﻿{"id":6361,"date":"2015-10-15T10:26:44","date_gmt":"2015-10-15T08:26:44","guid":{"rendered":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?p=6361"},"modified":"2015-12-18T12:26:12","modified_gmt":"2015-12-18T10:26:12","slug":"lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/","title":{"rendered":"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956)"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Je viens de relire &#8230;ce\u00a0 m\u00e9lodrame d\u00e9capant, Les deux bourreaux.<\/p>\n<p>Quel r\u00e9quisitoire contre toutes les bonnes consciences qui se nourrissent de leur propre culpabilit\u00e9<br \/>\ncomme un heureux viatique,<br \/>\nQuelle d\u00e9monstration aussi , implacable, du fait que la culpabilit\u00e9 nourrit toujours la l\u00e2chet\u00e9 !<br \/>\nCeux qui la cultivent, cette autoflagellation, qui la v\u00e9n\u00e8rent m\u00eame,<br \/>\nsont en d\u00e9finitive eux-m\u00eames toujours pr\u00eats \u00e0 l\u00e9gitimer la flagellation r\u00e9elle,<br \/>\ninflig\u00e9e \u00e0 ceux qu&rsquo;ils pr\u00e9tendent aimer<br \/>\nC&rsquo;est ce qui se passe dans ta pi\u00e8ce.<br \/>\nFran\u00e7oise, la femme,\u00a0 s&rsquo;autoflagelle en permanence d&rsquo;une culpabilit\u00e9 aussi imaginaire qu&rsquo;ind\u00e9termin\u00e9e,<br \/>\nce qui la conduit paradoxalement \u00e0 l\u00e9gitimer d&rsquo;autant plus,<br \/>\nvoire m\u00eame \u00e0 accentuer, les effets \u00e9pouvantables (vinaigre et sel) de la flagellation r\u00e9elle<br \/>\ninflig\u00e9e \u00e0\u00a0 son mari, qui d&rsquo;ailleurs l&#8217;emportera dans la mort.<\/p>\n<p>Au demeurant, autre remarque, j&rsquo;ai not\u00e9 que la pi\u00e8ce compte six personnages.<br \/>\nEn qu\u00eate d&rsquo;auteur?<br \/>\nHommage implicite \u00e0 Pirandello?<br \/>\nCes six personnages constituent trois doublettes :<br \/>\nle mari et la femme, les deux fr\u00e8res, les deux bourreaux.<br \/>\nJe note que les personnages des deux premi\u00e8res doublettes,<br \/>\nmonopolisent la parole (mais, en fait, pas du tout l&rsquo;action&#8230;).<br \/>\nIls\u00a0 ont un nom, mais en d\u00e9finitive, ce sont les hommes sans nom qui font ici\u00a0 l&rsquo;histoire,<br \/>\nen r\u00e9ussissant magnifiquement \u00e0 la rendre aussi horrible.<br \/>\nJean et Fran\u00e7oise d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9,<br \/>\nBenoit et Maurice d&rsquo;un autre.<br \/>\nEn revanche, les deux bourreaux ne sont pas nomm\u00e9s.<\/p>\n<p>Au surplus, au sein des deux doublettes, mari et femme, Beno\u00eet et Maurice,<br \/>\nce qui pr\u00e9domine, c&rsquo;est, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on pourrait attendre d&rsquo;une femme par rapport \u00e0 son mari,<br \/>\nou d&rsquo;un fr\u00e8re par rapport \u00e0 son fr\u00e8re,<br \/>\nc&rsquo;est le seul d\u00e9sir d&rsquo;annuler l&rsquo;autre,<br \/>\npour consolider, par le rejet de sa diff\u00e9rence avec lui, sa propre bonne conscience \u00e0 soi.<\/p>\n<p>Du coup, seul triomphe en fait le duo des deux bourreaux anonymes,<br \/>\nqui ne s&#8217;embarrassent pas de conscience du tout, ni bonne ni mauvaise,<br \/>\net qui donc, eux, se contentent de se nourrir de la l\u00e2chet\u00e9\/culpabilit\u00e9 des autres,<br \/>\nles deux concepts, finissant ainsi ici par se confondre.<br \/>\nLa pi\u00e8ce en tire son caract\u00e8re radicalement d\u00e9capant.<br \/>\nD&rsquo;o\u00f9 une sorte de le\u00e7on, peut-\u00eatre, qui r\u00e9sonne comme un joyeux rappel nietzsch\u00e9en :<br \/>\nle courage, la vie, impliquent\u00a0 d&rsquo;apprendre \u00e0 bannir en nous la culpabilit\u00e9 des l\u00e2ches, pour \u00eatre \u00e0 m\u00eame de combattre la violence silencieuse et efficace de ceux qui savent l&rsquo;exploiter : les deux bourreaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Jean-Pierre VILLAIN (Par\u00eds, 18-X-2015).<br \/>\n___________________________________________________________\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8230;LORSQUE 60 ANS AURONT PASS\u00c9 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 &#8230; AS\u00ed QUE PASEN 60 A\u00d1OS<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the\u0301a\u0302tre-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6363\" src=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the\u0301a\u0302tre-1.png\" alt=\"the\u0301a\u0302tre 1\" width=\"208\" height=\"290\" \/><\/a><\/p>\n<p>&#8230; en fran\u00e7ais puis en espa\u00f1ol et en catal\u00e0 (Jordi Soler):<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab\u00a0LES DEUX BOURREAUX\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">M\u00c9LODRAME EN UN ACTE<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">de<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>FERNANDO ARRABAL<\/strong> (12-II-1956).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">PERSONNAGES:<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">LES DEUX BOURREAUX (j&rsquo;ignore leur nom),<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">LA M\u00c8RE (FRAN\u00c7OISE),<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">LES DEUX FILS (BENOIT et MAURICE),<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">LE MARI (JEAN).<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce se d\u00e9roule dans une salle tr\u00e8s obscure. A gauche, la porte qui s\u2019ouvre sur la rue. Au fond, la porte qui donne sur un cachot. Murs nus. Au centre de la pi\u00e8ce, une table et trois chaises.<\/p>\n<p>Il fait nuit. Les deux bourreaux sont assis sur les chaises. Ils sont seuls. On frappe \u00e0 la porte de la rue avec insistance. On dirait vraiment que les bourreaux n&rsquo;entendent rien. La porte s&rsquo;ouvre lentement, non sans grincer. Une t\u00eate de femme appara\u00eet. La femme examine la pi\u00e8ce. Elle se d\u00e9cide \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la salle et s&rsquo;approche des bourreaux.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Bonjour, messieurs&#8230; Excusez-moi&#8230; Je vous d\u00e9range? (Les bourreaux ne bougent toujours pas comme si la chose ne les concernait pas.) Si je vous d\u00e9range, je m&rsquo;en vais&#8230; (Silence. On dirait que la femme veut reprendre des forces. Enfin, elle se d\u00e9cide. Elle parle pr\u00e9cipitamment.) Je suis venue vous chercher parce que je n&rsquo;y tiens plus. Il s&rsquo;agit de mon mari (path\u00e9tiquement), l&rsquo;\u00eatre en qui j&rsquo;ai mis toute ma confiance, l&rsquo;homme \u00e0 qui j&rsquo;ai\u00a0 donn\u00e9 toute ma jeunesse et que j&rsquo;ai aim\u00e9 comme jamais je n&rsquo;aurais cru que je pouvais aimer. (Baissant le ton, avec plus de calme.) Il est coupable. Je dois le reconna\u00eetre.<\/p>\n<p>Tout \u00e0 coup les bourreaux s&rsquo;int\u00e9ressent aux paroles de la femme. L&rsquo;un d&rsquo;eux tire de sa poche un crayon et un cahier.<\/p>\n<p>Oui, il est coupable. Il habite huit, rue des Laboureurs, et il s&rsquo;appelle Jean Aznar.<\/p>\n<p>Le bourreau en prend note, Aussit\u00f4t, les deux bourreaux sortent par la porte de la rue. On entend s&rsquo;\u00e9loigner une auto. Fran\u00e7oise sort aussi par la porte de la rue.<\/p>\n<p>VOIX DE FRAN\u00c7OISE &#8211; Entrez mes enfants, entrez.<br \/>\nVOIX DE BENOIT. &#8211; Il fait tr\u00e8s noir ici.<br \/>\nVOIX DE FRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, la pi\u00e8ce est tr\u00e8s s&rsquo;ombre. J\u2019ai peur aussi, mais nous devons entrer. Il faut que nous attendions petit p\u00e8re.<\/p>\n<p>Entrent Fran\u00e7oise et ses deux fils, Beno\u00eet et Maurice.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Asseyez-vous, mes enfants. Ne craignez rien.<\/p>\n<p>Tous trois s&rsquo;assoient autour de la table.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE, elle parle toujours sur un ton geignard. &#8211; Quels tristes et dramatiques moments vivons-nous ! Quels p\u00e9ch\u00e9s avons-nous commis pour que la vie nous punisse si cruellement ?<br \/>\nBENOIT. &#8211; Ne te fais pas de souci, maman.. Ne pleure pas.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Non, je ne pleurerai pas, je tiendrai t\u00eate \u00e0 l&rsquo;adversit\u00e9 qui nous assaille de toutes parts. Comme je te sais gr\u00e9 d&rsquo;\u00eatre attentif \u00e0 tout ce qui me concerne ! Mais vois plut\u00f4t ton fr\u00e8re Maurice toujours aussi d\u00e9natur\u00e9. (Maurice, l&rsquo;air sombre, regarde, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment semble-t-il, dans la direction oppos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 se trouve sa m\u00e8re.) Regarde-le, aujourd&rsquo;hui\u00a0 o\u00f9 plus que jamais j&rsquo;ai besoin de votre soutien; il se tourne contre moi et m&rsquo;accable de son m\u00e9pris. Quel mal t&rsquo;ai-je fait, fils indigne ? Parle, dis-moi quelque chose.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Ne fais pas attention \u00e0 lui, maman, il ignore la reconnaissance que l&rsquo;on doit \u00e0 une m\u00e8re.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE, s&rsquo;adressant \u00e0 Maurice. &#8211; Est-ce que tu n&rsquo;entends pas ton fr\u00e8re? Ecoute-le. Si l&rsquo;on m&rsquo;avait dit \u00e0 moi une chose pareille, j&rsquo;en serais morte de honte. Mais toi, tu n&rsquo;as pas honte. Grand Dieu ! Quel calvaire !<br \/>\nBENOIT. &#8211; Maman, ne t&rsquo;\u00e9chauffe pas, ne t&rsquo;afflige pas pour lui, il n&rsquo;en vaut pas la peine. Quoi que tu fasses, il ne sera jamais d&rsquo;accord avec toi.