Les Iraniens, les Iraniennes ne sont pas seuls. Les Français, les Françaises sont avec vous. Peut-être que vous n’entendez pas la voix des gouvernements européens, mais le peuple est avec vous. Et ça, il ne faut pas l’oublier. Nous savons le combat que vous menez, là-bas et ici. Nous savons les sacrifices. Nous savons que ceux qui défilent là-bas ont peur, mais ils sont quand même dans la rue. Et nous devons être à leurs côtés, parce qu’aujourd’hui c’est « silence on tue ». On assassine en ayant fait un blocus sur Internet. On assassine en interdisant aux journalistes d’entrer en Iran. On assassine aujourd’hui dans une sorte d’assentiment complice – et je le dis en pesant mes mots – de la communauté internationale. On a connu ça à l’époque des Chrétiens d’Orient, quand, avec Valérie Pécresse, je présidais la coordination des Chrétiens d’Orient en danger. On s’était levé pour protester contre les massacres, contre les assassinats, contre le génocide, contre ceux qui, contre les Chrétiens et les Yézidis, exerçaient la loi du plus fort. Où sont-ils aujourd’hui ? Ils ont été défaits.
L’histoire montre que les peuples finissent par avoir raison. J’étais en 2022-2023 dans les rues, aux côtés des Iraniens et des Iraniennes qui défilaient. Ils n’ont jamais perdu espoir. Dimanche dernier on était à leurs côtés, et je le les vois de nouveau défiler. Il faut qu’ils sachent qu’ils ont le soutien des peuples. Et le soutien des peuples aujourd’hui, c’est le soutien des intellectuels, des grandes voix. C’est important ce qu’a préparé la Région Île de France et sa présidente Valérie Pécresse. C’est ce qui manquait. En France, on est un pays d’intellectuel. Si les intellectuels bougent, les gouvernements bougent. Donc mesdames et messieurs, vous avez une mission sacrée. Cette mission c’est de parler de l’Iran, ne pas laisser les massacres se faire dans le silence. Car que voyons-nous aujourd’hui ? Eh bien, nous voyons a un crime contre l’humanité, contre sa propre population. C’est le premier crime contre l’humanité qui se déroule sous nos yeux au XXIe siècle. Est-ce qu’on a oublié ce qui s’est passé en 1915, quand le génocide des Arméniens éradiquait toute une population ? Est-ce qu’on a oublié que ce génocide a précédé la Shoah ? Parce qu’il y a eu un génocide arménien.
Quel avenir, quel message, que disons-nous ainsi aux autres dictateurs ? Tuez sans pitié, fermez votre pays. Massacrez, massacrez puissamment et rien ne vous arrivera, vous resterez au pouvoir. C’est le message que nous donnons aujourd’hui aux dictateurs du monde entier. Et nous, démocraties, nous montrons une sorte de faiblesse face à la violence et à la brutalité. Cette faiblesse-là, on la payera très cher.
Ce soir, je veux avoir une pensée pour celles qui ont commencé « Femme, Vie, Liberté ». Je veux avoir une pensée pour toutes les mères qui vont ramasser leurs enfants qui sont simplement partis manifestés pacifiquement et qui sont massacrés. Je veux avoir une pensée pour ces enfants orphelins qui se réveillent et qui sont confrontés à l’absence du père, et parfois l’absence de la mère, et parfois l’absence des deux. Et je veux avoir une dernière pensée pour mon assistante, parce que, pour elle, le crime iranien a un visage : son cousin. Vendredi dernier, je la vois prostrée. Elle m’explique que son cousin a disparu et, dans la nuit, ils l’ont retrouvé une balle dans le ventre. Le gouvernement d’Iran essayait d’expliquer à sa famille qu’il fallait accuser les manifestants – voilà où on en est aujourd’hui en Iran. Moi, je veux penser à toutes ces femmes, tous ces hommes et toutes ces victimes de cette oppression aujourd’hui qui est débridée. Et j’espère que la voix que vous avez, que vous portez ce soir ici, j’espère que cette voix-là va finir par peser sur la conscience. Parce que demain, que diront nos enfants ? Que diront leurs enfants ? Qu’est-ce que vous avez fait quand on massacrait les femmes et les hommes ? Où sont ces femmes féministes qui défendent tous les combats, mais qui n’ont pas défendu les Israéliennes après le 7-Octobre ? On ne les a pas entendues. Où sont les bonnes consciences aujourd’hui ? Quand ce sont les familles iraniennes qui subissent, on ne les entend plus. Il y a des bons et des mauvais côtés. Il y a des bonnes victimes et des mauvaises victimes, et c’est insupportable. Cette manifestation montre qu’il y a une attente du peuple français, et que ceux qui ont la parole puissent aujourd’hui porter votre voix.
