﻿{"id":3682,"date":"2013-02-07T17:59:19","date_gmt":"2013-02-07T15:59:19","guid":{"rendered":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?p=3682"},"modified":"2015-08-19T14:37:19","modified_gmt":"2015-08-19T12:37:19","slug":"la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/","title":{"rendered":"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso &#8211; deux artistes \u00ab\u00a0desterrados\u00a0\u00bb (expatri\u00e9s)&#8230; arrabalesque"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0&#8230;une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire<\/p>\n<p>&#8230;un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal<\/p>\n<p>&#8230;prodigieux et jouissif !\u00a0\u00bb :\u00a0 <strong>http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr<\/strong><\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La nuit du 29 avril 1937, Salvador Dal\u00ed et Pablo Picasso &#8211; deux artistes desterrados (expatri\u00e9s) fuyant le conflit qui oppose les r\u00e9publicains aux nationaux en Espagne -, se rencontrent dans un grand salon parisien d\u00e9labr\u00e9 dans lequel sont expos\u00e9s, tout au fond, les c\u00e9l\u00e8bres tableaux Construction molle avec haricots bouillis-Pr\u00e9monition de la guerre civile (1936) et Guernica (1937).<br \/>\nLe bombardement du village basque par l&rsquo;aviation allemande a eu lieu le 26 avril, mais ce n&rsquo;est que le 29 avril que le journal communiste L&rsquo;Humanit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le le drame.<br \/>\nLe 4 mai 1937, l&rsquo;Exposition Universelle de Paris est inaugur\u00e9e par le Pr\u00e9sident Lebrun ; Picasso pr\u00e9sente Guernica dans le Pavillon de la R\u00e9publique espagnole.<br \/>\nLe dialogue entre les deux peintres est interrompu \u00e0 de nombreuses reprises par les interventions loufoques des Voix Off de Gala et Dora Maar &#8211; faisant office de ch\u0153ur antique et de sorci\u00e8res shakespeariennes arrabalis\u00e9es -, par les lancers de couteau de la photographe, ainsi que par les mictions inopportunes du bouc Barrabal qui pisse all\u00e8grement sur la toile de Picasso ou danse \u00e0 la fa\u00e7on du Gran Cabr\u00f3n dans le tableau El aquelarre de Goya, inscrivant sans le moindre doute la conversation des deux g\u00e9nies dans le registre panique.<br \/>\nDans ce nouveau texte, Fernando Arrabal surprend le lecteur comme \u00e0 son habitude ; \u00e0 la lecture du dialogue, on a l&rsquo;impression que les r\u00f4les de ces illustres personnages sont invers\u00e9s. Mar\u00e2tre histoire aime bien interpr\u00e9ter le r\u00f4le de l&rsquo;amn\u00e9sique ; on garde en souvenir, m\u00e9moire collective partiale impos\u00e9e, deux \u00e9tiquettes bien distinctes qui collent \u00e0 la peau des peintres : Dal\u00ed, l&rsquo;excentrique avide de dollars &#8211; Avida Dollars, anagramme compos\u00e9 par le pape Breton &#8211; et Picasso, le communiste baiseur.<br \/>\nIci, Arrabal tire la carte de la confusion panique ; il nous rappelle qu&rsquo;en 1937 le peintre catalan est trotskiste tandis que l&rsquo;andalou ne deviendra communiste que huit ans plus tard, en 1944. Sans cette pr\u00e9cision, on aurait volontiers attribu\u00e9 les r\u00e9pliques de Dal\u00ed \u00e0 Picasso et vice-et-versa, &#8211; Picasso : Le jour o\u00f9 je me d\u00e9ciderai \u00e0 r\u00e9aliser une toile \u00e0 sujet politique, je peindrai Louise Michel ; Dal\u00ed : Il faut vous engager comme moi je le fais. [&#8230;] Le front antifranquiste, c&rsquo;est l&rsquo;espoir ! [&#8230;] Ma toile est un manifeste en faveur des offens\u00e9s et des humili\u00e9s. &#8211;<br \/>\nPicasso a peint son c\u00e9l\u00e8bre tableau de trente-deux m\u00e8tres carr\u00e9s qu&rsquo;il a fait \u00e0 la gloire de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9 ; il compte l&rsquo;exposer dans le Pavillon \u00c9lectricit\u00e9 de l&rsquo;imminente Exposition Internationale. Il enrage car Dufy en a peint un plus grand, les \u00e9lectriciens parisiens m&rsquo;ont fait travailler au plus grand tableau de ma vie pour qu&rsquo;ensuite je n&rsquo;aie plus qu&rsquo;\u00e0 me le mettre dans le cul.