﻿{"id":9035,"date":"2018-05-15T09:24:37","date_gmt":"2018-05-15T07:24:37","guid":{"rendered":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?p=9035"},"modified":"2018-05-15T15:05:42","modified_gmt":"2018-05-15T13:05:42","slug":"fernando-arrabal-se-declare-enchante-laudace-dune-entreprise-disons-aura-ete-points-a-hauteur-de-sienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2018\/05\/15\/9035\/fernando-arrabal-se-declare-enchante-laudace-dune-entreprise-disons-aura-ete-points-a-hauteur-de-sienne\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Fernando Arrabal se d\u00e9clare enchant\u00e9 par l\u2019audace d\u2019une entreprise, qui, disons-le, aura \u00e9t\u00e9 en tous points \u00e0 la hauteur de la sienne\u00a0\u00bb."},"content":{"rendered":"<h4 class=\"entry-title\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9084\" src=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/FL.-OSE-300x189.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"189\" srcset=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/FL.-OSE-300x189.jpg 300w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/FL.-OSE-768x484.jpg 768w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/FL.-OSE-620x391.jpg 620w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/FL.-OSE-840x530.jpg 840w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/FL.-OSE-420x265.jpg 420w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/FL.-OSE.jpg 1706w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>CREATION DE &lsquo;FANDO ET LIS&rsquo; de Fernando Arrabal\u00a0 \u00c0 SAINT-ETIENNE: APOCALYPTIQUE.<\/h4>\n<div class=\"entry-content\">\n<div class=\"chapeau\">\n<div class=\"intro\">\n<p>Saint-Etienne. Grand Th\u00e9\u00e2tre Massenet. 2-V-2018. Beno\u00eet Menut (n\u00e9 en 1977)\u00a0: Fando et Lis, op\u00e9ra en trois actes\u00a0 de Fernando Arrabal. Mise en sc\u00e8ne\u00a0: Kristian Fr\u00e9dric. D\u00e9cors\u00a0: Fabien Teign\u00e9. Costumes\u00a0: Marl\u00e8ne Bastien. Lumi\u00e8res\u00a0: Nicolas Descoteaux. Avec\u00a0: Mathias Vidal, Fando\u00a0; Maya Villanueva, Lis\u00a0; Pierre-Yves Pruvot, Mitaro\u00a0; Nicolas Certenais, Namur\u00a0; Mark van Arsdale, Toso\u00a0: Natalie Dessay, voix de la m\u00e8re\u00a0; Roman Bertran van Craenbroeck, voix de l\u2019enfant. Choeur lyrique Saint-Etienne Loire (chef de choeur\u00a0: Laurent Touche) et Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire, direction\u00a0: Daniel Kawka.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-188360\" src=\"http:\/\/www.resmusica.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/DSC4626_-362x241.jpg\" alt=\"_DSC4626_\" width=\"362\" height=\"241\" \/><strong>Figure majeure du th\u00e9\u00e2tre, Fernando Arrabal,\u00a0 \u00a0fait son retour par la grande porte lyrique que lui ouvre l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne en signant <em>Fando et Lis<\/em>, premier op\u00e9ra de Beno\u00eet Menut. De cette histoire d\u2019amour \u00e9trange, il faut retenir un plaidoyer d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour un autrement, et non une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Rendre gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019Eric Blanc de la Naulte, actuel directeur de l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne, de vouloir agrandir le grand Mus\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra de quelques pi\u00e8ces en proposant une cr\u00e9ation mondiale bisannuelle. Rendre gr\u00e2ce\u00a0 \u00e0 Kristian F\u00e9dric le metteur en sc\u00e8ne de ce<em>\u00a0Fando et Lis<\/em>\u00a0,\u00a0 de ressusciter un Arrabal (cin\u00e9aste-dramaturge-po\u00e8te-romancier-essayiste-librettiste-peintre- aux multiples r\u00e9compenses)\u00a0 qu&rsquo;a tant marqu\u00e9 au fer rouge de ses visions cin\u00e9matographiques <em>Viva la muerte<\/em>\u00a0et surtout\u00a0<em>J\u2019irai comme un cheval fou<\/em>. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait interdit d\u2019interdire et surtout pas l\u2019imaginaire des artistes, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Pasolini n\u2019\u00e9tait pas mort, celle de Jodorowski (co-fondateur, d\u00e8s 1962, avec Topor et Arrabal, du mouvement Panique, en r\u00e9f\u00e9rence au Dieu Pan, et qui transforma<em>\u00a0Fando et Lis<\/em>\u00a0en film).<\/p>\n<p>A Saint-\u00c9tienne, en 2018, malgr\u00e9 le traditionnel avertissement relatif \u00e0 \u00ab\u00a0la sensibilit\u00e9 de certains spectateurs\u00a0\u00bb, le public vierge\u00a0 de ces films aussi peu normatifs que fondateurs ne ressort pas indemne de<em>\u00a0Fando et Lis<\/em>. Le metteur en sc\u00e8ne fran\u00e7ais, qui conna\u00eet bien son Arrabal, s\u2019inscrit de toute \u00e9vidence dans l\u2019auguste marge d\u2019une lign\u00e9e qui a\u00a0 \u00e0 dire, surtout en ces temps de pr\u00eache d\u2019un retour au normatif, sur la triste histoire des hommes qui ne peuvent s\u2019emp\u00eacher d\u2019aimer sans le sang.