Quelle horreur ! Quatre ans avant la guerre, on a osé appeler « art dégénéré » (Entartete Kunst) l’art de tous les artistes qui ont illuminé nos vies. C’est l’expression adoptée par le régime nazi, à la suite de l’exposition du même nom à l’Institut archéologique municipal de Munich, le 19 juillet 1937, organisée par Goebbels – ministre de la Propagande – et Adolf Ziegler – directeur de la Chambre de la Culture – l’artiste préféré d’Hitler. Ils décrivent de manière inattendue tout ce qui est fondamental dans l’art et la poésie en l’interdisant au détriment, disent-ils de ce qu’ils appellent « l’art héroïque ». L’art qualifié de « dégénéré » est interdit sur le sol allemand et dénigré comme « non allemand » en raison de ses connotations ou influences juives entre autres. Les personnes qualifiées d’« artistes dégénérés » étaient soumises à des sanctions : licenciement de leur poste d’enseignant, interdiction d’exposer ou de vendre leur art, etc. Pour cette peste, « la dégénérescence impliquait la faiblesse et le désordre, ainsi que des métaphores politiques utilisant un langage pathologique et l’infection pour décrire l’impureté politique et raciale ». Quelle horreur !
L’organisation de l’exposition mettait en avant deux idées : le caractère « dégénéré » des œuvres et l’irresponsabilité et la corruption des artistes. Il s’agissait de démontrer que toute expression artistique portant atteinte aux valeurs culturelles, politiques et esthétiques souhaitées par le régime devait être éliminée. Les œuvres étaient placées de manière chaotique et accompagnées de cartouches ridicules et de photographies de patients psychiatriques, avec des légendes qui reflétaient de manière sarcastique leur « obscénité, folie, blasphème et noirceur (Verniggerung) ». En outre, en mai 1938, une exposition d’Entrartete musik, présentant des compositeurs ayant une « influence destructrice » sur la musique allemande, tels qu’Arnold Schönberg ou Igor Stravinsky, est organisée à Düsseldorf.
Arrabalesques d’artistes essentiels d’aujourd’hui et toujours
L’admirable Jankel Adler lorsqu’il devient professeur à l’Académie des arts de Düsseldorf dit à Paul Klee en 1922 :
« …je trouve dans ce que je grave ou je peins ce que je voudrais aimer »
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Le prodigieux sculpteur prussien Ernest Barlache en1906 voyage en Russie et écrit :
« …Dostoïevski et ses personnages m’irritent, les seconds me semblent bêtes et théâtraux. Je ne sais que penser du premier »
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Le génie français Marc Chagall dit en 1915 à son épouse Bella Rosenfeld :
« …l’amour est bien plus rare que le génie »
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Le père du magique graveur et peintre Otto Dix travaillant dans une mine de fer offre à son fils des cours à Gera de 1905 à 1909 avec Carl Senff à qui il dit :
« …ce que les écoles d’aujourd’hui nomment sensibilité n’est qu’un système d’émotions purement traditionnelles »
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Le stupéfiant peintre et caricaturiste George Grosz, né Georg Ehrenfried Groß fut un membre important dumouvement Dada, qui proclama :
« …il y en a même qui sont cardeurs de leurs rêves »
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L’inouï peintre russe Vassily Kandinsky est considéré comme l’auteur de la première œuvre d’art abstrait en 1913 ? comme consolation pour sa noble famille maternelle ?
« …l’orgueil n’est pas déconcerté par la dignité »
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L’énigmatique peintre Paul Klee (d’après son fils Felix)et violoniste aurait dit à sa mère cantatrice :
« il y a des aveugles qui aiment les oiseaux ; pas pour leurs chants mais pour leurs couleurs »
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Le féerique peintre autrichien Oskar Kokoschka a vécu une passion avec Alma Malher (veuve de Gustav) de 7 ans son aînée ; il lui dira :
« …où que l’on aille, on ne s’éloigne pas du monde »
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L’olympien Picasso lui dit à sa seconde et dernière épouse Jacqueline Roque le 31 décembre 1973 :
« …il n’y rien d’extérieur à nous qui ne soit sans valeur »
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