Contre le boycott d’Israël


BoycottLire la tribune dans Le Monde.fr
Le directeur de La Règle du jeu, Bernard-Henri Lévy, ainsi que deux membres de son comité de  rédaction, Patrick Klugmann et Yann Moix, signent une tribune, dans Le Monde, contre l’appel au boycott d’Israël.
Le texte, publié donc dans Le Monde du 1er novembre 2010, compte également les signatures de Bertrand Delanoë, Yvan Attal, Patrick Bruel, Alain Finkielkraut, François Hollande, Arielle Schwab, Dominique Sopo, Mohamed Sifaoui, Pierre Arditi.
A noter aussi que l’on retrouve, parmi les signataires,  le bureau de JCall au grand complet (Gérard Unger, David Chemla, Michel Zaoui, Daniel Racheline et, donc, Patrick Klugman) – ce qui devrait, espérons-le, faire réfléchir à deux fois tous ceux qui ont cru devoir émettre des réserves quant à la fermeté de la solidarité de JCall avec Israël.
Voici ce texte.
Maria de França.

Une entreprise commence à faire parler d’elle en France, consistant à promouvoir un embargo d’Israël tant dans l’ordre économique que dans celui des échanges universitaires ou culturels. Ses initiateurs, regroupés dans un collectif intitulé Boycott, désinvestissement, sanctions, ne s’embarrassent pas de détails. Au vu de leur charte, tout ce qui est israélien serait coupable, ce qui donne l’impression que c’est le mot même d’Israël que l’on souhaite, en fait, rayer des esprits et des cartes.

L’illégalité de la démarche ne fait pas de doute et la justice française ne tardera pas à la confirmer. Mais la justice sera bien en peine de sanctionner ce qui est essentiel dans cette affaire. C’est pourquoi, nous, associations, citoyens de tous bords, acteurs de la vie de notre pays, tous également attachés à la paix au Moyen-Orient et, donc, à l’avènement d’un État palestinien viable et démocratique aux côtés d’Israël, nous sommes convaincus que les boycotteurs se trompent de combat en prenant le parti de la censure plutôt que celui de la paix, celui de la séparation plutôt que celui de la possible et nécessaire coexistence – celui, en un mot, de la haine et non de la parole et de la vie partagées.

La possibilité de critiquer, même de manière vive, le gouvernement israélien concernant sa politique vis-à-vis des Palestiniens n’est pas ici en cause. Peu de gouvernements sont autant sévèrement jugés, y compris par certains d’entre nous. Mais la critique n’a rien à voir avec le rejet, le déni, et, finalement, la délégitimation. Et rien ne saurait autoriser que l’on applique à la démocratie israélienne un type de traitement qui n’est réservé aujourd’hui à aucune autre nation au monde, fût-elle une abominable dictature.

D’autant que, de plus, la globalité du rejet et sa bêtise font que l’on emporte dans le même mouvement les forces qui, en Israël, œuvrent jour après jour au rapprochement avec les Palestiniens en sorte que les partisans du boycott sont, aussi, des saboteurs et des naufrageurs d’espérance.

La paix ne se fera pas sans les Palestiniens. Mais elle ne se fera pas non plus sans les Israéliens. Et moins encore sans les intellectuels et les hommes et femmes de culture qui, quels que soient leur pays d’origine ou leur parti pris politique, travaillent à rapprocher les peuples. Céder à l’appel du boycott, rendre impossibles les échanges, infliger aux chercheurs israéliens, par exemple, ou aux écrivains on ne sait quelle punition collective, c’est abandonner toute perspective de solution politique au conflit et signifier que la négociation n’est plus dans le champ du possible.

Nous n’acceptons pas cet aveu d’échec. Nous pensons que notre rôle est de proposer un chemin de dialogue. C’est pourquoi, nous, signataires, sommes résolument contre le boycott d’Israël et pour la paix – et, précisément, contre le boycott parce que nous sommes pour la paix.

