﻿{"id":3518,"date":"2013-01-10T10:48:18","date_gmt":"2013-01-10T08:48:18","guid":{"rendered":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?p=3518"},"modified":"2015-08-19T14:58:21","modified_gmt":"2015-08-19T12:58:21","slug":"arrabal-a-aix-follement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/","title":{"rendered":"Arrabal \u00e0 Aix&#8230; follement!"},"content":{"rendered":"<p>13 JANVIER (et 14 )\u00a0\u00a0 INOUBLIAAAAAAAAAAAABLE<\/p>\n<p>Th\u00e9\u00e2tre Antoine Vitez (AIX)<\/p>\n<p>19 h<\/p>\n<p>LA PIERRE DE LA FOLIE<\/p>\n<p>de\u00a0 Fernando <strong>Arrabal<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p>mise en sc\u00e8ne de<strong> Jacqueline Gudin<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<p><strong> Annie Savignat <\/strong><\/p>\n<p><strong>Nicole Saigne<\/strong>s<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">http:\/\/www.arrabal.org\/fpier.html<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8230;arrabalesques:\u00a0<span style=\"color: #888888;\"> <span style=\"text-decoration: underline;\">http:\/\/www.arrabal.org\/fpier.html<\/span><\/span><\/p>\n<table border=\"0\" width=\"442\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"100%\"><a name=\"pierre\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.arrabal.org\/farra.html\"><strong><span style=\"font-size: xx-small;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.arrabal.org\/images\/back.gif\" alt=\"\" width=\"14\" height=\"14\" align=\"BOTTOM\" border=\"0\" \/><\/span><\/strong><\/a><br \/>\nLA PIERRE DE LA FOLIE DEF. ARRABAL<\/p>\n<table border=\"0\" width=\"285\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"100%\"><span style=\"font-size: xx-small;\">J&rsquo;ai une bulle d&rsquo;air\u00a0. Je la sens tr\u00e8s bien. Quand je suis triste, elle se fait plus lourde et parfois, quand je pleure, on dirait une goutte de mercure.<br \/>\nLa bulle d&rsquo;air se prom\u00e8ne de mon cerveau \u00e0 mon c\u00faur et de mon c\u00faur \u00e0 mon cerveau.<\/span><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><span style=\"font-size: xx-small;\">\u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nEnfin, elle alluma une lampe minuscule et je pus voir son visage mais non son corps plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9.<br \/>\nJe lui dis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Maman.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nElle me demanda de la prendre dans mes bras. Je la pris dans mes bras et je sentis ses ongles s&rsquo;enfoncer dans mes \u00e9paules\u00a0: bient\u00f4t le sang jaillit, humide.<br \/>\nElle me dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant, embrasse-moi.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJe m&rsquo;approchai et l&#8217;embrassai et je sentis ses dents s&rsquo;enfoncer dans mon cou et le sang couler.<br \/>\nJe m&rsquo;aper\u00e7us qu&rsquo;elle portait, pendue \u00e0 sa ceinture, une petite cage avec un moineau \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il \u00e9tait bless\u00e9 mais il chantait\u00a0: son sang \u00e9tait mon sang.<br \/>\n***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Nous nous sommes enlac\u00e9s nus dans la campagne, et bient\u00f4t nous nous sommes \u00e9cart\u00e9s de la terre, et nous avons vol\u00e9 doucement. Sur la t\u00eate, nous portions des couronnes de fer.<br \/>\nLa brise nous a emport\u00e9s de-ci de-l\u00e0, et parfois nous tournions sur nous-m\u00eames, toujours unis, vertigineusement. Mais nos couronnes ne tombaient pas.<br \/>\nAinsi nous avons parcouru en quelques instants toutes sortes de r\u00e9gions, mes cuisses entre les siennes, ma joue contre la sienne et nos deux couronnes des touchant.<br \/>\nApr\u00e8s les ultimes convulsions, nous sommes revenus sur terre. Nous avons remarqu\u00e9 que nos couronnes nous avaient bless\u00e9s au front et que notre sang glissait.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Elle me disait que je suis le soleil et elle la lune, que je suis le cube et elle la sph\u00e8re, que je suis l&rsquo;or et elle l&rsquo;argent. Alors de tout mon corps sortaient des flammes et de tous les pores de son corps, de la pluie.<br \/>\nNous nous \u00e9treignions et mes flammes se m\u00ealaient \u00e0 sa pluie et d&rsquo;infinis arcs-en-ciel se formaient autour de nous. Ce fut alors qu&rsquo;elle m&rsquo;apprit que je suis le feu, et elle, l&rsquo;eau.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Le cur\u00e9 est venu voir ma m\u00e8re et il lui a dit que j&rsquo;\u00e9tais fou.<br \/>\nAlors ma m\u00e8re m&rsquo;a attach\u00e9 \u00e0 ma chaise. Le cur\u00e9 m&rsquo;a fait un trou dans la nuque avec un bistouri et il m&rsquo;a extrait la pierre de la folie.<br \/>\nPuis ils m&rsquo;ont port\u00e9, pieds et poings li\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 la nef des fous.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Un jour en me regardant la glace, je remarquai que trois morceaux de ma t\u00eate tombaient comme si c&rsquo;\u00e9taient trois petits pav\u00e9s. Je parvins \u00e0 les replacer avec soin.<br \/>\nLe lendemain sept morceaux sont tomb\u00e9s. En effet, on aurait dit des petits pav\u00e9s. Je les remis en prenant bien soin de ne pas les changer de place.<br \/>\nDepuis lors tous les matins des morceaux de ma t\u00eate tombent et m\u00eame des morceaux de visage. Quelquefois la moiti\u00e9 de ma t\u00eate s&rsquo;\u00e9boule. Je dois passer des heures enti\u00e8res dans la salle de bain \u00e0 remettre les morceaux.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai surpris la famille qui disait derri\u00e8re mon dos\u00a0:<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Il devient de plu sen plus bizarre\u00a0; maintenant il lui a pris la manie de ne plus remuer du tout la t\u00eate et de s&rsquo;enfermer des heures et des heures dans la salle de bains.\u00a0\u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Quand je pense \u00e0 ma m\u00e9moire la dame appara\u00eet ainsi que le fou noir dans le coin de ma chambre.<br \/>\nQuand je pense \u00e0 mon imagination je vos passer devant moi le lion de Copenhague.<br \/>\nQuand je pense \u00e0 mes r\u00eaves le sol se couvre de chapeaux melons.<br \/>\nEt quand dans la p\u00e9nombre de ma table de travail j&rsquo;\u00e9cris R I E N, sur mon pouce je peux lire en lettres phosphorescentes le mot T O U T.