Chère Madame, cher Monsieur,
La Règle du jeu, revue que nous avons fondée, il y a 35 ans, avec Salman Rushdie, Mario Vargas Llosa, Jorge Semprún, Claudio Magris, Jonathan Safran Foer et quelques autres, prépare, pour son numéro de printemps, un dossier d’ampleur consacré à l’émergence de ce que l’on appelle, faute de mieux, les « influenceurs littéraires ».
Nous nous y intéressons aux formes nouvelles que prennent la critique, la transmission et la défense de la littérature à l’ère des réseaux sociaux.
C’est dans ce cadre que nous souhaitons vous proposer un entretien approfondi autour de votre activité et de votre façon singulière de réconcilier les écrans et les livres.
C’est Nathan Devers qui coordonnera ce dossier.
C’est Aline Le Bail-Kremer, Emily Hamilton, Raphaëlle Milone, Félix Le Roy, Valentine Carrion, Daniel Ramirez, d’autres, qui mèneront cette série d’entretiens.
Dans mon esprit, et dans celui de Maria de França, la directrice de notre rédaction, ces entretiens pourraient tourner autour de questions du genre : votre rapport à la lecture ? à la critique ? aux œuvres que vous défendez ? votre manière d’investir les outils numériques pour faire vivre la littérature auprès d’un public élargi ? comment définissez-vous votre rôle : lecteur, passeur, prescripteur ? si les contraintes des réseaux influencent votre manière de parler des livres et comment ? si vous êtes satisfait de l’appellation d’« influenceur littéraire » ou si vous en préférez une autre ? ce que vous répondriez à quelqu’un qui vous accuserait d’ « uberiser » la littérature ? lisez-vous différemment depuis que vous partagez vos lectures en ligne ? arrive-t-il à vos goûts littéraires d’évoluer en fonction de vos retours ? les réseaux sociaux sont-ils un espace de complexité ou de simplification ? si vous supprimiez les likes, vues et commentaires, parleriez-vous des mêmes livres ?
Ou bien : quelle sorte de lecteur êtes-vous ? ce que vous attendez d’un livre (et ce que vous n’en attendez surtout pas) ? s’il vous est arrivé de lire des pages à voix-haute pour séduire une personne ? quel écrivain pourriez-vous croiser dans vos cauchemars ? qui, parmi les écrivains que vous aimez, pourrait être votre meilleur ami, et pourquoi ? si vous aviez le pouvoir d’ obliger Donald Trump, ou Vladimir Poutine, à lire un livre, quel serait-il ? que conseilleriez-vous de lire à une personne qui a perdu le goût de vivre ? à une personne qui croit qu’elle sait tout ? à un mystique ? à un snob ? à un tech mogul de la Silicon Valley ? avez-vous le désir d’écrire vous-même et d’être publié ? parler des livres des autres aide-t-il ou freine-t-il votre propre geste d’écriture ? quel livre avez-vous défendu seul contre tous ? avez-vous déjà aimé un livre pour de mauvaises raisons ? la lecture est-elle, comme disait Valéry Larbaud, un « vice impuni » ? un péché ? une bénédiction ?
Ou encore : avez-vous des références, des modèles ou inspirations, voire des maîtres en matière de critique littéraire ? qu’est-ce qui vous lie à la critique littéraire classique et qu’est-ce qui vous en différencie fondamentalement ? comment souhaiteriez-vous que la critique, d’une manière générale, évolue ? seriez-vous d’accord pour dire qu’en plus de les écrire, vous jouez vos critiques, comme une actrice ou un acteur ?
Tel est, en vrac, l’esprit de ces conversations telles que nous les imaginons. Mais cette série de questions n’est évidemment pas limitative. Et je sais bien que l’essentiel surgira, comme toujours, dans la vérité, la liberté et l’improvisation du face-à-face.
Cette réflexion collective sur la nouvelle « Nouvelle Critique » sera, encore une fois, le « grand dossier » de notre prochain numéro. Et nous en publierons aussi les textes, avant cela, sur le site de la Revue. Nous serions heureux, vraiment, de votre participation à ce débat exigeant, ouvert et, je crois, neuf.
Recevez, je vous prie, l’expression de ma sympathie ainsi que celle de mes amis, membres du comité éditorial et du comité de rédaction de La Règle du Jeu.
Bernard-Henri Lévy
