«Qu’allons-nous donc faire dans cette galère ?» Telle est la question accablante et accablée d’une partie de la classe politique française, au lendemain des raids occidentaux en riposte au bombardement du régime syrien par gaz toxiques sur les populations civiles de la poche de la Ghouta.
Il n’y aurait là, nous dit-on à l’extrême gauche et l’extrême droite marchant une fois de plus de concert ainsi que chez les Républicains de Laurent Wauquiez, que des coups à prendre : enlisement,  risques de confrontation dans les airs avec les Russes, dommages collatéraux qui frapperaient leurs bases, exaspération du Kremlin et crise internationale, possibles représailles syriennes par terrorisme interposé. L’enjeu n’en vaut pas la chandelle. Laissons tomber !
Tel est le cri qui monte en France, dans la démission accélérée des consciences et un cynisme de bon aloi.
Ces raids si imprudents, si dangereux, si inutilement provocateurs, si inefficaces ! Tout cela, braves gens, pour quelques malheureuses dizaines de morts par gaz toxique. Alors que d’autres dizaines de civils, jour après jour depuis des années, sont déchiquetés par les avions de combat du régime bombardant des écoles, des hôpitaux, des marchés, des villes entières. Sans parler des disparitions et des tortures par milliers dans les prisons depuis sept ans. Toutes choses que nous avons laissées faire sans bouger un cil. Et quand, par exception, nous agissons, comme cette malencontreuse fois, nous épargnons soigneusement les aéroports, les dépôts d’armes, les centres de commandement d’où opèrent les massacreurs quotidiens du peuple syrien. Qui recommencent de plus belle le lendemain. Bref, comme aurait dit un Président français qui décora Bachar al-Assad, ces frappes si retenues, ces raids si ponctuels lui en touchent une sans faire bouger l’autre.
Alors, arrêtons de faire semblant avec cette vaporisation passagère sur le cuir du dictateur impavide, et lavons-nous en les mains une bonne fois pour toutes.
Que répondre à ce concert d’hypocrisie et de fausseté ?
D’abord que les gaz ne sont pas un bombardement «comme les autres» si meurtriers soient-ils. C’est une arme létale, et sans recours aucun, à l’intention des populations civiles, qui ne peuvent en rien s’en protéger, qu’on vise à terroriser et faire fuir tout en préservant l’infrastructure urbaine dont on aura ainsi éliminé les occupants. C’est l’arme, c’est la faucheuse la plus hideuse, la plus insidieuse, la plus perverse qui ait été inventée, celle qui dénote la barbarie absolue de ses utilisateurs, leur «viva la muerte !», la mort pour la mort. Qu’un sursaut d’humanité ait dicté à un homme comme Donald Trump la décision de frapper dit assez le noyau dur d’intolérable qui subsiste quand on a épuisé toutes les condoléances navrées pour un peuple martyr, les sempiternels aveux d’impuissance, quand l’a emporté le désintérêt pour des causes décrétées perdues qu’on abandonne à d’autres, à ces éternelles belles âmes tant moquées par les défaitistes et les cyniques, à ces indignés, encore et toujours, qu’il faut plus que jamais saluer. Défendre le devoir d’ingérence et de protéger est, en effet, une question d’âme et d’esprit, n’en déplaise aux Ponce Pilate et aux stratèges pour plateaux télévisés.
Ensuite, si peu dissuasives que soient ces quelques brises d’il y a quatre jours sur la nuque du dictateur de marbre, elles ont, outre neutraliser pour un temps les réserves et les lieux de stockage des gaz meurtriers, signifié au maître russe d’Assad qu’il ne pouvait tout passer à son poulain, fermer les yeux sur ses pires atrocités sans en être tenu pour son complice. Le jour venu, quand un Nuremberg syrien se tiendra ou un Tribunal pénal international à la Haye, les Russes auront des comptes à rendre, et, son box serait-il vide, Poutine sera au banc des accusés, juste derrière Assad.
Enfin, sur le plan intérieur français, ces raids sont comme un révélateur au bleu de Prusse du niveau d’indignité d’une partie de la classe politique. Qui défend bec et ongles les cheminots français mais n’aura pas eu un mot pour les enfants morts de la Goutha. Mélenchon, dans un tête-à-queue qui en dit long, a «adjuré qu’on en revienne au sang-froid . Le sang des victimes, voulait-il dire peut-être ? La blonde moscoutaire qui va chercher ses subsides au Kremlin se lamente que les frappes «nous engagent dans une voie aux conséquences imprévisibles et potentiellement dramatiques.» Les frappes françaises, bien sûr. Pas les frappes russes qui ont réduit Alep en ruine et s’abattent quotidiennement sur les populations rebelles. Quant à la droite classique, alias les Républicains, leur chef «ne comprend ni l’utilité ni le sens» de cette intervention. Qu’il le demande à son mentor, Nicolas Sarkozy, qui, en Libye, sauva Benghazi du bain de sang promis par Kadhafi. La même intervention n’a pas eu lieu en Syrie, qui eut évité sept ans de guerre, 500.000 morts, les destructions sans nombre, les millions de réfugiés et de migrants et la mainmise russe sur le pays. Toute cette tragédie que notre passivité a contemplée en direct. Que notre trio politique sans mémoire ni honneur tente de faire passer pour une juste ligne, indigne du pays des Droits de l’homme.
Eh oui, que voulez-vous, les Droits de l’homme ! Cet éternel caillou dans la chaussure des Munichois, ce gêneur, cet importun, cet empêcheur de se laver les mains des fleuves de sang qui, raids aériens ou pas, coulent là-bas sous nos regards désespérés.

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