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, mon fils, tu ne te rends pas bien compte. Quand ce n&rsquo;est pas \u00e0 cause de ton p\u00e8re, c&rsquo;est \u00e0 cause de Maurice : toujours des souffrances. Moi qui ai toujours \u00e9t\u00e9 leur esclave. Vois combien. de femmes de mon \u00e2ge m\u00e8nent joyeuse vie, se divertissent nuit et jour au bal, au cabaret, au cin\u00e9ma ! Combien de femmes ! tu ne t&rsquo;en rends pas bien compte, tu es encore trop jeune. J&rsquo;aurais pu en faire autant, mais j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me sacrifier pour mon mari et pour vous, silencieusement, humblement, sans rien en attendre, en sachant m\u00eame qu&rsquo;un jour, les \u00eatres qui m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 les plus chers me diraient ce que me dit aujourd&rsquo;hui ton fr\u00e8re, que je n&rsquo;en ai pas assez fait. Tu vois, mon fils, comme ils r\u00e9pondent \u00e0 mes sacrifices ? Tu le vois, en me rendant toujours le mal pour le bien, toujours.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Comme tu es bonne ! Comme tu es bonne !<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Et qu&rsquo;est-ce que je gagne \u00e0 le savoir ? Cela revient au m\u00eame. Tout revient au m\u00eame. Je n&rsquo;ai plus de go\u00fbt \u00e0 rien, tout m&rsquo;est \u00e9gal, rien n&rsquo;a plus d&rsquo;importance pour moi. Je veux \u00eatre bonne et me sacrifier toujours pour vous, sans rien attendre en \u00e9change, en sachant m\u00eame que les \u00eatres qui me sont le plus proches, ceux qui devraient m&rsquo;\u00eatre reconnaissants de mes inqui\u00e9tudes ignorent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment mes renoncements. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 toute ma vie une martyre \u00e0 cause de vous et je serai martyre jusqu&rsquo;\u00e0 ce que Dieu veuille me rappeler \u00e0 lui.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Maman Ch\u00e9rie !<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, mon fils, je ne vis que pour vous. Puis-je avoir dans la vie d&rsquo;autres pr\u00e9occupations ? Le luxe, les toilette, les soir\u00e9es, le th\u00e9\u00e2tre, rien de tout cela ne compte pour moi, je n&rsquo;ai qu&rsquo;un seul souci : vous. Que m&rsquo;importe le reste ?<br \/>\nBENOIT, \u00e0 Maurice. &#8211; Maurice, entends-tu ce que dit Maman ?<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Laisse-le, mon enfant. Crois-tu que je puisse esp\u00e9rer qu&rsquo;il sache m&rsquo;\u00eatre reconnaissant de mes sacrifices ? Non. Je n&rsquo;attends rien de lui. Je sais m\u00eame qu&rsquo;il doit penser que je n&rsquo;en ai pas fait assez.<br \/>\nBENOIT, \u00e0 Maurice. &#8211; Tu es une canaille.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE, excit\u00e9e. &#8211; Ne me fais pas souffrir, Beno\u00eet, ne lui adressons pas de reproches. Je veux que nous vivions tous en paix, dans l&rsquo;ordre. Surtout je ne veux pas qu&rsquo;entre fr\u00e8res, vous vous disputiez.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Comme tu es bonne, maman !&#8230; et bonne avec lui qui ne vaut rien. Si ce n&rsquo;\u00e9tait pas toi qui me demandais de l&rsquo;\u00e9pargner, je ne sais pas ce que je lui ferais. (A Maurice d&rsquo;un ton agressif.) Tu peux dire merci \u00e0 maman, Maurice, car tu m\u00e9rites une bonne correction.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Non, mon enfant, non, ne le bats pas. Je ne veux pas que tu le battes m\u00eame s&rsquo;il le m\u00e9rite grandement. Je veux que la paix et l&rsquo;amour r\u00e8gnent parmi nous. C&rsquo;est la seule chose que je te demande, Beno\u00eet.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Tranquillise-toi, je ferai ce que tu voudras.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Merci, mon fils, Tu es un vrai baume pour les plaies que la vie m&rsquo;a faites. Vois-tu, Dieu, enfin, dans sa tr\u00e8s grande bont\u00e9, m&rsquo;a accord\u00e9 un fils comme toi qui panse les blessures dont souffre mon pauvre coeur, apaise les douleurs que me causent, \u00e0 ma grande tristesse, les \u00eatres pour lesquels j&rsquo;ai le plus lutt\u00e9 : mon mari et Maurice.<br \/>\nBENOIT, en col\u00e8re. &#8211; Personne ne te fera plus souffrir, d\u00e9sormais.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Ne te f\u00e2che pas, mon fils, ne soit pas contrari\u00e9. Ils se sont mal conduits, et ils le savent bien. Ce que nous devons faire, c&rsquo;est leur pardonner, et ne pas leur en garder rancune. D&rsquo;ailleurs, bien que ton p\u00e8re soit fautif, et m\u00eame tr\u00e8s fautif, tu n&rsquo;en dois pas moins le respecter.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Le respecter, lui ?<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, mon fils. Ne tiens pas compte\u00a0 de tous les malheurs dont il est la source. C&rsquo;est moi qui devrais lui refuser mon pardon, et, vois-tu, mon fils, je lui pardonne. M\u00eame s&rsquo;il me fait souffrir plus que je n&rsquo;ai encore souffert, si c&rsquo;est possible, je continuerai \u00e0 l&rsquo;attendre la bras ouverts et je saurai lui pardonner ses innombrables fautes. La vie m&rsquo;a appris \u00e0 souffrir, depuis le jour de ma naissance. Mais je porte cette croix avec dignit\u00e9, par amour de vous.<br \/>\nBENOIT. -Maman comme tu es bonne !<br \/>\nFRAN\u00c7OISE, sur un ton encore plus humble. &#8211; J&rsquo;essaie, Beno\u00eet, d&rsquo;\u00eatre bonne.<br \/>\nBENOIT, interrompant sa m\u00e8re, dans un \u00e9lan d&rsquo;affection spontan\u00e9. &#8211; Maman, tu es la meilleure femme du monde.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE, humble et honteuse. &#8211; Non, mon fils, je ne suis pas la meilleure femme du monde, je ne peux pr\u00e9tendre \u00e0 une telle gloire, je suis trop peu de chose. D&rsquo;autre part, j&rsquo;ai probablement commis quelques fautes. Malgr\u00e9 beaucoup de bonne volont\u00e9, mais enfin, ce qui compte c&rsquo;est que j&rsquo;aie commis quelques fautes.<br \/>\nBENOIT, d&rsquo;un ton convaincu. &#8211; Non, maman, jamais.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Si, mon enfant, quelquefois. Mais je peux dire avec joie que je n&rsquo;en suis toujours repentie, toujours.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Tu es une sainte.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Tais-toi ! Que pourrais-je r\u00eaver de plus beau que la saintet\u00e9 ! Je ne peux pas \u00eatre une sainte. Pour \u00eatre une sainte, il faut \u00eatre quelqu&rsquo;un de tr\u00e8s grand et moi, je ne vaux rien. J&rsquo;essaie seulement d&rsquo;\u00eatre bonne, sans plus de pr\u00e9tentions.<\/p>\n<p>La porte de la rue s&rsquo;ouvre. Entrent les deux bourreaux portant le mari de Fran\u00e7oise, Jean, pieds et poings li\u00e9s et suspendu \u00e0 un gros b\u00e2ton, \u00e0 peu pr\u00e8s de la fa\u00e7on dont on transporte les lions ou les tigres captur\u00e9s en Afrique. Jean est b\u00e2illonn\u00e9 ; en entrant dans la pi\u00e8ce, il l\u00e8ve la t\u00eate et regarde sa femme, Fran\u00e7oise, en ouvrant tout grands les yeux et peut-\u00eatre avec quelque col\u00e8re. Fran\u00e7oise examine attentivement, avidement son mari. Maurice voit passer le cort\u00e8ge avec une violente indignation. Les deux bourreaux, sans s&rsquo;arr\u00eater, traversent la pi\u00e8ce et transportent Jean de la porte de la rue jusqu&rsquo;au cachot. Ils disparaissent tous trois.<\/p>\n<p>MAURICE, avec une grande indignation, s&rsquo;adressant \u00e0 sa m\u00e8re. -Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est ? Dis-moi, qu&rsquo;est-ce que ce nouveau forfait ?<br \/>\nBENOIT, \u00e0 Maurice. &#8211; Ne parle pas \u00e0 maman sur ce ton.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Laisse-le, mon enfant, laisse-le m&rsquo;insulter. Laisse-le me faire des reproches. Laisse-le traiter sa m\u00e8re comme un ennemi. Laisse-le, mon enfant. Laisse-le, Dieu punira cette mauvaise action.<br \/>\nMAURICE. &#8211; C&rsquo;en est trop. (Avec col\u00e8re, \u00e0 sa m\u00e8re.) C&rsquo;est toi qui l&rsquo;as d\u00e9nonc\u00e9.<br \/>\nBENOIT, pr\u00eat \u00e0 se jeter sur son fr\u00e8re. &#8211; Je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit de parler poliment \u00e0 maman. Comprends-tu ? Poliment ! Est-ce que tu entends ?<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Calme-toi, mon fils, calme-toi, laisse-le me traiter grossi\u00e8rement. Tu sais bien qu&rsquo;il ne se pla\u00eet qu&rsquo;\u00e0 me faire du chagrin, donne-lui cette satisfaction. C&rsquo;est mon r\u00f4le : me sacrifier pour lui et pour vous; vous donner tout ce que vous voulez.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Je ne permettrai pas qu&rsquo;il crie en s&rsquo;adressant \u00e0 toi.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Ob\u00e9is-moi, mon fils, ob\u00e9is-moi.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Je ne t\u2019ob\u00e9irai pas. Tu es trop bonne et il en profite.<\/p>\n<p>Maurice est abattu.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Mon enfant, toi aussi, tu veux me faire souffrir ? S&rsquo;il est m\u00e9chant avec moi, qu&rsquo;il soit m\u00e9chant, il fallait s&rsquo;y attendre, mais toi, mon fils, toi tu es diff\u00e9rent; c&rsquo;est toujours ce que j&rsquo;ai pens\u00e9, du moins. Laisse-le me torturer si cela r\u00e9jouit son mauvais coeur.<\/p>\n<p>(Un temps.)<\/p>\n<p>BENOIT. &#8211; Non, jamais, du moins, en ma pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>On entend des coups de fouet puis des plaintes \u00e9touff\u00e9es par le b\u00e2illon. C\u2019est Jean ; sans doute les bourreaux sont en train de le flageller dans le cachot. Fran\u00e7oise et\u00a0 Maurice se redressent et se dirigent vers la porte du cachot. La m\u00e8re \u00e9coute avidement, les yeux \u00e9carquill\u00e9s, le visage grima\u00e7ant (presque. souriant ?), hyst\u00e9rique. Les coups de fouet redoublent pendant un long moment. Jean se plaint avec une dignit\u00e9 virile. Enfin les coups et les plaintes cessent.