<br \/>\nGala annonce \u00e0 Picasso, en pleine dispute avec Dal\u00ed, une requ\u00eate de l&rsquo;ambassadeur de la R\u00e9publique espagnole : le Gouvernement espagnol veut que vous repr\u00e9sentiez l&rsquo;Espagne d\u00e9mocratique, l&rsquo;Espagne r\u00e9volutionnaire, l&rsquo;Espagne en guerre contre le fascisme. Il semble int\u00e9ress\u00e9 par la compensation financi\u00e8re, un million de pesetas or, \u00e7a fait r\u00e9fl\u00e9chir.<br \/>\nC&rsquo;est encore Gala qui permet de d\u00e9nouer l&rsquo;intrigue, ce serait \u00e9patant si vous adaptiez \u00e0 la guerre civile le tableau de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9. En rapportant la nouvelle d\u00e9voil\u00e9e par l&rsquo;article de L&rsquo;Humanit\u00e9 &#8211; journal qui publie des critiques acerbes, des railleries, des jugements d\u00e9favorables sur l&rsquo;\u0153uvre de Picasso -, Dal\u00ed, Dora Maar et Gala pressent Picasso d&rsquo;accepter la proposition de l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine et de donner \u00e0 son tableau le nom du village martyr basque, \u00ab\u00a0Guernica\u00a0\u00bb est le titre id\u00e9al pour ton ex-d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9\u00a0\u00bb ! Ainsi Picasso laisse \u00e0 Dufy le soin d&rsquo;exposer le plus grand tableau du monde, par la taille, pour pr\u00e9senter le plus grand tableau du monde, Guernica, d&rsquo;un point de vue esth\u00e9tique.<br \/>\nDans le personnage Dal\u00ed on retrouve beaucoup de points qui nous rappellent Fernando Arrabal, ce dernier a d&rsquo;ailleurs collabor\u00e9 de nombreuses fois avec le ma\u00eetre catalan, tout comme avec Picasso.<br \/>\nIl y a dans ce texte arrabalien, qui ne se d\u00e9finit pas comme une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mais comme un \u00ab dialogue \u00bb, une volont\u00e9 de rassembler le destin de ces illustres desterrados dont l&rsquo;auteur fait partie, rappeler aussi le respect et l&rsquo;admiration qu&rsquo;ils avaient l&rsquo;un pour l&rsquo;autre.<br \/>\nArrabal revient \u00e0 la gen\u00e8se de ces figures majeures de l&rsquo;histoire des Arts en empruntant les chemins de traverses, guid\u00e9 par le dieu Pan.<br \/>\nLe dialogue parvient \u00e0 son paroxysme lorsque Dal\u00ed demande, &#8211; j&rsquo;exige que sur le champ, avec ce bistouri, vous extirpiez d&rsquo;un seul coup, mes deux testicules -, \u00e0 Picasso de lui faire une ablation de ses attributs virils, les m\u00eames avec lesquels il rendit le sperme de sa conception \u00e0 son p\u00e8re en lui disant, \u00ab Maintenant nous sommes quittes ! \u00bb<br \/>\nDal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile est un exercice de style panique magistralement men\u00e9, dont le texte est inspir\u00e9 par la folie, la confusion, la transgression, l&rsquo;humour et le grotesque ; c&rsquo;est un r\u00eave \u00e9veill\u00e9, une chim\u00e8re panico-goyesque dont seul Fernando Arrabal en a le secret.\u00a0 Un d\u00e9lire litt\u00e9raire qui tient \u00e0 la fois du surr\u00e9alisme et du panique, un texte dans le plus pur esprit arrabalien qui manie une multitude de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires, historiques et picturales pour en faire une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire. Un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal. Prodigieux et jouissif !\u00a0 &#8230;\u00a0\u00bb :<strong> Fr\u00e9d\u00e9ric Aranzueque-Arrieta<\/strong><\/p>\n<p>http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr<\/p>\n<p>Dal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile de Fernando Arrabal<br \/>\nDal\u00ed vs Picasso&#8230;\u00a0 un dialogue d&rsquo;Arrabal.<\/p>\n<p><strong>Invenit-Collection Ekphrasis\u200b <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; \u00ab\u00a0&#8230;une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire &#8230;un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal &#8230;prodigieux et jouissif !