pour le décréter, qu’il y ait des morts civils collatéraux dans l’espoir d’avoir la liberté pour le peuple entier plutôt que des dizaines de milliers de personnes mourant encore dans des manifestations pendant des années et des années en vain, sans plus jamais d’espoir. Même si ma famille doit y passer. Je ne peux pas être égoïste, et dire que je préfère que les miens survivent et que le régime continue. Même si nous y passons, si c’est pour la liberté de notre peuple entier, de notre pays entier, pour le Moyen-Orient et le monde même, on ne peut que le souhaiter.
Quel âge avez-vous ?
20 ans.
Qu’est-ce que diriez-vous à ceux qui, en France et ailleurs, expliquent que les Iraniens de la diaspora qui soutiennent l’intervention sont d’extrême droite ?
Ces personnes-là ne sont certainement pas Iraniennes. A défaut d’être Iranien, il faut se renseigner pour parler d’Iran. Les gens qui critiquent les Iraniens heureux de cette intervention américaine ne connaissent généralement rien à l’Iran. Ils étaient plutôt silencieux aussi lors de la répression sanglante de janvier, n’est-ce pas ? Je ne veux pas généraliser, mais c’est surtout parce que ce sont les Etats-Unis et Israël qui sont impliqués. Au nom de l’anti-impérialisme, ils sont contre l’intervention. En revanche, quand le régime payait des milices en provenance de nos voisins pour aller massacrer la population iranienne, il n’y avait personne pour le dénoncer. C’est de la mauvaise foi.
Comment une minorité peut-elle régner sur la majorité en Iran ?
II y a toujours eu une partie de la population partisane du régime. Actuellement, on estime qu’environ 20% soutiennent le gouvernement. Soit plusieurs millions de personnes. Ils soutiennent à cause de la peur, par intérêt, par corruption, ou par fanatisme. Et parce que le régime tient les armes. Les armes qui tuent les manifestants. Mais le vent risque de tourner. Nous ne sommes pas contents que l’Iran soit bombardé, nous ne sommes pas contents de risquer de mourir, que nos familles risquent la mort. Mais nous sommes contents qu’il se passe quelque chose qui risque de faire enfin changer l’Iran. Nous sommes contents qu’il y ait un espoir. Parce que, depuis 46 ans, toutes les manifestations ont été réprimées dans le sang. Il n’y a donc plus d’espoir de changer nos vies ainsi. Dire que la solution doit venir de l’intérieur est facile quand on n’est pas en Iran. Nous avons déjà essayé… Je ne sais pas si cette intervention est la meilleure solution, si c’est la bonne solution, mais c’est la seule solution. C’est notre seul espoir. Sans cela, rien n’est plus possible. Sans cela, il n’y a plus aucun espoir.
Qu’est-ce que vous pourriez dire de Reza Pahlavi ? A-t-il un ancrage dans la société iranienne ?
Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas entièrement fan. Je ne dis pas qu’il doit être le seul à prendre le leadership, mais si c’est lui, après tout, cela ne me dérange pas. Il devra diriger le pays vers la démocratie, et non pas la monarchie comme avant. C’est une figure fédératrice pour certains. Pas pour tout le monde. Il ne fait pas l’unanimité, mais s’il n’y a pas de dérive, on peut aussi y croire. Je n’ai pas de problème avec lui. Ceux qui me dégoûtent le plus, ce sont les gens qui, au nom de la cause palestinienne, ont défendu le régime islamique jusqu’à défendre un régime sanglant et terroriste. Le Hamas, c’est l’Iran. Je ne suis pas pro-Trump, je ne suis pas pro-Netanyahou, mais je suis heureux que quelqu’un intervienne. Peu importe qui. Si cela avait été la Suède, j’aurais été content aussi.
Le régime iranien et la Russie travaillent-ils main dans la main ?
Oui, ils sont alliés. En matière d’armement.