<\/p>\n<p>MAURICE, rageur et au bord des larmes, dit \u00e0 sa m\u00e8re. C&rsquo;est ta faute si l&rsquo;on torture papa. C&rsquo;est toi qui l&rsquo;as d\u00e9nonc\u00e9.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Tais-toi ! (Violemment.) Ne te tourmente pas, maman.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE.. &#8211; Laisse-le, laisse-le, Beno\u00eet. Laisse-le m&rsquo;insulter. Je sais tr\u00e8s bien que si tu n&rsquo;\u00e9tais pas l\u00e0, il me battrait. Mais c&rsquo;est un l\u00e2che et il a peur de toi, c&rsquo;est tout ce qui l&rsquo;arr\u00eate car il est tr\u00e8s capable de lever la main sur sa m\u00e8re, je le lis dans ses yeux. Il a toujours essay\u00e9.<\/p>\n<p>G\u00e9missement aigu de Jean. Silence. Fran\u00e7oise fait une grimace qui est presque un sourire. Silence.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Allons voir ce pauvre petit p\u00e8re. Allons \u00a0\u00a0 \u00a0voir comme il souffre, le pauvre. Car sans aucun doute, ils ont d\u00fb lui faire beaucoup de mal.<\/p>\n<p>Grimaces de Fran\u00e7oise. Silence. Fran\u00e7oise s&rsquo;approche du cachot, entrouve la porte et examine l&rsquo;int\u00e9rieur sans franchir le seuil.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE, elle s&rsquo;adresse \u00e0 Jean, son mari, qui est dans le cachot et que, par cons\u00e9quent, on ne peut voir. &#8211; Jean, ces bourreaux ont d\u00fb te faire beaucoup de mal. Pauvre Jean ! Comme tu as d\u00fb souffrir et comme ils vont encore te faire souffrir. Mon pauvre Jean !<\/p>\n<p>Jean, bien que g\u00ean\u00e9 par le b\u00e2illon, pousse un cri de col\u00e8re.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. -Ne te mets pas dans cet \u00e9tat. Il vaut mieux que tu prennes patience. Pense que tu es seulement au commencement de tes peines. Tu ne peux rien faire en ce moment, tu es attach\u00e9 et ton dos est plein de sang. Tu ne peux rien faire. Calme-toi ! D&rsquo;ailleurs, tout ceci te fera grand bien, cela t&rsquo;apprendra \u00e0 avoir de la volont\u00e9, tu en as toujours manqu\u00e9.<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise se d\u00e9cide \u00e0 franchir le seuil, elle entre dans le cachot (elle quitte donc la sc\u00e8ne).<\/p>\n<p>VOIX DE FRAN\u00c7OISE, elle parle comme, \u00e0 elle \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, mais tout haut. &#8211; C&rsquo;est moi qui t&rsquo;ai d\u00e9nonc\u00e9, Jean. C&rsquo;est moi qui ai dit que tu \u00e9tais coupable.<\/p>\n<p>Jean veut parler, mais g\u00ean\u00e9 par le b\u00e2illon, il n&rsquo;\u00e9met que des sons. On entend le rire anormal de Fran\u00e7oise . Maurice est tr\u00e8s excit\u00e9. Fran\u00e7oise repara\u00eet.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE, \u00e0 ses fils. &#8211; Le pauvre souffre beaucoup, il n&rsquo;a pas de patience, il n&rsquo;en a jamais eu.<\/p>\n<p>Plainte de Jean.<\/p>\n<p>MAURICE. &#8211; Laisse papa. Ne continue pas. Ne vois-tu pas que tu le tourmentes ?<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; C&rsquo;est lui qui se tourmente, lui seul, sans motif. (Elle parle de nouveau \u00e0 son mari \u00e0 travers la porte.) Je vois bien que c&rsquo;est toi qui te tourmentes tout seul. Je vois bien que mes paroles t&rsquo;irritent. (Pause-sourire.) Qui peut pr\u00eater plus d&rsquo;attention que moi \u00e0 ton malheur? Je serai \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s chaque fois que tu souffriras. Tu es coupable et ton devoir c&rsquo;est d&rsquo;accepter avec patience ton ch\u00e2timent bien m\u00e9rit\u00e9. Tu doits m\u00eame remercier les bourreaux qui te traitent avec tant d&rsquo;\u00e9gards. Si tu \u00e9tais un homme normal, humble et juste, tu les remercierais, mais tu as toujours \u00e9t\u00e9 un r\u00e9volt\u00e9. Ne va pas t&rsquo;imaginer \u00e0 pr\u00e9sent que tu es \u00e0 la maison o\u00f9 tu faisais tes quatre volont\u00e9s, maintenant, tu es au pouvoir des bourreaux. Accepte le ch\u00e2timent sans r\u00e9bellion. C&rsquo;est ta purification. Repends-toi de tes fautes et promets que tu ne retomberas pas dans l&rsquo;erreur. Et ne te tourmente pas en pensant que je me r\u00e9jouis de te voir puni.<\/p>\n<p>Long g\u00e9missement de Jean.<\/p>\n<p>MAURICE. &#8211; Est-ce que tu n&rsquo;entends pas ses plaintes ? Ne vois-tu pas que tu le tortures ? Laisse-le en paix !<br \/>\nBENOIT. &#8211; Je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit de ne pas parler \u00e0 maman sur ce ton.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Qu&rsquo;il me parle comme il veut, mon fils. J&rsquo;y suis habitu\u00e9e. C&rsquo;est mon lot : me faire du souci pour eux, pour lui et pour papa, qui ne le m\u00e9ritent pas, et que personne ne m\u2019en remercie.<\/p>\n<p>Plaintes de Jean.<\/p>\n<p>MAURICE. -Papa ! Papa ! (Au bord des larmes.) Papa !<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Il se plaint toujours. C&rsquo;est signe qu&rsquo;il souffre des blessures que lui font les coups de fouet et les cordes qui lui tient les pieds et mains. (Elle ouvre le tiroir de la table et fouille \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Ensuite, elle pose sur la table un flacon de vinaigre et une sali\u00e8re qu&rsquo;elle a trouv\u00e9s.) Voil\u00e0 mon affaire. Je lui mettrai du vinaigre et du sel sur les plaies pour les d\u00e9sinfecter. Un peu de vinaigre et de sel sur ses blessures feront merveille ! (Avec un enthousiasme hyst\u00e9rique.) Un pou de sel et de vinaigre ! Un tout petit peu seulement sur chaque plaie, voil\u00e0 ce qu&rsquo;il lui faut.<br \/>\nMAURICE, en col\u00e8re. &#8211; Ne fais pas \u00e7a.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; C&rsquo;est ainsi que tu aimes ton p\u00e8re ? Toi qui es sont fils pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, c&rsquo;est ainsi que tu le traites. Toi, justement toi, mauvais fils ! Toi qui sais bien que les bourreaux le battront jusqu&rsquo;\u00e0 ce que mort s&rsquo;ensuive, c&rsquo;est maintenant que tu l&rsquo;abandonnes et que tu ne me laisses m\u00eame pas panser ses blessures.<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise se dirige vers le cachot, le vinaigre et le sel \u00e0 la main.<\/p>\n<p>MAURICE. &#8211; Ne lui mets pas de sel ! S&rsquo;ils le tuent de toute fa\u00e7on, laisse-le tranquille au moins, n&rsquo;aggrave pas ses peines.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Toi, mon fils, tu es encore tr\u00e8s jeune, tu ne sais rien de la vie, tu n&rsquo;a pas d&rsquo;exp\u00e9rience. Que serais-tu devenu sans moi ? La vie a toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s facile pour toi. J&rsquo;ai tout fait \u00e0 ta place. Tu es habitu\u00e9 \u00e0 cc que ta m\u00e8re te donne ce, que tu d\u00e9sires. Souviens-toi bien de mes paroles. Ce sont celles d&rsquo;une m\u00e8re et une m\u00e8re ne vit que pour ses enfants. Respecte la tienne, respecte-la, ne serait-ce que pour les cheveux blancs qui ornent son front. Pense qu&rsquo;elle fait tout pour toi par affection. Quand as-tu vu, mon fils, que ta m\u00e8re fasse quelque chose pour elle ? Je n&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 vous. D&rsquo;abord, mes enfants; ensuite, mon mari. Moi je ne compte pour personne et encore moins pour moi. Voil\u00e0 pourquoi, mon fils, \u00e0 pr\u00e9sent que je vais soigner les plaies de ton p\u00e8re, tu ne dois pas me barrer la toute. D&rsquo;autres baiseraient le sol que je foule aux pieds. Je ne t&rsquo;en demande pas tant, je souhaite seulement que tu saches me remercier de mes efforts (pause).<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise se dirige vers. le cachot avec le sel et le vinaigre.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Je vais mettre au pauvre petit p\u00e8re un peu de sel et de vinaigre sur ses blessures.<\/p>\n<p>Maurice, saisit brutalement sa m\u00e8re par le bras et lui interdit l&rsquo;entr\u00e9e du cachot.<\/p>\n<p>BENOIT. &#8211; Ne prends pas maman par le bras.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Laisse-le me battre. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il a toujours cherch\u00e9. Vois comme il a laiss\u00e9 la marque de ses doigts sur mon pauvre bras. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;il cherchait : me frapper.<br \/>\nBENOIT, tr\u00e8s en col\u00e8re. &#8211; Comment as-tu os\u00e9 battre maman ?<\/p>\n<p>Beno\u00eet essaie de frapper son fr\u00e8re. Fran\u00e7oise s&rsquo;interpose avec violence entre les fils pour qu&rsquo;ils ne se battent pas.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Non, mon fils, en ma pr\u00e9sence, non. La famille est une chose sacr\u00e9e. Je ne veux pas que mes fils se battent. (Beno\u00eet se contient difficilement.) Il peut m&rsquo;\u00e9corcher vive s&rsquo;il veut, mais: je t&rsquo;en prie, mon enfant, ne le frappe pas en ma pr\u00e9sence. Je ne veux pas qu&rsquo;en ma pr\u00e9sence il y ait des disputes entre fr\u00e8res. Il m&rsquo;a battue, mais je lui pardonne.<\/p>\n<p>Longue plainte du mari.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Il souffre&#8230; ils le font souffrir&#8230; Il souffre beaucoup. Il faut que je lui mette du vinaigre au plus vite. Tout de suite.<\/p>\n<p>Fran\u00e7oise entre dans le cachot.<\/p>\n<p>VOIX DE FRAN\u00c7OISE. &#8211; Un petit peu de sel et de vinaigre te feront beaucoup de bien. Ne bouge pas, je n&rsquo;en ai pas beaucoup. L\u00e0, voil\u00e0.<\/p>\n<p>G\u00e9missement de Jean.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e7a, l\u00e0, l\u00e0, un petit peu de sel maintenant.