\u00a0\u00bb :\u00a0 http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr *** \u00ab\u00a0La nuit du 29 avril 1937, Salvador Dal\u00ed et Pablo Picasso &#8211; deux artistes desterrados (expatri\u00e9s) fuyant le conflit qui oppose les r\u00e9publicains aux nationaux en Espagne -, se rencontrent dans un grand salon parisien d\u00e9labr\u00e9 dans lequel sont expos\u00e9s, tout au fond, les c\u00e9l\u00e8bres tableaux Construction molle avec haricots bouillis-Pr\u00e9monition de la guerre civile (1936) et Guernica (1937). Le bombardement du village basque par l&rsquo;aviation allemande a eu lieu le 26 avril, mais ce n&rsquo;est que le 29 avril que le journal communiste L&rsquo;Humanit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le le drame. Le 4 mai 1937, l&rsquo;Exposition Universelle de Paris est inaugur\u00e9e par le Pr\u00e9sident Lebrun ; Picasso pr\u00e9sente Guernica dans le Pavillon de la R\u00e9publique espagnole. Le dialogue entre les deux peintres est interrompu \u00e0 de nombreuses reprises par les interventions loufoques des Voix Off de Gala et Dora Maar &#8211; faisant office de ch\u0153ur antique et de sorci\u00e8res shakespeariennes arrabalis\u00e9es -, par les lancers de couteau de la photographe, ainsi que par les mictions inopportunes du bouc Barrabal qui pisse all\u00e8grement sur la toile de Picasso ou danse \u00e0 la fa\u00e7on du Gran Cabr\u00f3n dans le tableau El aquelarre de Goya, inscrivant sans le moindre doute la conversation des deux g\u00e9nies dans le registre panique. Dans ce nouveau texte, Fernando Arrabal surprend le lecteur comme \u00e0 son habitude ; \u00e0 la lecture du dialogue, on a l&rsquo;impression que les r\u00f4les de ces illustres personnages sont invers\u00e9s. Mar\u00e2tre histoire aime bien interpr\u00e9ter le r\u00f4le de l&rsquo;amn\u00e9sique ; on garde en souvenir, m\u00e9moire collective partiale impos\u00e9e, deux \u00e9tiquettes bien distinctes qui collent \u00e0 la peau des peintres : Dal\u00ed, l&rsquo;excentrique avide de dollars &#8211; Avida Dollars, anagramme compos\u00e9 par le pape Breton &#8211; et Picasso, le communiste baiseur. Ici, Arrabal tire la carte de la confusion panique ; il nous rappelle qu&rsquo;en 1937 le peintre catalan est trotskiste tandis que l&rsquo;andalou ne deviendra communiste que huit ans plus tard, en 1944. Sans cette pr\u00e9cision, on aurait volontiers attribu\u00e9 les r\u00e9pliques de Dal\u00ed \u00e0 Picasso et vice-et-versa, &#8211; Picasso : Le jour o\u00f9 je me d\u00e9ciderai \u00e0 r\u00e9aliser une toile \u00e0 sujet politique, je peindrai Louise Michel ; Dal\u00ed : Il faut vous engager comme moi je le fais. [&#8230;] Le front antifranquiste, c&rsquo;est l&rsquo;espoir ! [&#8230;] Ma toile est un manifeste en faveur des offens\u00e9s et des humili\u00e9s. &#8211; Picasso a peint son c\u00e9l\u00e8bre tableau de trente-deux m\u00e8tres carr\u00e9s qu&rsquo;il a fait \u00e0 la gloire de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9 ; il compte l&rsquo;exposer dans le Pavillon \u00c9lectricit\u00e9 de l&rsquo;imminente Exposition Internationale. Il enrage car Dufy en a peint un plus grand, les \u00e9lectriciens parisiens m&rsquo;ont fait travailler au plus grand tableau de ma vie pour qu&rsquo;ensuite je n&rsquo;aie plus qu&rsquo;\u00e0 me le mettre dans le cul. Gala annonce \u00e0 Picasso, en pleine dispute avec Dal\u00ed, une requ\u00eate de l&rsquo;ambassadeur de la R\u00e9publique espagnole : le Gouvernement espagnol veut que vous repr\u00e9sentiez l&rsquo;Espagne d\u00e9mocratique, l&rsquo;Espagne r\u00e9volutionnaire, l&rsquo;Espagne en guerre contre le fascisme. Il semble int\u00e9ress\u00e9 par la compensation financi\u00e8re, un million de pesetas or, \u00e7a fait r\u00e9fl\u00e9chir. C&rsquo;est encore Gala qui permet de d\u00e9nouer l&rsquo;intrigue, ce serait \u00e9patant si vous adaptiez \u00e0 la guerre civile le tableau de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9. En rapportant la nouvelle d\u00e9voil\u00e9e par l&rsquo;article de L&rsquo;Humanit\u00e9 &#8211; journal qui publie des critiques acerbes, des railleries, des jugements d\u00e9favorables sur l&rsquo;\u0153uvre de Picasso -, Dal\u00ed, Dora Maar et Gala pressent Picasso d&rsquo;accepter la proposition de l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine et de donner \u00e0 son tableau le nom du village martyr basque, \u00ab\u00a0Guernica\u00a0\u00bb est le titre id\u00e9al pour ton ex-d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9\u00a0\u00bb ! Ainsi Picasso laisse \u00e0 Dufy le soin d&rsquo;exposer le plus grand tableau du monde, par la taille, pour pr\u00e9senter le plus grand tableau du