D’où est né en vous le désir des livres ?
Je n’ai pas toujours aimé la lecture et les livres. Personne ne lisait autour de moi, ni mes amis, ni les membres de ma famille. C’est durant mes études que je me suis retrouvé dégouté de la lecture. Comment imaginer qu’une contrainte puisse devenir une passion ? Des livres ennuyants imposés, des interrogations ratées, aucun plaisir. Et puis, en première année de communication – durant mes études supérieures, j’ai rencontré une enseignante qui nous parlait si bien des livres que je me suis dit que j’avais peut-être loupé quelque chose. J’ai lu un livre de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, et tout s’est enchaîné très vite. C’était la première fois que je ressentais des émotions si fortes, si vives. Les livres ont vraiment ce pouvoir.
Comment votre rapport à la lecture s’est-il construit avant les réseaux sociaux ?
J’avais un rapport assez conflictuel ou presque pas de rapport. Les réseaux sociaux ont renforcé mon goût de lire. Quand je suis tombé dedans, j’allais chercher mes idées de lecture sur la plateforme de vidéos YouTube. J’écoutais et regardais des jeunes filles lectrices – il y a très peu d’hommes qui parlent de livres sur les réseaux – qui partageaient les livres qu’elles avaient aimés. Elles me donnaient envie d’en acheter plein !
À quel moment avez-vous décidé d’en faire un espace public, et pourquoi sous cette forme (Instagram, TikTok, YouTube, etc.) ?
Je me suis lancé sur Instagram pour parler de livre dans la nuit du 17 au 18 mars 2018. C’est très précis car c’est à cet instant que j’ai achevé d’écrire mon travail de fin d’études sur le phénomène des youtubeurs. J’étais loin de vouloir en faire mon métier à cette époque. J’ai eu moi aussi envie, suite aux recommandations de mes proches et avec le désir de parler de livres, de créer un espace pour échanger avec les gens. Des gens qui ont la même passion que moi, qui lisent, qui aiment les livres et je crois que j’avais envie également de rendre la lecture moins solitaire. Quoi de mieux qu’Internet pour trouver des personnes et échanger ?
Comment définiriez-vous aujourd’hui votre rôle : lecteur, passeur, prescripteur, critique ? Le mot d’influenceur vous semble-t-il impropre, pertinent, réducteur, rabaissant pour décrire votre rôle ?
Pendant longtemps, je n’ai pas aimé le mot influenceur, car je trouve qu’il s’associe très vite à des personnes de la téléréalité, que je ne trouve pas toujours très inspirantes et passionnantes. On parle parfois de culture du vide. Mais je tiens à être nuancé, parce qu’il ne faut pas mettre toutes ces personnes dans le même panier.
Pour moi, on ne fait pas du tout le même métier, nous n’avons pas le même impact, ni le même parcours. Le terme influenceur est très critiqué et très controversé, à plein d’égards. Un influenceur est quelqu’un qui crée du contenu autour d’un thème bien défini. Aujourd’hui, oui, je me définis avant tout comme un lecteur passionné qui partage. Mais aussi comme un passeur, un prescripteur. J’essaye en tout cas de susciter une étincelle, je crois que c’est ce rôle-là que j’ai décidé d’incarner. Donner envie, susciter l’émotion.
Que perd-t-on et que gagne-t-on à parler de littérature sur les plateformes numériques ?
Ce qui est sûr et certain et contrairement à plein d’autres domaines de l’influence, on ne gagne pas des millions. Ce qu’on gagne, c’est surtout des échanges inspirants et passionnants. Ce qui est chouette, c’est qu’aujourd’hui, tout le monde peut parler de ses lectures aimées (ou pas) à des milliers de personnes, à travers un écran. Avant, cela passait plutôt par la presse et les médias traditionnels. Je dirais que ça symbolise une facilité d’accès à la lecture, ça la rend moins élitiste et moins inaccessible. L’avantage d’en parler en ligne, c’est aussi et avant tout, d’incarner une émotion. C’est humain, et c’est ce que les gens recherchent aujourd’hui, enfin, je crois.