Yvan Attal, comédien ;
Pierre Arditi, comédien ;
Georges Bensoussan, historien ;
Michel Boujenah, comédien ;
Patrick Bruel, comédien et chanteur ;
Pascal Bruckner, essayiste ;
David Chemla, secrétaire général de JCALL, ;
Bertrand Delanoë, maire de Paris ;
Frédéric Encel, géopolitologue ;
Alain Finkielkraut, philosophe ;
Patrick Klugman, avocat ;
François Hollande, député (PS) de Corrèze ;
Georges Kiejman, avocat ;
Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris ;
Bernard-Henri Lévy, philosophe ;
Mohamed Sifaoui, essayiste ;
Yann Moix, écrivain ;
Bernard Murat, directeur de théâtre ;
Jean-Marie Le Guen, député ;
Pierre Lescure, directeur de théâtre ;
Serge Moati, journaliste ;
Daniel Racheline, vice-président de JCALL ;
Arielle Schwab, présidente de l’UEJF ;
Dominique Sopo, président de SOS-Racisme ;
Gérard Unger, président de JCALL ;
Manuel Valls, député-maire d’Evry ;
Michel Zaoui, avocat.


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16 commentaires sur «  Contre le boycott d’Israël »

  1. contre le boycott d'Israël dit :

    Compte tenu de l’évolution des événements, comment faire pour signer votre appel SVP ?
    Merci pour la réponse.

  2. Aline Alterman dit :

    Le boycott d’Israel est le lieu sombre où se retrouvent pas mal de vieilles passions européennes. Faut-il rappeler que lorsque les universitaires britaniques ont proposé de boycotter les universités israéliennes, c’est le Président de l’Université Al-Quds de Palestine, Sari Nusseibeh, qui a dénoncé la manoeuvre pour lui totalement contre-productive s’il s’agit de soutenir le peuple palestinien dans la visée de l’existence d’un état palestinien et dans la visée de la paix. Le boycott d’Israel a d’autres visées, le plus souvent inavouées, inavouables. Aline Alterman

  3. hamza13-1 dit :

    On pourra bientôt plus critiquer Israel sans se faire allumer et taxer d’antisémite. il faut qu’isreal arrête de coloniser et de bafouer les lois internationales, et vite !

    • Aline Alterman dit :

      Il faut prendre un dictionnaire de langue française, y regarder les sens des mots “critique” et “boycott”, voire de quelques expressions, comme “rayer de la carte”. On risque de s’apercevoir alors que ces sens ne sont pas équivalents, qu’on a glissé gaiment sur une pente non définie. Certes, il faut qu’Israel cesse de développer des colonies, et passe à des négociations qui traceront précisément la frontière. Mais personne ne le dit avec plus de clairvoyance et de pertinence dans l’histoire que de nombreux citoyens israéliens eux-mêmes, et boycotter Israel c’est se priver des forces de paix les plus sincères et les plus intelligentes dont on puisse disposer. (Quand aux lois internationales, elles sont celles qui sont les mêmes pour tous).
      Certes, toute manifestation de la bêtise n’est pas nécessairement de l’antisémitisme. En lisant le commentaire précédent, il m’a semblé que son auteur(e) nourrissait principalement une sombre rancune envers la langue française, et tenait à manifester le peu de cas qu’il (elle) faisait de cette langue et de ses significations. Que l’auteur(e) de ce commentaire se rassure donc. Je ne dirai pas qu’il s’agit là d’antisémitisme

  4. stephanie dit :

    où peut on signer la pétition?

  5. Maxid Caustique dit :

    Boycotter israel reviendrait a “beatifier” la haine aveugle pour permettre a tous les laches hereditaires se reconcilier avec l’ignorance a moindre frais. Israel sert tristement de pretexte a tout! Ah, Israel! Que feraient-ils sans toi?

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