monde, Guernica, d&rsquo;un point de vue esth\u00e9tique. Dans le personnage Dal\u00ed on retrouve beaucoup de points qui nous rappellent Fernando Arrabal, ce dernier a d&rsquo;ailleurs collabor\u00e9 de nombreuses fois avec le ma\u00eetre catalan, tout comme avec Picasso. Il y a dans ce texte arrabalien, qui ne se d\u00e9finit pas comme une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mais comme un \u00ab dialogue \u00bb, une volont\u00e9 de rassembler le destin de ces illustres desterrados dont l&rsquo;auteur fait partie, rappeler aussi le respect et l&rsquo;admiration qu&rsquo;ils avaient l&rsquo;un pour l&rsquo;autre. Arrabal revient \u00e0 la gen\u00e8se de ces figures majeures de l&rsquo;histoire des Arts en empruntant les chemins de traverses, guid\u00e9 par le dieu Pan. Le dialogue parvient \u00e0 son paroxysme lorsque Dal\u00ed demande, &#8211; j&rsquo;exige que sur le champ, avec ce bistouri, vous extirpiez d&rsquo;un seul coup, mes deux testicules -, \u00e0 Picasso de lui faire une ablation de ses attributs virils, les m\u00eames avec lesquels il rendit le sperme de sa conception \u00e0 son p\u00e8re en lui disant, \u00ab Maintenant nous sommes quittes ! \u00bb Dal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile est un exercice de style panique magistralement men\u00e9, dont le texte est inspir\u00e9 par la folie, la confusion, la transgression, l&rsquo;humour et le grotesque ; c&rsquo;est un r\u00eave \u00e9veill\u00e9, une chim\u00e8re panico-goyesque dont seul Fernando Arrabal en a le secret.\u00a0 Un d\u00e9lire litt\u00e9raire qui tient \u00e0 la fois du surr\u00e9alisme et du panique, un texte dans le plus pur esprit arrabalien qui manie une multitude de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires, historiques et picturales pour en faire une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire. Un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal. Prodigieux et jouissif !\u00a0 &#8230;\u00a0\u00bb : Fr\u00e9d\u00e9ric Aranzueque-Arrieta http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr Dal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile de Fernando Arrabal Dal\u00ed vs Picasso&#8230;\u00a0 un dialogue d&rsquo;Arrabal. Invenit-Collection Ekphrasis\u200b<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":3686,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-3682","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-miscellannees"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v24.5 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso - deux artistes &quot;desterrados&quot; (expatri\u00e9s)... arrabalesque - Ceci n\u2019est pas un blog<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso - deux artistes &quot;desterrados&quot; (expatri\u00e9s)... arrabalesque - Ceci n\u2019est pas un blog\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"&nbsp; \u00ab\u00a0&#8230;une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire &#8230;un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal &#8230;prodigieux et jouissif !\u00a0\u00bb :\u00a0 http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr *** \u00ab\u00a0La nuit du 29 avril 1937, Salvador Dal\u00ed et Pablo Picasso &#8211; deux artistes desterrados (expatri\u00e9s) fuyant le conflit qui oppose les r\u00e9publicains aux nationaux en Espagne -, se rencontrent dans un grand salon parisien d\u00e9labr\u00e9 dans lequel sont expos\u00e9s, tout au fond, les c\u00e9l\u00e8bres tableaux Construction molle avec haricots bouillis-Pr\u00e9monition de la guerre civile (1936) et Guernica (1937). Le bombardement du village basque par l&rsquo;aviation allemande a eu lieu le 26 avril, mais ce n&rsquo;est que le 29 avril que le journal communiste L&rsquo;Humanit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le le drame. Le 4 mai 1937, l&rsquo;Exposition Universelle de Paris est inaugur\u00e9e par le Pr\u00e9sident Lebrun ; Picasso pr\u00e9sente Guernica dans le Pavillon de la R\u00e9publique espagnole. Le dialogue entre les deux peintres est interrompu \u00e0 de nombreuses reprises par les interventions loufoques des Voix Off de Gala et Dora Maar &#8211; faisant office de ch\u0153ur antique et de sorci\u00e8res shakespeariennes arrabalis\u00e9es -, par les lancers de couteau