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Wikileaks : la transparence est toujours fasciste

Yann Moix

wikileaks_loupe Wikileaks n’appartient pas à la démocratie – mais à la dictature. A force d’étudier, d’examiner, puis finalement d’incidemment remanier, d’ajuster, de réajuster la notion de « démocratie », on en oublie presque que le concept de « dictature » évolue, lui aussi. L’affaire des dossiers diplomatiques révélés ouvre la voie d’une dictature toute neuve, d’une dictature en quelque sorte contenue dans la démocratie. D’une dictature parfaitement consubstantielle à la démocratie. Il en va de même de Facebook, soyons lucides. Le rêve qu’entretenait la Stasi, dans l’Allemagne de l’Est de jadis, ou les services secrets roumains, russes, chinois, a été parfaitement réalisé par Facebook puisque Facebook est l’endroit, le lieu, le « site » où tout le monde se livre – se livre à tous les sens du terme. Se confie, d’une part ; et d’autre part, se donne. Comme on se donne à la police. Mais la magie est là : tout le monde se livre et, pourtant, on n’a rien demandé à personne. L’Etat n’a rien demandé ; les Etats n’ont (strictement) rien exigé. Mais les gens se livrent, se donnent : révèlent sur eux leurs misérables, innombrables, infinis tas de secrets. La seule chose à laquelle les dictatures n’avaient pas pensé pour obtenir le maximum de renseignements sur les gens était donc celui-ci : la liberté. Chacun, sans y être obligé, installe sur son « mur » (ironie de l’appellation quand on se souvient du « Mur » de Berlin) des détails sur sa grossesse, ses vacances à Etretat, le goût de son œuf à la coque. La Stasi était contenue en chacun de nous, il suffisait de s’en aviser.

Nous noterons donc, immédiatement, que la démocratie n’a rien à voir, n’a rien à faire surtout, avec la transparence. La transparence est une obsession totalitaire. Elle est le paradis, l’horizon des régimes fascistes, des dictatures. Le mot de « totalitarisme » d’ailleurs, exprime parfaitement cette idée : tout est égal à tout, tout doit être su de tous, tout doit être connu tout le temps. C’est précisément l’idée que des choses (on appelle ça la vie des individus) puissent être retranchées de ce tout (et cesser d’être publiques pour devenir privées) qui rend fous les régimes autoritaires. Il ne faut pas s’étonner que le nazisme soit, dans sa dénomination, emprunt de socialisme (national-socialisme), ni même que le communisme ait été bâti sur une indifférenciation parfaite des existences. Ce qui compte, en dictature, c’est de rendre les êtres indiscernables – la masse prime sur l’individu (comme à l’armée, bien sûr). La condition même de l’indiscernabilité, c’est la transparence. Chacun étant privé de son intimité, de son goût propre, de sa liberté singulière, est génériquement assimilé à son voisin, et ce jusqu’à l’infini, par récurrence. Pour que les hommes, les citoyens, les paysans, les travailleurs, les militaires soient noyés dans cette masse, de façon totalitaire, il faut bel et bien que règne la transparence : on doit voir à travers chacun pour fabriquer la totalité. Si bien que, de la même façon que l’individu doit être transparent face à l’Etat, l’Etat lui-même accepte d’être transparent face à l’individu. Jamais Hitler, par exemple, n’a caché sa politique ; tout était dans Mein Kampf. Jamais Lénine, c’est un fait, n’a caché son programme : c’est par sa clarté et sa publicité qu’il étonne. Que le peuple ne cache rien et qu’on ne cache rien au peuple : voilà l’équation, pure et parfaite, de la dictature. Une transparence de tous les instants ; et qui se résume à l’enfer, car une vie sans mensonges, une vie sans secrets, une vie sans oblations, sans intimité, sans « privacy » comme disent les Anglais, n’est pas une vie supportable. Savoir cacher, momentanément, savoir voiler, pour le bien public, savoir traduire, pour éviter les emportements, savoir doser, c’est l’art et la fonction mêmes de la politique.

