Zibby Owens est l’autrice de six livres [1], dont deux ont figuré sur les listes des best-sellers de USA Today, et un septième est déjà en préparation.
En 2018, elle a créé le podcast à succès « Moms Don’t Have Time to Read Books », devenu en 2025 « Totally Booked with Zibby », où elle a interviewé plus de 2 300 auteurs. Elle a récemment lancé sa newsletter Substack « On Being Jewish Now ».
Elle est propriétaire de Zibby’s Bookshop, une librairie indépendante à Los Angeles. Elle a fondé une maison d’édition, Zibby Publishing. Elle dirige également Zibby Media, une entreprise menée par des femmes et dédiée au storytelling, qui organise notamment des retraites de lecteurs et des événements mensuels à travers les États-Unis. Elle est mère de quatre enfants. Et oui, elle est influenceuse.
« Que signifie être influenceuse ? », lui demandé-je lors d’une conversation en février.
« Ce n’est pas un gros mot. Au contraire, c’est un grand honneur d’aider à façonner et influencer les habitudes de lecture des gens. Donner une recommandation de livre que quelqu’un emporte ensuite en vacances et dévore avec passion – franchement, qu’y a-t-il de mieux ? »
Il semble que « tout pour les livres » soit le mantra de Zibby depuis l’enfance. Lectrice vorace, elle fut aussi une autrice précoce puisque ses grands-parents ont publié un recueil de ses écrits alors qu’elle n’avait que dix ans, lançant ainsi sa grande histoire d’amour avec les mots.
« J’écris depuis toujours. À quatorze ans, j’ai rédigé un texte sur la prise de poids après le divorce de mes parents. Je l’ai envoyé sans trop y croire au magazine Seventeen. Il a été accepté et publié. Cela a véritablement orienté ma vie vers une carrière où je partage avec le public. Et, quand on est honnête, les gens finissent par se confier à leur tour. Je suis un livre ouvert depuis toute petite. Partager authentiquement et recevoir en retour, cela crée une communauté. »
Zibby est une femme d’action et ne perd pas de temps. Après un stage chez Vanity Fair, des postes en marketing chez Unilever et Vera Wang, une expérience dans la publicité et un MBA de Harvard Business School en poche, elle perd sa meilleure amie et réalise combien la vie est courte. Il n’y a pas de moment plus propice que le présent pour concrétiser ses rêves.
Portée par le deuil, elle écrit un roman, resté dans les tiroirs, intitulé Off Balance, puis en récrit un autre comme ghostwriter avant d’avoir quatre enfants.
« Je n’ai jamais cessé d’écrire. Je continuais à travailler en freelance. Je continuais à lire. Puis il y a eu mon divorce et, soudain, j’avais un week-end sur deux sans mes enfants. Enfin, je pouvais me plonger dans la lecture à mon rythme, avec toute cette énergie accumulée. Comme une athlète blessée qui revient sur le terrain. Je voyais mes amis progresser dans leur carrière, si loin devant moi. Mais je me disais : je vais continuer à lire. Quelqu’un m’a dit : “Avec un bon livre, on n’est jamais seul.” Et c’était vrai. J’ai commencé à lire avec intention. Et je me suis mise sur Instagram. »
Zibby a toujours écouté son instinct – et cela lui a réussi. Son mélange singulier d’entrepreneuriat, d’enseignements de vie et de passion pour les livres l’a menée vers un agent qui lui suggère de lancer un podcast.
« J’étais sidérée. Pourquoi ferais-je un podcast ? Toute ma vie tourne autour des mots et de l’écriture. Je n’avais même pas d’application de podcast sur mon téléphone. Mais j’ai abordé la chose comme un projet de recherche. J’ai commencé à écouter les autres, à comprendre ce qui les rendait populaires. Qu’avaient-ils en commun ? Comment me faire une place dans leur monde ? Et puis tout s’est éclairé. J’ai toujours adoré les auteurs. Alors j’ai commencé à interviewer ceux que je connaissais. J’ai acheté un micro sur Amazon et le reste s’est fait naturellement. »
« J’aime les conversations et j’ai commencé à interviewer des auteurs. L’un d’eux m’a suggéré d’organiser un salon littéraire chez moi. J’ai donc lancé des événements en présentiel. Et tout a continué à grandir. »
Le Covid a changé la trajectoire.
« Je connaissais, à force, énormément d’auteurs. Tout le monde était isolé et je pouvais aider à maintenir le lien. J’ai lancé des lives Instagram dès les premières semaines de la pandémie. Et la communauté s’est développée. »
En parlant avec Zibby, une évidence s’impose : tout est question de relations et de communauté autour d’une passion commune pour les livres. Elle a récemment lancé des retraites de week-end.