Quel regard portez-vous sur la place prise aujourd’hui par les influenceurs dans le panorama littéraire ?
Un regard bienveillant. Je trouve ça génial ce nouveau maillon dans la chaîne du livre pour faire rayonner le plus bel objet du monde : le livre. Aujourd’hui, nous sommes des centaines – peut-être davantage – à parler de livres et de lectures sur les réseaux sociaux, et quel bonheur. En plus des libraires, des bibliothécaires, des enseignants, des éditeurs, des diffuseurs, des représentants, des journalistes, et bien d’autres prescripteurs. Il existe une telle diversité qu’il n’y a pas qu’une seule culture : c’est ce que j’appelle la richesse du monde.
Voyez-vous des dérives possibles dans cette nouvelle économie d’influence numérique ?
Bien évidemment ! Et c’est comme dans tous les domaines. Mais je pense que certains rêvent d’une chose uniquement : être célèbres. Cela peut vite faire tourner la tête et c’est un cercle vicieux. D’autres souhaitent aussi avoir des livres gratuits, à tout prix. D’autres encore opèrent pour des stratégies déloyales, développent des comportements médiocres – parfois sous les yeux de leurs communautés et sans scrupule – et puis il faudrait parler également de ces personnes prêtes à tout pour générer des cœurs virtuels et de l’argent. Il faut bien choisir les personnes qu’on décide de suivre. La bêtise est… partout.
Que manque-t-il encore, selon vous, à la critique littéraire contemporaine ?
Peut-être une crédibilité de la part des maisons d’édition. Mais depuis quelque temps c’est en train de changer. Dans mon cas, c’est un métier, et ce n’est pas encore vu comme tel ni respecté par certains. Mais depuis huit ans, je vois que ça change, que ça évolue vers un mieux. C’est aussi assez nouveau, donc je le comprends. Parfois, il faut bien se dire que nous sommes plus regardés, écoutés, que certains médias traditionnels ou que certaines publicités. Même si cela reste chouette de passer à la télévision ou d’avoir une page dans un magazine. Mais, pour moi, il faut concilier les deux.
Qu’attendez-vous d’un livre ? Et que n’en attendez-vous surtout pas ?
Je n’attends qu’une chose : qu’il procure de l’émotion. De la joie, de la colère, de la tristesse, du bonheur, de la haine, de l’espoir. Je n’attends pas toujours de l’aimer, mais de me faire ressentir quelque chose.
En revanche, je n’attends pas d’un livre qu’il soit rempli d’injonctions, qu’il me dicte ce que je dois penser.
Qui, parmi les écrivains, pourrait être votre meilleur ami, et pourquoi ? Lequel pourriez-vous croiser dans vos cauchemars ?
C’est une question très difficile, parce que je suis ami avec beaucoup de romanciers et romancières. Il y en a tellement que j’aime. Mais je vais dire Carène Ponte. Parce qu’à travers ses livres, elle raconte toujours la vie. Parce que je me retrouve toujours entre deux pages. Parce qu’elle raconte les épreuves difficiles comme les moments doux. Parce que j’aime chacun de ses livres, qu’elle m’étonne et m’emmène souvent là où je ne m’attends pas à aller. Mais je pourrais vous dire Sophie Tal Men, Julien Sandrel, Marie Vareille, Virginie Grimaldi, David Foenkinos, Joël Dicker ou encore Sophie Jomain.
Dans mes cauchemars, je pense que je croiserais Flaubert, il m’a tellement dégoûté de la lecture… ça reste un très très mauvais souvenir (oups).
Que conseilleriez-vous de lire à une personne qui croit qu’elle sait tout ?
Les quatre accords toltèques de Miguel Ruiz, sans aucun doute. A lire, à relire.