Tout cela est contenu dans les philosophies contractuelles des Lumières : la somme des volontés particulières ne forme aucunement la volonté générale. Ce qu’on appelle la volonté générale, dont hérite en démocratie celui qui représente le peuple, implique l’existence de ce tamis, de ce double langage (diplomatique, politique) : j’aliène une part de ma liberté pour que ma liberté soit possible ; autrement dit : j’accepte, pour mon bien qui est lié au bien d’une communauté nationale, de ne pas être en mesure, à titre individuel et privé, de bénéficier de toutes les ressources et informations – ce privilège, je l’ai abandonné (démocratiquement) au Président de la République et à son gouvernement. Je me cache à moi-même des choses par son intermédiaire – parce que j’ai choisi, accepté de le faire ; par ce que j’admets, tacitement, qu’il en fera meilleur usage que moi, que nous tous rassemblés. Et surtout, je suis conscient que dans cette part de secret, de voile, d’opacité, réside une valeur ajoutée (en terme de sécurité, mais aussi de démocratie) que le dévoilement, que la publicité mettraient à mal.

Wikileaks pose donc un problème grave : il rompt le contrat, celui de Rousseau, des Lumières. Il rompt le contrat social. Il est anti-démocratique parce que soudain, un homme, un organisme, un homme-organisme, décide de ne plus jouer le jeu, de quitter la farandole. Sans bénéficier des pouvoirs (ni la légitimité) de ceux qui nous dirigent mais surtout, mais essentiellement nous représentent, il se met en face d’eux, au même niveau, à la même altitude. Ce n’est pas, ce faisant, les Etats qu’il insulte, mais les peuples que ces Etats représentent ; c’est nous tous qui sommes insultés. Insultés dans notre démocratie, dans notre liberté : dans notre consentement. Dans notre refus de cette grande clarté générale proposée par ces régimes qui inventèrent les camps et les goulags.


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Catégories : Selon Moix.

39 commentaires sur «  Wikileaks : la transparence est toujours fasciste »

  1. Yaos dit :

    Il n’y a pas à dire, vous savez convaincre. Cependant, vous faites des états et des généralités un peu grossières. Facebook n’est en aucun cas comparable à Wikileaks. Je ne suis pas sûr que le fait que l’état sache à travers Facebook que je fais la fête le samedi soir et que j’aime le fromage fondu ait une quelquonque incidence. Facebook n’est pas un système d’espionnage ultra sophistiqué qui permet de repérer ceux qui dérange le gouvernement. De plus, ne pas cacher qu’on est un peu trop porté sur la boisson sur des photos de facebook n’est pas trop comparable à afficher clairement ses idées de réduire une race à néant.

    Si la France, le Monde vont si mal en ce moment, ça n’est pas parce que le monde devient transparent et donc dictaturial. C’est car ce contrat social dont vous parlez, pour lequel on abandonne certaines libertés comme vous dites, n’est plus respecté par l’Etat. Si on se laisse faire, on est abusé. Le contrat, s’il est brisé, il l’est des deux côtés. Wikileaks existe car l’état ne protège pas nos droits.

    J’aime beaucoup comment vous parlez de la transparence comme définition des régimes totalitaires mais vous biaisez beaucoup les faits pour appuyer votre idée…. La propagande ?

  2. Audrey dit :

    j’aime beaucoup, surtout le dernier paragraphe, très éloquent, clair, transparent. (ne pas y voir de mauvais jeu de mots avec la clarté ou la transparence dont les excès sont dénoncés plus haut)

  3. JerryMiller dit :

    Lumineuse et criante de vérité, votre démonstration. Sommes-nous assez nombreux à ouvrir les yeux sur les méfaits irréversibles de ce new bolchevisme? J’en doute. Comptons-nous. Comptez avec nous. Créons un club, une famille, un réseau de résistance. Entrons dans le secret pour combattre cette aveuglante et fatale duperie. C’est l’humain qui est en danger….et qui l’ignore. Après les millions de morts du nazisme et du communisme, la vérité finissait par éclore. Combien de millions cette fois? Et ces millions ou ces milliards suffiront-ils?

