À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
Je lis très difficilement et j’aimerais lire comme le conseille Nietzsche, c’est-à-dire très lentement, plein de portes ouvertes et plein d’arrière-pensées. Je lis le soir, à la fois par métier et par disposition personnelle.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Le Comédien désincarné de Louis Jouvet. De manière extraordinaire, Jouvet a imposé au métier de comédien une dimension janséniste, et quasiment mystique. Sans compter qu’il s’agit là du grand témoignage qui ait jamais été écrit sur la condition de comédien. Diderot, à cet égard, n’a compris du métier que le paradoxe. Jouvet, par son génie de la pratique des classiques, en a cerné tous les étages. C’est un livre immense, qu’on met une vingtaine d’années à saisir.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
C’est une question de courage davantage que de goût. Je bute constamment sur la Recherche, mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Même si j’en ai déjà beaucoup lu, ce livre me demande un immense effort, et pour cause : un des chefs-d’œuvre qui ont bouleversé ma vie est le Voyage au bout de la nuit. On peut imaginer que Proust et Céline sont deux monuments opposés. Hermétiques l’un à l’autre. Et presque incompatibles. Mais j’espère briser un jour cette hypothèse. J’éprouve une vive admiration envers Proust, je sais que je vais y aller un jour, mais pour l’instant ça n’y est pas.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Non, je vous avoue que je garde mon énergie pour les bons. En ce moment, je lis les Souvenirs de Léon Daudet, grand ami de Proust. Je suis sidéré, car le personnage est effrayant, mais son livre contient une énergie et un sens du croquis incroyables. Ma grande révélation, ces derniers temps, a été Croquis de mémoire de Jean Cau.
Comment lisez-vous, Fabrice Luchini ?
par Fabrice Luchini
9 mars 2026
Le comédien français Fabrice Luchini répond à notre enquête sur la littérature.
À quel moment de la journée, de la semaine, de l’année, de la vie lisez-vous le plus volontiers ?
Je lis très difficilement et j’aimerais lire comme le conseille Nietzsche, c’est-à-dire très lentement, plein de portes ouvertes et plein d’arrière-pensées. Je lis le soir, à la fois par métier et par disposition personnelle.
Y a-t-il des livres dont vous puissiez dire qu’ils ont changé votre vie ? Dans ce cas, pourquoi ?
Le Comédien désincarné de Louis Jouvet. De manière extraordinaire, Jouvet a imposé au métier de comédien une dimension janséniste, et quasiment mystique. Sans compter qu’il s’agit là du grand témoignage qui ait jamais été écrit sur la condition de comédien. Diderot, à cet égard, n’a compris du métier que le paradoxe. Jouvet, par son génie de la pratique des classiques, en a cerné tous les étages. C’est un livre immense, qu’on met une vingtaine d’années à saisir.
Y a-t-il un grand classique – ou plusieurs – dans lequel vous n’avez jamais eu le goût d’entrer ?
C’est une question de courage davantage que de goût. Je bute constamment sur la Recherche, mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Même si j’en ai déjà beaucoup lu, ce livre me demande un immense effort, et pour cause : un des chefs-d’œuvre qui ont bouleversé ma vie est le Voyage au bout de la nuit. On peut imaginer que Proust et Céline sont deux monuments opposés. Hermétiques l’un à l’autre. Et presque incompatibles. Mais j’espère briser un jour cette hypothèse. J’éprouve une vive admiration envers Proust, je sais que je vais y aller un jour, mais pour l’instant ça n’y est pas.
Vous est-il arrivé d’aimer des mauvais livres ? Si oui, pourquoi ?
Non, je vous avoue que je garde mon énergie pour les bons. En ce moment, je lis les Souvenirs de Léon Daudet, grand ami de Proust. Je suis sidéré, car le personnage est effrayant, mais son livre contient une énergie et un sens du croquis incroyables. Ma grande révélation, ces derniers temps, a été Croquis de mémoire de Jean Cau.