Marie-France, tous ses amis en ont été les témoins et les complices heureux, contrôla de près sa vie, avec une liberté et une lucidité espiègles, femme non-dupe s’il en est. Mais, aussi maîtresse qu’elle fût d’elle-même, aussi actrice, continûment, de sa propre vie, tout, à ses yeux, n’était pas affaire de posture, d’impertinence libertaire, de défi au sort et à soi-même, de jeu.

Elle avait connu, près d’elle, l’épreuve d’une mort mise en scène à l’intention d’autrui. Elle savait trop ce qu’il en avait coûté aux uns et aux autres, pour ne pas bannir tout mimétisme – « Sunset Boulevard » ou pas…

Marie-France n’eût pas aimé que ses amis, à l’annonce de ce coup de tonnerre, prennent le deuil, aussi abattus soient-ils par la nouvelle. À tous ceux de sa tribu, elle distribuait, depuis son radar infaillible, ses piques, ses clins d’œil, ses formules sur eux-mêmes, et ils s’en trouvaient bien. Avec elle, on s’amusait de soi. Et, si l’on n’y arrivait pas vraiment, elle possédait les meilleures adresses des meilleurs divans lacaniens de Paris où aller continuer « la plaisanterie », ainsi qu’elle le disait avec un sourire qui s’adressait à elle-même autant qu’à vous.

marie-france_pisierElle était savante, avait lu tous les livres, tous les poètes (Mallarmé l’obscur, au premier chef), elle aimait les mers chaudes de son enfance à la tombée de l’empire colonial français, enfance dont elle ne s’était jamais complètement remise.

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Toujours dans la distanciation et le regard sur soi comme si c’était un autre, elle aura été une actrice trop avisée et trop pétrie d’intelligence pour se croire « habitée » et confondre la comédie jouée avec la comédie vécue (qu’elle jouait, celle-là, sans mélange).

Elle fut un printemps, un air de Paris, une femme en liberté, une passionnée lucide, elle eut de beaux engagements. Elle aura fait honneur au cinéma d’auteur. Le théâtre était, pour elle, une lice intellectuelle, un genre littéraire.

Elle restera comme un des vrais marqueurs des années-liberté, des années-intelligence qui suivirent 1968. Je me souviendrai jusqu’au bout d’une silhouette enjouée qui jouait à la vie, sourire aux lèvres, rire de tête, baisers volés et des pleurs cachés dans un mouchoir.

19 Commentaires

  1. Une voix qui était un sourire. Un sourire qui était une parole. Un regard qui était tout cela.
    À chacune de ses apparitions, elle réveillait Colette, l’empêcheuse de tourner en rond, la dynamiteuse d’idées reçues qui avant de la décocher, trempait sa flèche intellective dans un fou rire d’une élégance aussi ensorceleuse qu’impeccablement intelligente à l’endroit des hommes, lesquels chefs de «femmille» n’auraient pas souffert la fulgurance dominatrice d’un esprit trop bien carrossé qui ne serait pas immédiatement redevenu citrouille.
    Adieu, toute belle!
    Adieu, belle de tous!

  2. bonjour,

    Je suis très étonné du décès de Marie-France Pisier qui me semblait aller bien à la télévision il y a un an.
    Mais les circonstances de l’accident étant inexpliquées,je me suis interrogé sur certaines actions de militaires
    fous et dangereux.En effet,ils m’ont expulsé d’un logement par rayons gammas et m’envoient des bêtes sans
    vie pendant le sommeil plus la torture par émetteur gamma.Ils ont l’air de n’avoir aucune pitié et sont très
    remontés contre français et européens,aussi,pourquoi ne pas s’en prendre à une actrice lorsqu’elle est
    inconsciente de la présence de ces rayons gammas que beaucoup de gens ignorent.Ce sont des bandits et très
    grands voyous qui ont une haine de chaque personne et sont presque des cannibales sauvages.Cordialement

  3. Trés bel hommage….Ce décès me bouleverse. Quelle femme lumineuse!
    Je suis de tout coeur avec sa famille

  4. Il est des artistes qui lorqu’ils disparaissent vous laisse comme un vide, celui due au départ d’un ami. Au revoir donc et Merci !

  5. Parce que votre classe rarement égalée, votre voix, votre regard impreignent des moments inoubliables de l’histoire du cinéma : des foutaises de « Souvenirs d’en France » aux interprétations fièvreuses mais inspirées de Charlotte Bronté ou de George Sand, d’une Chanel solitaire ou d’une Verdurin irrésistible d’ironie calculée, d’une arrogante emmerdeuse pour un Bébel deux fois décontenancé, d’une comédienne sublime, quoi.

  6. Superbe hommage, dont le ton et le style s’associent irrésistiblement à la personnalité de Marie-France Pisier. Beaucoup de classe et de pudeur. Merci !

  7. Au-revoir madame.A bientôt madame.Vous devez sourire;non pas de l’affliction de ceux qui vous aiment,c’est une douleur nécessaire pour apprendre à vivre.Vous savez la béance d’être au monde.Vous devez sourire car tout est réuni.Bonjour madame,je vous baise les mains.Le fond de l’air est doux.Le temps n’est ni bleu,ni gris.Il vous appartient.Bravo madame.

  8. Merci pour ce joli témoignage ! Hier soir , j’ai regardé La Maison des BOMBAYS sur la 5 , un véritable chef-d’oeuvre où elle nous offre tout son talent ! Une femme magnifique , d’une intelligence rare, une femme VRAIE !
    Je me pose juste une question : « Que lui est il arrivé ? » ….. Qui ? Elle ou …
    Terrible fin de vie pour une femme admirable !

    Bien à vous.

    Sylvie D

    • Je vie au Québec et je viens de lire cette nouvelle. Bizarre…que je parlais dimanche de son rôle dans Cousin Cousine, film que j’ai adoré. Triste départ pour cette actrice admirable.

    • Un hommage mérité, et une note juste qui fait écho à la voix merveilleuse de Marie- France Pisier. Je garde vivants ses yeux couleurs Pacifique, et vibrant son goût de la liberté.
      avec toute ma sympathie.
      De Nouméa, où le ciel, du coup, a été un peu triste.

  9. L’hommage est beau mais qu’est ce que c’est mal écrit. Y’a des moments, on ne comprend pas les phrases tellement c’est mal tourné. QUi a écrit ce texte ?