  4. JerryMiller dit :

    Comment LEMONDE a-t-il pu cautionner cette prise de pouvoir du fascisme?
    Il perd à nos yeux l’aura qui était la sienne en agissant tout comme un tabloïd pour le fric irresponsable et malsain, donc criminel.

  5. Serge ULESKI dit :

    Sans le vol, sans « indicateurs », sans le recel, sans la dénonciation de clause de confidentialité ou du devoir d’une quelconque réserve, sans « traitres », pas d’information !

    Ou bien alors : quelle information ?!

    Celle que les pouvoirs auront bien voulu nous concéder : le journal de 20H

    En France, les 50 ans d’activité du “Canard enchaîné” (ou plus généralement « le journalisme d’investigation ») sont là pour nous le rappeler.

    Les journaux qui se font les relais de Wikileaks sont là pour l’attester : Wikileaks fait vivre la démocratie bien plus sûrement que ceux qui comptent, dans les mois et les années à venir, s’acharner à détruire cet organe.

    Aussi, que chacun choisisse son camp !

  6. GROSSO dit :

    Et donc l’opacité toujours démocratique…CQFD

  7. Serge ULESKI dit :

    « Les sociétés démocratiques ont besoin de médias forts, et WikiLeaks fait partie de ces médias. Les médias aident à préserver des gouvernements honnêtes. WikiLeaks a révélé des vérités solides à propos des guerres d’Irak et d’Afghanistan, et a sorti des affaires de corruption de la part d’entreprises ».

    La chasse est ouverte. La guerre contre Wikileaks est engagée.

    Un certain nombre d’actions » pourraient être entreprises.

    Victime de nombreuses attaques informatiques, le site a, en outre, perdu son adresse Wikileaks.org, et a été transféré sur Wikileaks.ch. Le site semble condamné à changer d’adresse régulièrement, sous la pression des autorités de plusieurs pays.

    Wikileaks est décrété « menace pour l’armée » par le pentagone.

    La France par l’intermédiaire d’Eric Besson, nain politique et ministériel, propose de mettre un terme à l’hébergement du site de l’agence.

    Une France qui est passée en cinq ans, dans le classement de Reporters sans frontières, du 11e rang au 44e rang de la liberté d’informer…

    Jusqu’où la classe médiatique et la classe politique dans son ensemble entendent-elles laisser filer cette liberté ?

    ***

    « Dans une décision-clé concernant les documents du Pentagone, la Cour suprême américaine a déclaré que “seule une presse libre et sans restriction peut efficacement révéler ce que cache un gouvernement”. Aussi, la tempête qui entoure WikiLeaks aujourd’hui renforce le besoin de défendre le droit de tous les médias de révéler la vérité. »

    Certes, WikiLeaks n’est pas à l’abri de critiques, pas plus que n’importe quel autre média.

    Mais qu’il soit ici rappeler …

    Sans briser le off, sans « indicateurs », sans le vol, sans le recel, sans la dénonciation de clause de confidentialité ou du devoir d’une quelconque réserve, sans la rupture de la loi du silence, sans « traitres », pas d’information !

    Ou bien alors : quelle information ?!

    Celle que les pouvoirs auront bien voulu nous concéder : le journal de 20H

    En France, les 50 ans d’activité du “Canard enchaîné” (Claude Angeli son rédacteur en chef parle d’une “société molle” dans sa défense de la liberté d’information et d’opinion) et plus récemment le journalisme d’investigation de Rue89, Bakchich et Mediapart sont là pour nous le rappeler.

    Quant à ceux qui seraient tenter d’amalgamer le souci de transparence et de vérité propre au régime démocratique (droit à une information indépendante et honnête pour le plus grand nombre) avec celui des dictatures militaires, et régimes nazi, stalinien et maoïste, on leur rappellera que ces régimes n’ont jamais cultivé la transparence mais la propagande, la falsification, le mensonge, l’intimidation, l’assassinat et le meurtre de masse.

