Lâche… D’une infinie et déshonorante lâcheté… Ainsi les organisations juives et antiracistes ont gagné. Ou plutôt croient-elles, aveugles, avoir gagné… Car la vérité est toute autre et nous allons y revenir. Il y a quelques heures Le CRIF, l’UEJF et d’autres, ont obtenu le retrait de l’invitation faite à Marine Le Pen par la Radio Juive. Ces organisations aussi diverses soient-elles ont préféré avoir peur, ne pas combattre, se complaire dans l’inaction plutôt que d’opposer à Marine Le Pen de solides arguments. Vite, une question ! Depuis quand sommes nous devenus pusillanimes ?

Il fut un temps où l’antiracisme d’inspiration juive était une pensée forte, combattante et combative, animée par un idéal et bonnes intentions. Animée de bonnes intentions mais également d’une certaine envie de combattre le racisme, de débusquer l’antisémitisme, de vaincre la xénophobie partout où ces maux allaient se nicher. Ce mouvement de la société française coïncidait d’ailleurs avec l’éveil des mouvements Black and Proud et la Marche des Beurs. C’était la bonne époque des « potes » : un mouvement de masse porté par d’illustres engagés : Harlem Désir, Bernard-Henri Lévy, Julien Dray, Coluche aussi. Juifs, Noirs et Arabes retrouvaient une fierté, ils n’avaient plus honte de ce qu’ils étaient : ensemble ils relevaient la tête. C’était bien, c’était hier… Car de façon incompréhensible, en quelques heures le mercredi 9 mars, les choses ont changé.

En interdisant l’antenne à Marine Le Pen, les organisations communautaires envoient à la France un terrible message. Elles donnent l’impression d’avoir peur, de fuir le débat là où justement on attendait d’elles courage et vérité politique. La stratégie est pitoyable, le calcul mauvais. C’est aujourd’hui Marine Le Pen qui sort grande gagnante du non affrontement. Non seulement elle passe pour la victime mais elle pousse même l’humiliation jusqu’à vous attaquer en justice. Voilà une loi à méditer : affronter Marine Le Pen comporte forcement des risques. Ne rien faire contre elle est encore plus dangereux.

Le débat contradictoire aurait pu permettre de la dé-crédibiliser. À y regarder de plus près, cette invitation avait tout d’un guet-apens. Savamment préparé, les journalistes de l’antenne juive auraient pu disqualifier la candidature frontiste et ses idées rétrogrades pour longtemps. Qu’il y avait-il donc à craindre d’une Marine Le Pen encadrée de plusieurs journalistes rompus à l’exercice de l’interview politique et de milliers d’auditeurs prêts à suppléer ces derniers en cas d’hypothétique défaillance ? Rien, absolument rien ! En dehors de toute logique on a choisi de ne pas débattre.

Et puis il faudrait savoir. Qu’est donc Radio J ? Une station de radio où travaillent des journalistes ou bien un cercle de pensée engagé ? Choisissez ! Si Radio J se veut journalistique, elle doit informer dans le souci de l’objectivité, traiter l’information et l’actualité en dépit d’orientations forcement subjectives. Et cela passe forcement, même si la charge n’enchante personne, par l’invitation d’une Marine Le Pen qui trust les premières places du podium des intentions de votes. C’est tout le sens de la dernière intervention de Frédéric Haziza, aux commandes de l’émission de Radio J : « Moi j’avais ma logique, celle d’un journaliste qui voulait faire son travail de journaliste, y compris sur Radio J. Jean-Marie Le Pen depuis 30 ans n’avait jamais été invité par Radio J ni aucun leader du FN, puis il y a eu un certain nombre de déclarations de Marine Le Pen qui laissaient entendre qu’elle remettait en cause l’héritage négationniste du Front national ». L’invitation avait pour but de « la mettre face à ses responsabilités, pour savoir exactement s’il s’agissait de déclarations de forme ou si c’était plus profond », a expliqué le journaliste. « Je voulais lui poser des questions : j’aurais voulu savoir ce qu’elle entendait en disant ‘la Shoah est le summum de la barbarie’, qu’est-ce que c’est la laïcité pour elle, est-ce qu’il y a pour elle des bons et des mauvais immigrés, est-ce qu’elle dénonce tous les dérapages de son père ».