<\/p>\n<p>Car elle est triste, l\u2019histoire de\u00a0<em>Fando et Lis<\/em>, ces \u00e9tranges amoureux qui errent en compagnie d\u2019une humanit\u00e9 post-apocalyptique \u00e0 la recherche d\u2019une ville fantasm\u00e9e. A l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on \u00ab\u00a0f\u00eate\u00a0\u00bb la disparition d\u2019un tiers des chants d\u2019oiseaux, ne subsiste, dans l\u2019op\u00e9ra de Beno\u00ee Menut, qu\u2019une poign\u00e9e de corbeaux. Ce sont eux les t\u00e9moins, eux qui servent de fil rouge, qu\u2019ils tracent m\u00eame au sol. On est dans\u00a0<em>La Route<\/em>\u00a0de Cormac McCarty. Le d\u00e9cor n\u2019est d\u2019abord que ruines immobiles et nu\u00e9es mouvantes \u00e0 l\u2019image de l\u2019amour de Fando pour Lis, \u00e9cartel\u00e9 entre na\u00efves d\u00e9clarations champ\u00eatres et fracassements corporels \u00e0 haut risque. Lis, hormis une originelle apparition \u00e9blouissante de f\u00e9minit\u00e9 (robe rouge bien s\u00fbr), sera tr\u00e8s vite cette femme ultime (comme dans le film d\u2019Alfonso Cuar\u00f3n<em>\u00a0Les fils de l\u2019homme<\/em>), h\u00e9mipl\u00e9gique transbahut\u00e9e par son Rom\u00e9o\u00a0 sur un \u00e9trange fauteuil roulant en forme de lit. Aim\u00e9e, tatou\u00e9e, d\u00e9nud\u00e9e, offerte,\u00a0 par son \u00ab\u00a0amoureux\u00a0\u00bb, elle finira d\u00e9pec\u00e9e. On aurait tort de voir l\u00e0 une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb \u00e0 la Catherine Cl\u00e9ment.\u00a0<em>Fando et Lis<\/em>\u00a0se veut au contraire le plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des plaidoyers pour un autrement. Kristian Fr\u00e9dric, dont l\u2019empathie ne saurait \u00eatre mise en cause, ne disait pas autre chose dans sa lecture tr\u00e8s politis\u00e9e (et tr\u00e8s r\u00e9ussie) du diptyque\u00a0<a href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/2017\/06\/05\/cavalleria-rusticana-et-pagliacci-a-strasbourg-hommage-au-cinema-italien\/\"><em>Cavalleria Rusticana \/ Pagliaccio<\/em>\u00a0<\/a>(rebaptis\u00e9 par lui\u00a0<em>Les labours de la souffrance<\/em>) en 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra du Rhin. La phrase de Kolt\u00e8s (dont Fr\u00e9dric adapta<a href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/2014\/10\/02\/la-creation-de-quai-ouest-de-regis-campo\/\"><em>\u00a0Quai ouest<\/em>, \u00e9galement pour Strasbourg en 2104<\/a>) mise en exergue (mort des mots, \u00e9loge d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des cimeti\u00e8res, rire des oiseaux) trouve, en bout de course, son \u00e9cho dans\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019espoir sans espoir\u00a0\u00bb du lucide \u00e9change final entre une m\u00e8re et son enfant, tir\u00e9 de\u00a0<em>J\u2019irai comme un cheval fou<\/em>. Confi\u00e9 \u00e0 uneNatalie Dessay\u00a0\u00a0toute en \u00e9motion contenue, cet instant bouleversant sert de contrepoint auditif \u00e0 la vision fascinante de la re-fortification d\u2019une ville atteinte \u00e0 tous les sens du mot\u00a0: c\u2019est la ville de tous les fascismes (Arrabal a fui Franco en 1955 pour la France d\u2019o\u00f9 il n\u2019a eu de cesse d\u2019affronter la violence du dictateur espagnol). Une ville d\u2019hommes. Lis est morte, Fando va mourir. Ce splendide dernier tableau (zoom sur ville en mouvement, superbement d\u00e9voil\u00e9e par la palette cr\u00e9pusculaire de Nicolas Descoteaux, se fermant sur elle-m\u00eame) balaie \u00e0 lui seul bien des r\u00e9serves.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Une cr\u00e9ation est le plus attractif des rendez-vous. Va-t\u2019on vivre la primaut\u00e9 d\u2019un nouveau\u00a0<em>Cosi fan tutte<\/em>, ou, pour parler plus proche, d\u2019un<em>\u00a0Capriccio<\/em>, d\u2019un\u00a0<em>Dialogues des carm\u00e9lites<\/em>, voire d\u2019un<em>\u00a0Akhnaten<\/em>\u00a0? On sent bien, chez Beno\u00eet Menut, le r\u00eave de voir compl\u00e9t\u00e9e la liste enchant\u00e9e. Reconnaissons la science r\u00e9elle de son orchestration, la jouissance manifeste de son jeu avec un orchestre de cinquante-cinq musiciens sans \u00e9lectricit\u00e9 autre que celle de leur corps. Constatons \u00e0 la fin du voyage que derri\u00e8re la brillance des effets, l\u2019effort de vouloir revenir \u00e0 la tradition des duos, des trios, des airs (celui dit de la plume est vraiment touchant), et au-del\u00e0 des clins d\u2019\u0153ils oblig\u00e9s de tout op\u00e9ra contemporain au pass\u00e9, l\u2019on sent h\u00e9las la crainte, toute fran\u00e7aise, de se voir refuser l\u2019adoubement. Donn\u00e9e sans entracte, la musique de Menut fait penser un peu\u00a0\u00e0 celle\u00a0de Boesmans\u00a0: savante et solide, toujours intrigante, lib\u00e9r\u00e9e du s\u00e9rialisme une fois pour toutes (le compositeur affirme et r\u00e9affirme sa non-appartenance \u00e0 quelque mouvance musicale que ce soit), mais composite, comme effray\u00e9e \u00e9galement par ce qui serait l\u2019affirmation de son style propre. L\u2019\u00e9motion indubitable de la soir\u00e9e nous a sembl\u00e9 davantage d\u2019ordre humain que purement musical.