    En revanche, si on oublie un moment les amalgames malhonnêtes ou plus simplement des rapprochements qui ne sont que le fruit d’une ignorance crasse, un parallèle peut être fait : le parallèle entre ses révélations et les « Pentagon papers », diffusés à l’époque de la guerre du Vietnam, dans les années 60, et qui ont joué un rôle important dans l’évolution de l’opinion publique américaine contre cette guerre aussi cruelle et que stupide.

    Les journaux qui se font les relais de Wikileaks – Der Spiegel, Le Monde, The Guardian, The New York Times l’attestent : Wikileaks fait vivre la démocratie bien plus sûrement que ceux qui comptent dans les mois et les années à venir, s’acharner à détruire cette agence.

    Aussi, que chacun choisisse son camp !

  8. hassan dit :

    monsieur vous vivez dans un autre planète.vous reduisez facebook qui a rassemblé a lui seul 5OO milions de personnes dans le monde, à un simple mur où les gens se balanceraient entre eux.
    les réseaux sociaux ou le numérique en générale, c’est la volonté du peuple qui est pris en compte. facebook permet aussi à des entreprises de prospérer en leur proposant une telle masse de consommateurs ce que vous oubliez de mentionnez. comment est il possible que les politiques soient en decalage de ce vaste mouvement qui s’appuie sur le numérique. c’est tjrs la technique, le medium comme dirait certains, qui prime sur le reste. la facon de faire politique va changer et doit changer dans ce monde incertain où une simple vidéo ou une simple phrase peut faire tache d’huile plus qu’un improbable missile nord coréen. les assises de la démocratie sont plus que jamais ébranlés, mais cette fois en faveur de la masse. c’est une bonne chose. c’est dommage que tu t’indigne au nom de la démocratie que des simples citoyens avec des moyens rudimentaires demandent des comptes à leur politiques et que tu dises pas un mot sur ce pays qui devient de plus en plus un super-marché.

  9. JerryMiller dit :

    Eh bien voici la réponse à ma question, cher Yann. Nous ne sommes pas nombreux !!!!

  10. christian dit :

    La démocratie, c’est l’état transparent et le citoyen opaque. Ce que fait le citoyen lamda ne regarde pas l’état, par contre, les agissements de l’état regardent tous les citoyens. Le passeport biométrique, les contrôles d’identité, les écoutes téléphoniques ou la surveillance du trafic internet est du domaine du totalitarisme, domaine dans lequel les soi-disants démocraties occidentales d’enfoncent de plus en plus.
    L’état secret est également une dérive totalitaire.
    La transparence (forcée) du citoyen et l’opacité de l’état est le propre des régimes totalitaires. Hors, Wikileaks (contrairement aux renseignements généraux, à la NSA, ou autres agences gouvernementales) mets à nu l’état, et non l’individu. La transparence de l’état est une nécessité démocratique: comment un citoyen peut-il décider si les informations lui échappent ?

  11. giambattista dit :

    L’article est intéressant. Mais je ne crois pas que ce soit très rigoureux ni très juste de fondre dans un même concept de transparence Facebook et Wikileaks.

    Wikileaks a divulgué des informations diplomatiques, c’est-à-dire des secrets. Le secret en politique est important, voire indispensable, car la politique n’est faite, du point de vue pratique, que de jeux de pouvoir. Et le secret est un moyen, parmi d’autres, d’obtenir et de conserver le pouvoir. Mais ce point de vue ne concerne que les acteurs directs de la politique.

    La politique, c’est aussi la vie de la cité. Vous citez Rousseau : il dit également que lorsqu’un homme ou un parti se l’approprie, le pouvoir ne reflète plus la volonté générale, que dès lors l’équilibre et l’accord sont rompus. C’est peut-être le point de vue de Julian Assange et de ses soutiens. Là il s’agit du point de vue du peuple.