Que conseilleriez-vous de lire à un mystique ?
Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry.
Que conseilleriez-vous de lire à un snob ?
Un roman à succès sur papier recyclé de Simon Drouard et Vianney Louvet, un objet littéraire qui casse tous les codes, complètement inclassable, singulier, original.
Que conseilleriez-vous de lire à une personne privée de liberté ?
C’est très difficile d’y répondre car on peut être privé de liberté pour un tas de raisons. Mais peut-être Chanson douce de Leïla Slimani, qui interroge nos parts d’ombre et nos responsabilités. Les ailes collées de Sophie de Baere, un petit bijou.
Croyez-vous encore à une hiérarchie entre littérature dite « noble » et littérature dite « commerciale » ?
Je me bats très souvent pour qu’il n’y ait plus de hiérarchisation et d’étiquettes entre les deux. Pour moi, il n’y a pas de bon ou mauvais livre, tout dépend du vécu et de l’histoire de chaque individu. On peut lire un livre primé par l’Académie Goncourt et lire un livre comme La femme de ménage après. Et puis, il ne faut jamais oublier que la littérature commerciale et populaire fait vivre des libraires, et fait entrer des gens en librairie. N’est-ce pas l’essentiel ? J’en ai un peu marre de ce discours qui prétend qu’il y a la grande littérature et le reste.
En quoi le médium des réseaux sociaux change-t-il la manière de parler des livres par rapport à la critique de presse traditionnelle ? Avez-vous déjà eu le sentiment que votre discours était plus honnête qu’un article de presse, ou au contraire plus contraint ?
Ce qui change tout, à mes yeux, c’est que cela est incarné par quelqu’un qui ressemble à tout le monde et qui a des émotions. Les gens ont la sensation de parler avec un ami, chez eux. Généralement, même s’il s’agit de réseaux sociaux, il n’y a pas de filtre. Tout est plus rapide et très spontané – pour moi, en tout cas, c’est le cas.
Quelles sont les plus belles surprises que vous a apportées votre activité d’« influenceur littéraire » ? Et les pires ?
Dans les plus belles : je dirais que finalement, ce n’est pas un milieu si fermé que ça. Cela peut avoir ses avantages et ses inconvénients. Mais j’y ai trouvé rapidement ma place. Jamais je n’aurais imaginé faire ce métier et, finalement, je l’adore. J’ai comme tout le monde parfois eu des périodes de doutes.
Qu’aimiez-vous lire lorsque vous aviez dix ans ?
Vraiment ? Je n’en sais rien… Les cartes postales de mes parents et grands-parents quand je partais en camps de vacances.
Y a-t-il un livre dont vous puissiez dire, sans exagérer, qu’il a révolutionné votre vie ? Ou qu’il l’a gâchée ?
Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan, parce qu’il m’a quand même permis de vivre l’une des plus belles histoires d’amour : celle entre les livres et moi.
Et puis, beaucoup de livres m’ont changé, m’ont fait grandir, m’ont fait voyager. C’est quand même fou le pouvoir que les mots possèdent.
Êtes-vous déjà tombé amoureux par la littérature ?
Je suis tellement amoureux des livres. Jules Renard disait : « quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. », je suis dans le même rapport.
À quel genre êtes-vous le plus sensible, et pourquoi ? Et quel est le genre qui vous laisse le plus indifférent, et pourquoi ?
Je peux lire de tout. Je préfère les histoires inspirées de notre monde réel. J’ai du mal avec la dystopie, la science-fiction ou le fantastique. J’aime beaucoup les romans qui font du bien, la littérature blanche, le développement personnel, les biographies, la bande-dessinée – ou romans graphiques – et je lis de plus en plus de romans noirs et de la romance.
Ce n’est pas vraiment un genre qui me freine, en revanche, j’ai encore du mal avec les livres de plus de 500 pages…