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 je ne vois que les yeux du Sphinx de Tanis. Ils sont fixes et ils me regardent. Je les regarde aussi sans bouger.<br \/>\nTout \u00e0 coup, dans l&rsquo;un de ses yeux, j&rsquo;ai vu \u00e9crit P E U R, et dans l&rsquo;autre E S P O I R.<br \/>\nMais bien vite le Sphinx ferme les yeux et je ne vois plus que l&rsquo;obscurit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Derri\u00e8re il y a une nonne et une grande po\u00eale sur le feu. Je crois qu&rsquo;elle fait une omelette car je vois pr\u00e8s d&rsquo;elle deux gigantesques \u00faufs. Je m&rsquo;approche, elle me regarde fixement et j&rsquo;aper\u00e7ois sous sa robe deux cuisses de grenouille \u00e0 la place des jambes.<br \/>\nDans la po\u00eale il y un homme qui a l&rsquo;air indiff\u00e9rent. De temps en temps il sort un pied &#8211; peut-\u00eatre a-t-il chaud &#8211; mais la nonne l&rsquo;en emp\u00eache. Maintenant l&rsquo;homme ne bouge plus et une sorte de bouillon qui sent le consomm\u00e9 le recouvre compl\u00e8tement. La soupe devient tr\u00e8s \u00e9paisse, je ne le vois plus.<br \/>\nLa nonne me dit de venir dans un coin. Je l&rsquo;accompagne. Elle se met \u00e0 me parler et \u00e0 me d\u00e9biter des obsc\u00e9nit\u00e9s. Pour mieux la comprendre je m&rsquo;approche d&rsquo;elle. Quelqu&rsquo;un rit derri\u00e8re nous. Je regarde les mains de la nonne et je d\u00e9couvre deux pattes de grenouille.<br \/>\nJe suis nu\u00a0: j&rsquo;ai peur qu&rsquo;on me voie dans cet \u00e9tat. Elle me dit de prendre place dans la grande po\u00eale pour que personne ne me surprenne. Je m&rsquo;y place. Le bouillon devient de plus en plus br\u00fblant\u00a0: j&rsquo;essaie de sortir un pied de la po\u00eale mais la nonne m&rsquo;en emp\u00eache. Soudain le consomm\u00e9 me recouvre compl\u00e8tement et je sens que la chaleur augmente sans cesse.<br \/>\nMaintenant je br\u00fble.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Lorsque je me mets \u00e0 \u00e9crire l&rsquo;encrier s&#8217;emplit de<br \/>\nvers, ma plume de r\u00eaves et le papier blanc d&rsquo;id\u00e9es.<br \/>\nAlors je ferme les yeux, et tandis que j&rsquo;entends le ronron du po\u00eale, je vois tourner autour de mon cerveau, minuscules, la-belle-Lis poursuivie par la m\u00e8re-abusive.<br \/>\nQuand j&rsquo;ouvre les yeux, les vers, les r\u00eaves et les id\u00e9es ont disparu, et sur la feuille blanche je peux commencer \u00e0 \u00e9crire\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<br \/>\nElle s&rsquo;avance dans la rue devant moi.<br \/>\nTout \u00e0 coup je me rends compte que, malgr\u00e9 la circulation tr\u00e8s dense, elle est debout sur un taureau qui la porte doucement.<br \/>\nAussit\u00f4t, un oiseau plus grand qu&rsquo;une colombe et dont j&rsquo;ignore le nom se juche sur sa t\u00eate. Elle tient \u00e0 la main l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 d&rsquo;une cha\u00eene qui tra\u00eene \u00e0 terre.<br \/>\nJe la regarde et j&rsquo;observe que ses pieds nus touchent l&rsquo;\u00e9chine du taureau. Et je les suis tous deux dans les rues.<br \/>\nJe m&rsquo;arr\u00eate un moment et je remarque alors que la cha\u00eene est attach\u00e9e \u00e0 mon pied droit par un anneau sur lequel je lis\u00a0: P A N.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">A mon r\u00e9veil je vis que le chat, sur la commode, me regardait fixement, immobile. Il avait peut-\u00eatre pass\u00e9 la nuit dans cette attitude.<br \/>\n(Alors je me souvins de mon r\u00eave\u00a0: tandis que je dormais un chat m&rsquo;observait, immobile, sur la commode, et en m&rsquo;\u00e9veillant je le voyais se jeter sur moi et me griffer le visage.)<br \/>\nJe n&rsquo;eus pas le temps de me prot\u00e9ger, le chat sauta sur moi et me balafra la joue droite. Je me regardai dans la glace et je vis que mon sang avait trac\u00e9 sur mon visage le mot \u00a0\u00bb\u00a0Science\u00a0\u00ab\u00a0.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Les deux poissons avaient le corps constell\u00e9 d&rsquo;\u00e9toiles et une corde pass\u00e9e autour de leur queue leur servait de lien. Ils volaient dans les airs, voil\u00e0 pourquoi P i s c i s symbolise, me dit-elle, la fortune.<br \/>\nLe b\u00e9lier, une \u00e9toile sur chaque sabot, faisait des bonds et passait toujours \u00e0 travers un cerceau m\u00e9tallique. Voil\u00e0 pourquoi, A r i e s, symbolise, me dit-elle, la volont\u00e9.<br \/>\nLe taureau, une \u00e9toile sur chacune de ses cornes, s&rsquo;immobilise assis sur une colonne. Voil\u00e0 pourquoi T a u r u s symbolise, me dit-elle, la m\u00e9moire.<br \/>\nLe verseau, un chapelet d&rsquo;\u00e9toiles sur sa jarre, r\u00e9pandait un liquide blanc sur la pierre philosophale. Voil\u00e0 pourquoi, A q u a r i u s symbolise, me dit-elle, la connaissance.<br \/>\nAlors je m&rsquo;aper\u00e7us que, tandis qu&rsquo;elle me parlait, elle avait incrust\u00e9 dans ma chair une \u00e9toile de fer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Elle m&rsquo;a donn\u00e9 un bouquet de fleurs, m&rsquo;a mis une veste rouge et m&rsquo;a fait grimper sur ses \u00e9paules. Elle disait\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Comme c&rsquo;est un nain il a un complexe d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 fou\u00a0\u00a0\u00bb et les gens riaient.<br \/>\nElle marchait tr\u00e8s vite et je me tenais avec force \u00e0 son front pour ne pas tomber. Autour de nous, il y avait beaucoup d&rsquo;enfants et j&rsquo;avais beau \u00eatre grimp\u00e9 sur elle, j&rsquo;arrivais \u00e0 peine \u00e0 la hauteur de leurs genoux.<br \/>\nQuand je me sentis fatigu\u00e9 elle me donne \u00e0 boire une coupe remplie d&rsquo;un liquide rouge qui avait un go\u00fbt de coca-cola. D\u00e8s que j&rsquo;eus fini elle se remit \u00e0 courir. Et les gens riaient, on aurait dit qu&rsquo;ils caquetaient. Elle leur demanda de ne plus rire parce que j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s susceptible et les gens rirent aux \u00e9clats.<br \/>\nElle courait de plus en plus vite et je voyais ses seins d\u00e9nud\u00e9s et sa chemise qui flottait au vent. Les gens riaient de plus belle.<br \/>\nEnfin elle me d\u00e9posa \u00e0 terre et disparut. Un groupe d&rsquo;\u00e9normes poules rouges s&rsquo;approcha de moi en caquetant. Je n&rsquo;\u00e9tais pas plus grand que les becs qui s&rsquo;avan\u00e7aient vers moi pour me picoter.