    Si elles émanaient du pouvoir, les révélations de Wikileaks seraient en effet totalitaires. Mais elles émanent du peuple : ce à quoi nous assistons, ce n’est pas à la montée d’une volonté totalitaire, mais une crise de confiance.

    Aujourd’hui Wikileaks, et demain ? Résoudre un problème, c’est d’abord en comprendre les causes.

  12. cougar dit :

    philosophies “contractuelles” des Lumières, c’est pas non plus rester dans l’ignorance, avec Hadopi ou Loppsi nos gouvernants cherche à surveiller les citoyens, grâce à Wikileaks les citoyens ont enfin la possibilité de connaître la vérité qu’on leur cache. Grâce à Wikileakson assiste non a une rupture du contrat social! mais à nouveau contrat plus égalitaire entre gouvernement Big Brother qui veut tout savoir sur nous et citoyens curieux qui n’aiment pas qu’on se foute de sa gueule.

  13. ®om dit :

    “La dictature, c’est quand le gouvernement surveille le peuple. La démocratie c’est quand le peuple surveille le gouvernement.”

  14. jeremy dit :

    Après avoir lu ce texte, je reste dubitatif sur les objectifs au final:
    mentir est donc démocratique, le droit de berné le citoyen, de lui cacher la vérité est donc le premier des droits de l’Homme?
    Je ferais une différence que vous n’avez pas faite dans votre texte: la vie privée et celle publique, la vie de l’individu qui ne doit appartenir qu’a lui, à lui seul de décider ce qu’il a envie de devoiler de qu’il a envie de cahcher.
    Pour wikileaks, ce n’est pas la vie privée de quelques uns mais des Hommes censés representé leurs pays dans des ambassades etrangéres.
    Et là, la vie privée ne tient plus: les combines avec les dictatures d’asie centrale ou afriquaines doivent-ils être caché, ou au contraire doit-on responsabiliser le citoyen et l’informer au mieux pour qu’il prenne sa décision en connaissance de cause.
    Car la démocratie suppose la transparence, elle suppose que face à une décisions, vous ayez les cartes en main et pas seulement celles que l’on veut bien vous donner.
    Qu’elle aurait été alors, par exemple, la décision du peuple US, britanniques ou Italien voires de bien d’autres si toutes la transparence avait été faite sur les armes de destruction massives en Irak?

  15. kodri dit :

    Désolez de vous dire que vous mélangez tout.
    Ce sont les dictatures qui pour éviter le message tape sur le messager. Wikileaks n’est qu’une émanation globale de ce que beaucoup de journaux font au niveau local.
    Le pays, l’état, aujourd’hui c’est l’échelle locale. Internet c’est l’échelle de la planète, et il est nécessaire d’avoir des sources d’informations qui encadrent ces problèmes globaux. Ces sources finissent en analyse à travers de prestigieux journaux et personne ne trouve à redire.
    Le journalisme d’investigation est donc une source de diktat ? La seule différence avec les habitudes que nous avons est que la nous avons accès à une partie des données brutes.
    Je ne pense pas que Rousseau, Voltaire et autres penseraient le monde de la même façon aujourd’hui, il faut se réveiller le monde a changé.

  16. curieux dit :

    Mais quel rapport entre la vie privée des individus et le secret des relations diplomatiques des Etats ? Ces deux notions sont-elles identiques pour vous ?

  17. simon dit :

    vous confondez la surveillance des peuples par les gouvernements et la surveillance des gouvernements par les peuples.
    la première est caractéristique des régimes totalitaires, la seconde est nécessaire pour maintenir la démocratie.

  18. Justin dit :

    Je sais que vous appréciez Jacques Attali. Alors voici son dernier article sur le thème du secret. Il est moins culpabilisant, moins effrayant, plus nuancé : http://blogs.lexpress.fr/attali/2010/12/06/verbatim/

  19. Zalduna dit :

    En prenant le parti de la démocratie, M. Moix, tout le monde n’a pas compris que la servitude volontaire est offerte sur un plateau d’argent aux dirigeants que nous élisons.

