À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
Je n’ai pas l’habitude de lire après le dîner. Pour le reste, je lis partout où je peux. Dans ma vie, j’ai surtout lu dans le train.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Certainement. À commencer par le premier livre que j’ai lu par moi-même. Je venais d’apprendre à lire. Je me souviens de l’impression que j’ai ressentie en voyant et en sentant qu’un livre – des feuilles de papier – pouvait tout contenir, des jungles lointaines et des animaux sauvages, des hommes et des femmes aux périodes les plus diverses de l’histoire. C’est pourquoi ce livre est toujours le livre qui me convient. Puis vinrent, bien sûr, dans une vie comme la mienne consacrée avant tout à la lecture comme à l’écriture, les grands, les très grands auteurs, Melville comme Tolstoï, l’Odyssée comme Dostoïevski, Baudelaire comme Leopardi, Nietzsche, Sophocle, Singer, Conrad ou Ibsen, Hoffmann, Kafka, Svevo, Guimarães Rosa. Et, plus récemment, Glissant, qui m’a fait sentir concrètement la valeur mais aussi la relativité des racines, qui ne doivent pas être un mythe mais une rencontre. Comme il l’a écrit, les racines ne doivent pas s’enfoncer dans l’obscurité atavique des origines, mais s’étendre largement, comme les branches de deux arbres qui finissent par se rejoindre ou comme deux mains qui se tendent toutes deux jusqu’à se rencontrer.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Il y a des auteurs qui, une fois que vous avez lu un de leurs livres qui vous a beaucoup touché, vous incitent à lire tous les autres. D’autres, en revanche, restent indélébiles et grands même si vous n’avez lu qu’un seul livre. Pour moi, c’est le cas de Proust ; j’ai lu trois volumes de la Recherche avec passion et un enchantement indestructible, mais je ne sais pas pourquoi cela ne m’a pas incité à lire tous les autres.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Non. Si un livre me déplaît dès ses premières pages, je le mets tout simplement de côté.
Comment lisez-vous, Claudio Magris ?
par Claudio Magris
24 mars 2026
L’écrivain italien Claudio Magris répond à notre enquête sur la littérature.
À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
Je n’ai pas l’habitude de lire après le dîner. Pour le reste, je lis partout où je peux. Dans ma vie, j’ai surtout lu dans le train.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Certainement. À commencer par le premier livre que j’ai lu par moi-même. Je venais d’apprendre à lire. Je me souviens de l’impression que j’ai ressentie en voyant et en sentant qu’un livre – des feuilles de papier – pouvait tout contenir, des jungles lointaines et des animaux sauvages, des hommes et des femmes aux périodes les plus diverses de l’histoire. C’est pourquoi ce livre est toujours le livre qui me convient. Puis vinrent, bien sûr, dans une vie comme la mienne consacrée avant tout à la lecture comme à l’écriture, les grands, les très grands auteurs, Melville comme Tolstoï, l’Odyssée comme Dostoïevski, Baudelaire comme Leopardi, Nietzsche, Sophocle, Singer, Conrad ou Ibsen, Hoffmann, Kafka, Svevo, Guimarães Rosa. Et, plus récemment, Glissant, qui m’a fait sentir concrètement la valeur mais aussi la relativité des racines, qui ne doivent pas être un mythe mais une rencontre. Comme il l’a écrit, les racines ne doivent pas s’enfoncer dans l’obscurité atavique des origines, mais s’étendre largement, comme les branches de deux arbres qui finissent par se rejoindre ou comme deux mains qui se tendent toutes deux jusqu’à se rencontrer.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
Il y a des auteurs qui, une fois que vous avez lu un de leurs livres qui vous a beaucoup touché, vous incitent à lire tous les autres. D’autres, en revanche, restent indélébiles et grands même si vous n’avez lu qu’un seul livre. Pour moi, c’est le cas de Proust ; j’ai lu trois volumes de la Recherche avec passion et un enchantement indestructible, mais je ne sais pas pourquoi cela ne m’a pas incité à lire tous les autres.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Non. Si un livre me déplaît dès ses premières pages, je le mets tout simplement de côté.