de la photographe, ainsi que par les mictions inopportunes du bouc Barrabal qui pisse all\u00e8grement sur la toile de Picasso ou danse \u00e0 la fa\u00e7on du Gran Cabr\u00f3n dans le tableau El aquelarre de Goya, inscrivant sans le moindre doute la conversation des deux g\u00e9nies dans le registre panique. Dans ce nouveau texte, Fernando Arrabal surprend le lecteur comme \u00e0 son habitude ; \u00e0 la lecture du dialogue, on a l&rsquo;impression que les r\u00f4les de ces illustres personnages sont invers\u00e9s. Mar\u00e2tre histoire aime bien interpr\u00e9ter le r\u00f4le de l&rsquo;amn\u00e9sique ; on garde en souvenir, m\u00e9moire collective partiale impos\u00e9e, deux \u00e9tiquettes bien distinctes qui collent \u00e0 la peau des peintres : Dal\u00ed, l&rsquo;excentrique avide de dollars &#8211; Avida Dollars, anagramme compos\u00e9 par le pape Breton &#8211; et Picasso, le communiste baiseur. Ici, Arrabal tire la carte de la confusion panique ; il nous rappelle qu&rsquo;en 1937 le peintre catalan est trotskiste tandis que l&rsquo;andalou ne deviendra communiste que huit ans plus tard, en 1944. Sans cette pr\u00e9cision, on aurait volontiers attribu\u00e9 les r\u00e9pliques de Dal\u00ed \u00e0 Picasso et vice-et-versa, &#8211; Picasso : Le jour o\u00f9 je me d\u00e9ciderai \u00e0 r\u00e9aliser une toile \u00e0 sujet politique, je peindrai Louise Michel ; Dal\u00ed : Il faut vous engager comme moi je le fais. [&#8230;] Le front antifranquiste, c&rsquo;est l&rsquo;espoir ! [&#8230;] Ma toile est un manifeste en faveur des offens\u00e9s et des humili\u00e9s. &#8211; Picasso a peint son c\u00e9l\u00e8bre tableau de trente-deux m\u00e8tres carr\u00e9s qu&rsquo;il a fait \u00e0 la gloire de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9 ; il compte l&rsquo;exposer dans le Pavillon \u00c9lectricit\u00e9 de l&rsquo;imminente Exposition Internationale. Il enrage car Dufy en a peint un plus grand, les \u00e9lectriciens parisiens m&rsquo;ont fait travailler au plus grand tableau de ma vie pour qu&rsquo;ensuite je n&rsquo;aie plus qu&rsquo;\u00e0 me le mettre dans le cul. Gala annonce \u00e0 Picasso, en pleine dispute avec Dal\u00ed, une requ\u00eate de l&rsquo;ambassadeur de la R\u00e9publique espagnole : le Gouvernement espagnol veut que vous repr\u00e9sentiez l&rsquo;Espagne d\u00e9mocratique, l&rsquo;Espagne r\u00e9volutionnaire, l&rsquo;Espagne en guerre contre le fascisme. Il semble int\u00e9ress\u00e9 par la compensation financi\u00e8re, un million de pesetas or, \u00e7a fait r\u00e9fl\u00e9chir. C&rsquo;est encore Gala qui permet de d\u00e9nouer l&rsquo;intrigue, ce serait \u00e9patant si vous adaptiez \u00e0 la guerre civile le tableau de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9. En rapportant la nouvelle d\u00e9voil\u00e9e par l&rsquo;article de L&rsquo;Humanit\u00e9 &#8211; journal qui publie des critiques acerbes, des railleries, des jugements d\u00e9favorables sur l&rsquo;\u0153uvre de Picasso -, Dal\u00ed, Dora Maar et Gala pressent Picasso d&rsquo;accepter la proposition de l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine et de donner \u00e0 son tableau le nom du village martyr basque, \u00ab\u00a0Guernica\u00a0\u00bb est le titre id\u00e9al pour ton ex-d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9\u00a0\u00bb ! Ainsi Picasso laisse \u00e0 Dufy le soin d&rsquo;exposer le plus grand tableau du monde, par la taille, pour pr\u00e9senter le plus grand tableau du monde, Guernica, d&rsquo;un point de vue esth\u00e9tique. Dans le personnage Dal\u00ed on retrouve beaucoup de points qui nous rappellent Fernando Arrabal, ce dernier a d&rsquo;ailleurs collabor\u00e9 de nombreuses fois avec le ma\u00eetre catalan, tout comme avec Picasso. Il y a dans ce texte arrabalien, qui ne se d\u00e9finit pas comme une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mais comme un \u00ab dialogue \u00bb, une volont\u00e9 de rassembler le destin de ces illustres desterrados dont l&rsquo;auteur fait partie, rappeler aussi le respect et l&rsquo;admiration qu&rsquo;ils avaient l&rsquo;un pour l&rsquo;autre. Arrabal revient \u00e0 la gen\u00e8se de ces figures majeures de l&rsquo;histoire des Arts en empruntant les chemins de traverses, guid\u00e9 par le dieu Pan. Le