<\/p>\n<p>Cri de col\u00e8re de Jean.<\/p>\n<p>MAURICE, crie. &#8211; \u201c Papa ! \u201d et il pleure.<br \/>\nVOIX DE FRAN\u00c7OISE. &#8211; C&rsquo;est \u00e7a, un petit peu plus, l\u00e0, un petit peu plus, ne bouge pas. (Fran\u00e7oise parle haletante.) Ne bouge pas. L\u00e0. Encore un petit peu.<\/p>\n<p>G\u00e9missement de Jean.<\/p>\n<p>VOIX DE FRAN\u00c7OISE. &#8211; C&rsquo;est \u00e7a, encore un petit peu, l\u00e0, l\u00e0, \u00e7a te fera du bien. (Plainte de Jean.) Pour finir, voil\u00e0. (Plainte de Jean.) Il ne m&rsquo;en reste plus !<\/p>\n<p>Long silence. Plainte de Jean, silence.<\/p>\n<p>VOIX DE FRAN\u00c7OISE. &#8211; Voyons, voyons. Comment sont tes plaies ? Je vais les toucher pour voir comment elles sont.<\/p>\n<p>Forte plainte de Jean. Maurice, trompant la vigilance de son fr\u00e8re, entre dans la salle.<\/p>\n<p>VOIX DE MAURICE. &#8211; Que fais-tu ? Tu griffes ses blessures !<\/p>\n<p>Maurice fait sortir sa m\u00e8re du cachot en la poussant. Beno\u00eet se jette sur son fr\u00e8re pour le frapper. La m\u00e8re s&rsquo;interpose et s\u00e9pare les fr\u00e8res.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Non, mon fils, non. (A Beno\u00eet.) H\u00e9las ! c&rsquo;est \u00e0 moi que tu fais mal. Non, ne bats pas ton fr\u00e8re. Je ne veux pas que tu le battes.<\/p>\n<p>Beno\u00eet se calme.<\/p>\n<p>BENOIT. &#8211; Je ne vais pas tol\u00e9rer qu&rsquo;il te fasse du mal.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Si, laisse-le me faire du mal. Laisse-le cela lui pla\u00eet. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il veut. Laisse-le. Il veut que je pleure \u00e0 cause de ses coups. Mon fils, ton fr\u00e8re, est ainsi fait. Quel martyre ! Quel calvaire ! Pourquoi, mon Dieu, ai-je le malheur d&rsquo;avoir un fils qui ne m&rsquo;aime pas et qui ne cherche qu&rsquo;un instant de faiblesse de ma part pour me battre et me tourmenter ?<br \/>\nBENOIT, furieux. &#8211; Maurice !<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Mon fils, calme-toi. (Abattue.) Quel calvaire ! Quelle croix, mon Dieu ! Pourquoi me punir ainsi, mon Dieu ? Qu&rsquo;ai-je fait pour m&rsquo;attirer un tel ch\u00e2timent ? Ne vous disputez pas, mes enfants, faites-le pour votre pauvre m\u00e8re qui ne cesse de souffrir, faites-le pour ses cheveux blancs. (A Beno\u00eet.) Et s&rsquo;il ne veut pas prendre en piti\u00e9 mes peines, toi, au. moins Beno\u00eet, aie piti\u00e9 de moi. Ou est-ce que, toi non plus, tu ne m&rsquo;aimes pas ? (Beno\u00eet, \u00e9mu, veut dire quelque chose. Sa m\u00e8re ne le laisse pas parier et poursuit.) Oui, c&rsquo;est cela, tu ne m&rsquo;aimes pas non plus.<br \/>\nBENOIT, au bord des larmes. &#8211; Si, maman, moi, je t&rsquo;aime.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Alors, pourquoi ajouter de nouvelles \u00e9pines \u00e0 cette comme \u00e0 douleurs que je porte ?<br \/>\nBENOIT. &#8211; Maman !<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Est-ce que tu ne vois pas ma douleur ? Est-ce que tu ne vois pas mon immense douleur de m\u00e8re ?<br \/>\nBENOIT, pleurant presque. &#8211; Si.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Merci, mon fils, tu es mon b\u00e2ton de vieillesse. Tu es l&rsquo;unique consolation que Dieu m&rsquo;ait donn\u00e9e en cette vie.<\/p>\n<p>On entend \u00e0 nouveau les bourreaux fouetter Jean. Le mari sanglote. Tous trois (Fran\u00e7oise et ses fils) \u00e9coutent en silence.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Ils le fouettent encore&#8230; Et ils doivent lui faire beaucoup de mal&#8230; (Fran\u00e7oise parle en haletant.)&#8230; Il pleure ! Il pleure&#8230; Il g\u00e9m\u00eet, n&rsquo;est-ce pas ?.. (Personne ne lui r\u00e9pond.) Oui, oui, il g\u00e9mit, il g\u00e9mit. Je l\u2019entends parfaitement.<\/p>\n<p>Coups de fouet et g\u00e9missements. Jean, tout \u00e0 coup, pousse un cri plus aigu. Les bourreaux continuent \u00e0 frapper, Jean ne g\u00e9m\u00eet plus. Fran\u00e7oise va \u00e0 la porte et regarde \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cachot.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Ils l\u2019ont tu\u00e9 ! Ils l\u2019ont tu\u00e9 !<\/p>\n<p>Silence absolu Maurice s&rsquo;assoit, appuie sa t\u00eate sur la table. Il pleure peut-\u00eatre. Silence. Longue pause. Entrent les deux bourreaux avec Jean attach\u00e9 comme la premi\u00e8re fois. Jean est mort. Sa t\u00eate pend, inerte.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE, aux bourreaux. &#8211; Laissez-moi le voir. Laissez-moi le voir comme il faut, \u00e0 pr\u00e9sent qu&rsquo;il est mort.<\/p>\n<p>Les bourreaux, sans pr\u00eater attention \u00e0 Fran\u00e7oise, traversent la salle et sortent pas la porte de la rue. Fran\u00e7oise et Beno\u00eet s&rsquo;assoient de chaque c\u00f4t\u00e9 de Maurice. Ils le regardent. Silence.<\/p>\n<p>MAURICE, \u00e0 Fran\u00e7oise. &#8211; Ils ont tu\u00e9 papa \u00e0 cause de toi.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Comment oses-tu dire cela \u00e0 ta m\u00e8re ? A ta m\u00e8re qui s&rsquo;est toujours saign\u00e9e pour toi ?<br \/>\nMAURICE, l&rsquo;interrompant. &#8211; Ne me raconte pas tes rengaines. Ce dont je t&rsquo;accuse, c&rsquo;est d&rsquo;avoir d\u00e9nonc\u00e9 papa.<\/p>\n<p>Beno\u00eet, abattu, n&rsquo;intervient pas.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, mon fils, comme tu voudrais. Si cela te fait plaisir, je dirai que c&rsquo;est ma faute. C&rsquo;est ce que tu veux ?<br \/>\nMAURICE. &#8211; Assez de discours entortill\u00e9s. (Pause, long silence.) Pourquoi as-tu trait\u00e9 papa de cette fa\u00e7on, papa \u00e0 qui tu ne peux faire aucun reproche ?<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; C&rsquo;est \u00e7a. Je m&rsquo;y \u00e9tais toujours attendue, toute ma vie. Apr\u00e8s que ton p\u00e8re a compromis l&rsquo;avenir de ses enfants et de sa femme parce qu&rsquo;il&#8230;<br \/>\nMAURICE, l&rsquo;interrompant. &#8211; Qu&rsquo;est-ce que cette histoire d&rsquo;avenir compromis ? Qu&rsquo;est-ce que cette nouvelle invention ?<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Ah ! mon fils ! Quelle douleur ! Quel calvaire ! (Pause.) Bien s\u00fbr qu&rsquo;il a compromis l&rsquo;avenir de ses enfants par ses faiblesses. Il savait bien que s&rsquo;il continuait dans cette voie, il finirait t\u00f4t ou tard comme il a fini. Il le savait bien, mais il n&rsquo;a pas chang\u00e9, il a poursuivi, vaille que vaille, son coupable chemin. Combien de fois le lui ai-je r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ! Combien de fois lui ai-je dit : tu vas me laisser veuve et tes fils orphelins. Mais qu&rsquo;a-t-il fait ? Il a n\u00e9glig\u00e9 mes conseils et il a persist\u00e9 dans ses erreurs.<br \/>\nMAURICE. &#8211; Tu es la seule \u00e0 dire qu&rsquo;il \u00e9tait coupable.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, bien s\u00fbr, maintenant, non content de m&rsquo;avoir insult\u00e9e pendant toute la nuit, tu vas me taxer de mensonge et tu vas affirmer que je suscite de faux t\u00e9moignages. Voil\u00e0 comme tu traites une m\u00e8re qui, depuis ta naissance, t&rsquo;a prodigu\u00e9 tous ses soins et consacr\u00e9 toute son attention. Tandis que votre p\u00e8re compromettait all7grement votre avenir, j&rsquo;ai veill\u00e9 sur toi, et je n&rsquo;ai tu qu&rsquo;un but, te rendre heureux, te donner tout le bonheur que je n&rsquo;ai pas connu. Parce que, pour moi, la seule chose qui compte, c&rsquo;est que ton fr\u00e8re et toi vous soyez satisfaits, tout le reste n&rsquo;a aucune importance. Je suis une pauvre femme ignorante et sans instruction qui ne d\u00e9sire que le bien de ses enfants, co\u00fbte que co\u00fbte.<br \/>\nBENOIT, conciliant. &#8211; Maurice, les lamentations sont inutiles maintenant, papa est mort, on ne peut plus rien y faire.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Beno\u00eet a raison.<\/p>\n<p>Long silence.<\/p>\n<p>MAURICE. &#8211; On aurait pu \u00e9viter la mort de papa.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Comment ? Est-ce faute ? Non. C&rsquo;est lui le coupable, lui-m\u00eame, ton p\u00e8re. Que pouvais-je faire ? Que pouvais-je faire contre lui ? Il s&rsquo;est obstin\u00e9 : je ne suis qu&rsquo;une pauvre femme sans aucune culture et presque sans instruction, j&rsquo;ai pass\u00e9 toute ma vie \u00e0 m&rsquo;inqui\u00e9ter pour les autres, en m&rsquo;oubliant moi-m\u00eame. Pour moi, c&rsquo;est vous qui comptez. Quand m&rsquo;as-tu vu acheter une jolie toilette ou aller au cin\u00e9ma ou aux premi\u00e8res th\u00e9\u00e2trales qui me plaisaient tant ? Non, je n&rsquo;en ai rien fait, malgr\u00e9 tout le plaisir que j&rsquo;en aurais tir\u00e9, et tout cela, uniquement parce que j&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 me consacrer \u00e0 vous corps et \u00e2me. Je ne vous demande qu&rsquo;une chose : que vous ne soyez pas ingrats et que vous sachiez appr\u00e9cier le sacrifice d&rsquo;une m\u00e8re comme celle que vous avez eu la chance d&rsquo;avoir.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Oui, maman, moi j&rsquo;appr\u00e9cie tout ce que tu as fait pour nous.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, toi, je sais bien, mais ton fr\u00e8re, non. Pour ton fr\u00e8re c&rsquo;est encore trop peu. Ce n&rsquo;est pas suffisant pour ton fr\u00e8re. Comme nous pourrions \u00eatre heureux, si nous \u00e9tions tous unis, tous d&rsquo;accord !<br \/>\nBENOIT. &#8211; Maurice, oui, nous devrions mutuellement nous comprendre et vivre en paix tous les trois. Maman est tr\u00e8s bonne, je sais qu&rsquo;elle t&rsquo;aime beaucoup et qu&rsquo;elle te donnera tout ce dont tu auras besoin. M\u00eame si ce n&rsquo;est que par \u00e9go\u00efsme, reviens \u00e0 nous. Nous vivrons tous les trois heureux et dans la joie en nous aimant.