Comme tout Iranien et comme nous tous ici, j’ai le cœur en feu. J’ai en moi mille cœurs en feu.
Douze mille ? Vingt mille ? Trente mille ? Avons-nous des chiffres officiels ? 
La nuit, lorsque nous fermons les yeux, nous voyons des sacs mortuaires entassés. 
Nous portons en nous le drapeau noir des hommages funèbres, qui claque au vent de la mort après l’un de ces massacres qui s’inscrivent en lettres de sang dans l’Histoire d’un pays et dans la honte du monde. Cet étendard flotte et s’agite au milieu de notre poitrine et pour longtemps encore. 
Combien de morts nous demandez-vous ? Au-delà de l’entendement. Et combien d’ailleurs en faudrait-il pour que le monde entier, d’un seul élan, se soulève pour transformer l’indignation en action ; pour que « je condamne », devienne : « j’agis », « je renvoie », « je ne négocie plus », « je coupe », « j’expulse », « je suis de votre côté ». 
Combien encore pour faire sonner l’ultime alarme ? 
Combien de crimes de guerre et combien de crimes contre l’Humanité faudra-t-il pour faire soulever les paupières et déclencher enfin l’action ? 
La main tremble. Dix mille, vingt mille, trente mille, quarante mille morts ? Mais la main de l’Europe tremble et hésite encore à l’idée d’inscrire le corps des Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. 
Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qu’on est devenu ? Où est passé notre humanité ? 
Le régime islamique, lui, se moque bien des chiffres. En matière de mort, ce n’est jamais assez. Des dizaines de milliers de morts et Khamenei et ses Gardiens en veulent encore. Ils en voudront toujours plus. C’est leur raison d’être. C’est leur slogan. C’est Khamenei qui le dit. En matière de violence, ce n’est jamais assez. De pendaison, d’exécution, de viol, de barbarie, jamais assez.
Et pendant que nous pinaillons sur la légitimité ou sur le charisme du leader que le peuple iranien réclame – pas besoin d’être monarque pour l’entendre, c’est Reza Pahlavi -, eh bien pendant ce temps-là, ça tue, ça défonce, ça arrache, ça écrabouille encore à l’instant même où je vous parle, au vu et au su du monde immobile, en arguant et en menaçant l’Occident. 

Chers amis, chers compatriotes français, nous sommes tristes, nous sommes dévastés, nous sommes détruits, mais regardez-nous. Jamais n’avons-nous été aussi optimistes et aussi convaincus que la fin du régime islamique est imminente. La chute des barbares, la chute de la barbarie, la fin de la plus longue prise d’otage. 
Le tout est de savoir maintenant avec qui, avec quel allié et à quel prix ?
Le peuple iranien mitraillé et à main nue est en train de déboulonner l’origine même du mal. Et bientôt le début d’une nouvelle ère, d’une nouvelle page, avec d’autres pays amis. S’il vous plaît, pas de pessimisme. Ce n’est pas le moment. Nous n’avons plus le temps. Sortez, s’il vous plaît, votre optimisme des beaux jours et des grands soirs et tenez-nous par le bras. Entendez-nous. Le retour des rossignols et de l’air libre est pour bientôt. Le poète Rûmi nous prévient : « La brise de l’aube a des secrets à nous raconter. Ne retournez pas dormir. » Et vous verrez un jour, tout comme ici en France, en Iran aussi, les Proxy ne seront plus que des superettes de quartier. 
Iran vie, liberté. Merci.

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