    “j’accepte, pour mon bien qui est lié au bien d’une communauté nationale, de ne pas être en mesure, à titre individuel et privé, de bénéficier de toutes les ressources et informations – ce privilège, je l’ai abandonné (démocratiquement) au Président de la République et à son gouvernement.”

    J’ai bien peur que vous ayez senti le vent de changement et ça peut faire peur. Est-ce une raison pour continuer à courber l’échine. Vous aimez vous soumettre, grand bien vous fasse. Ne nous en veuillez pas de ne pas nous voiler les yeux.

  20. Thomas dit :

    Bravo cher Yann Moix! Un point Godwin vous a été attribué pour votre merveilleuse contribution à l’esprit des ombres.

    Cordialement

  21. SERGIO dit :

    ce que vous décrivez est tellement évident ,limpide que personne ne le voit.
    il n’y a qu’à constater de quelle manière notre “quotidien de référence” fait ses choux gras ( et quelques bénéfices avec) en servant à ses lecteurs les raclures de poubelles de Mr Assange , sous forme de feuilletons : un petit peu chaque soir. à la manière d’un Alexandre dumas , le talent en moins.

  22. ElGringo dit :

    Je suis sûr que l’auteur sera toujours du même avis équilibré et délicat (Fascistes, dictature etc.) quand Wikileaks balancera les petits orrespondances privées des grands boss de “Bank Of america”, révélant un cynisme sans fond qui pèse aujourd’hui -via la crise- sur des centaines de millions de citoyens et est entrain de presque détruire l’Europe.
    Au passage, comme bon nombre des détracteurs qui osent parler de dictature pour Wikileaks, il oublie juste qu’en dictature la transparence s’exerce du pouvoir vers les citoyens. Hors wikileaks c’est l’inverse : le citoyen réclame la transparence totale de son gouvernement. A ce titre j’imagine que la Suède (Norvège?) qui rend accessible à tous la moindre note de frais d’un membre du gouvernement est certainement une horrible dictature.

    Enfin très sympatique d’avoir tagué l’article “Goulag”, on sent que Mr Moix a lu Soljenitsyne et fait preuve de respect pour les victimes d’une VRAIE dictature. Pauvre petit gouvernement Américain dont l’intimité est brisée, pauvres pilotes d’helico qui ne peuvent plus réduire des journalistes en bouillie dans une totale impunité…

    Illustrer le comportement de Wikileaks avec de grandes idées c’est oublier qu’il s’agit d’infos très tere à terre et pour la plupart franchement utiles et révoltantes, au pire banales, parfois dangereuses pour quelques individus.

  23. Elie dit :

    Et la glasnost?

  24. Anastassopoulos-Praet dit :

    La situation m’apparaît comme plus compliquée que ce que cet article veut bien nous expliquer. Je ne trouve pas que la transparence soit en elle-même une insulte. C’est ce qu’on en fait.De même, l’hypocrisie politique, diplomatique, n’est pas nécessairement un bien pour la démocratie. Tout est une question de degré d’une part, d’intentionnalité, d’autre part. Le feu n’est en lui-même ni bon ni mauvais : tout dépend de ce qu’on en fait. Il en va de même de l’authenticité ou de l’hypocrisie. Personnellement, j’ai une nette préférence pour l’authenticité, et je déteste passablement l’hypocrisie. Mais, effectivement, la vérité peut tuer, l’hypocrisie peut aider. De toutes les façons, l’être humain est un animal éminemment complexe, contradictoire et ambivalent. Que dire, alors, des sociétés !… Se faire élire, faire de la politique, gouverner, etc., que d’actes complexes, qui relèvent d’un art bien ou mal pratiqué à partir d’un individu particulier, bien ou mal reçu par des millions d’êtres, tous profondément différents, et qui, en même temps, se ressemblent quelque part… La Vérité Absolue, je ne la trouve nulle part, même pas, réellement, dans un cheminement spirituel, quel qu’il soit, forcément enseigné, pratiqué par des êtres humains (complexes, subjectifs, contradictoires…). Idem pour la Science. Par contre, la Vérité offre, selon moi, une multitudes de facettes, tout à fait réelles, facettes dans lesquelles on peut chercher et trouver des dénominateurs communs à vocation universelle.