Cette invitation ressemblait à une aubaine ! La non-invitation s’est transformée en fiasco. Ainsi donc le CRIF, l’UEJF et la direction de Radio J ont plié. De quoi avaient-ils peur au juste ? Des idées ? Du débat démocratique ? Depuis quand a-t-on peur des idées lorsqu’on porte la responsabilité d’une culture, d’une Histoire et d’une communauté ? Sont-ce des froussards qui nous représentent ? Je me le demande…


9 Commentaires

  1. Bêtise,d’une infinie bêtise! Le vrai problème n’est pas d’avoir annulé M.Le Pen à RadioJ, mais de l’avoir invitée. Alors Mr Samama à propos de votre article souvenez-vous de ce que Pierre Dac aurait pu en dire : « En politique, parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir. »

  2. Je ne suis pas du tout d’accord avec cet article qui fait des affirmations gratuites qui ne me semblent absolument pas évidentes.

    Prenons en une par exemple qui donne d’ailleurs le ton : inviter la »fifille à son papa » permettrait de la dé-crédibiliser, qui est une affirmation gratuite qui relève plus du voeu pieu que de la réalité.

    Elle est préparée à ce genre d’exercice et on a vu comment un Mélenchon, pourtant « grande gueule », n’a pas convaincu ceux qui ont regardé le débat télévisuel qui les opposait.

    En réalité, l’extrême droite prospère sur la crise, la haine des autres et de soi, l’idéologie et les fantasmes… autant de critères qui relèvent du subjectif, de la psychologie et du non raisonnable.

    Comment dans ces conditions convaincre avec des arguments raisonnés ceux qui précisément ne raisonnent pas et relèvent de l’irrationnel le plus absolu ?

    Cela me semble tout à fait impossible.

    Par contre, donner une caisse de résonance, une crédibilité et une audience à quelqu’un dont les idées me semblent totalement infréquentable me semble une faute stratégique de fond qui consiste à faire croire que la ‘fifille à son papa » dirige un mouvement politique comme les autres alors qu’en réalité celui-ci constitue une menace réelle sur les libertés et une grave hypothèque sur l’avenir des français.

    L’auteur oublie sans doute un peu vite que les nazis aussi, en leur temps, avaient constitué une force montante qu’on s’était empressé de crédibiliser, ce qui leurs avait permis de remporter des élections et de s’emparer du pouvoir… puis vint l’horreur absolue !

    La nature profonde du parti en question ne changera pas même si le discours se fait feutré.

    La seule incompréhension dans cette affaire c’est comment une telle radio a pu imaginer inviter un tel personnage à qui inévitablement il aurait fait la courte échelle ?

  3. Quelle leçon d’humilité !
    Comme vous êtes courageux , si j’ai bien compris , vous ne manquerez pas de m’appeler .
    MICHEL ZERBIB
    DIRECTEUR DE L’INFORMATION DE RADIO J
    0153011212

  4. Bonsoir,
    C’est la première fois, depuis que lis les articles publiés sur ce blog, que je me trouve en désaccord total avec son auteur.
    Pensez-vous que l’on puisse réellement avoir un débat démocratique avec des racistes ? Qui dit débat dit échange d’idées, avec écoute et prise en compte des arguments de l’autre. Mais dans le cas d’un débat avec le FN que voulez vous qu’il en sorte ?
    Dé-crédibiliser Marine Le Pen vis à vis des auditeurs de Radio J ? De toute façon elle l’est déjà, les gens qui écoutent Radio J ne font pas partis des électeurs du FN. Vis à vis d’un auditoire qui lui est définitivement hostile, et face à des journalistes certes rodés elle aurait certainement servie sa soupe infâme, sans même écouter les questions, sans même y répondre, elle aussi a l’habitude de ce genre d’exercice.
    Je n’interprète pas le refus de la communauté Juive d’inviter Le Pen sur Radio J comme un message de peur ou de lâcheté, mais plutôt comme le refus de faire le jeu du FN en lui donnant une légitimité et une place dans le débat démocratique.
    Vous imaginez l’impact : Marine Le Pen pouvant se vanter d’être invitée à Radio J ! Après ça que voulez vous que les gens pensent ? « Si même les juifs l’invitent, c’est qu’elle n’est pas si infréquentable que ça après tout ! ».
    Non, on ne fréquente pas ces gens là, point.

