﻿{"id":8335,"date":"2017-10-09T08:21:15","date_gmt":"2017-10-09T06:21:15","guid":{"rendered":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?p=8335"},"modified":"2017-10-09T14:41:40","modified_gmt":"2017-10-09T12:41:40","slug":"comme-des-etincelles-de-fernando-arrabal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2017\/10\/09\/8335\/comme-des-etincelles-de-fernando-arrabal\/","title":{"rendered":"Comme des \u00e9tincelles"},"content":{"rendered":"<p class=\"first-letter\">Selon moi, j\u2019ai pu, dans mon enfance et adolescence espagnoles, avoir la chance de conna\u00eetre la meilleure des ma\u00eetresses. Eclair\u00e9 et \u00e9bloui.<\/p>\n<p>La \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes Unceta tentait de s\u2019assurer et de nous assurer, nous ses petits \u00e9l\u00e8ves, que tout \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur fonctionnait selon nos connaissances. C\u2019est pourquoi elle voulait nous voir devenir \u00absavants\u00bb.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rentes crises que nous \u00e9tions en train de vivre, nous devions les r\u00e9soudre gr\u00e2ce \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9. Gr\u00e2ce aux diverses connaissances \u00abque comme des savants\u00bb nous \u00e9tions en train d\u2019acqu\u00e9rir, nous parviendrions un jour \u00e0 supprimer les emb\u00fbches, duperies, chausses-trapes, tranch\u00e9es, \u00e9pid\u00e9mies, fl\u00e9aux, graves maladies, famines et mis\u00e8res. C\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la paix et \u00e0 la sant\u00e9 universelles.<\/p>\n<p>Pour la \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes la science pr\u00e9voyait tout. Elle louait particuli\u00e8rement les paysans de las Hurdes. Ils vivaient \u00e0 deux pas de sa classe. Nous allions les voir (\u00e0 pedibus) pour les \u00e9couter. Nous devions les observer dans leurs fa\u00e7ons de dormir, arroser, b\u00e2iller, se laver\u2026<\/p>\n<p>Autour de nous, certains ne disaient des choses int\u00e9ressantes dans les communiqu\u00e9s de la radio que lorsqu\u2019ils exprimaient le contraire de ce qu\u2019ils pensaient. Nos rapports avec notre \u00absavoir\u00bb et m\u00eame avec nos r\u00eaves affectaient nos relations avec les autres. Et nos maladies se d\u00e9claraient. C\u2019est pourquoi, quand j\u2019ai cess\u00e9 de la voir, je suis devenu tuberculeux.<\/p>\n<p>Elle ne ha\u00efssait pas le mensonge. La \u00abm\u00e8re\u00bb \u00e9tait porteuse d\u2019une in\u00e9branlable volont\u00e9 de dire \u00abnon\u00bb. Les menteurs, elle en avait piti\u00e9, \u00e0 cause de l\u2019effort surhumain qu\u2019ils devaient imposer \u00e0 leur m\u00e9moire. Depuis toujours elle comprenait les autres et nos propres faiblesses. Elle ne se plaignait jamais. Elle pr\u00e9f\u00e9rait m\u00e9diter. Pour elle, nous devions comprendre qu\u2019\u00eatre \u00absavant\u00bb \u00e9tait n\u00e9cessaire pour accepter les changements que nous-m\u00eames, \u00abavec nos propres connaissances\u00bb, nous allions r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>Nous pouvions nous prot\u00e9ger dans la brume parmi des r\u00e9verb\u00e9rations. Quand quelque chose nous faisait mal ou que nous sentions que nous allions \u00eatre malades ou malheureux c\u2019\u00e9tait \u00e0 cause des changements qui s\u2019op\u00e9raient au firmament. Ou parce que nous n\u2019avions pas encore r\u00e9ussi \u00e0 les contr\u00f4ler. Il fallait voir quels r\u00eaves nous faisions, et elle, comme elle les expliquait bien! Puisque notre corps \u00e9tait ce qu\u2019il y avait de plus sensible, avec la science.