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Parfois lorsque je regarde l&rsquo;arbre je vois un cou et un n\u00faud papillon autour du tronc.<br \/>\nSi je m&rsquo;approche je peux ouvrir l&rsquo;\u00e9corce comme une porte et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur je d\u00e9couvre un t\u00e9tra\u00e8dre r\u00e9gulier vide, et dans le t\u00e9tra\u00e8dre une sph\u00e8re, et dans la sph\u00e8re le mot \u00a0\u00bb\u00a0savoir\u00a0\u00ab\u00a0.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">MESSIEURS,<br \/>\nJ&rsquo;ai bien re\u00e7u votre honor\u00e9e du 27 novembre dernier (r\u00e9f\u00e9rence 8763 BM\/LE PRINCE EL\u00c9ZAR). Je vous prie d&rsquo;excuser mon retard, mais de violentes douleurs \u00e0 la nuque me font beaucoup souffrir en ce moment, et me laissent prostr\u00e9 des journ\u00e9es enti\u00e8res.<br \/>\nEn effet, j&rsquo;ai mis sur la fa\u00e7ade de ma maison deux grandes tentures violettes. Je vous prie de me croire lorsque je vous assure qu&rsquo;elles sont absolument n\u00e9cessaires \u00e0 ma tranquillit\u00e9. J&rsquo;ai re\u00e7u r\u00e9cemment certaines visites susceptibles de troubler grandement ma s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, et je me vois dans l&rsquo;obligation de recourir \u00e0 cette m\u00e9thode pour les d\u00e9courager. Vous comprendrez ais\u00e9ment que je ne eux veiller jour et nuit sur mon balcon. Quant aux diff\u00e9rents signes sur le mur, ils ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s l\u00e0 dans le m\u00eame but, ainsi que l&rsquo;\u00e9criteau\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Ecartez-vous de moi, sales individus.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nLa solution que vous me proposez (placer ces tentures et les signes dans le vestibule de mon appartement) ne peut m&rsquo;\u00eatre d&rsquo;aucun secours. Les visiteurs entrent toujours par la fen\u00eatre (en traversant souvent le mur) et tout me laisse penser qu&rsquo;ils viennent \u00e0 moi en volant dans les airs.<br \/>\nRassurez donc mes concitoyens et dites-leur qu&rsquo;ils ne doivent voir dans mes modestes moyens de protection rien qui puisse les offenser.<br \/>\nJe vous remercie de vous pencher avec sollicitude sur mes probl\u00e8mes les plus intimes et vous prie d&rsquo;agr\u00e9er, Messieurs, mes respectueuses salutations.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Tous sont assis autour de quelques tables, et parlent. Moi, dans un coin, je les regarde.<br \/>\nElle, au milieu, face \u00e0 lui, \u00e9coute en fumant un cigare. De temps en temps je vois des mots \u00e9crits dans ses yeux, mais de l&rsquo;endroit o\u00f9 je me trouve je ne parviens pas \u00e0 les d\u00e9chiffrer. En regardant dans la glace il me semble comprendre que lui peut les lire sans difficult\u00e9.<br \/>\nPuis avec un pinceau elle se met \u00e0 peindre le contour de ses yeux. Je me rends compte qu&rsquo;elle trace quelques signes que je n&rsquo;arrive pas davantage \u00e0 d\u00e9chiffrer et que lui semble interpr\u00e9ter correctement.<br \/>\nEnfin elle sort de son sac un mouchoir blanc qui, au contact de ses l\u00e8vres, devient rouge. Alors de sa pipe \u00e0 lui s&rsquo;\u00e9chappent des volutes de fum\u00e9e rouge aussi.<br \/>\nTous continuent \u00e0 parler, et je crois \u00eatre le seul \u00e0 avoir tout vu.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">J&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que, lorsque je peins le tableau vert dans les bois, tout le monde voudrait me demander\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi peignez-vous A s&rsquo;y d\u00e9rober\u00a0?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que, lorsque je peins le tableau noir, tout le monde voudrait me demander\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi peignez-vous Ainsi caract\u00e9ris\u00e9\u00a0?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nComme les douleurs que je ressens \u00e0 la nuque ne me laissent pas m&rsquo;expliquer ais\u00e9ment, je crains qu&rsquo;un jour on ose me poser ces questions, car je ne saurais pas y r\u00e9pondre avec la pr\u00e9cision voulue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">La fillette nue \u00e0 cheval me dit d&rsquo;aller sur la place.<br \/>\nJe m&rsquo;y rendis. Je vis les gens jouer avec des boules qu&rsquo;ils lan\u00e7aient et rattrapaient avec un gros \u00e9lastique. Lorsque je traversai la place tous cess\u00e8rent de jouer et ils me montr\u00e8rent du doigt en riant. Alors je me mis \u00e0 courir et ils me jet\u00e8rent des boules qui roulaient \u00e0 terre pr\u00e8s de moi sans m&rsquo;atteindre\u00a0: elles \u00e9taient en fer.<br \/>\nJe me pr\u00e9cipitai aveugl\u00e9ment dans la premi\u00e8re rue que je rencontrai. Je compris, apr\u00e8s que je m&rsquo;\u00e9tais engag\u00e9 dans une impasse. Je revins vers la place.<br \/>\nUn cheval se lan\u00e7a \u00e0 ma poursuite\u00a0; je me cachai derri\u00e8re un arbre \u00e0 plusieurs troncs pour lui \u00e9chapper. Le cheval se jeta sur moi mais il resta prisonnier de l&rsquo;arbre dont les branches se resserr\u00e8rent sur lui. Je levai les yeux et je vis la fillette nue.<br \/>\nJ&rsquo;essayai de d\u00e9livrer le cheval\u00a0; il me mordit la main, m&rsquo;arrachant une partie du poignet. Il hennit et semble rire. Les gens se mirent \u00e0 me jeter des boules de fer et la fillette nue sur le cheval cachait son visage pour ne pas laisser voir qu&rsquo;elle s&rsquo;esclaffait.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Il est venu vers moi et il m&rsquo;a dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Je suis le g\u00e9nie de la cinqui\u00e8me heure.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nEt je lui ai dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Alors tu es Zeirna, g\u00e9nie des infirmit\u00e9s.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nIl m&rsquo;a r\u00e9pondu\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Non, je suis Tablibik, g\u00e9nie de la satisfaction.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nPuis il m&rsquo;a dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0L&rsquo;homme se tient sur ses pieds, il se d\u00e9tache de la terre, il marche, il va o\u00f9 il veut.