<br \/>\nMAURICE. &#8211; Mais&#8230; (Pause.) Papa&#8230;<br \/>\nBENOIT. &#8211; C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9. Ne regarde pas en arri\u00e8re. Ce qui importe, c&rsquo;est l&rsquo;avenir. Ce serait trop b\u00eate de s&rsquo;en tenir au pass\u00e9. Tu n&rsquo;auras que des satisfactions avec maman. Tout ce qui est \u00e0 elle t&rsquo;est destin\u00e9. N&rsquo;est-ce pas, maman ?<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, mon fils, tout ce qui est \u00e0 moi sera \u00e0 lui. (H\u00e9ro\u00efquement.) Je lui pardonne.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Tu vois comme elle est bonne : elle te pardonne m\u00eame.<br \/>\nFRAN\u00c7OISE. &#8211; Oui, je te pardonne et j&rsquo;oublierai toutes tes insultes.<br \/>\nBENOIT. &#8211; Elle oubliera tout ! (Joyeux.) Voil\u00e0 l&rsquo;important. Ainsi nous vivrons sans rancune tous les trois ensemble; maman, toi et moi. Quoi de plus beau ?<br \/>\nMAURICE, \u00e0 demi convaincu. &#8211; Oui, mais&#8230;<br \/>\nBENOIT, l&rsquo;interrompant. &#8211; Ne sois pas rancunier. Imite maman. Elle qui a ses raisons d&rsquo;\u00eatre f\u00e2ch\u00e9e contre toi a promis de tout oublier. Nous serons heureux, si tu veux \u00eatre gentil.<\/p>\n<p>Maurice baisse la t\u00eate, \u00e9mu. Long silence. Beno\u00eet pose son bras sur l&rsquo;\u00e9paule de son fr\u00e8re.<\/p>\n<p>BENOIT. &#8211; Embrasse maman.<\/p>\n<p>Silence.<\/p>\n<p>BENOIT. &#8211; Embrasse-la, sans rancune.<\/p>\n<p>Maurice s&rsquo;approche de sa m\u00e8re et l&#8217;embrasse.<\/p>\n<p>FRAN\u00c7OISE. &#8211; Mon fils !<br \/>\nBENOIT, \u00e0 Maurice. &#8211; Demande pardon \u00e0 maman.<br \/>\nMAURICE, pleurant presque. &#8211; Pardonne-moi, maman.<\/p>\n<p>Maurice et Fran\u00e7oise s&rsquo;\u00e9treignent. Beno\u00eet se joint \u00e0 eux et tous trois restent enlac\u00e9s tandis que tombe le<\/p>\n<p>RIDEAU<\/p>\n<p>H\u00f4pital Foch, Suresnes, 1956.<\/p>\n<p>____________________________________________________________________<\/p>\n<p><strong>LOS DOS VERDUGOS<\/strong><\/p>\n<p><strong>Fernando Arrabal<\/strong><\/p>\n<p>PERSONAJES<\/p>\n<p>LOS DOS VERDUGOS (ignoro sus nombres)<\/p>\n<p>FRANCISCA, la madre<\/p>\n<p>BENITO y MAURICIO, los dos hijos<\/p>\n<p>JUAN, el padre<\/p>\n<p>La acci\u00f3n se desarrolla en una habitaci\u00f3n muy oscura. A la izquierda, la puerta que comunica con la calle. Al fondo la puerta que comunica con la celda de castigo. Paredes desnudas. En el centro de la habitaci\u00f3n una mesa y tres sillas.<\/p>\n<p>Noche. LOS DOS VERDUGOS est\u00e1n sentados. Llaman a la puerta de la calle, insistentemente. LOS VERDUGOS parece que no oyen. La puerta se abre lentamente, pero chirriando. Una mujer asoma la cabeza e inspeccionaba la sala. Por fin entra en la habitaci\u00f3n y se dirige a LOS VERDUGOS.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Buenos d\u00edas, se\u00f1ores\u2026 Disc\u00falpenme\u2026 \u00bfLes molesto? (LOS VERDUGOS siguen inm\u00f3viles, como si la cosa no fuera con ellos.) Si que les molesto, me marcho.<\/p>\n<p>Silencio. La mujer parece que quiere tomar fuerzas. Por fin, dice atropelladamente.<\/p>\n<p>He venido a buscarles porque ya no resisto m\u00e1s. Se trata de mi marido. (Pat\u00e9ticamente.) La persona en quien puse toda mi confianza, el hombre a\u00a0\u00a0 quien di mi juventud entera y al que quise como jam\u00e1s pens\u00e9 haber querido. (Bajando el tono.) Tengo que confesarlo: es culpable.<\/p>\n<p>LOS VERDUGOS, de pronto, se interesan por lo que dice la mujer. Uno de ellos saca un l\u00e1piz y un cuaderno.<\/p>\n<p>Vive en la calle de Labradores, n\u00famero ocho, y se llama Juan Laguna.<\/p>\n<p>EL VERDUGO toma los datos. Inmediatamente ambos VERDUGOS salen por la puerta de la calle. Se oye la partida de un coche. FRANCISCA sale tambi\u00e9n por la puerta de la calle.<\/p>\n<p>VOZ DE FRANCISCA. \u2014Entrad, hijos m\u00edos, entrad.<\/p>\n<p>VOZ DE BENITO. \u2014Est\u00e1 muy oscuro.<\/p>\n<p>VOZ DE FRANCISCA. \u2014S\u00ed, est\u00e1 muy oscura la habitaci\u00f3n. A m\u00ed tambi\u00e9n me da miedo, pero debemos entrar. Hemos de esperar a papa\u00edto.<\/p>\n<p>Entran FRANCISCA y sus dos hijos, BENITO y MAURICIO.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Sentaos, hijos m\u00edos. No teng\u00e1is miedo.<\/p>\n<p>Los tres se sientan en torno a la mesa. FRANCISCA habla en un tono lastimero.<\/p>\n<p>\u00a1Qu\u00e9 momentos estamos viviendo tan dram\u00e1ticos, tan tristes! \u00bfQu\u00e9 pecados hemos cometido para que la vida nos castigue de esta forma tan cruel?<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No te preocupes mam\u00e1, no llores.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014No, hijo m\u00edo, no lloro, no llorar\u00e9, me har\u00e9 fuerte ante tanta adversidad como nos rodea. Cu\u00e1nto te agradezco que est\u00e9s siempre tan pendiente de m\u00ed en todo. Pero ya ves a tu hermano Mauricio: siempre tan descastado. (MAURICIO, sombr\u00edo, mira, al parecer deliberadamente, en direcci\u00f3n contraria a su madre.) Ya lo ves, ahora que yo necesito m\u00e1s que nunca el apoyo de vosotros \u00e9l se vuelve contra m\u00ed y me maltrata con su\u00a0\u00a0\u00a0 despego. \u00bfQu\u00e9 te he hecho yo, mal hijo, hijo indigno? Habla, dime algo.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No le hagas caso, mam\u00e1, \u00e9l no sabe lo que es el agradecimiento a una madre.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014(A MAURICIO.) \u00bfNo oyes a tu hermano? Escucha lo que dice. Si a m\u00ed alguien me hubiera dicho algo parecido, se me caer\u00eda la cara de verg\u00fcenza. \u00a1Ay Dios m\u00edo! \u00a1Qu\u00e9 calvario!<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Mam\u00e1, no te exaltes, no te aflijas por \u00e9l. No se lo merece. \u00c9l nunca estar\u00e1 de acuerdo con lo que hagas t\u00fa.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, hijo, s\u00ed, t\u00fa no lo sabes bien. Cuando no es con pap\u00e1 es con Mauricio: siempre sufriendo. Yo que no he sido m\u00e1s que la esclava de ellos en todo momento. Ya ves cu\u00e1ntas, cuant\u00edsimas mujeres viven de cualquier manera divirti\u00e9ndose d\u00eda y noche en bailes, en cabar\u00e9s, en cines. \u00a1Cuant\u00edsimas! T\u00fa no lo sabes bien, t\u00fa eres muy joven a\u00fan. Yo pod\u00eda haber hecho lo mismo, pero he preferido sacrificarme por mi marido y por vosotros\u00a0\u00a0\u00a0 de una forma silenciosa y humilde sin esperar nada, incluso sabiendo que un d\u00eda los seres que m\u00e1s he querido, me dir\u00edan, como hoy me dice tu hermano, que a\u00fan no he hecho bastante. Ya ves, hijo, \u00bfc\u00f3mo responden a mis sacrificios?, d\u00e1ndome mal por bien siempre, siempre.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014\u00a1Qu\u00e9 buena eres! \u00a1Qu\u00e9 buena eres!<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014\u00bfY qu\u00e9 gano yo sabi\u00e9ndolo? Da lo mismo. Todo es lo mismo.\u00a0\u00a0 Yo ya no tengo ilusiones por nada, todo me da igual, ya nada me importa. Yo deseo ser buena y sacrificarme por vosotros sin esperar recibir nada,\u00a0\u00a0 sabiendo incluso que los seres m\u00e1s pr\u00f3ximos a m\u00ed, los que deber\u00edan agradecer mis desvelos, no reconocer\u00e1n mi actuaci\u00f3n. He sido toda la vida una m\u00e1rtir por vosotros y m\u00e1rtir seguir\u00e9 siendo hasta que Dios quiera que me muera.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014\u00a1Mama\u00edta!<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, hijo, s\u00f3lo vivo por vosotros. \u00bfQu\u00e9 otra cosa me puede importar en la vida? \u00bfEl lujo, los trajes, las fiestas de sociedad, el teatro? Todo esto para m\u00ed no cuenta; s\u00f3lo tengo una preocupaci\u00f3n: vosotros. \u00bfQu\u00e9 me importa el resto?<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Mauricio, \u00bfno oyes a mam\u00e1?<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014D\u00e9jalo, hijo. \u00bfCrees que yo puedo esperar que \u00e9l sepa agradecer mis sacrificios? No. Yo nada espero de \u00e9l. Bien s\u00e9 que incluso pensar\u00e1 que no me sacrifiqu\u00e9 suficientemente.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(A MAURICIO.) Eres una canalla.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014No me hagas sufrir. Benito, no le ri\u00f1as. Yo quiero que todos vivamos tranquilos, en orden\u2026 Sobre todo no quiero que vosotros, que sois hermanos, ri\u00f1\u00e1is.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014\u00a1Qu\u00e9 buena eres mam\u00e1!&#8230; Y buena con \u00e9l que no se merece nada. Si no fuera porque t\u00fa me lo pides, no s\u00e9 lo que har\u00eda con \u00e9l. (A MAURICIO, agresivo.) Ya se lo puedes agradecer a mam\u00e1, que bien mereces que te pegue.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014No, hijo, no le pegues. No quiero que le pegues por mucho que lo merezca. Quiero que entre nosotros reine la tranquilidad y el amor. Es lo \u00fanico que te pido, Benito.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No te preocupes, har\u00e9 lo que me pides.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Gracias, hijo. Qu\u00e9 b\u00e1lsamo eres para las heridas que la vida me ha hecho. Ya ves, al fin, Dios, en su inmensa bondad, me ha dado un hijo como t\u00fa que me calma los dolores que sufre mi pobre alma. Estos dolores que, para mayor tristeza m\u00eda, me los causan los seres por los que m\u00e1s he luchado: mi marido y Mauricio.