Officiellement, il y a 19 prisonniers arméniens à Bakou.  À ce chiffre, il faudrait ajouter le nombre – inconnu – d’Arméniens « disparus », dont certains seraient détenus au secret en Azerbaïdjan. Des personnes volatilisées, à l’image de cette république du Haut-Karabakh (Artsakh en arménien), qui a été rayée de la carte et intégralement vidée de son peuple à la suite de l’invasion militaire lancée par les troupes d’Aliev le 19 septembre 2023.

Un nettoyage ethnique perpétré dans les règles de l’art, que rien ni personne n’a pu ou voulu arrêter. Ni les résolutions votées par les instances internationales, ni les tentatives de mobiliser l’opinion, initiées entre autres par le directeur même de La Règle du jeu, pas plus que les 2 000 soldats des forces d’interposition russes, dont le commandement, mobilisé à l’époque par l’attaque contre l’Ukraine, était en conflit larvé avec une Arménie en rupture de ban avec Moscou, depuis la révolution de velours de 2018… 

Au nombre de ces otages, utilisés par Bakou pour faire pression sur l’Arménie, figure notamment Ruben Vardanyan, dont le cas a déjà été évoqué dans ces colonnes, ainsi que les anciens dirigeants et responsables militaires de l’Artsakh qui n’ont pu passer entre les mailles du filet azerbaïdjanais lors de l’exode de plus de 100 000 civils. 

Condamnés à des peines allant de quinze ans de prison à la perpétuité, au terme de procès qui avaient tout de la parodie de justice, ils sont depuis maintenus dans un isolement presque total. Le CICR ne leur a pas rendu visite depuis plus d’un an. Ils auraient subi de graves sévices, selon les témoignages des familles, qui n’ont guère d’autre possibilité que de leur parler quelques minutes au téléphone, une fois par mois. Ruben Vardanyan, lui-même condamné à vingt ans de prison, a pu faire comprendre, dans une lettre adressée à son épouse, Veronika Zonabend, que certains d’entre eux n’avaient plus de dents… 

Après le Parlement européen, l’Assemblée nationale et le Sénat français, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine a exigé, le 22 juillet dernier, leur libération. 

Les portraits de onze de ces otages seront exposés durant une semaine sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris à partir du 31 août, avec une inauguration prévue le 2 septembre à 10 heures. 

Il est évidemment important de soutenir ces initiatives. 

Pour des raisons humanitaires d’abord, mais aussi parce qu’une paix réelle entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ne saurait se construire sur la violation continue des droits des victimes et le maintien en détention de prisonniers, laquelle perpétue, par-delà la guerre, la logique de haine. 

Depuis sa victoire dans la guerre des 44 jours en 2020, le dictateur azéri Ilham Aliev, encouragé et soutenu par Erdogan, dicte sa loi, y compris aux autorités arméniennes, privées de capacité de rétorsion, dépourvues du moindre potentiel de dissuasion stratégique et de surcroît elles-mêmes otages de l’Azerbaïdjan, leur avenir politique étant suspendu à la menace d’une nouvelle guerre. 

Ce risque, personne ne veut le prendre, eu égard à la précarité de ce qu’il reste de l’Arménie. Un pays chrétien pris, depuis plus d’un siècle, dans la tenaille d’un expansionnisme panturc dont la violence s’est manifestée dès les grands massacres ordonnés sous le sultan Abdülhamid II, en 1894-1896, avant d’atteindre son paroxysme avec le génocide de 1915, qui fit environ 1,5 million de morts sous le gouvernement Jeune-turc. 

Une histoire tragique dont chacun sent bien que si le nettoyage ethnique de 2023 en a été le dernier acte en date, il n’en constitue peut-être pas encore l’ultime épilogue. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*