\u00a0\u00ab\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Lundi\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">J&rsquo;ai tr\u00e8s mal \u00e0 la t\u00eate\u00a0: \u00e0 la nuque. Dans la rue je me suis aper\u00e7u que les gens parlent une langue que je ne comprends pas. Toutes les \u00e9missions de radio que j&rsquo;ai pu capter parlent cette langue inconnue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Mardi\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Un enfant d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es qui tenait \u00e0 la main un moulinet en papier m&rsquo;a parl\u00e9 dans cette langue inconnue et je lui ai r\u00e9pondu de m\u00eame. Je ne comprends ni ses questions ni mes \u00a0\u00bb\u00a0r\u00e9ponses\u00a0\u00a0\u00bb et pourtant nous avons bavard\u00e9 quelques minutes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Mercredi\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">D\u00e8s que j&rsquo;ai mis les pieds dans la rue j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 parler cette langue incompr\u00e9hensible.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Jeudi\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">J&rsquo;ai plus mal que jamais \u00e0 la t\u00eate &#8211; \u00e0 la nuque &#8211; et je me suis aper\u00e7u que j&rsquo;ai prononc\u00e9 des \u00a0\u00bb\u00a0phrases\u00a0\u00a0\u00bb dans cette langue toute la journ\u00e9e, m\u00eame \u00e0 la maison.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Molkerte\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Vadonserve ent llica mossoreglas teiner milu artem lo tersijilomen gualen saipe sy oy on prencomder\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Les g\u00e9meaux, une \u00e9toile au front, s&rsquo;observaient,<br \/>\nl&rsquo;un tenant une cage \u00e0 la main et l&rsquo;autre une lance. Voil\u00e0 pourquoi G e m i n i symbolise, me dit-elle, l&rsquo;intelligence.<br \/>\nLe scorpion, une rang\u00e9e d&rsquo;\u00e9toiles sur sa queue gisait, gigantesque, sous les pieds de l&rsquo;homme nu qui avait un serpent \u00e0 la main. Voil\u00e0 pourquoi S c o r p i u s symbolisait, me dit-elle, l&rsquo;amiti\u00e9.<br \/>\nLe sagittaire, une \u00e9toile sur la poitrine, lan\u00e7ait des fl\u00e8ches dans le dos de l&rsquo;autre sagittaire. Voil\u00e0 pourquoi S a g i t t a r i u s symbolise, me dit-elle, le temps.<br \/>\nLe cancer, une \u00e9toile au milieu de sa carapace, avan\u00e7ait avec ses huit pattes vers le labyrinthe. Voil\u00e0 pourquoi C a n c e r symbolise, me dit-elle, le r\u00eave.<br \/>\nAlors je m&rsquo;aper\u00e7us que, tandis qu&rsquo;elle me parlait, elle avait incrust\u00e9 dans ma chair une \u00e9toile de fer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">***<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Un jour, comme je sentais mauvais, elle m&rsquo;a ch\u00e2tr\u00e9, et depuis lors, m\u00eame si elle me met dans son lit et me caresse, je ne peux plus ronronner.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Au th\u00e9\u00e2tre Panique l&rsquo; \u00a0\u00bb\u00a0homme solitaire\u00a0\u00a0\u00bb \u00e9tait toujours accompagn\u00e9.<br \/>\nLe metteur en sc\u00e8ne lui demanda de jouer \u00a0\u00bb\u00a0les co\u00efncidences\u00a0\u00ab\u00a0, et l&rsquo; \u00a0\u00bb\u00a0homme solitaire\u00a0\u00ab\u00a0, d\u00e9daignant le monde \u00a0\u00bb\u00a0surnaturel\u00a0\u00ab\u00a0, joua dans un d\u00e9cor \u00a0\u00bb\u00a0normal\u00a0\u00ab\u00a0.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">En la voyant assise avec l&rsquo;homme aux cheveux blancs je me suis mis \u00e0 quatre pattes et je suis all\u00e9 vers elle.<br \/>\nMais au lieu de me passer une laisse autour du cou et de se promener avec moi tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi, elle a essay\u00e9 de s&rsquo;\u00e9chapper.<br \/>\nC&rsquo;est alors que je me suis lev\u00e9, que je lui ai attach\u00e9 les mains et que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 la fouetter.<br \/>\nRarement il m&rsquo;est arriv\u00e9, en allant \u00e0 la plage, de voir sur l&rsquo;eau, peint en noir, le mot \u00a0\u00bb\u00a0mer\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nRarement aussi, il m&rsquo;est arriv\u00e9 en m&rsquo;approchant de la montagne de voir, peint sur ses flancs, le mot \u00a0\u00bb\u00a0mont\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nMais chaque fois que je m&rsquo;assois pour \u00e9crire, je vois sur la feuille de papier blanc trois grandes lettres\u00a0: M O I.<br \/>\nParfois, la nuit, ma chambre s&#8217;emplit de lumi\u00e8re, et seule l&rsquo;ampoule allum\u00e9e reste tout \u00e0 fait noire, et ce qui l&rsquo;entoure plong\u00e9 dans la p\u00e9nombre.<br \/>\nJe dois donc m&rsquo;\u00e9carter de l&rsquo;ampoule pour pouvoir \u00e9crire. Et quand je veux \u00e9crire \u00a0\u00bb\u00a0je sais pourquoi\u00a0\u00a0\u00bb ma main trace \u00a0\u00bb\u00a0j&rsquo;ignore si\u00a0\u00ab\u00a0.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">A travers sa peau de panth\u00e8re je voyais ses genoux blancs, ses ongles laqu\u00e9s et sa chevelure blonde. Sous ses crocs de fauve je voyais aussi ses l\u00e8vres jointes et maquill\u00e9es.<br \/>\nElle r\u00f4dait autour de moi, elle apparaissait et disparaissait et parfois semblait danser. Je crus l&rsquo;entendre dire\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nPuis d&rsquo;autres panth\u00e8res pass\u00e8rent, mont\u00e9es par des hommes nus qui riaient en me voyant. Je compris que je devais me d\u00e9shabiller et je le fis. Aussit\u00f4t elle vint se placer tout pr\u00e8s de moi, et au moment o\u00f9 j&rsquo;allais monter sur elle, elle me jeta \u00e0 terre, et, avec ses griffes de panth\u00e8re, me d\u00e9chira la poitrine.<br \/>\nParfois quand elle me baise la main je sens une chaleur particuli\u00e8re. Quand elle retire ses l\u00e8vres, le mot \u00a0\u00bb\u00a0r\u00eave\u00a0\u00a0\u00bb appara\u00eet sur ma paume.<br \/>\nJ&rsquo;ai remarqu\u00e9 que, de temps en temps, lorsque j&rsquo;\u00e9teins la radio, elle continue \u00e0 marcher\u00a0; j&rsquo;arrache la prise et elle marche toujours\u00a0; je la jette \u00e0 terre, je tape dessus avec un marteau, et, du morceau qui reste, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve la voix du speaker qui annonce\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Ils acceptent la violence du scandale et son illumination\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Malade, malade, malade, m\u00e2le, m\u00e2le, mal, mal, ma, mai, mai, mais, ma\u00eetre, ma\u00eetre, ma\u00eetre, ma\u00eetres, ma\u00eetresse, malade, malade, manger, mandat.