<\/p>\n<p>Avec elle nous voyagions dans des lieux inconnus. Pour commencer tous les matins nous dessinions \u00e0 la craie une carte sur notre ardoise. Chacun choisissait la sienne. Quelque chose de diff\u00e9rent. Une carte de la \u00abPe\u00f1a de France\u00bb qui se trouvait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ou d\u2019Oc\u00e9anie. Comme \u00absavant\u00bb chacun introduisait une information particuli\u00e8re qu\u2019il avait d\u00e9couverte dans un livre ou un journal ou dans une lettre ou dans une conversation. Ou parfois dans une exp\u00e9rience ou un r\u00eave ou une fantaisie.<\/p>\n<p>Le plus difficile \u00e9tait de dessiner le \u00abparadis\u00bb.C\u2019\u00e9tait l\u2019itin\u00e9raire que cr\u00e9ait la \u00abm\u00e8re\u00bb elle-m\u00eame avec tous les enfants en file indienne. L\u2019un derri\u00e8re l\u2019autre. La file s\u2019enroulait et se d\u00e9faisait toute seule. Gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e8gle dict\u00e9e par la \u00abm\u00e8re\u00bb. Ses diff\u00e9rentes phases nous permettaient de d\u00e9couvrir des secrets de v\u00e9ritables \u00absavants\u00bb. Et nous chantions. Nous \u00e9levions nos coeurs au-dessus de la nature.<\/p>\n<p>Nous ne suivions pas l\u2019ennuyeux feuilleton des communiqu\u00e9s. Les moineaux nous racontaient le principal. Comme \u00absavants\u00bb nous ne pouvions pas demeurer grill\u00e9s \u00e0 notre place en supprimant les autres voies. Mais comme \u00absavants\u00bb, nous ne pouvions pas accepter n\u2019importe quel chemin. Il nous fallait parcourir notre vie comme si nous \u00e9tions des \u00e9tincelles.<\/p>\n<p>La \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes aimait les pauvres et les perdants, parce qu\u2019elle n\u2019avait rien et elle n\u2019a jamais cri\u00e9 victoire. Elle ne nous parlait pas des saints: pour elle les petits (nous) nous serions, apr\u00e8s avoir r\u00e9ussi \u00e0 devenir des \u00absavants\u00bb, \u00abDieu\u00bb. C\u2019est-a-dire : nous \u00e9tions des enfants qui, un jour, r\u00e9ussirions \u00e0 devenir des \u00absavants\u00bb, et comme si cela ne suffisait pas, nous serions \u00abDieu\u00bb.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 concourir au prix des surdou\u00e9s. Et ensuite pour arriver \u00e0 Paris ou \u00e0 P\u00e9kin et \u00e0 pouvoir coudoyer les meilleurs. La \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes nous avait pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 comprendre (sans jamais avoir parl\u00e9 d\u2019eux) Dali ou Marcel Duchamp, ou Tristan Tzara ou le surr\u00e9alisme ou sainte Monique (Berb\u00e8re) m\u00e8re de saint Augustin.<\/p>\n<p>Le dernier jour de l\u2019unique oral du concours les examinateurs voulurent en savoir plus sur moi. Peut-\u00eatre la d\u00e9termination (et condamnations \u00e0 mort) de mon p\u00e8re et de ses fr\u00e8res les surprenait-elle. Et j\u2019ai cru que (\u00e0 juste titre) ils voulurent voir mon \u00abpaquet\u00bb (ou parties intimes). Quand j\u2019ai racont\u00e9 cette p\u00e9rip\u00e9tie \u00e0 la \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes, elle m\u2019a fait, comme toujours, le commentaire le plus \u00e9vident : \u00ab- Si les examinateurs avaient \u00e9t\u00e9 des femmes elles n\u2019auraient pas demand\u00e9 que tu leur montres \u00e7a.