  5. Un autre éditorialiste -J.Y. Camus- dans vos colonnes précise avec rigueur et vigilance les enjeux de principe pour faire barrage au FN. Compromission et séduction ne suffisent pas pour perdre tout jugement de valeur : JAMAIS un parti fasciste et xénophobe ne doit franchir le seuil d’une association républicaine ! Oui, RadioJ -que j’ai pourtant contribué à lancer- n’est qu’un cercle borné qui vient de perdre son âme. Seuls les démocrates peuvent empêcher les anti-démocrates de gagner du terrain. Attention danger : exit Marine Le Pen (ANIME LE PIRE = anagramme, vu sur Twitter)

  6. Ce que vous semblez négliger, monsieur Samama, et qui est pourtant un point central dans cette affaire, est le signal que cette invitation fait transparaître aux yeux d’élécteurs républicains qui pouvaient être jusqu’a present rebutés par l’héritage antisémite du FN.
    Vous savez très bien que personne n’écoute radio J, certaines phrases de l’émissions sont parfois reprises dans la presse le lendemain, mais les audiences restent confidentielles. Dans ce cas, même si les journalistes de RJ arrivent a desarconner Mme Le Pen, ce qui restera sur le long terme ca ne sera pas les paroles et le contenu de l’émission mais bien évidemment le symbole: Une Le Pen a RCJ, la presidente du FN hôte de la communauté qui a traditionellement toujours combattu ce parti.

    Comment pouvez vous passer cette dimension symbolique à la trappe ? Comment ne voyez vous pas que ce passage aurait été tout benef’ pour MLP, parader chez les Juifs et puis c’est tout, le débat aurait été anecdotique, vous le savez bien.

    C’est votre angélisme face à cette opération de communication astucieuse de Le Pen qui est dommageable.

  7. Entièrement d’accord avec cet article !

    Et comme je le disais en commentaire sur un autre article de ce site, les gesticulations du Crif et de l’UEJF ne feront pas renoncer un seul Juif au vote pour le FN ou pour Marine Le Pen. Allez enquêter dans le quartier de Mazargues à Marseille, regardez bureau par bureau les résultats du vote de dimanche, et vous verrez…

    Bien au contraire, c’est une excellente occasion pour Marine Le Pen de jouer les victimes, et pour le Crif et l’UEJF etc. de passer pour des totalitaires communautaristes.

  8. N’importe quoi ! La beauté de ce papier, si il y en avait une, tient au talent déployer pour réunir naïveté et platitude. Ce papier sent le ressentiment envers les institutions et les organisations communautaires. Quoi qu’on en dise, les organisations de la communauté juive sont légitimes pour s’exprimer et agir au nom des personnes qui y adhèrent où s’y reconnaissent.

    Une fréquence radio est attribuée par le ministère de l’intérieure aux communautés confessionnelles, dont la communauté juive, pour réaliser des radio communautaires. M. LDS, souhaitez vous accueillir chez vous Mme Le Pen ? Moi non, et je sais que la plupart des membres de la communauté juive ne souhaiteraient pas accueillir chez eux M. Le Pen.

    Croire que, je ne sais par quelle prodige de la naissance, les interviewers de la radio communautaire seraient plus doués que ceux de nos plus grandes radios nationales pour dévoiler le racisme de Mme Le Pen, c’est faire preuve d’une présomption peu commune, si ce n’est ridicule.

    Enfin, si la communauté juive de France organisée, avec la ménorah qui la rappelle jusque dans le logo de la radio en question, laisse entendre qu’elle peut accueillir le Front National, alors elle adresse un blanc sein à tous ceux qui, perdant le nord, sont tentés de voter pour la fille de playboy-girl la plus célèbre de France.