  25. Horatio Vishakapatnam dit :

    Tant d’habilité à tordre les mots et à manier les sophismes m’impressionne. Juste deux remarques.
    D’abord, le mot “transparence” me fait penser à sa traduction russe : “glanost”. Un terme associé à la fin de l’Union soviétique, qui si je ne m’abuse était une dictature.
    Ensuite, les régimes autoritaires aiment peut-être tout savoir de la vie des individus, mais ils ne veulent rien révéler des affaires des états. Or, c’est sur ce dernier point que travaille wikileaks. Et être informer des affaires qui concernent tout le monde, ça s’appelle tout simplement de l’intérêt général, le droit à l’information étant essentiel à la démocratie.
    Et puisque vous aimez vous référer à la Seconde guerre mondiale, une question : Jean Moulin (pour ne prendre qu’un seul exemple) ne bénéficiait pas de “la légitimité de ceux qui nous représentent”. Ca veut dire qu’il n’était pas démocratique ? Qu’il “insultait notre liberté” ?

  26. GALIAY Jean-Jacques dit :

    Cher Monsieur,
    Votre article défend une position qui est la mienne. C’est très bien de le dire. C’est votre rôle.

    Une question tout de même : les dix icônes, dont Facebook, en bas de votre article, ne vous gênent-elles pas ?

    Pour ma part, je ne mets jamais mes réactions sur un de ces “murs” : “Facebook est l’endroit, le lieu, le « site » où tout le monde se livre – se livre à tous les sens du terme. Se confie, d’une part ; et d’autre part, se donne. Comme on se donne à la police.”

    Cordialement
    Jean-Jacques Galiay

  27. Robert dit :

    Peut être.

    Il reste que quand BHL met en ligne en juin 2009 une une video volée de Mahmoud Ahmadinéjad, sa démarche n’est pas trés différente de celle de Wikileaks.

    http://www.dailymotion.com/video/x9ojqd_video-clandestine-sortie-d-iran-ahm_news#from=embed

  28. Jean-Pierre Lamy dit :

    Yann, vous vous trompez et je le regrette, car il n’ y a aucun rapport entre le mur des misérables secrets personnels comme disait Malraux et l’enfermement des secrets d’Etat, que dévoile le site de ce garçon.
    J’ai entendu ou vu les commentaires français qui le condamnent. Je pense et soutiens que c’est une erreur séculaire. JPL

  29. foilogic dit :

    De surcroît, Yann Moix prétend que la transparence va de pair avec l’indifférenciation.
    En réalité, la transparence met en évidence toute la richesse de la diversité des humains.
    Yann Moix raisonne à l’envers.

    Il va sans dire que le respect de la vie privée n’a rien à voir avec le fait que les personnalités officielles
    doivent rendre des comptes.
    Quand on décide de s’engager dans la vie publique, on s’expose à des critiques. On doit s’attendre à
    ce que les citoyens désirent vérifier l’intégrité des élus et de ceux à qui on attribue des fonctions
    importantes pour la collectivité.

    Les idées de Yann Moix me font penser à ces policiers qui voudraient avoir le droit de faire de fausses
    déclarations pour incriminer des innocents après les avoir tabassés, et qui se plaignent quand on
    condamne leurs dérives avec une relative sévérité.