<br \/>\nMalade, malheur, mal, malaise, man\u00e8ge, mandibule, mander, mandais, mande, ma, mal, maman, maire, majeur, majest\u00e9, mal, malade, malades, malade.<br \/>\nMalade, mars, marie, maroc, marotte, marmotte, marmite, masser, massacre, martyr, mascotte, m\u00e2le, mal, ma, mai, mai, ma\u00eetre, ma\u00eetre, ma\u00eetresse, malade, malade, maman, maman, mer.<br \/>\nMalade, malheur, malheur, mandat, manger, mal, ma, mander, mandais, ma, mal, maman, mehr, ma\u00eetres, ma\u00eetres, ma\u00eetresse, maman, malade, mandibule, mal, malade, maman, maman, maman, m\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Je voyais sous le ciel la pierre gigantesque, et quand je scrutais le roc il me semblait y distinguer quelques lettres\u00a0: un \u00a0\u00bb\u00a0p\u00a0\u00ab\u00a0, un \u00a0\u00bb\u00a0r\u00a0\u00ab\u00a0, \u00e0 moins que ce ne f\u00fbt un \u00a0\u00bb\u00a0b\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nTrois hommes se trouvaient pr\u00e8s de la pierre, et je les voyais tous petits \u00e0 cause de la distance. Le ciel \u00e9tait sombre.<br \/>\nLes trois hommes semblaient parler entre eux, et parfois, je les aurais crus immobiles. Je distinguais de mieux en mieux les lettres sur le rocher.<br \/>\nTout \u00e0 coup, entre les nuages, apparut la lune qui \u00e9claira tout. Je pus voir que les trois hommes me regardaient fixement, et que sur la pierre \u00e9tait \u00e9crit en lettres gigantesques le mot \u00a0\u00bb\u00a0penser\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nJ&rsquo;ai une bulle d&rsquo;air. Je la sens tr\u00e8s bien. Quand je suis content, elle se fait plus l\u00e9g\u00e8re, et, parfois, quand elle me parle on croirait qu&rsquo;elle n&rsquo;existe pas.<br \/>\nLa bulle d&rsquo;air se prom\u00e8ne de mon cerveau \u00e0 mon c\u00faur et de mon c\u00faur \u00e0 mon cerveau.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Quand je marchais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle la t\u00eate de chaque passant devenait un \u00fail gigantesque qui la regardait.<br \/>\nQuand j&rsquo;entrais dans le m\u00e9tro avec elle les corps de ceux qui l&rsquo;entouraient devenaient de gigantesques mains qui la touchaient.<br \/>\nEt quand elle m&#8217;embrassait sa t\u00eate n&rsquo;\u00e9tait plus que deux l\u00e8vres qui, lentement, me d\u00e9voraient.<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Mon ch\u00e9ri, mon petit.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nEnfin elle alluma une bougie et je pus voir son visage mais non son corps plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9.<br \/>\nJe lui dis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0parle.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nElle me demanda de lui mettre un peu de pommade dans le dos. Ma main s&rsquo;\u00e9corcha \u00e0 de petits morceaux de verre tr\u00e8s fins plant\u00e9s dans sa peau. Bient\u00f4t mon sang jaillit, humide.<br \/>\nElle me dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0mon enfant, prends ce bonbon.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nElle me le mit dans la bouche et je sentis le bonbon mordre ma langue et le sang s&rsquo;\u00e9chapper.<br \/>\nElle s&rsquo;\u00e9carta de moi un instant et je pus voir son ventre. J&rsquo;y vis une \u00e9norme bouche qui riait, et, entre les dents, un baigneur en chocolat. Son visage \u00e9tait semblable au mien.<br \/>\nEn entrant dans le labyrinthe je remarquai qu&rsquo;il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une porte.<br \/>\nJe l&rsquo;ouvris et j&rsquo;entrai dans un endroit sombre. En allumant la lumi\u00e8re je vis que je me trouvais dans ma chambre, mes deux chats somnolaient sur la commode et la table \u00e9tait telle que je l&rsquo;avais laiss\u00e9e. La radio disait\u00a0:<br \/>\n\u00ab\u00a0Sans renoncer \u00e0 son id\u00e9e du dernier visage anim\u00e9\u00a0\u00bb<br \/>\nDans l&rsquo;obscurit\u00e9 je ne vois que les yeux du chat. Ils sont fixes et ils me regardent. Je les regarde aussi sans bouger.<br \/>\nTout \u00e0 coup, dans l&rsquo;un de ses yeux, j&rsquo;ai vu \u00e9crit \u00a0\u00bb\u00a0panique\u00a0\u00ab\u00a0, et, dans l&rsquo;autre \u00a0\u00bb\u00a0S\u00e9r\u00e9nit\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nMais bien vite le chat ferme les yeux et il n&rsquo;y a plus que l&rsquo;obscurit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la nuit. Avant de m&rsquo;endormir j&rsquo;essayais de r\u00e9soudre un probl\u00e8me d&rsquo;\u00e9checs. J&rsquo;\u00e9tais en train de v\u00e9rifier la solution : le cavalier prend le fou, \u00e9chec. Alors je vis se soulever l&rsquo;une des cases de l&rsquo;\u00e9chiquier et un escalier apparut. Je m&rsquo;y engageai : j&rsquo;y voyais \u00e0 peine, telle \u00e9tait l&rsquo;obscurit\u00e9. Je n&rsquo;entendais que les rires et les commentaires qui venaient du fond de la cave. Lorsque j&rsquo;atteignis ce fond le silence se fit.<br \/>\nUn peu de lumi\u00e8re \u00e9claira le sol : celui-ci \u00e9tait form\u00e9 de grandes dalles noires et blanches comme un \u00e9chiquier. L&rsquo;une d&rsquo;elles se souleva et un escalier apparut qui conduisait \u00e0 une cave. Je m&rsquo;y engageai mais je ne vis rien, telle \u00e9tait l&rsquo;obscurit\u00e9 ; je n&rsquo;entendais que les rires et les commentaires venus du fond.<br \/>\nLorsque j&rsquo;atteignis ce fond de nouveau le silence se fit. Un peu de lumi\u00e8re \u00e9claira le sol : il avait la forme d&rsquo;un grand \u00e9chiquier&#8230; Ceci se r\u00e9p\u00e9ta plusieurs fois.<br \/>\nEnfin j&rsquo;arrivai dans une cave o\u00f9 si\u00e9geait un tribunal pr\u00e9sid\u00e9 par le roi qui, en un murmure, me condamna \u00e0 \u00eatre chang\u00e9 en fou.<br \/>\nJ&rsquo;essayai de m&rsquo;\u00e9chapper en courant mais mon corps en bois ne bougeait plus. Le cavalier s&rsquo;approcha de moi tandis que les membres du tribunal riaient aux \u00e9clats.<br \/>\nAu th\u00e9\u00e2tre Panique l&rsquo;\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0homme sans chapeau\u00a0\u00a0\u00bb portait toujours un chapeau sur sa t\u00eate.<br \/>\nLe metteur en sc\u00e8ne lui demanda de jouer les \u00a0\u00bb\u00a0merveilles\u00a0\u00ab\u00a0, et, l&rsquo;\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0homme sans chapeau\u00a0\u00ab\u00a0, d\u00e9daignant le monde de l&rsquo;insolite, joua dans un d\u00e9cor \u00a0\u00bb\u00a0 familier\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nComme elles m&rsquo;appelaient j&rsquo;entrai dans la gigantesque gare.