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Nadie te volver\u00e1 a molestar.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014No te enfades, hijo, no te disgustes. Ellos, bien lo sabemos, se han portado mal. Nosotros lo que debemos hacer es perdonarles y no ser rencorosos con ellos. Adem\u00e1s, aunque tu padre es culpable, no por eso debes dejar de respetarle.<br \/>\nBENITO. \u2014\u00bfRespetarle a \u00e9l?<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, hijo. No te fijes en todo lo mucho que \u00e9l me ha hecho sufrir. Yo soy quien no deber\u00eda perdonarle, y ya ves, hijo m\u00edo, le perdono. Aunque me haga sufrir m\u00e1s de lo que hasta hoy me ha hecho, si esto es posible, yo seguir\u00e9 esper\u00e1ndole con los brazos abiertos y le sabr\u00eda perdonar sus infinitas faltas. La vida me ha ense\u00f1ado a sufrir desde que nac\u00ed. Pero este calvario lo sufro con dignidad por amor a todos vosotros.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Mam\u00e1, \u00a1qu\u00e9 buena eres!<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Eso intento, Benito, ser buena.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(De pronto, interrumpiendo a su madre, en un movimiento espont\u00e1neo de afecto.) Mam\u00e1, eres la mujer m\u00e1s buena del mundo.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014(Humildemente.) No, hijo, no soy la mujer m\u00e1s buena del mundo, no puedo aspirar a tanta gracia: yo soy demasiado sencilla y, adem\u00e1s, probablemente, yo habr\u00e9 cometido algunas faltas. Bien es verdad que con toda mi alma, mi buena intenci\u00f3n. Pero al fin y al cabo, lo que me importa es que he cometido faltas.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(Convencido.) No, mam\u00e1, t\u00fa nunca.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, hijo, algunas veces. Pero tengo la alegr\u00eda de que siempre me he arrepentido de ellas.<br \/>\nBENITO. \u2014Eres una santa.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014No digas eso. \u00a1Qu\u00e9 m\u00e1s quisiera que ser una santa! Yo no puedo ser santa. Para ser santa hay que ser algo muy grande y yo no valgo\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 nada. Yo s\u00f3lo procuro ser buena sin aspirar a m\u00e1s.<\/p>\n<p>La puerta de la calle se abre. Entran LOS DOS VERDUGOS que llevan al marido de FRANCISCA \u2014JUAN\u2014 atado de pies y manos y colgado de un palo grueso, como se transporta la caza mayor en las cacer\u00edas. JUAN va amordazado, al entrar en la habitaci\u00f3n levanta la cabeza y mira a su mujer con los ojos muy abiertos y quiz\u00e1s cargados de ira. FRANCISCA mira a su marido con atenci\u00f3n, con avidez. MAURICIO ve pasar la comitiva violentamente irritado. LOS DOS VERDUGOS sin detenerse cruzan la habitaci\u00f3n, llevando a JUAN de la puerta de la calle a la celda de castigo, por donde desparecen los tres.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014(Irritad\u00edsimo, a su madre.) \u00bfQu\u00e9 es esto? Di, \u00bfQu\u00e9 es esta nueva fechor\u00eda tuya?<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No trates as\u00ed a mam\u00e1.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Hijo, d\u00e9jale. D\u00e9jale que me insulte. D\u00e9jale que trate a su madre como si fuera un enemigo. D\u00e9jale, hijo m\u00edo. D\u00e9jale. Dios castigar\u00e1 su mala acci\u00f3n.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014Esto es demasiado. (Col\u00e9rico, a su madre.) T\u00fa le has denunciado.<br \/>\nBENITO. \u2014(A punto de pegar a su hermano.) Te he dicho que trates bien a \u00a0mam\u00e1. \u00bfLo entiendes? Que la trates bien. \u00bfMe oyes?<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014C\u00e1lmate, hijo, c\u00e1lmate. D\u00e9jale que me maltrate. Si \u00e9l s\u00f3lo est\u00e1 a gusto vi\u00e9ndome sufrir, dale esa satisfacci\u00f3n. \u00c9se es mi papel: sacrificarme por \u00e9l y por vosotros; daros todo lo que quer\u00e9is.<br \/>\nBENITO. \u2014No consentir\u00e9 que te trate a gritos.<br \/>\nFRANCISCA. \u2014Obed\u00e9ceme, hijo, obed\u00e9ceme.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No te obedecer\u00e9: t\u00fa eres demasiado buena y de eso se aprovecha \u00e9l.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014\u00a1Hijo m\u00edo! \u00bfT\u00fa tambi\u00e9n quieres hacerme sufrir? Si \u00e9l es malo conmigo que lo sea, no pod\u00eda esperar nada mejor. Pero t\u00fa, hijo m\u00edo, eres diferente; eso al menos he cre\u00eddo siempre. (Pausa.) D\u00e9jale que me atormente\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 si es que eso satisface su alma ruin.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No, nunca, por lo menos en mi presencia.<\/p>\n<p>Se oyen latigazos. Tambi\u00e9n se oyen los quejidos amortiguados por la mordaza de JUAN. A JUAN le est\u00e1n dando latigazos en la celda de castigo; FRANCISCA y MAURICIO se incorporan y van a la puerta de la celda. La madre oye con avidez, abriendo mucho los ojos y con una mueca hist\u00e9rica. Los latigazos se oyen fuertes durante largo rato. JUAN se queja virilmente. Por fin, cesan los latigazos y los quejidos de JUAN.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014(Excitado y a punto de llorar le dice a su madre.) T\u00fa eres la culpable de que torturen a pap\u00e1. T\u00fa le has denunciado.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(Violentamente.) C\u00e1llate. No atormentes a mam\u00e1.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014D\u00e9jale, d\u00e9jale, Benito. D\u00e9jale que me insulte. Bien s\u00e9 que si no estuvieras delante me pegar\u00eda. Pero es un cobarde y te tiene miedo, s\u00f3lo eso le retiene. \u00c9l es muy capaz de levantar la mano a su madre, lo veo en sus ojos. Siempre lo ha intentado.<\/p>\n<p>Fuerte quejido de JUAN. FRANCISCA hace una mueca que es casi una sonrisa. Silencio.<\/p>\n<p>Vamos a ver al pobre papa\u00edto. Vamos a ver c\u00f3mo sufre. Porque, sin duda le habr\u00e1n hecho much\u00edsimo da\u00f1o.<\/p>\n<p>Muecas de FRANCISCA. Silencio. FRANCISCA se acerca a la celda de castigo, entreabriendo la puerta, inspecciona el interior sin pasar el umbral.<\/p>\n<p>(Habla a JUAN, que est\u00e1 dentro de la celda y que, por tanto, no se ve.) Juan, estos verdugos te tienen que haber hecho mucho da\u00f1o. \u00a1Pobre Juan! \u00a1Cu\u00e1nto tienes que haber sufrido y cu\u00e1nto te tienen a\u00fan que hacer sufrir! Mi pobre Juan. (JUAN, impedido por la mordaza, intenta gritar.) No te pongas as\u00ed. Lo mejor es que lo tomes con paciencia. Piensa que s\u00f3lo has comenzado a sufrir.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ahora no puedes hacer nada, est\u00e1s atado y con la espalda llena de sangre. No puedes hacer nada. \u00a1C\u00e1lmate! Adem\u00e1s, todo esto te har\u00e1 bien, te ense\u00f1ar\u00e1 a tener voluntad de la que siempre careciste.<\/p>\n<p>FRANCISCA, por fin, pasa el umbral y entra en la celda.<\/p>\n<p>VOZ DE FRANCISCA. \u2014(Habla como si estuviera en una iglesia, pero en un tono muy fuerte.) Fui yo quien te denunci\u00f3, Juan. Fui yo quien dijo que eras culpable.<\/p>\n<p>JUAN, impedido por la mordaza, s\u00f3lo logra emitir algunos ruidos. Se oye re\u00edr a FRANCISCA hist\u00e9ricamente. MAURICIO est\u00e1 muy excitado. FRANCISCA aparece de nuevo.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014(A sus hijos.) El pobre sufre mucho, no tiene paciencia, nunca la tuvo.<\/p>\n<p>Quejido de JUAN.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014Deja a pap\u00e1. No sigas. \u00bfNo ves que le atormentas?<br \/>\nFRANCISCA. \u2014Es \u00e9l quien se atormenta. \u00c9l solo, sin motivo. (De nuevo habla a su marido a trav\u00e9s de la puerta.) Bien veo que te est\u00e1s atormentando t\u00fa solo. Bien veo que lo que te digo te irrita. (Pausa.) \u00bfQui\u00e9n puede estar m\u00e1s pendiente que yo de tus dolores? Siempre que sufras me tendr\u00e1s a tu lado. T\u00fa te has portado mal y lo que debes hacer es aceptar con paciencia el castigo,\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 tu merecid\u00edsimo castigo. A\u00fan debes dar las gracias a los verdugos de que te traten con tantos miramientos. Si fueras un hombre normal, justo y humilde, les dar\u00edas las gracias a los verdugos; pero t\u00fa siempre has sido un rebelde. No te creas que ahora est\u00e1s en casa, donde hac\u00edas lo que quer\u00edas, ahora est\u00e1s en manos de los verdugos. Acepta el castigo sin rebeld\u00eda. Es la purificaci\u00f3n. Arrepi\u00e9ntete de tus culpas y promete no volver a las andadas. Y sobre todo no te atormentes pensando que yo me alegro de tus castigos.<\/p>\n<p>Fuerte quejido de JUAN.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014\u00bfNo oyes c\u00f3mo se queja? \u00bfNo te das cuenta de que est\u00e1s\u00a0\u00a0 haciendo sufrir? D\u00e9jale en paz.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Te he dicho que no hables as\u00ed a mam\u00e1.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Que me hable como quiera, hijo. Ya estoy acostumbrada. \u00c9ste es mi papal: preocuparme por ellos, por \u00e9l y por pap\u00e1, que no se lo merecen y que ni siquiera me lo agradecen.<\/p>\n<p>Quejido de JUAN.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014\u00a1Pap\u00e1! \u00a1Pap\u00e1!<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Sigue quej\u00e1ndose. Eso es se\u00f1al de que le hacen da\u00f1o las heridas de los latigazos que le han dado en la espalda, y las rozaduras de las cuerdas que le atan manos y pies. (Abre el caj\u00f3n de la mesa. Busca dentro de \u00e9l. Despu\u00e9s pone sobre la mesa un frasco de vinagre y un salero que ha encontrado.) Esto me viene muy bien. Le echar\u00e9 sal y vinagre sobre las heridas para impedir que se infecten. Un poco de vinagre y de sal sobre las heridas le ir\u00e1 de perlas. (Con entusiasmo hist\u00e9rico.) \u00a1Un poco de sal y vinagre! S\u00f3lo un poquito en cada herida.