\u00bb<\/p>\n<p>En copiant une ardoise sur une autre ardoise nous n\u2019arrivions pas toujours \u00e0 reproduire le premier dessin. Les enfants qui perdaient le don des larmes avaient besoin d\u2019\u00e9plucher les oignons pour pleurer. La \u00abm\u00e8re\u00bb faisait l\u2019\u00e9loge des villageois de las Hurdes : elle venait d\u2019une bourgade du Pays basque. Elle \u00e9tait pragmatique. Elle gardait peut-\u00eatre des secrets. Pour elle le monde de Las Hurdes et celui de Los Angeles \u00e9taient reli\u00e9s \u00e0 tout le reste. Pour elle, m\u00eame nos choix d\u2019enfants d\u00e9terminaient le cours de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Elle n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 non plus \u00e9tonn\u00e9e si, par respect des traditions, on avait donn\u00e9 le titre de rel\u00e9gu\u00e9s ou de victimes des repr\u00e9sailles \u00e0 des Espagnols qui \u00e9taient parvenus en plein rififi \u00e0 \u00eatre les premiers d&rsquo; Espagne et cinqui\u00e8mes d\u2019Allemagne (comme Charles Quint).<\/p>\n<p>J\u2019ai eu affaire \u00e0 toutes sortes de gens qui parfois n\u2019\u00e9taient pas des mod\u00e8les. Cinq d\u2019entre eux durent me chercher pour m\u2019emmener menott\u00e9 (de Murcie \u00e0 la prison de Madrid), \u00e0 minuit, spectaculairement arm\u00e9s, alors qu\u2019un lance-pierres aurait suffi \u00e0 venir \u00e0 bout de ma femme et moi.<\/p>\n<p>Comme il me fut facile de m\u2019adapter aux nouvelles villes (Madrid Paris New York). Et de comprendre ce que disaient Ren\u00e9 Magritte, Samuel Beckett ou Andy Warhol. Les petits enfants de la \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes seraient des \u00absavants\u00bb. C\u2019\u00e9tait ce que tout simplement elle se proposait. \u00abSavants\u00bb pour faire le principal, ce qui ne semblait pas commun ni \u00e0 Manhattan ni au caf\u00e9 surr\u00e9aliste de Paris. A nous elle inculquait un autre avenir. Notre science de \u00absavants\u00bb pourrait faire ce qui paraissait impossible. Cependant c\u2019\u00e9tait un temps de chien (et de loups) o\u00f9 contrairement \u00e0 nos espoirs l\u2019hiver tombait au printemps. Nous vivions tranquillement sans code-barres mais avec des lutins farceurs.<\/p>\n<p>Dans la classe de la \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes il n\u2019y avait ni images pieuses ni saints. Elle construisait parfois avec nous des \u00abassemblages\u00bb. C\u2019\u00e9taient des tableaux qui, au lieu d\u2019\u00eatre peints \u00e9taient faits d\u2019\u00e9l\u00e9ments de \u00absavants\u00bb. L\u2019\u00abassemblage\u00bb m\u00e8re-enfant nous montrait all\u00e8grement comment les truies mettaient bas, ou des chiens douloureusement encastr\u00e9s. Dans ses \u00abassemblages\u00bb tout paraissait lumineux.<\/p>\n<p>De m\u00eame dans un autre \u00abassemblage\u00bb nous pouvions voir une branche de caf\u00e9ier, les graines, le grain broy\u00e9, et enfin le caf\u00e9 en poudre. Dans son tableau tout \u00e9tait expliqu\u00e9 : depuis le morceau de sucre jusqu\u2019au petit pot de lait. Et enfin la tasse dans laquelle tous les matins nous prenions notre petit d\u00e9jeuner. Elle nous a appris \u00e0 savoir inventer notre propre rythme en chamboulant toute planification. Pr\u00eats pour vivre\u2026 comme des \u00e9tincelles?<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Fernando Arrabal<\/p>\n<hr \/>\n<h2>Como Centellas<\/h2>\n<p class=\"first-letter\">Pude disfrutar, a mi juicio, de la mejor maestra durante mi infancia y adolescencia espa\u00f1olas. Esclarecido y deslumbrado.<\/p>\n<p>La \u201cmadre\u201d Mercedes Unceta intentaba asegurarse, y asegurarnos a sus p\u00e1rvulos, de que todo internamente funcionaba seg\u00fan nuestros conocimientos. Por eso ella quer\u00eda que fu\u00e9ramos \u201csabios\u201d.<\/p>\n<p>Las diferentes crisis que est\u00e1bamos viviendo deb\u00edamos resolverlas con la verdad. Gracias a los diversos conocimientos \u201cque como sabios\u201d \u00edbamos adquiriendo, llegar\u00edamos un d\u00eda a la supresi\u00f3n de las celadas, enga\u00f1ifas, trampas, trincheras. epidemias, plagas, grandes enfermedades, hambrunas y miserias. Es decir a la paz y a la salud universal.