<br \/>\nElles me dirent de traverser les voies. Je p\u00e9n\u00e9trai dans un v\u00e9ritable labyrinthe de rails. Les trains passaient sans cesse, je devais avancer avec d&rsquo;infinies pr\u00e9cautions. A tout moment je regardais \u00e0 droite et \u00e0 gauche. Pourtant il s&rsquo;en fallut souvent de tr\u00e8s peu pour qu&rsquo;un train ne me happe.<br \/>\nA mi-chemin je rencontrai un homme noir de poussi\u00e8re qui m&rsquo;indiqua un refuge, plus loin. Puis il m&#8217;embrassa affectueusement. Tout \u00e0 coup il disparut, je ne m&rsquo;en rendis pas compte, je ne vis qu&rsquo;un \u00fauf \u00e9norme qui marchait sur deux jambes chauss\u00e9es de bottes.<br \/>\nJe continuai \u00e0 avancer de plus en plus p\u00e9niblement. Je ne savais pas bien o\u00f9 aller. Les rails s&rsquo;\u00e9levaient de plus en plus. Des voix me conseillaient de tous c\u00f4t\u00e9s. Elles me disaient toutes : \u00a0\u00bb\u00a0Viens ici.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nTout \u00e0 coup je me retournai ; je vis l&rsquo;\u00fauf \u00e9cras\u00e9 par un train et j&rsquo;entendis les g\u00e9missements de l&rsquo;homme pendant quelques instants.<br \/>\nComme elles m&rsquo;appelaient, je sortis, toujours prisonnier de l&rsquo;\u00fauf. Il y avait tant de rails que je ne distinguais pas les voies ni les espaces libres. Je courus de toutes mes forces et quelques trains me manqu\u00e8rent de peu. Ils ne tarderaient pas \u00e0 m&rsquo;\u00e9craser.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Ils m&rsquo;ont fait asseoir et ils m&rsquo;ont donn\u00e9 trois cartes : \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;\u00e9toile\u00a0\u00ab\u00a0, \u00a0\u00bb\u00a0le pendu\u00a0\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb\u00a0l&#8217;empereur\u00a0\u00ab\u00a0. Ceux qui \u00e9taient pr\u00e8s de moi regardaient mon jeu par-dessus mon \u00e9paule et riaient.<br \/>\nLe croupier annon\u00e7ait les r\u00e9sultats et distribuait les lots. Ceux qui \u00e9taient \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s remplissaient leurs poches avec les lots qu&rsquo;ils avaient gagn\u00e9s. Les femmes levaient leurs jupes de f\u00eate pour pouvoir les porter tous. Elles riaient aux \u00e9clats. Plusieurs me montraient du doigt.<br \/>\nEnfin le croupier a cri\u00e9 : \u00a0\u00bb\u00a0Le tierc\u00e9 : l&rsquo;\u00e9toile, le pendu et l&#8217;empereur gagnent le gros lot.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nLes femmes m&rsquo;ont pris par le bras et m&rsquo;ont amen\u00e9 devant le croupier. Celui-ci m&rsquo;a dit : \u00a0\u00bb\u00a0Allez dans cette pi\u00e8ce, c&rsquo;est la qu&rsquo;on vous remettra le gros lot.\u00a0\u00a0\u00bb Et il s&rsquo;effor\u00e7ait d&rsquo;\u00e9touffer son rire. Tous me regardaient et s&rsquo;esclaffaient.<br \/>\nLes deux femmes m&rsquo;ont introduit dans la salle, m&rsquo;ont attach\u00e9 au chevalet et ont commenc\u00e9 \u00e0 me couper des morceaux d&rsquo;os aux bras et aux jambes. Elles m&rsquo;ont d\u00e9clar\u00e9 en ricanant :<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0C&rsquo;est pour que tu rapetisses, tu es encore trop grand.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nLorsque je me mets \u00e0 \u00e9crire, l&rsquo;encrier s&#8217;emplit d&rsquo;imagination, ma plume de souvenirs et la feuille blanche d&rsquo;\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0art de combiner\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nAlors je ferme les yeux et, tandis que j&rsquo;entends tomber la pluie, je vois tourner autour de mon cerveau, minuscules, mon \u00a0\u00bb\u00a0moi\u00a0\u00a0\u00bb poursuivi par son \u00a0\u00bb\u00a0elle\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nQuand j&rsquo;ouvre les yeux l&rsquo;imagination, les souvenirs et l&rsquo;art de combiner ont disparu, et sur la feuille blanche je peux commencer \u00e0 \u00e9crire :<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Lorsque je me mets \u00e0 \u00e9crire l&rsquo;encrier s&#8217;emplit d&rsquo;imagination, ma plume&#8230;\u00a0\u00a0\u00bb Etc.<br \/>\nNous \u00e9tions tous les deux au cin\u00e9ma. Au lieu de regarder le film c&rsquo;est elle que je regardais. Je touchai ses boucles et lui lissai les cils. Puis je lui baisai les genoux et mis sur son ventre une cocotte en papier que j&rsquo;avais confectionn\u00e9e avec les billets.<br \/>\nElle regardait le film et riait. Alors je caressai sa poitrine et chaque fois que je pressais l&rsquo;un de ses seins, un poisson bleu en sortait.<br \/>\nPour mettre le poumon \u00e0 nu on m&rsquo;avait ouvert le dos au pr\u00e9alable. Puis on m&rsquo;op\u00e9rait ; pendant ce temps je devais attendre.<br \/>\nJe voulais \u00eatre op\u00e9r\u00e9 le plus vite possible, avoir le dos band\u00e9 et aller dormir. J&rsquo;ai pu remarquer que deux autres malades \u00e9taient pr\u00e8s de moi. Le chirurgien nous a dit qu&rsquo;il ne nous op\u00e9rerait que si nous r\u00e9\u00e9crivions une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre &#8211; je crois qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;Athalie. Il nous a expos\u00e9 les raisons qui, selon lui, justifiaient ce travail.<br \/>\nPuis je suis all\u00e9 le voir. Je lui ai parl\u00e9 en t\u00eate \u00e0 t\u00eate. Je lui ai dit que je ne pouvais pas attendre, que j&rsquo;avais tr\u00e8s mal au dos, et qu&rsquo;il fallait m&rsquo;op\u00e9rer le plus vite possible. Il m&rsquo;a r\u00e9pondu s\u00e8chement qu&rsquo;il fallait d&rsquo;abord s&rsquo;occuper de r\u00e9\u00e9crire la pi\u00e8ce. J&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 me d\u00e9tester et que pour me punir, il me laisserait des jours et des jours, peut-\u00eatre toute la vie, le dos ouvert.<br \/>\nLe travail des deux autres malades \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s avanc\u00e9. Je ne pouvais presque rien faire, la douleur m&rsquo;en emp\u00eachait. Je me suis aper\u00e7u que je ne me rappelais qu&rsquo;une sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce. Je la r\u00e9citai tr\u00e8s vite de m\u00e9moire, pour essayer de me souvenir du reste ; quand j&rsquo;eus fini, je compris que j&rsquo;avais tout oubli\u00e9, la fin de la pi\u00e8ce et l&rsquo;ordre que j&rsquo;avais re\u00e7u de la r\u00e9\u00e9crire tout enti\u00e8re.