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014No hagas eso.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014\u00bfEs as\u00ed como quieres a tu padre? T\u00fa, que eres su hijo predilecto, es as\u00ed como le tratas. T\u00fa, precisamente t\u00fa. \u00a1Mal hijo! T\u00fa, que bien sabes que los verdugos le pegar\u00e1n hasta matarle, es ahora cuando le rechazas y cuando ni siquiera me permites que cure sus heridas.<\/p>\n<p>FRANCISCA, con la sal y el vinagre en la mano, va hacia la celda de castigo.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014No, \u00a1No le eches sal! De todas formas van a matarle, d\u00e9jale tranquilo, no le aumentes los dolores.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014T\u00fa, hijo m\u00edo, eres a\u00fan m\u00e1s joven, no conoces nada de la vida, no tienes experiencia. \u00bfQu\u00e9 hubiera sido de ti sin m\u00ed? Para ti la vida ha sido siempre muy f\u00e1cil. Yo te lo he dicho. Est\u00e1s acostumbrado a que tu madre te d\u00e9 todo lo que quieres. Acu\u00e9rdate siempre de mis palabras. Son las palabras de una madre y una madre no vive nada m\u00e1s que para sus hijos. Respeta a tu \u00a0 \u00a0 \u00a0 madre. Resp\u00e9tala aunque nada m\u00e1s sea que por las canas que coronan su frente. Piensa que tu madre te lo hace todo por amor. \u00bfCu\u00e1ndo t\u00fa has visto que tu madre haga algo por ella? Yo s\u00f3lo he pensado en vosotros. Lo primero, mis hijos, luego mi marido. Yo no cuento para nadie y menos para m\u00ed. Por eso, hijo m\u00edo, ahora que voy a curar las heridas de tu padre no debes imponerte en mi camino. Otros hijos estar\u00edan besando el suelo que yo piso. Yo no te pido tanto; yo s\u00f3lo te pido que sepas agradecer mi esfuerzo. (FRANCISCA se dirige hacia la celda de castigo con la sal y el vinagre.) Voy a ponerle al pobre papa\u00edto un poquit\u00edn de sal y vinagre sobre las heridas.<\/p>\n<p>MAURICIO coge violentamente a su madre por el brazo impidi\u00e9ndola entrar en la celda.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No cojas a mam\u00e1 por el brazo.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014D\u00e9jale que me pegue. Eso es lo que ha buscado siempre: pegarme. Ya ves c\u00f3mo me ha dejado todos sus dedos se\u00f1alados en mi d\u00e9bil brazo. Eso era lo que buscaba: pegarme.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(Irritad\u00edsimo.) \u00bfC\u00f3mo te has atrevido a pegar a mam\u00e1?<\/p>\n<p>BENITO trata de golpear a su hermano. FRANCISCA se interpone violentamente entre sus dos hijos para que no se peguen.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014No, hijo. En mi presencia, no. La familia es una cosa sagrada. No quiero que mis hijos se peguen. (BENITO se contiene de mala manera.) \u00c9l me puede arrancar la piel si quiere, pero yo te ruego, hijo m\u00edo, que no le pegues en mi presencia. No quiero que en mi presencia hayas ri\u00f1as entre hermanos. \u00c9l me ha pegado, pero yo le perdono.<\/p>\n<p>Fuerte quejido de JUAN.<\/p>\n<p>Sufre\u2026est\u00e1 sufriendo\u2026 est\u00e1 sufriendo mucho. Tengo que ponerle vinagre cuanto antes. Ahora mismo.<\/p>\n<p>FRANCISCA entra en la celda de castigo.<\/p>\n<p>Un poquito de sal y vinagre te ir\u00e1 muy bien. No te muevas que no tengo mucho. As\u00ed, as\u00ed. (Lamento de JUAN.) Eso es, as\u00ed, as\u00ed, un poquito de sal ahora.<\/p>\n<p>Quejido de JUAN. MAURICIO grita: \u201cPap\u00e1\u201d.<\/p>\n<p>Eso es, un poquito m\u00e1s. As\u00ed, un poquito m\u00e1s. (Habla con la respiraci\u00f3n entrecortada.) No te muevas. As\u00ed, otro poquito.<\/p>\n<p>Lamento de JUAN.<\/p>\n<p>Eso es, otro poquito, as\u00ed, as\u00ed. Esto te vendr\u00e1 muy bien.<\/p>\n<p>Quejido de JUAN.<\/p>\n<p>Lo \u00faltimo. As\u00ed.<\/p>\n<p>Quejido de JUAN.<\/p>\n<p>Ya no me queda m\u00e1s.<\/p>\n<p>Largo silencio. Fuerte quejido de JUAN.<\/p>\n<p>A ver, a ver, \u00bfc\u00f3mo tienes las heridas? Voy a tocarlas para ver c\u00f3mo est\u00e1n.<\/p>\n<p>Quejido muy fuerte de JUAN. MAURICIO, burlando la vigilancia de su hermano, entra en la celda.<\/p>\n<p>VOZ DE MAURICIO. \u2014\u00bfQu\u00e9 haces? \u00a1Est\u00e1s ara\u00f1ando sus heridas!<\/p>\n<p>MAURICIO saca de la celda a su madre a empujones. BENITO se lanza sobre su hermano para pegarle. La madre se interpone y separa a los dos hermanos.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014No, hijo m\u00edo, no. (A BENITO.) \u00a1Ay! Que me haces da\u00f1o a\u00a0m\u00ed. No le pegues a tu hermano. No quiero que le pegues.<\/p>\n<p>BENITO se calma.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No voy a consentir que te maltrate.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, d\u00e9jale que me maltrate. D\u00e9jale si eso le gusta. D\u00e9jale que<\/p>\n<p>me maltrate. D\u00e9jale. \u00c9l lo quiere as\u00ed. D\u00e9jale. \u00c9l quiere que yo llore por sus golpes, hijo m\u00edo. Tu hermano es as\u00ed. \u00a1Qu\u00e9 martirio! \u00a1Qu\u00e9 calvario! \u00bfPor qu\u00e9, Dios m\u00edo, tengo la desgracia de tener este hijo que no me quiere y que s\u00f3lo busca un momento de debilidad m\u00eda para pegarme y para atormentarme?<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(Col\u00e9rico.) Mauricio.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Hijo, c\u00e1lmate (Abatida.) \u00a1Qu\u00e9 calvario! \u00a1Qu\u00e9 calvario! \u00a1Dios<\/p>\n<p>m\u00edo! \u00bfPor qu\u00e9 me castigas as\u00ed, Dios m\u00edo? \u00bfQu\u00e9 he hecho yo para que me castigues de esta manera? No ri\u00f1\u00e1is, hijos m\u00edos, hacedlo por vuestra pobre madre que no deja de sufrir. Hacedlo por sus canas. (A BENITO.) Y si \u00e9l quiere compadecerse de mis dolores, t\u00fa por lo menos, Benito, compad\u00e9cete de m\u00ed y no me hagas sufrir. \u00bfO es que t\u00fa tampoco me quieres?<\/p>\n<p>BENITO, conmovido, quiere decir algo, su madre no le deja hablar y contin\u00faa.<\/p>\n<p>S\u00ed, eso es, t\u00fa tampoco me quieres.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(Conmovido.) S\u00ed, mam\u00e1, yo te quiero.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Entonces, \u00bfpor qu\u00e9 a\u00f1ades m\u00e1s espinas a esta corona de dolor\u00a0que llevo?<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Mam\u00e1.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014\u00bfNo ves mi dolor? \u00bfNo ves mi inmenso dolor de madre?<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(A punto de llorar.) S\u00ed.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Gracias, hijo, eres mi pa\u00f1o de l\u00e1grimas. Eres el \u00fanico\u00a0consuelo que Dios me ha dado en la vida.<\/p>\n<p>Se oye de nuevo el golpear de LOS VERDUGOS sobre JUAN. FRANCISCA y sus hijos escuchan en silencio. Quejas de JUAN.<\/p>\n<p>Otra vez le azotan\u2026 y le har\u00e1n mucho da\u00f1o\u2026 \u00a1Llora! \u00a1Llora!&#8230; Est\u00e1 gimiendo, \u00bfverdad?&#8230; S\u00ed, s\u00ed, gime, le oigo perfectamente.<\/p>\n<p>Latigazos y gemidos. JUAN de pronto lanza un grito muy agudo. LOS VERDUGOS siguen golpeando; JUAN no gime. FRANCISCA va a la puerta y mira dentro de la celda.<\/p>\n<p>\u00a1Le han matado! \u00a1Le han matado!<\/p>\n<p>Silencio total. MAURICIO se sienta. Apoya la cabeza sobre la mesa. Silencio. Pausa larga. Salen LOS VERDUGOS con JUAN atado como al comienzo de la acci\u00f3n. JUAN est\u00e1 muerto, la cabeza cae inerte.<\/p>\n<p>(A LOS VERDUGOS.) D\u00e9jenme que le vea. D\u00e9jenme que le vea bien ahora que ya est\u00e1 muerto.<\/p>\n<p>LOS VERDUGOS, sin hacer caso a FRANCISCA, cruzan la sala y salen por la puerta de la calle. FRANCISCA y BENITO se sientan en torno a MAURICIO. Le miran. Silencio.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014(A FRANCISCA.) Han matado a pap\u00e1 por tu culpa.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014\u00bfC\u00f3mo te atreves a decir eso a tu madre? A tu madre que<\/p>\n<p>siempre se ha desvivido por ti.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014(Interrumpi\u00e9ndola.) No vengas con tus historias. De lo que te<\/p>\n<p>acuso es de haber denunciado a pap\u00e1.<\/p>\n<p>BENITO, abatido, no interviene.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, hijo, como t\u00fa quieras. Si eso te satisface dir\u00e9 que yo soy<\/p>\n<p>culpable. \u00bfEso es lo que quieres?<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014No sigas con tus l\u00edos. (Pausa.) \u00bfPor qu\u00e9 te has portado de esa<\/p>\n<p>manera con pap\u00e1? T\u00fa no puedes reprocharle nada.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Eso es. Esto me lo esperaba yo de siempre, de toda la vida.<\/p>\n<p>Encima de que tu padre se ha jugado el porvenir, y el de sus hijos y el de su mujer al actuar\u2026<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014(Interrumpi\u00e9ndola.) \u00bfQu\u00e9 es eso de que se ha jugado nuestro<\/p>\n<p>porvenir? \u00bfQu\u00e9 nueva invenci\u00f3n es \u00e9sta?<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014\u00a1Ah! \u00a1Hijo m\u00edo! \u00a1Qu\u00e9 dolor! \u00a1Qu\u00e9 calvario! (Pausa.) Claro\u00a0que se ha jugado el porvenir de sus hijos por sus debilidades. \u00c9l bien sab\u00eda que si segu\u00eda por el mismo camino acabar\u00eda tarde o temprano como ha terminado. \u00c9l bien lo sabia, pero no vario y continuo erre que erre. Cu\u00e1ntas veces se lo repet\u00ed. Cu\u00e1ntas veces le dije: \u201cMe vas a dejar viuda y a tus hijos hu\u00e9rfanos\u201d. \u00bfPero qu\u00e9 hizo \u00e9l? \u00c9l dej\u00f3 aparte mis advertencias y sigui\u00f3 su culpable camino.