<\/p>\n<p>Menut, en gourmand des sons, a g\u00e2t\u00e9 l\u2019Orchestre de Loire-Saint-Etienne qui le lui rend bien. Conduits par Daniel Kawka, la machine \u00e0 vent (auto-clin d\u2019\u0153il breton) comme la harpe, la for\u00eat de percussions comme la voilure des cordes en grande coh\u00e9sion affichent la m\u00eame aisance devant cette \u0153uvre de notre temps que devant celles de notre pass\u00e9. L\u2019investissement du quintette de chanteurs est total. Pour le r\u00f4le de Fando, Menut a tr\u00e8s bien su exploiter l\u2019ambitus impressionnant de\u00a0<a class=\"st_tag internal_tag\" title=\"Posts tagged with Mathias Vidal\" href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/mot-clef\/mathias-vidal\/\" rel=\"tag\">Mathias Vidal<\/a>, qui imprime autant ici en pitoyable histrion \u00e0 la Ninetto Davoli qu\u2019en T\u00e9l\u00e9maque de nagu\u00e8re. De la Lis de\u00a0<a class=\"st_tag internal_tag\" title=\"Posts tagged with Maya Villanueva\" href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/mot-clef\/maya-villanueva\/\" rel=\"tag\">Maya Villanueva<\/a>, \u00e9mane un \u00e9mouvant lyrisme. On louera de m\u00eame le trio turandesque Mitaro\/Namur\/Toso des excellents\u00a0<a class=\"st_tag internal_tag\" title=\"Posts tagged with Pierre-Yves Pruvot\" href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/mot-clef\/pierre-yves-pruvot\/\" rel=\"tag\">Pierre-Yves Pruvot<\/a>,\u00a0<a class=\"st_tag internal_tag\" title=\"Posts tagged with Nicolas Certenais\" href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/mot-clef\/nicolas-certenais\/\" rel=\"tag\">Nicolas Certenais<\/a>,\u00a0<a class=\"st_tag internal_tag\" title=\"Posts tagged with Mark Van Arsdale\" href=\"http:\/\/www.resmusica.com\/mot-clef\/mark-van-arsdale\/\" rel=\"tag\">Mark van Arsdale<\/a>,\u00a0 nous font vraiment souhaiter l\u2019imminence de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Tar. Les costumes inventifs de Marl\u00e8ne Bastien habillent une soir\u00e9e\u00a0sans eau ti\u00e8de \u00e0 l\u2019issue de laquelle <strong>Fernando Arrabal\u00a0 (qui fut par deux fois metteur en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra\u00a0:\u00a0<em>La Vida breve<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Goyescas<\/em>), pr\u00e9sent, se d\u00e9clare enchant\u00e9 par l\u2019audace d\u2019une entreprise, qui, disons-le, aura \u00e9t\u00e9 en tous points \u00e0 la hauteur de la sienne.<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9078\" src=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4591_-2-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4591_-2-300x200.jpg 300w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4591_-2-768x511.jpg 768w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4591_-2-620x413.jpg 620w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4591_-2-840x559.jpg 840w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4591_-2-420x279.jpg 420w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4591_-2.jpg 1772w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<p align=\"left\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-9080\" src=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4519_-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4519_-300x200.jpg 300w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4519_-768x511.jpg 768w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4519_-620x413.jpg 620w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4519_-840x559.jpg 840w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4519_-420x279.jpg 420w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2018\/05\/DSC4519_.jpg 1772w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CREATION DE &lsquo;FANDO ET LIS&rsquo; de Fernando Arrabal\u00a0 \u00c0 SAINT-ETIENNE: APOCALYPTIQUE. Saint-Etienne. Grand Th\u00e9\u00e2tre Massenet. 2-V-2018. Beno\u00eet Menut (n\u00e9 en 1977)\u00a0: Fando et Lis, op\u00e9ra en trois actes\u00a0 de Fernando Arrabal. Mise en sc\u00e8ne\u00a0: Kristian Fr\u00e9dric. D\u00e9cors\u00a0: Fabien Teign\u00e9. Costumes\u00a0: Marl\u00e8ne Bastien. Lumi\u00e8res\u00a0: Nicolas Descoteaux. Avec\u00a0: Mathias Vidal, Fando\u00a0; Maya Villanueva, Lis\u00a0; Pierre-Yves Pruvot, Mitaro\u00a0; Nicolas Certenais, Namur\u00a0; Mark van Arsdale, Toso\u00a0: Natalie Dessay, voix de la m\u00e8re\u00a0; Roman Bertran van Craenbroeck, voix de l\u2019enfant. Choeur lyrique Saint-Etienne Loire (chef de choeur\u00a0: Laurent Touche) et Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire, direction\u00a0: Daniel Kawka. Figure majeure du th\u00e9\u00e2tre, Fernando Arrabal,\u00a0 \u00a0fait son retour par la grande porte lyrique que lui ouvre l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne en signant Fando et Lis, premier op\u00e9ra de Beno\u00eet Menut. De cette histoire d\u2019amour \u00e9trange, il faut retenir un plaidoyer d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour un autrement, et non une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb. Rendre gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019Eric Blanc de la Naulte, actuel directeur de l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne, de vouloir agrandir le grand Mus\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra de quelques pi\u00e8ces en proposant une cr\u00e9ation mondiale bisannuelle. Rendre gr\u00e2ce\u00a0 \u00e0 Kristian F\u00e9dric le metteur en sc\u00e8ne de ce\u00a0Fando et Lis\u00a0,\u00a0 de ressusciter un Arrabal (cin\u00e9aste-dramaturge-po\u00e8te-romancier-essayiste-librettiste-peintre- aux multiples r\u00e9compenses)\u00a0 qu&rsquo;a tant marqu\u00e9 au fer rouge de ses visions cin\u00e9matographiques Viva la muerte\u00a0et surtout\u00a0J\u2019irai comme un cheval fou. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait interdit d\u2019interdire et surtout pas l\u2019imaginaire des artistes, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Pasolini n\u2019\u00e9tait pas mort, celle de Jodorowski (co-fondateur, d\u00e8s 1962, avec Topor et Arrabal, du mouvement Panique, en r\u00e9f\u00e9rence au Dieu Pan, et qui transforma\u00a0Fando et Lis\u00a0en film). A Saint-\u00c9tienne, en 2018, malgr\u00e9 le traditionnel avertissement relatif \u00e0 \u00ab\u00a0la sensibilit\u00e9 de certains spectateurs\u00a0\u00bb, le public vierge\u00a0 de ces films aussi peu normatifs que fondateurs ne ressort pas indemne de\u00a0Fando et Lis. Le metteur en sc\u00e8ne fran\u00e7ais, qui conna\u00eet bien son Arrabal, s\u2019inscrit de toute \u00e9vidence dans l\u2019auguste marge d\u2019une lign\u00e9e qui a\u00a0 \u00e0 dire, surtout en ces temps de pr\u00eache d\u2019un retour au normatif, sur la triste histoire des hommes qui ne peuvent s\u2019emp\u00eacher d\u2019aimer sans le sang. Car elle est triste, l\u2019histoire de\u00a0Fando et Lis, ces \u00e9tranges amoureux qui errent en compagnie d\u2019une humanit\u00e9 post-apocalyptique \u00e0 la recherche d\u2019une ville fantasm\u00e9e. A l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on \u00ab\u00a0f\u00eate\u00a0\u00bb la disparition d\u2019un tiers des chants d\u2019oiseaux, ne subsiste, dans l\u2019op\u00e9ra de Beno\u00ee Menut, qu\u2019une poign\u00e9e de corbeaux. Ce sont eux les t\u00e9moins, eux qui servent de fil rouge, qu\u2019ils tracent m\u00eame au sol. On est dans\u00a0La Route\u00a0de Cormac McCarty. Le d\u00e9cor n\u2019est d\u2019abord que ruines immobiles et nu\u00e9es mouvantes \u00e0 l\u2019image de l\u2019amour de Fando pour Lis, \u00e9cartel\u00e9 entre na\u00efves d\u00e9clarations champ\u00eatres et fracassements corporels \u00e0 haut risque. Lis, hormis une originelle apparition \u00e9blouissante de f\u00e9minit\u00e9 (robe rouge bien s\u00fbr), sera tr\u00e8s vite cette femme ultime (comme dans le film d\u2019Alfonso Cuar\u00f3n\u00a0Les fils de l\u2019homme), h\u00e9mipl\u00e9gique transbahut\u00e9e par son Rom\u00e9o\u00a0 sur un \u00e9trange fauteuil roulant en forme de lit. Aim\u00e9e, tatou\u00e9e, d\u00e9nud\u00e9e, offerte,\u00a0 par son \u00ab\u00a0amoureux\u00a0\u00bb, elle finira d\u00e9pec\u00e9e. On aurait tort de voir l\u00e0 une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb \u00e0 la Catherine Cl\u00e9ment.\u00a0Fando et Lis\u00a0se veut au contraire le plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des plaidoyers pour un autrement. Kristian Fr\u00e9dric, dont l\u2019empathie ne saurait \u00eatre mise en cause, ne disait pas autre chose dans sa lecture tr\u00e8s politis\u00e9e (et tr\u00e8s r\u00e9ussie) du diptyque\u00a0Cavalleria Rusticana \/ Pagliaccio\u00a0(rebaptis\u00e9 par lui\u00a0Les labours de la souffrance) en 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra du Rhin. La phrase de Kolt\u00e8s (dont Fr\u00e9dric adapta\u00a0Quai ouest, \u00e9galement pour Strasbourg en 2104) mise en exergue (mort des mots, \u00e9loge d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des cimeti\u00e8res, rire des oiseaux) trouve, en bout de course, son \u00e9cho dans\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019espoir sans espoir\u00a0\u00bb du lucide \u00e9change final entre une m\u00e8re et son enfant, tir\u00e9 de\u00a0J\u2019irai comme un cheval fou. Confi\u00e9 \u00e0 uneNatalie Dessay\u00a0\u00a0toute en \u00e9motion contenue, cet instant bouleversant sert de contrepoint auditif \u00e0 la vision fascinante de la re-fortification d\u2019une ville atteinte \u00e0 tous les sens du mot\u00a0: c\u2019est la ville de tous les fascismes (Arrabal a fui Franco en 1955 pour la France d\u2019o\u00f9 il n\u2019a eu de cesse d\u2019affronter la violence du dictateur espagnol). Une ville d\u2019hommes. Lis est morte, Fando va mourir. Ce splendide dernier tableau (zoom sur ville en mouvement, superbement d\u00e9voil\u00e9e par la palette cr\u00e9pusculaire de Nicolas Descoteaux, se fermant sur elle-m\u00eame) balaie \u00e0 lui seul bien des r\u00e9serves. &nbsp; Une cr\u00e9ation est le plus attractif des rendez-vous. Va-t\u2019on vivre la primaut\u00e9 d\u2019un nouveau\u00a0Cosi fan tutte, ou, pour parler plus proche, d\u2019un\u00a0Capriccio, d\u2019un\u00a0Dialogues des carm\u00e9lites, voire d\u2019un\u00a0Akhnaten\u00a0? On sent bien, chez Beno\u00eet Menut, le r\u00eave de voir compl\u00e9t\u00e9e la liste enchant\u00e9e. Reconnaissons la science r\u00e9elle de son orchestration, la jouissance manifeste de son jeu avec un orchestre de cinquante-cinq musiciens sans \u00e9lectricit\u00e9 autre que celle de leur corps. Constatons \u00e0 la fin du voyage que derri\u00e8re la brillance des effets, l\u2019effort de vouloir revenir \u00e0 la tradition des duos, des trios, des airs (celui dit de la plume est vraiment touchant), et au-del\u00e0 des clins d\u2019\u0153ils oblig\u00e9s de tout op\u00e9ra contemporain au pass\u00e9, l\u2019on sent h\u00e9las la crainte, toute fran\u00e7aise, de se voir refuser l\u2019adoubement. Donn\u00e9e sans entracte, la musique de Menut fait penser un peu\u00a0\u00e0 celle\u00a0de Boesmans\u00a0: savante et solide, toujours intrigante, lib\u00e9r\u00e9e du s\u00e9rialisme une fois pour toutes (le compositeur affirme et r\u00e9affirme sa non-appartenance \u00e0 quelque mouvance musicale que ce soit), mais composite, comme effray\u00e9e \u00e9galement par ce qui serait l\u2019affirmation de son style propre. L\u2019\u00e9motion indubitable de la soir\u00e9e nous a sembl\u00e9 