  30. samuelson dit :

    S’agit-il là de transparence?La transparence consiste soit pour un état à rendre visible son action aux yeux de ses citoyens, en faisant en telle sorte que tout ce qui ne relève pas du secret soit connu, soit pour des citoyens, des journalistes…de rendre visible une action opaque de l’état, d’oligarques, etc…mais qui peut faire l’objet d’une information, dont le secret n’est pas légitime,afin de la porter à la connaissance de tous.
    Ce qui a été porté à la connaissance d’un large public à l’échelle internationale, par wikileaks relève pour l’essentiel de l’action diplomatique d’un état, et de tout ce qui y est lié, l’ensemble des informations de toute nature réunit à cette fin. Hors l’action diplomatique d’un état relève pour s’exercer de manière efficace du secret.
    En ce sens l’on peut dire que l’information diffusée largement contrevient à l’action diplomatique de cet état là dans sa relations avec d’autres états.Dans ce sens l’action de wikileaks n’est pas respectueuse des procédures démocratiques, et notamment du respect du secret entourant l’action diplomatique,à l’œuvre dans la démocratie américaine.
    En dehors de cela, est-ce que cela a une conséquence sur la démocratie elle-même ?
    Peut-être une, Wikileaks va obliger tous les états démocratiques du monde à mieux se protéger surtout au niveau diplomatique de toute intrusion dans les circuits d’information. Le secret de l’action diplomatique sera encore mieux gardé demain qu’aujourd’hui.
    Ceci dit,les gouvernés du monde entier auront pu pénétrer à un moment dans des sphères auxquelles ils n’ont pas accès, celles de ceux qui les gouvernent…et y voir que tout ceci, tout ce qui s’y disait et s’y pensait était vraiment “humain trop humain”…Ils peuvent désormais savoir que l’époque est sinistre car nulle part ne s’y fait jour une grande politique.
    “Restons petits…”

    Samsamuelson.

  31. Prelati dit :

    Mettre dans le même moule sans distingo aucun “Wikileaks” et “Facebook” au titre qu’ils sont tous les deux numériques est à peu près aussi pertinent que mettre dans le même moule “Mein Kampf” et “Martine à la Plage” au titre qu’ils sont tous les deux imprimés…

  32. [...] ditadura. A opinião é do escritor e cineasta francês Yann Moix, em artigo publicado na revista La Règle Du Jeu. Essa ideia contraria a essência da noção construída em torno do WikiLeaks, a de que o [...]

  33. David B dit :

    Bonjour Mr Moix,
    Je fais des études de communications à l’étranger et cet article est passionnant, j’aimerai l’autorisation de le traduire pour une utilisation non officielle bien sûr, juste en cours et autour de moi aussi.
    Je ne ferai rien sans votre autorisation et, si vous acceptez, il y aura votre nom, ainsi que l’adresse de votre blog à la fin de la traduction.
    Merci d’avance et très bon article.

  34. Christophe Tison dit :

    Enfin quelqu’un qui ne se pâme pas. Tu cites Rousseau, tu aurais pu citer Hegel : Assange se présente sincèrement ou non (là n’est pas la question) comme un ènième exemplaire de “La Belle Âme”, celui qui veut la vérité, la pureté, la transparence à tout prix, et qui finit éternel adolescent à se battre contre des moulins, loin du terrain où il faut se battre réellement. Parce qu’il ne touche pas ni ne comprend le réel. Un truc, donc, qui plaît à une société d’ados.

  35. Alphonse dit :

    Ainsi donc la démocratie serait la soumission aveugle du peuple à une élite à laquelle il déléguerait tous ses pouvoirs. Le pouvoir du peuple ne vaudrait que concentré dans les mains d’une minorité qui en disposerait comme elle l’entend. Soit…
    Mais un tel système ne tient que si le pouvoir en question est utilisé pour servir l’intérêt du peuple qui l’a confié. Un gouvernement qui abuserait de ce pouvoir, et agirait à l’encontre de l’intérêt général serait à n’en pas douter anti-démocratique.
    Mais, selon l’auteur, exposer ces agissements serait en soit anti-démocratique. Dénoncer ceux qui vont à l’encontre de la démocratie irait à l’encontre de la démocratie. Un tel système pourrait-il survivre à ce paradoxe ?

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