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014Eres t\u00fa la \u00fanica persona que ha dicho que era culpable.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Si, claro, ahora, no contento con haberme injuriado durante<\/p>\n<p>toda la noche, vas a tacharme de mentirosa y vas a afirmar que levanto falsos testimonios. Es as\u00ed como tratas a una madre que desde que naciste ha estado pendiente de ti. Mientras tu padre se jugaba el porvenir alegremente, yo he vigilado tu felicidad y s\u00f3lo he tenido una mira: hacerte dichoso, todo lo dichoso que yo no he podido ser. Porque para m\u00ed lo \u00fanico importante es que t\u00fa y tu hermano viv\u00e1is contentos, todo lo dem\u00e1s no tiene importancia. Soy una pobre mujer ignorante y sin estudios que s\u00f3lo desea el bien de sus hijos cueste lo que cueste.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(Conciliador.) Mauricio, ahora ya no sirven para nada m\u00e1s<\/p>\n<p>lamentaciones, pap\u00e1 ha muerto, nada se puede hacer.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014Benito tiene raz\u00f3n.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014La muerte de pap\u00e1 se pod\u00eda haber evitado.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014C\u00f3mo? He sido yo culpable? No. El culpable ha sido \u00e9l, \u00e9l\u00a0mismo, tu padre. Qu\u00e9 pod\u00eda hacer yo? Yo soy una pobre mujer sin ninguna cultura y sin apenas instrucci\u00f3n que no ha hecho en su vida otra cosa que preocuparse por los dem\u00e1s olvid\u00e1ndose de s\u00ed misma. Para m\u00ed sois vosotros los que cont\u00e1is. \u00bfCu\u00e1ndo me has visto a mi comprarme un buen traje o ir al cine o a los estrenos de teatro que tanto me gustan? No, no he hecho nada de eso, solamente porque he preferido darme toda entera a vosotros. Solo pido que no se\u00e1is desagradecidos y que sep\u00e1is apreciar el sacrificio de una madre como la que hab\u00e9is tenido la suerte de tener.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014S\u00ed, mam\u00e1, yo aprecio todo lo que has hecho por nosotros.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, t\u00fa bien s\u00e9 que s\u00ed, pero tu hermano no. A tu hermano a\u00fan le<\/p>\n<p>parece poco. A tu hermano a\u00fan no le basta. Qu\u00e9 felices pod\u00edamos ser si todos estuvi\u00e9ramos unidos y juntos.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Mauricio, eso es, deber\u00edamos\u00a0 compenetrarnos y vivir tranquilos<\/p>\n<p>los tres. Mama es muy buena, yo s\u00e9 bien que ella te quiere mucho y te dar\u00e1 todo lo que necesites. Aunque s\u00f3lo sea por ego\u00edsmo, \u00fanete a nosotros. Los tres viviremos felices y alegres queri\u00e9ndonos.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014Pero\u2026 (Pausa.) \u2026 Pap\u00e1.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Eso ya pas\u00f3, no mires atr\u00e1s, lo que importa es el porvenir. Ser\u00eda<\/p>\n<p>demasiado tonto que s\u00f3lo nos fij\u00e1ramos en el pasado. Con mam\u00e1 s\u00f3lo tendremos satisfacciones. Todo lo suyo es para ti. \u00bfVerdad, mam\u00e1?<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, hijo m\u00edo, todo lo m\u00edo ser\u00e1 para \u00e9l. (Heroica.) Yo le<\/p>\n<p>perdono.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014Ya ves qu\u00e9 buena es; incluso te perdona.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014S\u00ed, yo te perdono y olvidar\u00e9 todas tus injurias.<\/p>\n<p>BENITO. \u2014\u00a1Todo lo olvidar\u00e1! Esto es lo que importa. As\u00ed viviremos sin rencores los tres juntos: mam\u00e1, t\u00fa y yo. \u00bfQu\u00e9 puede haber m\u00e1s bonito?<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014(A medio convencer.) S\u00ed, pero es que\u2026<\/p>\n<p>BENITO. \u2014No seas rencoroso, aprende de mam\u00e1. Ella que tiene motivos para<\/p>\n<p>estar ofendida contigo ha prometido olvidarlo todo. Seremos felices si t\u00fa quieres ser bueno.<\/p>\n<p>MAURICIO agacha la cabeza conmovido. Largo silencio.<\/p>\n<p>BENITO pasa el brazo sobre el hombro de su hermano.<\/p>\n<p>Dale un beso a mam\u00e1. (Silencio.) Dale un beso sin rencor.<\/p>\n<p>MAURICIO se acerca a su madre y la besa.<\/p>\n<p>FRANCISCA. \u2014\u00a1Hijo m\u00edo!<\/p>\n<p>BENITO. \u2014(A MAURICIO.) Pide perd\u00f3n a mam\u00e1.<\/p>\n<p>MAURICIO. \u2014(Casi llorando.) Perd\u00f3name mam\u00e1.<\/p>\n<p>MAURICIO y FRANCISCA se abrazan. BENITO se une a ellos y los tres quedan entrelazados.<\/p>\n<p>TEL\u00d3N<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INEDIT : En exclusivit\u00e9, l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la pi\u00e8ce de Fernando Arrabal, \u00ab\u00a0Les deux bourreaux\u00a0\u00bb, en fran\u00e7ais et en espagnol.<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":6365,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[35811,35865,367,3083,35821],"class_list":["post-6361","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-miscellannees","tag-arrabalesque","tag-exclusivite","tag-les-deux-bourreaux","tag-piece","tag-theatre"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v24.5 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956) - Ceci n\u2019est pas un blog<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956) - Ceci n\u2019est pas un blog\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"INEDIT : En exclusivit\u00e9, l&#039;int\u00e9gralit\u00e9 de la pi\u00e8ce de Fernando Arrabal, &quot;Les deux bourreaux&quot;, en fran\u00e7ais et en espagnol.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Ceci n\u2019est pas un blog\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2015-10-15T08:26:44+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2015-12-18T10:26:12+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"400\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"457\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"fernandoarrabal\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"fernandoarrabal\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture est.\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"50 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/\",\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/\",\"name\":\"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956) - Ceci n\u2019est pas un blog\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg\",\"datePublished\":\"2015-10-15T08:26:44+00:00\",\"dateModified\":\"2015-12-18T10:26:12+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg\",\"width\":400,\"height\":457},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956)\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website\",\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/\",\"name\":\"Ceci n\u2019est pas un blog\",\"description\":\"Fernando Arrabal\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e\",\"name\":\"fernandoarrabal\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"fernandoarrabal\"},\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/author\/fernandoarrabal\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956) - Ceci n\u2019est pas un blog","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956) - Ceci n\u2019est pas un blog","og_description":"INEDIT : En exclusivit\u00e9, l'int\u00e9gralit\u00e9 de la pi\u00e8ce de Fernando Arrabal, \"Les deux bourreaux\", en fran\u00e7ais et en espagnol.","og_url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/","og_site_name":"Ceci n\u2019est pas un blog","article_published_time":"2015-10-15T08:26:44+00:00","article_modified_time":"2015-12-18T10:26:12+00:00","og_image":[{"width":400,"height":457,"url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"fernandoarrabal","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"fernandoarrabal","Dur\u00e9e de lecture est.":"50 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/","name":"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956) - Ceci n\u2019est pas un blog","isPartOf":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg","datePublished":"2015-10-15T08:26:44+00:00","dateModified":"2015-12-18T10:26:12+00:00","author":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#primaryimage","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg","contentUrl":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2015\/10\/the-two-executioners-arrabal.jpg","width":400,"height":457},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2015\/10\/15\/6361\/lorsque-60-ans-auront-passe-le-12-ii-1956\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Jean-Pierre Villain: quel r\u00e9quisitoire implacable (12-II-1956)"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/","name":"Ceci n\u2019est pas un blog","description":"Fernando Arrabal","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e","name":"fernandoarrabal","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g","caption":"fernandoarrabal"},"url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/author\/fernandoarrabal\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6361"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6361"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6361\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6365"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6361"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6361"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6361"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}