davantage d\u2019ordre humain que purement musical. Menut, en gourmand des sons, a g\u00e2t\u00e9 l\u2019Orchestre de Loire-Saint-Etienne qui le lui rend bien. Conduits par Daniel Kawka, la machine \u00e0 vent (auto-clin d\u2019\u0153il breton) comme la harpe, la for\u00eat de percussions comme la voilure des cordes en grande coh\u00e9sion affichent la m\u00eame aisance devant cette \u0153uvre de notre temps que devant celles de notre pass\u00e9. L\u2019investissement du quintette de chanteurs est total. Pour le r\u00f4le de Fando, Menut a tr\u00e8s bien su exploiter l\u2019ambitus impressionnant de\u00a0Mathias Vidal, qui imprime autant ici en pitoyable histrion \u00e0 la Ninetto Davoli qu\u2019en T\u00e9l\u00e9maque de nagu\u00e8re. De la Lis de\u00a0Maya Villanueva, \u00e9mane un \u00e9mouvant lyrisme. On louera de m\u00eame le trio turandesque Mitaro\/Namur\/Toso des excellents\u00a0Pierre-Yves Pruvot,\u00a0Nicolas Certenais,\u00a0Mark van Arsdale,\u00a0 nous font vraiment souhaiter l\u2019imminence de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Tar. Les costumes inventifs de Marl\u00e8ne Bastien habillent une soir\u00e9e\u00a0sans eau ti\u00e8de \u00e0 l\u2019issue de laquelle Fernando Arrabal\u00a0 (qui fut par deux fois metteur en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra\u00a0:\u00a0La Vida breve\u00a0et\u00a0Goyescas), pr\u00e9sent, se d\u00e9clare enchant\u00e9 par l\u2019audace d\u2019une entreprise, qui, disons-le, aura \u00e9t\u00e9 en tous points \u00e0 la hauteur de la sienne.<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":188360,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-9035","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-miscellannees"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v24.5 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>&quot;Fernando Arrabal se d\u00e9clare enchant\u00e9 par l\u2019audace d\u2019une entreprise, qui, disons-le, aura \u00e9t\u00e9 en tous points \u00e0 la hauteur de la sienne&quot;. - Ceci n\u2019est pas un blog<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2018\/05\/15\/9035\/fernando-arrabal-se-declare-enchante-laudace-dune-entreprise-disons-aura-ete-points-a-hauteur-de-sienne\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"&quot;Fernando Arrabal se d\u00e9clare enchant\u00e9 par l\u2019audace d\u2019une entreprise, qui, disons-le, aura \u00e9t\u00e9 en tous points \u00e0 la hauteur de la sienne&quot;. - Ceci n\u2019est pas un blog\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"CREATION DE &lsquo;FANDO ET LIS&rsquo; de Fernando Arrabal\u00a0 \u00c0 SAINT-ETIENNE: APOCALYPTIQUE. Saint-Etienne. Grand Th\u00e9\u00e2tre Massenet. 2-V-2018. Beno\u00eet Menut (n\u00e9 en 1977)\u00a0: Fando et Lis, op\u00e9ra en trois actes\u00a0 de Fernando Arrabal. Mise en sc\u00e8ne\u00a0: Kristian Fr\u00e9dric. D\u00e9cors\u00a0: Fabien Teign\u00e9. Costumes\u00a0: Marl\u00e8ne Bastien. Lumi\u00e8res\u00a0: Nicolas Descoteaux. Avec\u00a0: Mathias Vidal, Fando\u00a0; Maya Villanueva, Lis\u00a0; Pierre-Yves Pruvot, Mitaro\u00a0; Nicolas Certenais, Namur\u00a0; Mark van Arsdale, Toso\u00a0: Natalie Dessay, voix de la m\u00e8re\u00a0; Roman Bertran van Craenbroeck, voix de l\u2019enfant. Choeur lyrique Saint-Etienne Loire (chef de choeur\u00a0: Laurent Touche) et Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire, direction\u00a0: Daniel Kawka. Figure majeure du th\u00e9\u00e2tre, Fernando Arrabal,\u00a0 \u00a0fait son retour par la grande porte lyrique que lui ouvre l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne en signant Fando et Lis, premier op\u00e9ra de Beno\u00eet Menut. De cette histoire d\u2019amour \u00e9trange, il faut retenir un plaidoyer d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour un autrement, et non une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb. Rendre gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019Eric Blanc de la Naulte, actuel directeur de l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne, de vouloir agrandir le grand Mus\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra de quelques pi\u00e8ces en proposant une cr\u00e9ation mondiale bisannuelle. Rendre gr\u00e2ce\u00a0 \u00e0 Kristian F\u00e9dric le metteur en sc\u00e8ne de ce\u00a0Fando et Lis\u00a0,\u00a0 de ressusciter un Arrabal (cin\u00e9aste-dramaturge-po\u00e8te-romancier-essayiste-librettiste-peintre- aux multiples r\u00e9compenses)\u00a0 qu&rsquo;a tant marqu\u00e9 au fer rouge de ses visions cin\u00e9matographiques Viva la muerte\u00a0et surtout\u00a0J\u2019irai comme un cheval fou. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait interdit d\u2019interdire et surtout pas l\u2019imaginaire des artistes, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Pasolini n\u2019\u00e9tait pas mort, celle de Jodorowski (co-fondateur, d\u00e8s 1962, avec Topor et Arrabal, du mouvement Panique, en r\u00e9f\u00e9rence au Dieu Pan, et qui transforma\u00a0Fando et Lis\u00a0en film). A Saint-\u00c9tienne, en 2018, malgr\u00e9 le traditionnel avertissement relatif \u00e0 \u00ab\u00a0la sensibilit\u00e9 de certains spectateurs\u00a0\u00bb, le public vierge\u00a0 de ces films aussi peu normatifs que fondateurs ne ressort pas indemne de\u00a0Fando et Lis. Le metteur en sc\u00e8ne fran\u00e7ais, qui conna\u00eet bien son Arrabal, s\u2019inscrit de toute \u00e9vidence dans l\u2019auguste marge d\u2019une lign\u00e9e qui a\u00a0 \u00e0 dire, surtout en ces temps de pr\u00eache d\u2019un retour au normatif, sur la triste histoire des hommes qui ne peuvent s\u2019emp\u00eacher d\u2019aimer sans le sang. Car elle est triste, l\u2019histoire de\u00a0Fando et Lis, ces \u00e9tranges amoureux qui errent en compagnie d\u2019une humanit\u00e9 post-apocalyptique \u00e0 la recherche d\u2019une ville fantasm\u00e9e. A l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on \u00ab\u00a0f\u00eate\u00a0\u00bb la disparition d\u2019un tiers des chants d\u2019oiseaux, ne subsiste, dans l\u2019op\u00e9ra de Beno\u00ee Menut, qu\u2019une poign\u00e9e de corbeaux. Ce sont eux les t\u00e9moins, eux qui servent de fil rouge, qu\u2019ils tracent m\u00eame au sol. On est dans\u00a0La Route\u00a0de Cormac McCarty. Le d\u00e9cor n\u2019est d\u2019abord que ruines immobiles et nu\u00e9es mouvantes \u00e0 l\u2019image de l\u2019amour de Fando pour Lis, \u00e9cartel\u00e9 entre na\u00efves d\u00e9clarations champ\u00eatres et fracassements corporels \u00e0 haut risque. Lis, hormis une originelle apparition \u00e9blouissante de f\u00e9minit\u00e9 (robe rouge bien s\u00fbr), sera tr\u00e8s vite cette femme ultime (comme dans le film d\u2019Alfonso Cuar\u00f3n\u00a0Les fils de l\u2019homme), h\u00e9mipl\u00e9gique transbahut\u00e9e par son Rom\u00e9o\u00a0 sur un \u00e9trange fauteuil roulant en forme de lit. Aim\u00e9e, tatou\u00e9e, d\u00e9nud\u00e9e, offerte,\u00a0 par son \u00ab\u00a0amoureux\u00a0\u00bb, elle finira d\u00e9pec\u00e9e. On aurait tort de voir l\u00e0 une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb \u00e0 la Catherine Cl\u00e9ment.\u00a0Fando et Lis\u00a0se veut au contraire le plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des plaidoyers pour un autrement. Kristian Fr\u00e9dric, dont l\u2019empathie ne saurait \u00eatre mise en cause, ne disait pas autre chose dans sa lecture tr\u00e8s politis\u00e9e (et tr\u00e8s r\u00e9ussie) du diptyque\u00a0Cavalleria Rusticana \/ Pagliaccio\u00a0(rebaptis\u00e9 par lui\u00a0Les labours de la souffrance) en 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra du Rhin. La phrase de Kolt\u00e8s (dont Fr\u00e9dric adapta\u00a0Quai ouest, \u00e9galement pour Strasbourg en 2104) mise en exergue (mort des mots, \u00e9loge d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des cimeti\u00e8res, rire des oiseaux) trouve, en bout de course, son \u00e9cho dans\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019espoir sans espoir\u00a0\u00bb du lucide \u00e9change final entre une m\u00e8re et son enfant, tir\u00e9 de\u00a0J\u2019irai comme un cheval fou. Confi\u00e9 \u00e0 uneNatalie Dessay\u00a0\u00a0toute en \u00e9motion contenue, cet instant bouleversant sert de contrepoint auditif \u00e0 la vision fascinante de la re-fortification d\u2019une ville atteinte \u00e0 tous les sens du mot\u00a0: c\u2019est la ville de tous les fascismes (Arrabal a fui Franco en 1955 pour la France d\u2019o\u00f9 il n\u2019a eu de cesse d\u2019affronter la violence du dictateur espagnol). Une ville d\u2019hommes. Lis est morte, Fando va mourir. Ce splendide dernier tableau (zoom sur ville en mouvement, superbement d\u00e9voil\u00e9e par la palette cr\u00e9pusculaire de Nicolas Descoteaux, se fermant sur elle-m\u00eame) balaie \u00e0 lui seul bien des r\u00e9serves. &nbsp; Une cr\u00e9ation est le plus attractif des rendez-vous. Va-t\u2019on vivre la primaut\u00e9 d\u2019un nouveau\u00a0Cosi fan tutte, ou, pour parler plus proche, d\u2019un\u00a0Capriccio, d\u2019un\u00a0Dialogues des carm\u00e9lites, voire d\u2019un\u00a0Akhnaten\u00a0? On sent bien, chez Beno\u00eet Menut, le r\u00eave de voir compl\u00e9t\u00e9e la liste enchant\u00e9e. Reconnaissons la science r\u00e9elle de son orchestration, la jouissance manifeste de son jeu avec un orchestre de cinquante-cinq musiciens sans \u00e9lectricit\u00e9 autre que celle de leur corps. Constatons \u00e0 la fin du voyage que derri\u00e8re la brillance des effets, l\u2019effort de vouloir revenir \u00e0 la tradition des duos, des trios, des airs (celui dit de la plume est vraiment touchant), et au-del\u00e0 des clins d\u2019\u0153ils oblig\u00e9s de tout op\u00e9ra contemporain au pass\u00e9, l\u2019on sent h\u00e9las la crainte, toute fran\u00e7aise, de se voir refuser l\u2019adoubement. Donn\u00e9e sans entracte, la musique de Menut fait penser un peu\u00a0\u00e0 celle\u00a0de Boesmans\u00a0: savante et solide, toujours intrigante, lib\u00e9r\u00e9e du s\u00e9rialisme une fois pour toutes (le compositeur affirme et r\u00e9affirme sa non-appartenance \u00e0 quelque mouvance musicale que ce soit), mais composite, comme effray\u00e9e \u00e9galement par ce qui serait l\u2019affirmation de son style propre. L\u2019\u00e9motion indubitable de la soir\u00e9e nous a sembl\u00e9 davantage d\u2019ordre humain que purement musical. Menut, en gourmand des sons, a g\u00e2t\u00e9 l\u2019Orchestre de Loire-Saint-Etienne qui le lui rend bien. Conduits par Daniel Kawka, la machine \u00e0 vent (auto-clin d\u2019\u0153il breton) comme la harpe, la for\u00eat de percussions comme la voilure des cordes en grande coh\u00e9sion affichent la m\u00eame aisance devant cette \u0153uvre de notre temps que devant celles de notre pass\u00e9. L\u2019investissement du quintette de chanteurs est total. Pour le r\u00f4le de Fando, Menut a tr\u00e8s bien su exploiter l\u2019ambitus impressionnant de\u00a0Mathias Vidal, qui imprime autant ici en pitoyable histrion \u00e0 la Ninetto Davoli qu\u2019en T\u00e9l\u00e9maque de nagu\u00e8re. De la Lis de\u00a0Maya Villanueva, \u00e9mane un \u00e9mouvant lyrisme. On louera de m\u00eame le trio turandesque Mitaro\/Namur\/Toso des excellents\u00a0Pierre-Yves Pruvot,\u00a0Nicolas Certenais,\u00a0Mark van Arsdale,\u00a0 nous font vraiment souhaiter l\u2019imminence de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Tar. 