<\/p>\n<p>Para la \u201cmadre\u201d Mercedes la ciencia lo preve\u00eda todo. Honraba particularmente a los campesinos de las Hurdes. Viv\u00edan a dos pasos de su clase. Les \u00edbamos a ver para o\u00edrles (en el coche de San Fernando). Deb\u00edamos observarles en su manera de dormir, regar, bostezar, lavarse\u2026<\/p>\n<p>En torno nuestro, algunos solo dec\u00edan cosas interesantes en los partes de la radio cuando expresaban lo contrario de lo que pensaban. Nuestras relaciones con nuestro \u201csaber\u201d e incluso con nuestros sue\u00f1os afectaban a nuestras relaciones con los dem\u00e1s. Y nuestras enfermedades se declaraban. Por eso, cuando ces\u00e9 de verla, ca\u00ed tuberculoso.<\/p>\n<p>No odiaba a la mentira. La \u201cmadre\u201d era portadora de una intratable voluntad de decir \u201cno\u201d. A los mentirosos les compadec\u00eda por el esfuerzo sobrehumano que deb\u00edan realizar con su memoria. Desde siempre entendi\u00f3 a los dem\u00e1s y a nuestras propias flaquezas. Nunca se quejaba. Prefer\u00eda meditar. Para ella deb\u00edamos comprender que ser \u201csabio\u201d era necesario para aceptar los cambios que nosotros \u201ccon nuestra propia sabidur\u00eda\u201d \u00edbamos a operar.<\/p>\n<p>Pod\u00edamos guarecernos en la bruma entre reverberaciones. Cuando nos dol\u00eda algo o sent\u00edamos que \u00edbamos a estar enfermos o desgraciados, era a causa de los cambios que se realizaban en el Firmamento. O porque a\u00fan no hab\u00edamos conseguido controlarlos. \u00a1Hay qu\u00e9 ver qu\u00e9 sue\u00f1os ten\u00edamos, y ella, qu\u00e9 bien los explicaba! Puesto que nuestro cuerpo era lo m\u00e1s sensible, con la ciencia.<\/p>\n<p>Con ella viaj\u00e1bamos a lugares desconocidos. Para comenzar todas las ma\u00f1anas llev\u00e1bamos dibujado con tiza en nuestra pizarra un mapa. Cada uno eleg\u00eda el suyo. Algo diferente. Un mapa de la Pe\u00f1a de Francia que estaba al lado o de Ocean\u00eda. Como \u201csabios\u201d cada uno introduc\u00eda un dato especial que hab\u00eda descubierto en un libro o un peri\u00f3dico o en una carta o en una conversaci\u00f3n. O a veces en una experiencia, o un sue\u00f1o, o una fantas\u00eda.<\/p>\n<p>Lo m\u00e1s dif\u00edcil era dibujar \u201cel para\u00edso\u201d. Era el itinerario que ella constru\u00eda en el patio con todos los ni\u00f1os en fila india. Uno detr\u00e1s de otro. La fila se iba enroscando y deshilvanando por s\u00ed sola. Gracias a la pauta de la \u201cmadre\u201d. Sus fases nos permit\u00edan descubrir secretos de aut\u00e9nticos \u201csabios\u201d. Y cant\u00e1bamos. Levant\u00e1bamos el coraz\u00f3n por encima de la naturaleza.<\/p>\n<p>No segu\u00edamos el aburrido follet\u00edn de los partes. Los gorriones nos contaban lo principal. Como \u201csabios\u201d no pod\u00edamos quedarnos achicharrados en nuestro sitio suprimiendo las dem\u00e1s v\u00edas. Pero tampoco, como \u201csabios\u201d, pod\u00edamos aceptar cualquier camino. Ten\u00edamos que recorrer nuestra vida como si fu\u00e9ramos centellas.<\/p>\n<p>La \u201cmadre\u201d Mercedes amaba a los pobres y a los perdedores : porque ella no ten\u00eda nada y nunca sali\u00f3 victoriosa. No nos hablaba de los santos: para ella los p\u00e1rvulos (nosotros) ser\u00edamos, despu\u00e9s de llegar a \u201csabios\u201d, \u201cDios\u201d. Es decir \u00e9ramos ni\u00f1os que un d\u00eda llegar\u00edamos a \u201csabios\u201d, y, por si fuera poco, m\u00e1s tarde, ser\u00edamos \u201cDios\u201d.<\/p>\n<p>Est\u00e1bamos preparados para concurrir al premio de superdotados. Y luego para llegar a Par\u00eds o a Pek\u00edn y poder codearnos con los mejores. La \u201cmadre\u201d Mercedes nos hab\u00eda preparado para comprender (sin haber hablado nunca de ellos) a Dal\u00ed o a Marcel Duchamp o a Tristan Tzara o al Surrealismo o a Santa M\u00f3nica (bereber) madre de San Agust\u00edn.