dialogue parvient \u00e0 son paroxysme lorsque Dal\u00ed demande, &#8211; j&rsquo;exige que sur le champ, avec ce bistouri, vous extirpiez d&rsquo;un seul coup, mes deux testicules -, \u00e0 Picasso de lui faire une ablation de ses attributs virils, les m\u00eames avec lesquels il rendit le sperme de sa conception \u00e0 son p\u00e8re en lui disant, \u00ab Maintenant nous sommes quittes ! \u00bb Dal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile est un exercice de style panique magistralement men\u00e9, dont le texte est inspir\u00e9 par la folie, la confusion, la transgression, l&rsquo;humour et le grotesque ; c&rsquo;est un r\u00eave \u00e9veill\u00e9, une chim\u00e8re panico-goyesque dont seul Fernando Arrabal en a le secret.\u00a0 Un d\u00e9lire litt\u00e9raire qui tient \u00e0 la fois du surr\u00e9alisme et du panique, un texte dans le plus pur esprit arrabalien qui manie une multitude de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires, historiques et picturales pour en faire une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire. Un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal. Prodigieux et jouissif !\u00a0 &#8230;\u00a0\u00bb : Fr\u00e9d\u00e9ric Aranzueque-Arrieta http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr Dal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile de Fernando Arrabal Dal\u00ed vs Picasso&#8230;\u00a0 un dialogue d&rsquo;Arrabal. Invenit-Collection Ekphrasis\u200b\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Ceci n\u2019est pas un blog\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2013-02-07T15:59:19+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2015-08-19T12:37:19+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"504\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"474\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"fernandoarrabal\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"fernandoarrabal\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture est.\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"5 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/\",\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/\",\"name\":\"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso - deux artistes \\\"desterrados\\\" (expatri\u00e9s)... arrabalesque - Ceci n\u2019est pas un blog\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg\",\"datePublished\":\"2013-02-07T15:59:19+00:00\",\"dateModified\":\"2015-08-19T12:37:19+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg\",\"width\":\"504\",\"height\":\"474\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso &#8211; deux artistes \u00ab\u00a0desterrados\u00a0\u00bb (expatri\u00e9s)&#8230; arrabalesque\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website\",\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/\",\"name\":\"Ceci n\u2019est pas un blog\",\"description\":\"Fernando Arrabal\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e\",\"name\":\"fernandoarrabal\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"fernandoarrabal\"},\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/author\/fernandoarrabal\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso - deux artistes \"desterrados\" (expatri\u00e9s)... arrabalesque - Ceci n\u2019est pas un blog","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso - deux artistes \"desterrados\" (expatri\u00e9s)... arrabalesque - Ceci n\u2019est pas un blog","og_description":"&nbsp; \u00ab\u00a0&#8230;une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire &#8230;un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal &#8230;prodigieux et jouissif !