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Saint-Etienne. Grand Th\u00e9\u00e2tre Massenet. 2-V-2018. Beno\u00eet Menut (n\u00e9 en 1977)\u00a0: Fando et Lis, op\u00e9ra en trois actes\u00a0 de Fernando Arrabal. Mise en sc\u00e8ne\u00a0: Kristian Fr\u00e9dric. D\u00e9cors\u00a0: Fabien Teign\u00e9. Costumes\u00a0: Marl\u00e8ne Bastien. Lumi\u00e8res\u00a0: Nicolas Descoteaux. Avec\u00a0: Mathias Vidal, Fando\u00a0; Maya Villanueva, Lis\u00a0; Pierre-Yves Pruvot, Mitaro\u00a0; Nicolas Certenais, Namur\u00a0; Mark van Arsdale, Toso\u00a0: Natalie Dessay, voix de la m\u00e8re\u00a0; Roman Bertran van Craenbroeck, voix de l\u2019enfant. Choeur lyrique Saint-Etienne Loire (chef de choeur\u00a0: Laurent Touche) et Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire, direction\u00a0: Daniel Kawka. Figure majeure du th\u00e9\u00e2tre, Fernando Arrabal,\u00a0 \u00a0fait son retour par la grande porte lyrique que lui ouvre l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne en signant Fando et Lis, premier op\u00e9ra de Beno\u00eet Menut. De cette histoire d\u2019amour \u00e9trange, il faut retenir un plaidoyer d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour un autrement, et non une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb. Rendre gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019Eric Blanc de la Naulte, actuel directeur de l\u2019Op\u00e9ra de Saint-\u00c9tienne, de vouloir agrandir le grand Mus\u00e9e de l\u2019Op\u00e9ra de quelques pi\u00e8ces en proposant une cr\u00e9ation mondiale bisannuelle. Rendre gr\u00e2ce\u00a0 \u00e0 Kristian F\u00e9dric le metteur en sc\u00e8ne de ce\u00a0Fando et Lis\u00a0,\u00a0 de ressusciter un Arrabal (cin\u00e9aste-dramaturge-po\u00e8te-romancier-essayiste-librettiste-peintre- aux multiples r\u00e9compenses)\u00a0 qu&rsquo;a tant marqu\u00e9 au fer rouge de ses visions cin\u00e9matographiques Viva la muerte\u00a0et surtout\u00a0J\u2019irai comme un cheval fou. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait interdit d\u2019interdire et surtout pas l\u2019imaginaire des artistes, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Pasolini n\u2019\u00e9tait pas mort, celle de Jodorowski (co-fondateur, d\u00e8s 1962, avec Topor et Arrabal, du mouvement Panique, en r\u00e9f\u00e9rence au Dieu Pan, et qui transforma\u00a0Fando et Lis\u00a0en film). A Saint-\u00c9tienne, en 2018, malgr\u00e9 le traditionnel avertissement relatif \u00e0 \u00ab\u00a0la sensibilit\u00e9 de certains spectateurs\u00a0\u00bb, le public vierge\u00a0 de ces films aussi peu normatifs que fondateurs ne ressort pas indemne de\u00a0Fando et Lis. Le metteur en sc\u00e8ne fran\u00e7ais, qui conna\u00eet bien son Arrabal, s\u2019inscrit de toute \u00e9vidence dans l\u2019auguste marge d\u2019une lign\u00e9e qui a\u00a0 \u00e0 dire, surtout en ces temps de pr\u00eache d\u2019un retour au normatif, sur la triste histoire des hommes qui ne peuvent s\u2019emp\u00eacher d\u2019aimer sans le sang. Car elle est triste, l\u2019histoire de\u00a0Fando et Lis, ces \u00e9tranges amoureux qui errent en compagnie d\u2019une humanit\u00e9 post-apocalyptique \u00e0 la recherche d\u2019une ville fantasm\u00e9e. A l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on \u00ab\u00a0f\u00eate\u00a0\u00bb la disparition d\u2019un tiers des chants d\u2019oiseaux, ne subsiste, dans l\u2019op\u00e9ra de Beno\u00ee Menut, qu\u2019une poign\u00e9e de corbeaux. Ce sont eux les t\u00e9moins, eux qui servent de fil rouge, qu\u2019ils tracent m\u00eame au sol. On est dans\u00a0La Route\u00a0de Cormac McCarty. Le d\u00e9cor n\u2019est d\u2019abord que ruines immobiles et nu\u00e9es mouvantes \u00e0 l\u2019image de l\u2019amour de Fando pour Lis, \u00e9cartel\u00e9 entre na\u00efves d\u00e9clarations champ\u00eatres et fracassements corporels \u00e0 haut risque. Lis, hormis une originelle apparition \u00e9blouissante de f\u00e9minit\u00e9 (robe rouge bien s\u00fbr), sera tr\u00e8s vite cette femme ultime (comme dans le film d\u2019Alfonso Cuar\u00f3n\u00a0Les fils de l\u2019homme), h\u00e9mipl\u00e9gique transbahut\u00e9e par son Rom\u00e9o\u00a0 sur un \u00e9trange fauteuil roulant en forme de lit. Aim\u00e9e, tatou\u00e9e, d\u00e9nud\u00e9e, offerte,\u00a0 par son \u00ab\u00a0amoureux\u00a0\u00bb, elle finira d\u00e9pec\u00e9e. On aurait tort de voir l\u00e0 une \u00e9ni\u00e8me \u00ab\u00a0d\u00e9faite des femmes\u00a0\u00bb \u00e0 la Catherine Cl\u00e9ment.