<br \/>\nLes deux autres malades travaillaient vite. Je voulais aller plus vite qu&rsquo;eux mais je m&rsquo;\u00e9nervais inutilement.<br \/>\nJ&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que lorsqu&rsquo;on lit mon po\u00e8me qui commence par \u00a0\u00bb\u00a0\u00e0 s&rsquo;y d\u00e9rober\u00a0\u00ab\u00a0, tout le monde voudrait me demander : \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi \u00e9crivez-vous \u00a0\u00bb\u00a0le vert\u00a0\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que lorsqu&rsquo;on dit mon po\u00e8me qui commence par \u00a0\u00bb\u00a0plus voisine du cogito\u00a0\u00ab\u00a0, tout le monde voudrait me demander \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi \u00e9crivez-vous \u00a0\u00bb\u00a0le noir\u00a0\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que lorsqu&rsquo;on lit mon po\u00e8me qui commence par \u00a0\u00bb\u00a0ainsi caract\u00e9ris\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb tout le monde voudrait me demander : \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi \u00e9crivez-vous \u00a0\u00bb\u00a0le bleu\u00a0\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nComme les douleurs que je ressens \u00e0 la nuque ne me laissent pas m&rsquo;expliquer ais\u00e9ment, je crains qu&rsquo;un jour on ose me poser ces questions, car je ne saurais pas y r\u00e9pondre avec la pr\u00e9cision voulue.<br \/>\nElle et moi nous \u00e9tions les premiers dans notre voiture de course. Elle conduisait et j&rsquo;\u00e9tais charg\u00e9 de compter les tours. Je supposais que nous n&rsquo;avions plus que quelques tours \u00e0 faire avant de terminer l&rsquo;\u00e9preuve, mais je ne savais pas combien exactement. En passant devant les tribunes j&rsquo;essayais de trouver un point de rep\u00e8re, mais la vitesse \u00e9tait telle que je ne pouvais rien distinguer, ne f\u00fbt-ce qu&rsquo;un instant.<br \/>\nTout \u00e0 coup elle me demanda : \u00a0\u00bb\u00a0Combien de tours nous reste-t-il \u00e0 faire ?\u00a0\u00a0\u00bb Et je lui r\u00e9pondis : \u00a0\u00bb\u00a0Un peu moins de dix, je crois.\u00a0\u00a0\u00bb Elle me r\u00e9pliqua avec col\u00e8re : \u00a0\u00bb\u00a0Comment, un peu moins de dix, est-ce que tu ne les comptes pas ?\u00a0\u00a0\u00bb Elle ralentit la course pour me parler ; les bolides commenc\u00e8rent \u00e0 nous d\u00e9passer \u00e0 vive allure. Je lui dis : \u00a0\u00bb\u00a0Je les ai compt\u00e9s mais j&rsquo;ai fait une erreur, j&rsquo;ai voulu recommencer et j&rsquo;ai laiss\u00e9 passer quelques tours sans compter pour chercher une solution. &#8211; Il fallait le dire plus t\u00f4t\u00a0\u00ab\u00a0, s&rsquo;\u00e9cria-t-elle.<br \/>\nLes coureurs cyclistes nous d\u00e9pass\u00e8rent. Ils nous firent un signe de la main en riant. \u00a0\u00bb\u00a0Tout le monde va nous d\u00e9passer, est-ce que tu ne le vois pas ?\u00a0\u00a0\u00bb Les gens du stade me montraient du doigt et disaient : \u00a0\u00bb\u00a0C&rsquo;est sa faute\u00a0; elle conduit tr\u00e8s bien et il lui fait perdre toutes les courses.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nLes pingouins glissaient sur la piste avec leurs patins en ricanant et en se moquant de moi.<br \/>\nMaintenant s&rsquo;avan\u00e7aient les tortues, et avec leurs pattes elles me lan\u00e7aient des boules de neige. Quand je voulus me r\u00e9fugier aupr\u00e8s d&rsquo;elle, elle avait disparu.<br \/>\nL&rsquo;arbre se r\u00e9fugia dans la feuille, la maison dans la porte et la ville dans la maison.<br \/>\nEt je me promenais en contemplant ce spectacle, et je voyais encore que l&rsquo;arbre \u00e9tait devenu une feuille, la maison une porte et la ville une maison.<br \/>\nVoil\u00e0 pourquoi je devais faire des efforts pour ne pas me cacher dans mes mains.<br \/>\nEveryone detests me : they say I have a persecution complex. Oui, tout le monde me d\u00e9teste ; on dit que j&rsquo;ai la manie de la pers\u00e9cution.<br \/>\nLe lion vert me regardait et d\u00e9vorait le soleil. Pendant un moment le soleil resta dans sa gueule ouverte comme s&rsquo;il ne pouvait ni entrer ni sortir. Les majorettes lan\u00e7aient des fl\u00e8ches au centre de l&rsquo;astre.<br \/>\nLe lion avalait lentement le soleil tandis que l&rsquo;obscurit\u00e9 se faisait de plus en plus dense. Les majorettes cess\u00e8rent de lancer des fl\u00e8ches et se mirent \u00e0 jouer de la trompette. La terre se couvrait peu \u00e0 peu de tombes et un grand trou se creusait \u00e0 mes pieds.<br \/>\nLe lion avait d\u00e9j\u00e0 aval\u00e9 la moiti\u00e9 du soleil et la nuit avan\u00e7ait lentement. Les majorettes lan\u00e7aient des fl\u00e8ches sur les tombes o\u00f9 poussait du bl\u00e9. Puis elles recommenc\u00e8rent \u00e0 souffler dans leurs longues trompettes. Le trou \u00e0 mes pieds \u00e9tait devenu tr\u00e8s profond et aussi grand que mon corps.<br \/>\nLe lion vert finit de d\u00e9vorer le soleil et tout resta plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Les majorettes me plac\u00e8rent dans le trou, et tandis que les unes jetaient de la terre sur moi, d&rsquo;autres soufflaient dans leurs longues trompettes, et d&rsquo;autres encore lan\u00e7aient des fl\u00e8ches sur le lion vert.<br \/>\nParfois, au c\u00faur de l&rsquo;hiver, ma chambre se remplit de chaleur et seul le po\u00eale allum\u00e9 reste tout \u00e0 fait gel\u00e9, et ce qui l&rsquo;entoure, froid.<br \/>\nJe dois donc m&rsquo;\u00e9carter du po\u00eale pour pouvoir \u00e9crire. Et quand je veux \u00e9crire \u00a0\u00bb\u00a0transparent\u00a0\u00a0\u00bb ma main trace le mot \u00a0\u00bb\u00a0opaque\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nQuand elle se prom\u00e8ne dans le parc je grimpe \u00e0 un arbre pour la voir passer au-dessous de moi.<br \/>\nQuand elle monte les escaliers je me cache dans la cage de l&rsquo;ascenseur pour la voir au-dessus de moi.<br \/>\nEt quand elle m&rsquo;appelle je ferme les yeux et je reste immobile jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle \u00a0\u00bb\u00a0m&rsquo;\u00e9veille\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nParfois quand elle me regarde dans le miroir je sens une chaleur particuli\u00e8re. Lorsque son image s&rsquo;efface sur la glace, appara\u00eet le mot \u00a0\u00bb\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nJe lui criais : \u00a0\u00bb\u00a0Maman, maman\u00a0\u00a0\u00bb et elle restait debout \u00e0 m&rsquo;observer.