\u00a0\u00bb :\u00a0 http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr *** \u00ab\u00a0La nuit du 29 avril 1937, Salvador Dal\u00ed et Pablo Picasso &#8211; deux artistes desterrados (expatri\u00e9s) fuyant le conflit qui oppose les r\u00e9publicains aux nationaux en Espagne -, se rencontrent dans un grand salon parisien d\u00e9labr\u00e9 dans lequel sont expos\u00e9s, tout au fond, les c\u00e9l\u00e8bres tableaux Construction molle avec haricots bouillis-Pr\u00e9monition de la guerre civile (1936) et Guernica (1937). Le bombardement du village basque par l&rsquo;aviation allemande a eu lieu le 26 avril, mais ce n&rsquo;est que le 29 avril que le journal communiste L&rsquo;Humanit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le le drame. Le 4 mai 1937, l&rsquo;Exposition Universelle de Paris est inaugur\u00e9e par le Pr\u00e9sident Lebrun ; Picasso pr\u00e9sente Guernica dans le Pavillon de la R\u00e9publique espagnole. Le dialogue entre les deux peintres est interrompu \u00e0 de nombreuses reprises par les interventions loufoques des Voix Off de Gala et Dora Maar &#8211; faisant office de ch\u0153ur antique et de sorci\u00e8res shakespeariennes arrabalis\u00e9es -, par les lancers de couteau de la photographe, ainsi que par les mictions inopportunes du bouc Barrabal qui pisse all\u00e8grement sur la toile de Picasso ou danse \u00e0 la fa\u00e7on du Gran Cabr\u00f3n dans le tableau El aquelarre de Goya, inscrivant sans le moindre doute la conversation des deux g\u00e9nies dans le registre panique. Dans ce nouveau texte, Fernando Arrabal surprend le lecteur comme \u00e0 son habitude ; \u00e0 la lecture du dialogue, on a l&rsquo;impression que les r\u00f4les de ces illustres personnages sont invers\u00e9s. Mar\u00e2tre histoire aime bien interpr\u00e9ter le r\u00f4le de l&rsquo;amn\u00e9sique ; on garde en souvenir, m\u00e9moire collective partiale impos\u00e9e, deux \u00e9tiquettes bien distinctes qui collent \u00e0 la peau des peintres : Dal\u00ed, l&rsquo;excentrique avide de dollars &#8211; Avida Dollars, anagramme compos\u00e9 par le pape Breton &#8211; et Picasso, le communiste baiseur. Ici, Arrabal tire la carte de la confusion panique ; il nous rappelle qu&rsquo;en 1937 le peintre catalan est trotskiste tandis que l&rsquo;andalou ne deviendra communiste que huit ans plus tard, en 1944. Sans cette pr\u00e9cision, on aurait volontiers attribu\u00e9 les r\u00e9pliques de Dal\u00ed \u00e0 Picasso et vice-et-versa, &#8211; Picasso : Le jour o\u00f9 je me d\u00e9ciderai \u00e0 r\u00e9aliser une toile \u00e0 sujet politique, je peindrai Louise Michel ; Dal\u00ed : Il faut vous engager comme moi je le fais. [&#8230;] Le front antifranquiste, c&rsquo;est l&rsquo;espoir ! [&#8230;] Ma toile est un manifeste en faveur des offens\u00e9s et des humili\u00e9s. &#8211; Picasso a peint son c\u00e9l\u00e8bre tableau de trente-deux m\u00e8tres carr\u00e9s qu&rsquo;il a fait \u00e0 la gloire de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9 ; il compte l&rsquo;exposer dans le Pavillon \u00c9lectricit\u00e9 de l&rsquo;imminente Exposition Internationale. Il enrage car Dufy en a peint un plus grand, les \u00e9lectriciens parisiens m&rsquo;ont fait travailler au plus grand tableau de ma vie pour qu&rsquo;ensuite je n&rsquo;aie plus qu&rsquo;\u00e0 me le mettre dans le cul. Gala annonce \u00e0 Picasso, en pleine dispute avec Dal\u00ed, une requ\u00eate de l&rsquo;ambassadeur de la R\u00e9publique espagnole : le Gouvernement espagnol veut que vous repr\u00e9sentiez l&rsquo;Espagne d\u00e9mocratique, l&rsquo;Espagne r\u00e9volutionnaire, l&rsquo;Espagne en guerre contre le fascisme. Il semble int\u00e9ress\u00e9 par la compensation financi\u00e8re, un million de pesetas or, \u00e7a fait r\u00e9fl\u00e9chir. C&rsquo;est encore Gala qui permet de d\u00e9nouer l&rsquo;intrigue, ce serait \u00e9patant si vous adaptiez \u00e0 la guerre civile le tableau de la F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9. En rapportant la nouvelle d\u00e9voil\u00e9e par l&rsquo;article de L&rsquo;Humanit\u00e9 &#8211; journal qui publie des critiques acerbes, des railleries, des jugements d\u00e9favorables sur l&rsquo;\u0153uvre de Picasso -, Dal\u00ed, Dora Maar et Gala pressent Picasso d&rsquo;accepter la proposition de l&rsquo;Espagne r\u00e9publicaine et de donner \u00e0 son tableau le nom du village martyr basque, \u00ab\u00a0Guernica\u00a0\u00bb est le titre id\u00e9al pour ton ex-d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0F\u00e9e \u00c9lectricit\u00e9\u00a0\u00bb ! Ainsi Picasso laisse \u00e0 Dufy le soin d&rsquo;exposer le plus grand tableau du monde, par la taille, pour pr\u00e9senter le plus grand tableau du monde, Guernica, d&rsquo;un point de vue esth\u00e9tique. Dans le personnage Dal\u00ed on retrouve beaucoup de points qui nous rappellent Fernando Arrabal, ce dernier a