\u00a0Fando et Lis\u00a0se veut au contraire le plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des plaidoyers pour un autrement. Kristian Fr\u00e9dric, dont l\u2019empathie ne saurait \u00eatre mise en cause, ne disait pas autre chose dans sa lecture tr\u00e8s politis\u00e9e (et tr\u00e8s r\u00e9ussie) du diptyque\u00a0Cavalleria Rusticana \/ Pagliaccio\u00a0(rebaptis\u00e9 par lui\u00a0Les labours de la souffrance) en 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra du Rhin. La phrase de Kolt\u00e8s (dont Fr\u00e9dric adapta\u00a0Quai ouest, \u00e9galement pour Strasbourg en 2104) mise en exergue (mort des mots, \u00e9loge d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 des cimeti\u00e8res, rire des oiseaux) trouve, en bout de course, son \u00e9cho dans\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019espoir sans espoir\u00a0\u00bb du lucide \u00e9change final entre une m\u00e8re et son enfant, tir\u00e9 de\u00a0J\u2019irai comme un cheval fou. Confi\u00e9 \u00e0 uneNatalie Dessay\u00a0\u00a0toute en \u00e9motion contenue, cet instant bouleversant sert de contrepoint auditif \u00e0 la vision fascinante de la re-fortification d\u2019une ville atteinte \u00e0 tous les sens du mot\u00a0: c\u2019est la ville de tous les fascismes (Arrabal a fui Franco en 1955 pour la France d\u2019o\u00f9 il n\u2019a eu de cesse d\u2019affronter la violence du dictateur espagnol). Une ville d\u2019hommes. Lis est morte, Fando va mourir. Ce splendide dernier tableau (zoom sur ville en mouvement, superbement d\u00e9voil\u00e9e par la palette cr\u00e9pusculaire de Nicolas Descoteaux, se fermant sur elle-m\u00eame) balaie \u00e0 lui seul bien des r\u00e9serves. &nbsp; Une cr\u00e9ation est le plus attractif des rendez-vous. Va-t\u2019on vivre la primaut\u00e9 d\u2019un nouveau\u00a0Cosi fan tutte, ou, pour parler plus proche, d\u2019un\u00a0Capriccio, d\u2019un\u00a0Dialogues des carm\u00e9lites, voire d\u2019un\u00a0Akhnaten\u00a0? On sent bien, chez Beno\u00eet Menut, le r\u00eave de voir compl\u00e9t\u00e9e la liste enchant\u00e9e. Reconnaissons la science r\u00e9elle de son orchestration, la jouissance manifeste de son jeu avec un orchestre de cinquante-cinq musiciens sans \u00e9lectricit\u00e9 autre que celle de leur corps. Constatons \u00e0 la fin du voyage que derri\u00e8re la brillance des effets, l\u2019effort de vouloir revenir \u00e0 la tradition des duos, des trios, des airs (celui dit de la plume est vraiment touchant), et au-del\u00e0 des clins d\u2019\u0153ils oblig\u00e9s de tout op\u00e9ra contemporain au pass\u00e9, l\u2019on sent h\u00e9las la crainte, toute fran\u00e7aise, de se voir refuser l\u2019adoubement. Donn\u00e9e sans entracte, la musique de Menut fait penser un peu\u00a0\u00e0 celle\u00a0de Boesmans\u00a0: savante et solide, toujours intrigante, lib\u00e9r\u00e9e du s\u00e9rialisme une fois pour toutes (le compositeur affirme et r\u00e9affirme sa non-appartenance \u00e0 quelque mouvance musicale que ce soit), mais composite, comme effray\u00e9e \u00e9galement par ce qui serait l\u2019affirmation de son style propre. L\u2019\u00e9motion indubitable de la soir\u00e9e nous a sembl\u00e9 davantage d\u2019ordre humain que purement musical. Menut, en gourmand des sons, a g\u00e2t\u00e9 l\u2019Orchestre de Loire-Saint-Etienne qui le lui rend bien. Conduits par Daniel Kawka, la machine \u00e0 vent (auto-clin d\u2019\u0153il breton) comme la harpe, la for\u00eat de percussions comme la voilure des cordes en grande coh\u00e9sion affichent la m\u00eame aisance devant cette \u0153uvre de notre temps que devant celles de notre pass\u00e9. L\u2019investissement du quintette de chanteurs est total. Pour le r\u00f4le de Fando, Menut a tr\u00e8s bien su exploiter l\u2019ambitus impressionnant de\u00a0Mathias Vidal, qui imprime autant ici en pitoyable histrion \u00e0 la Ninetto Davoli qu\u2019en T\u00e9l\u00e9maque de nagu\u00e8re. De la Lis de\u00a0Maya Villanueva, \u00e9mane un \u00e9mouvant lyrisme. On louera de m\u00eame le trio turandesque Mitaro\/Namur\/Toso des excellents\u00a0Pierre-Yves Pruvot,\u00a0Nicolas Certenais,\u00a0Mark van Arsdale,\u00a0 nous font vraiment souhaiter l\u2019imminence de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Tar. Les costumes inventifs de Marl\u00e8ne Bastien habillent une soir\u00e9e\u00a0sans eau ti\u00e8de \u00e0 l\u2019issue de laquelle Fernando Arrabal\u00a0 (qui fut par deux fois metteur en sc\u00e8ne d\u2019op\u00e9ra\u00a0:\u00a0La Vida breve\u00a0et\u00a0Goyescas), pr\u00e9sent, se d\u00e9clare enchant\u00e9 par l\u2019audace d\u2019une entreprise, qui, disons-le, aura \u00e9t\u00e9 en tous points \u00e0 la hauteur de la sienne.","og_url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2018\/05\/15\/9035\/fernando-arrabal-se-declare-enchante-laudace-dune-entreprise-disons-aura-ete-points-a-hauteur-de-sienne\/","og_site_name":"Ceci n\u2019est pas un blog","article_published_time":"2018-05-15T07:24:37+00:00","article_modified_time":"2018-05-15T13:05:42+00:00","author":"fernandoarrabal","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"fernandoarrabal","Dur\u00e9e de lecture est.":"6 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2018\/05\/15\/9035\/fernando-arrabal-se-declare-enchante-laudace-dune-entreprise-disons-aura-ete-points-a-hauteur-de-sienne\/","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2018\/05\/15\/9035\/fernando-arrabal-se-declare-enchante-laudace-dune-entreprise-disons-aura-ete-points-a-hauteur-de-sienne\/","name":"\"Fernando Arrabal se d\u00e9clare enchant\u00e9 par l\u2019audace d\u2019une entreprise, qui, disons-le, aura \u00e9t\u00e9 en tous points \u00e0 la hauteur de la sienne\". - 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