mardi 13 juin 2017

à 21h30

Théâtre du Gymnase

Lecture d’une pièce inédite d’Elie Wiesel par BHL, Kouchner, Michael Lonsdale…

avec Bernard-Henri Lévy et Bernard Kouchner

«Nous sommes au début des années 1943. Quelque part dans un ghetto polonais; un bunker souterrain. Une lampe pendue au plafond répand une lumière terne et poussiéreuse. Dans cette lumière, on devine des Juifs effrayés plus qu’on ne les voit. Seuls Mendel et Sarah, un jeune couple, sont immédiatement visibles. Mais sur le côté, appuyé contre un mur, on devine le Magid. Mendel et Sarah sont assis sur un banc en bois devant une table en bois, essayant de ne pas se regarder. Mendel ne cesse de regarder sa montre; Sarah se mord les lèvres, comme pour s’empêcher de parler.»

Ainsi commence la narration de ce texte, écrit en 1968 pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de l’insurrection du ghetto de Varsovie, et qui sera lu demain, 13 juin, par de belles voix, en hommage à l’écrivain disparu il y a presque un an, le 2 juillet 2016.

Parmi ces voix : Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner, Michael Lonsdale, ou encore Ariel Wizman. Tous sont réunis par Guila Clara Kessous, qui fut l’une des élèves du professeur Wiesel, et à qui ce dernier avait confié le soin de la traduction de ces quelques pages pour que puissent résonner en anglais ces mots originellement écrits en langue française.

L’auteur de La Nuit était aussi un dramaturge assez méconnu, comme le déplore son ancienne doctorante. Il investira le théâtre pour seulement cinq pièces, cherchant via cet art une autre façon de transmettre et de tenter de décrire l’indicible de “ça”, de “l’univers dément et froid où il est humain d’être inhumain”, de la Shoah (ce sont les mots de sa précieuse préface à la réédition de La Nuit, en 2007, à l’occasion d’une nouvelle traduction et d’un regain de succès considérable pour ce témoignage emblématique et unique).

S’il reste toujours sidérant que La Nuit ait eu tant de mal à trouver, tout de suite, un éditeur, il est bouleversant de constater que ses pièces connurent le même sort – même “après”. Une étrangeté aiguë de l’histoire littéraire et des jeux d’édition…

De fait, Une houppa noire. Sous un ciel d’étoiles noires sera bien lue pour la première fois à Paris. Ce n’est pas rien. Cet événement aussi discret qu’important sera l’occasion, pour qui ne l’aurait pas déjà rencontrée, de découvrir la richesse de l’écriture dramatique d’Elie Wiesel et sa passion pour son art du dire et de l’écrire.

La mort aux aguets, une interpellation de Dieu, une altercation rabbinique, des prénoms et des personnages déjà croisés dans son oeuvre et sa vie – «L’histoire est belle mais cela ne signifie pas qu’elle soit nécessairement vraie. Qu’elle soit belle, cela suffit, non ? C’est à cela que l’on reconnaît le fou : il choisit la beauté aux dépends de la vérité», a prévenu Zalmen, le fou, la même année dans la pièce éponyme Zalmen ou la Folie de Dieu.

Au lendemain de sa disparition, Bernard-Henri Lévy, qui portera la voix de son magid le temps de cette lecture, avait écrit à la mémoire de la vie du prix Nobel de la paix :

«Cela commence dans un monde aujourd’hui disparu, aux confins de la Ruthénie, de la Bucovine et de la Galicie, ces noms de pays perdus qui furent la gloire de l’empire des Habsbourg en même temps que du judaïsme d’Europe – et dont il ne reste, 70 ans après, que des palais en ruines, des églises baroques vides et des synagogues jamais relevées. De ce monde perdu, dépeuplé de ses Juifs et de ses œuvres, l’un des derniers témoins vient de mourir.
Il s’appelait Elie Wiesel.
Il a traversé bien plus d’années que le peuple effacé de ses frères.
Mais, de cet effacement, il avait fait sa seconde naissance – de leurs humbles destins en forme de ténèbres et de flammes, il a consacré sa vie à faire, en tremblant, l’ouvrage d’une résurrection.»

Aline Le Bail-Kremer


Une houppa noire. Sous un ciel d’étoiles noires.

sous l’égide de la Fondation Elie Wiesel
le 13 juin 2017, à 21h30, au Théâtre du Gymnase,
38 boulevard de Bonne Nouvelle, 75010 Paris.
Avec la participation exceptionnelle de Bernard-Henri Lévy, Michael Lonsdale, Dominique Pinon, Bernard Kouchner, Guila Clara Kessous, Ariel Wizman, Timothé Vom Dorp, la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton et le violoniste Ivry Gitlis.