d&rsquo;ailleurs collabor\u00e9 de nombreuses fois avec le ma\u00eetre catalan, tout comme avec Picasso. Il y a dans ce texte arrabalien, qui ne se d\u00e9finit pas comme une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mais comme un \u00ab dialogue \u00bb, une volont\u00e9 de rassembler le destin de ces illustres desterrados dont l&rsquo;auteur fait partie, rappeler aussi le respect et l&rsquo;admiration qu&rsquo;ils avaient l&rsquo;un pour l&rsquo;autre. Arrabal revient \u00e0 la gen\u00e8se de ces figures majeures de l&rsquo;histoire des Arts en empruntant les chemins de traverses, guid\u00e9 par le dieu Pan. Le dialogue parvient \u00e0 son paroxysme lorsque Dal\u00ed demande, &#8211; j&rsquo;exige que sur le champ, avec ce bistouri, vous extirpiez d&rsquo;un seul coup, mes deux testicules -, \u00e0 Picasso de lui faire une ablation de ses attributs virils, les m\u00eames avec lesquels il rendit le sperme de sa conception \u00e0 son p\u00e8re en lui disant, \u00ab Maintenant nous sommes quittes ! \u00bb Dal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile est un exercice de style panique magistralement men\u00e9, dont le texte est inspir\u00e9 par la folie, la confusion, la transgression, l&rsquo;humour et le grotesque ; c&rsquo;est un r\u00eave \u00e9veill\u00e9, une chim\u00e8re panico-goyesque dont seul Fernando Arrabal en a le secret.\u00a0 Un d\u00e9lire litt\u00e9raire qui tient \u00e0 la fois du surr\u00e9alisme et du panique, un texte dans le plus pur esprit arrabalien qui manie une multitude de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires, historiques et picturales pour en faire une \u0153uvre d&rsquo;une richesse extraordinaire. Un\u00a0 Capricho excentrique made in Arrabal. Prodigieux et jouissif !\u00a0 &#8230;\u00a0\u00bb : Fr\u00e9d\u00e9ric Aranzueque-Arrieta http:\/\/faranzuequearrieta.free.fr Dal\u00ed, Pr\u00e9monition de la guerre civile de Fernando Arrabal Dal\u00ed vs Picasso&#8230;\u00a0 un dialogue d&rsquo;Arrabal. Invenit-Collection Ekphrasis\u200b","og_url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/","og_site_name":"Ceci n\u2019est pas un blog","article_published_time":"2013-02-07T15:59:19+00:00","article_modified_time":"2015-08-19T12:37:19+00:00","og_image":[{"width":504,"height":474,"url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"fernandoarrabal","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"fernandoarrabal","Dur\u00e9e de lecture est.":"5 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/","name":"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso - deux artistes \"desterrados\" (expatri\u00e9s)... arrabalesque - Ceci n\u2019est pas un blog","isPartOf":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg","datePublished":"2013-02-07T15:59:19+00:00","dateModified":"2015-08-19T12:37:19+00:00","author":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#primaryimage","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg","contentUrl":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/02\/Sans-titre.jpg","width":"504","height":"474"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/02\/07\/3682\/la-nuit-du-29-avril-1937-dali-et-picasso-deux-artistes-desterrados-expatries-arrabalesque\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"La nuit du 29 avril 1937, Dal\u00ed et Picasso &#8211; deux artistes \u00ab\u00a0desterrados\u00a0\u00bb (expatri\u00e9s)&#8230; arrabalesque"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/","name":"Ceci n\u2019est pas un blog","description":"Fernando Arrabal","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e","name":"fernandoarrabal","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g","caption":"fernandoarrabal"},"url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/author\/fernandoarrabal\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3682"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3682"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3682\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3686"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3682"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3682"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3682"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}