« Ce ne sont ni des retraites d’écriture ni des retraites de lecture. Ce sont des occasions de rassembler des amoureux des livres. Et dans cette atmosphère chaleureuse et drôle, nous finissons tous par partager. L’autre espace physique, c’est Zibby’s Bookshop à Los Angeles. C’est réconfortant d’être entourée de personnes qui aiment les histoires. Je voulais créer un lieu magique. Un espace où j’aimerais moi-même être. Et c’est le principe de tout cela. »
Le principe de quoi ?
« Je suis mon goût et il me guide. Peut-être que je passe à côté de livres que d’autres adorent, mais j’essaie de rester fidèle à ce qui m’intéresse et d’être authentique. J’interviewe les auteurs que j’ai envie d’entendre, je publie les livres que j’ai envie de lire, et je partage des histoires qui me semblent importantes. »
« Comment naviguez-vous entre ces deux mondes ? » lui demandai-je. Le virtuel et le réel. Vous avez créé avec succès des univers « Zibby » dans ces deux plans, mais ils ne semblent pas forcément compatibles.
« Ce sont des sphères différentes. Mais au fond, c’est la même chose. J’essaie simplement de rencontrer les gens là où ils se trouvent. J’aime les défis et construire des choses. Mais surtout, j’aime créer des liens. Que ce soit en ligne ou dans la vie réelle, il s’agit toujours de connexion et de relations, simplement avec de nouveaux outils. »
Je rétorque, avec mon regard un peu traditionnel : « le monde en ligne n’est-il pas plus cruel ? La négativité y prolifère. Comment fait-elle face ? »
Toujours enjouée et posée, Zibby répond :
« Oui, il y a beaucoup de haine. Cela peut être terrible. Mais on peut aussi rencontrer des personnes formidables partout dans le monde. La solitude est une véritable épidémie et le monde en ligne peut rassembler, comme une librairie. Clubs de lecture, échanges de commentaires sur les livres aimés… Je ne laisse pas la haine m’atteindre. Je n’ai pas la peau particulièrement dure et je ne suis pas sur X, mais je n’hésite pas à bloquer sur Instagram. C’est simple. Je traite cet espace comme mon salon. Si vous n’aimez pas être ici, vous pouvez partir. Et puis, s’il y a de la haine, c’est parce que je représente quelque chose qui dérange – que ce soit mon soutien à Israël ou le fait que je sois juive… »
Zibby a publié l’anthologie à grand succès On Being Jewish Now: Reflections from Authors and Advocates. Le livre est paru après le 7 octobre ; il est resté vingt-sept semaines sur la liste des best-sellers USA Today.
Je lui demande de me parler de sa maison d’édition.
« J’ai commencé parce que je voulais publier des textes encore inédits. Lire un texte inédit d’un auteur aimé, avant même qu’il ne soit édité, c’est magique. Je disais sans cesse aux invités du podcast : “Vous devriez écrire un livre.” Mais, après, j’entendais les critiques sur la lourdeur de l’industrie éditoriale. Alors, je me suis dit : que puis-je faire ? Créer ma propre maison d’édition. C’est ainsi qu’on fait émerger de nouvelles voix et qu’on offre une meilleure expérience aux auteurs et aux lecteurs. »
Zibby conclut :
« Regardez les licenciements au Washington Post. Le monde des médias traditionnels est en pleine transformation. Les gens cherchent ailleurs des sources d’inspiration et de contenu. Alors faire partie de ces nouvelles sources, dans cet immense écosystème, est un véritable honneur. »
Voilà Zibby. Une innovatrice au sens noble. Une figure qui change les règles du jeu dans l’édition. Une créatrice de nouveaux espaces médiatiques. Une fondatrice de lieux pour les amoureux des livres et pour les écrivains. Une guide bienveillante pour ceux qui cherchent de nouvelles histoires et idées.
Une faiseuse de goût.
Mais surtout, un pont humain entre le physique et le virtuel. Entre auteurs et lecteurs. Un passage pour que des étincelles de joie circulent à travers les mots. Et si l’on croit que le monde des idées est le plus noble de tous et que les livres peuvent changer le monde, alors avoir une Zibby Owens comme influenceuse – oui, influenceuse – des livres, rend ce monde incontestablement meilleur.
[1] Moms Don’t Have Time To: A Quarantine Anthology ; Moms Don’t Have Time To Have Kids: A Timeless Anthology ; Bookends: A Memoir of Love, Loss, and Literature, Princess Charming ; Blank: A Novel (best-seller USA Today) et On Being Jewish Now: Reflections from Authors and Advocates (également best-seller USA Today).
