Ce soir, je voudrais rendre hommage aux femmes iraniennes qui sont les initiatrices du combat contre la tyrannie des mollahs. Il n’est pas courant dans l’Histoire que les femmes soient les premières à prendre tous les risques pour renverser un pouvoir despotique. Il est vrai que l’Iran traite les femmes très mal, et bien plus mal que les hommes, mais peut-être sont-elles aussi plus courageuses. 

Or il me semble qu’en France, et peut-être dans d’autres pays, le combat des Iraniennes a été sous-estimé par certains politiques, certaines féministes qui ont gardé le silence depuis le début de la révolution. 

Aujourd’hui encore, on attribue les grandes manifestations à la crise économique et au bazar, en oubliant que la cause des femmes et le combat de tous pour les libertés sont au moins aussi, sinon plus, considérables. Il faut remonter à septembre 2022 pour voir des images de femmes manifestant dans la rue contre l’obligation du port du voile. Certaines l’ayant même ôté en public pour la première fois – suprême péché, suprême crime. 

L’étincelle qui a mis le feu à la dictature n’est autre qu’une jeune femme du Kurdistan iranien. Son nom, qu’il faut retenir et que vous avez déjà entendu, est Mahsa Amini. Venue avec son père à Téhéran s’inscrire à l’université, « elle a omis de mettre son voile dans la voiture du père ». Elle est arrêtée par la police des mœurs, qui l’emmène. Elle meurt trois jours plus tard, victime de coups portés à la tête. Avant même son enterrement, des manifestations quotidiennes, menées d’abord par des femmes, ont lieu dans différentes villes, dont Téhéran. Déjà, de nombreuses manifestantes enlèvent leur voile pour protester contre l’apartheid sexuel, auxquelles se mêlent des étudiants venus de l’université. Dès la fin septembre 2022, la police tire à balle réelle et l’on compte déjà 83 morts. Bientôt commenceront les exécutions de manifestants. C’est donc d’abord à Masha Amini que je veux rendre hommage ce soir car sa mort a donné à d’autres femmes le courage, au risque de leur vie, de combattre pour leur liberté.

 Ce combat, et en particulier celui des femmes bien sûr, commence par le dévoilement. Le voile n’est pas un morceau de tissu comme certains le disent aujourd’hui. Il n’est pas simplement le symbole de la tyrannie islamiste. Il en est la réalité, la concrétisation tant à l’égard des droits que dans leur vie quotidienne. Enlever le voile, c’est retrouver ses droits, la maîtrise de son corps, de sa vie et l’espérance de l’égalité avec les hommes. 

Je m’interroge : pourquoi tant d’hommes qui se réclament de gauche, pourquoi tant de militantes qui se disent féministes ont détourné le regard et sont restés muets devant la persécution des Iraniennes qui ont risqué leur vie ? Pas un mot pour les femmes emprisonnées, violées, torturées, voire pendues. Ce faisant, ces hommes et ces femmes ont trahi l’idéal féministe universel et l’idéal démocratique pour ne pas faire de peine à une mollarchie criminelle. 

On ne peut pas pleurer les victimes quand on soutient leur bourreau. D’où un silence assourdissant pendant des années à l’égard du combat des Iraniennes – en dépit de protestations solidaires, à peine entendues, de quelques-unes. C’est pourquoi je remercie de tout cœur Valérie Pécresse de nous donner l’occasion ce soir de dire haut et fort aux Iraniens, aux Iraniennes, notre profonde solidarité et notre admiration sans bornes pour leur courage. Nous ne vous oublierons pas.

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