<\/p>\n<p>El d\u00eda final del \u00fanico oral del concurso de superdotados los examinadores quisieron saber m\u00e1s de m\u00ed. Quiz\u00e1s les extra\u00f1aba la determinaci\u00f3n (y condenas a muerte) de mi padre y sus hermanos. Y cre\u00ed que (con raz\u00f3n) quisieron ver mi \u201cpaquete\u201d. Cuando le cont\u00e9 el lance, la \u201cmadre\u201d Mercedes me hizo el comentario, como siempre, m\u00e1s evidente : \u201c- Si hubieran sido mujeres los examinadores no hubieran pedido que les ense\u00f1aras eso\u201d.<\/p>\n<p>Copiando una pizarra en otra pizarra no consegu\u00edamos reproducir lo primero. Los ni\u00f1os que perd\u00edan el don de lagrimas necesitaban pelar cebollas para llorar. La \u201cmadre\u201d elogiaba a los lugare\u00f1os de las Hurdes : ella era la casera de un apeadero guipuzcoano. Era pragm\u00e1tica. Quiz\u00e1s guardaba secretos . Para ella el mundo de las Hurdes y el de Los \u00c1ngeles estaban ligados con todo lo dem\u00e1s. Para ella incluso nuestras elecciones infantiles determinaban el curso de la historia.<\/p>\n<p>Tampoco le hubiera extra\u00f1ado que m\u00e1s tarde, por respeto a las tradiciones, se les diera el t\u00edtulo de postergados o represaliados a espa\u00f1oles que hab\u00edan conseguido ser en plena trifulca los primeros de Espa\u00f1a y quintos de Alemania.<\/p>\n<p>Tuve trato con gentes de todo tipo que a veces no eran nada \u201cmod\u00e9licos\u201d. A cinco de ellos les toc\u00f3 irme a buscar para llevarme esposado (de Murcia a la c\u00e1rcel de Madrid) a las doce de la noche armados aparatosamente; cuando un tirachinas nos habr\u00eda reducido a mi mujer y a m\u00ed.<\/p>\n<p>Qu\u00e9 f\u00e1cil me fue adaptarme a las nuevas ciudades (Madrid Par\u00eds Nueva York). Y comprender lo que dec\u00edan Ren\u00e9 Magritte, Samuel Beckett o Andy Warhol. Los p\u00e1rvulos de la \u201cmadre\u201d Mercedes ser\u00edan \u201csabios\u201d. Era su sencilla proposici\u00f3n. \u201cSabios\u201d para hacer lo principal, lo que no parec\u00eda com\u00fan ni en Manhattan. ni en el caf\u00e9 surrealista de Par\u00eds. A nosotros nos inculcaba otro porvenir. Nuestra ciencia de \u201csabios\u201d podr\u00eda hacer lo que parec\u00eda imposible. Sin embargo eran tiempos de Rakay\u00fa en que contrariamente a lo esperado el invierno ca\u00eda en primavera. Viv\u00edamos tranquilamente sin c\u00f3digo de barras pero con duendes bromistas.<\/p>\n<p>En la clase de la \u201cmadre\u201d Mercedes no hab\u00eda estampitas ni santos. Ella constru\u00eda y a veces con nosotros \u201casentamientos\u201d. Eran cuadros que en vez de estar pintados estaban hechos con elementos de \u201csabios\u201d. El \u201casentamiento\u201d madre-hijo nos mostraba alegremente c\u00f3mo las cerditas par\u00edan o los perros se enganchaban dolorosamente. En sus \u201casentamientos\u201d todo parec\u00eda clar\u00edsimo.<\/p>\n<p>De la misma manera en otro \u201casentamiento\u201d ve\u00edamos la rama del cafetal, las semillas, el grano molido y por fin el polvo de caf\u00e9. En su cuadro todo estaba explicado: desde el terr\u00f3n de az\u00facar hasta la jicarita de leche. Y por fin la tacita en la que todas las ma\u00f1anas desayun\u00e1bamos. Nos ense\u00f1\u00f3 a saber inventar nuestro propio ritmo poniendo patas arriba toda planificaci\u00f3n. Preparados para vivir \u00bfcomo centellas?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;hommage de Fernando Arrabal \u00e0 sa ma\u00eetresse d&rsquo;\u00e9cole, la \u00abm\u00e8re\u00bb Mercedes Unceta. 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