<br \/>\nLa grille ne me permettait pas de m&rsquo;approcher d&rsquo;elle. Elle tenait \u00e0 la main un trousseau de clefs qu&rsquo;elle faisait tourner ; on aurait dit qu&rsquo;elle souriait.<br \/>\nJe lui dis encore : \u00a0\u00bb\u00a0Maman, maman, ouvre-moi la porte.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nMalade, balade, calade, salade, balade, dalade, galade, halade, jalade, palade, talade, malade, valade, malade, malade, malade, maman, maman.<br \/>\nMaman, maman, mama, baba, sasa, tata, vava, gaga, jaja, lala, fafa, rara, mama, mama, maman, mer.<br \/>\nMalade, malheur, malheur, mandat, manger, mal, ma, mander, mandais, ma, mal, maman, ma\u00eetres, ma\u00eetres, ma\u00eetresse, maman, malade, mandibule, mal, malade, maman, maman, maman, m\u00e8re.<br \/>\nLes tanks \u00a0\u00bb\u00a0ennemis\u00a0\u00a0\u00bb et les soldats avan\u00e7aient. Les canons tiraient et moi, au milieu des deux arm\u00e9es, nu et le corps peint en vert, je tombais du ciel, lentement.<br \/>\nLa bulle d&rsquo;air se prom\u00e8ne de mon cerveau \u00e0 mon c\u00faur et de mon c\u00faur \u00e0 mon cerveau.<br \/>\nLes femmes portaient des cornes blanches et des loups noirs.<br \/>\nLes hommes agenouill\u00e9s pr\u00e8s d&rsquo;elles les imploraient. Partout j&rsquo;assistais au m\u00eame spectacle. Je descendais les escaliers et j&rsquo;assistais encore au m\u00eame spectacle, et c&rsquo;\u00e9tait le m\u00eame qui s&rsquo;offrait \u00e0 moi dans toutes les pi\u00e8ces.<br \/>\nQuand je suis entr\u00e9 dans la cour j&rsquo;ai entendu une voix venue d&rsquo;un puits tari. Je suis descendu dans le puits ; elle \u00e9tait l\u00e0 dans un coin avec son visage de c\u00e9ramique et ses grands yeux fixes. Elle portait autour du cou une cha\u00eene et une petite clef. Elle m&rsquo;a donn\u00e9 la clef et j&rsquo;ai ouvert ses jupes. Son sexe \u00e9tait couvert d&rsquo;un loup d&rsquo;o\u00f9 s&rsquo;\u00e9chappaient deux cornes effil\u00e9es.<br \/>\nElle m&rsquo;a embrass\u00e9 de ses l\u00e8vres de pierre et j&rsquo;ai senti la blessure que me faisaient ses cornes. Le sang a jailli.<br \/>\nJe t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a ri.<br \/>\nJe t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a ri.<br \/>\n&#8211; Je t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a ri aux \u00e9clats.<br \/>\nLe temps des jeunes filles r\u00e9v\u00e9lait les mille lits infiniment m\u00e9diums.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">La g\u00e9ante donnait un violent coup de massue sur la t\u00eate de chaque enfant qui s&rsquo;approchait d&rsquo;elle. Puis les enfants s&rsquo;en allaient en riant et t\u00e2chaient d&rsquo;arr\u00eater, avec leurs petites mains, le flux de sang qui leur inondait le visage.<br \/>\nLa g\u00e9ante \u00e9tait richement v\u00eatue. Sur sa t\u00eate elle portait une aur\u00e9ole d&rsquo;or. Elle m&rsquo;a appel\u00e9 et m&rsquo;a dit : \u00a0\u00bb\u00a0Je suis l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception \u00a0\u00bb et elle a lev\u00e9 ses jupes ; j&rsquo;ai pu voir son hymen brillant.<br \/>\nEnfin je me suis approch\u00e9 d&rsquo;elle et elle m&rsquo;a donn\u00e9 un violent coup de massue sur la t\u00eate. De la blessure est sorti du feu qui m&rsquo;a br\u00fbl\u00e9 les cheveux, puis du sang. Et alors je me suis aper\u00e7u que l&rsquo;Immacul\u00e9e Conception couvrait sa bouche de ses mains, en feignant de prier, tandis qu&rsquo;elle \u00e9touffait un rire.<br \/>\nParfois quand elle m&rsquo;appelle par mon nom je<br \/>\nsens une chaleur particuli\u00e8re. Quand le son de sa voix dispara\u00eet, dans l&rsquo;air se forme et se balance le mot l u c i- d i t \u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Prisonnier bu verre je ne voyais que les \u00e9normes mains de ma m\u00e8re qui refermait le couvercle avec force. Puis elle a coll\u00e9 une \u00e9tiquette sur le flacon et m&rsquo;a plac\u00e9 sur une \u00e9tag\u00e8re de la cuisine.<br \/>\nJe t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a pleur\u00e9.<br \/>\nJe t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a pleur\u00e9.<br \/>\n&#8211; Je t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a pleur\u00e9 \u00e0 chaudes larmes.<br \/>\nLe temps des jeunes filles r\u00e9v\u00e9lait les mille lits infiniment m\u00e9diums.<br \/>\nJe le retrouve tous les jours, immobile, cach\u00e9 sur le palier. Il est tr\u00e8s grand, il porte un long manteau, une canne et un monocle, ses yeux semblent vides et j&rsquo;ai cependant l&rsquo;impression qu&rsquo;il me regarde.<br \/>\nQuand je commence \u00e0 monter les marches il \u00e9met une sorte d&rsquo;aboiement. Comme je n&rsquo;ose pas avancer je reste dans les escaliers, parfois des heures enti\u00e8res, \u00e0 attendre. Lorsque quelqu&rsquo;un vient \u00e0 passer je traverse avec lui le palier, et l&rsquo;homme dispara\u00eet. Tous me disent que je suis victime de mon imagination.<br \/>\nCe soir la voisine est venue et m&rsquo;a ordonn\u00e9 d&rsquo;accompagner \u00a0\u00bb\u00a0Monsieur\u00a0\u00a0\u00bb \u00e0 la promenade. J&rsquo;ai demand\u00e9 : \u00a0\u00bb\u00a0Qui est ce monsieur ?\u00a0\u00a0\u00bb mais elle ne m&rsquo;a pas r\u00e9pondu. Elle a seulement ajout\u00e9 : \u00a0\u00bb\u00a0Il est aveugle.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nMalgr\u00e9 les efforts que je fais pour me dominer je tremble en l&rsquo;aidant \u00e0 descendre. Je tr\u00e9buche et nous tombons tous les deux. Maintenant je vois ses yeux vides qui me regardent, et son monocle et sa canne. J&rsquo;essaie de fuir mais je suis clou\u00e9 au sol et il s&rsquo;avance pour m&rsquo;\u00e9trangler.<br \/>\nIl est venu vers moi et il m&rsquo;a dit : \u00a0\u00bb\u00a0Je suis le g\u00e9nie de la huiti\u00e8me heure.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJe lui ai dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Alors tu es Nantur, g\u00e9nie de l&rsquo;\u00e9criture.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nIl m&rsquo;a r\u00e9pondu : \u00a0\u00bb\u00a0Non, je suis Zizuph, g\u00e9nie des myst\u00e8res.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nPuis il m&rsquo;a dit :<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Elle et lui montent sur le lit nuptial, ils sont deux lorsqu&rsquo;ils se couchent et lorsqu&rsquo;ils se l\u00e8vent, ils sont quatre.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nQuand je suis sorti j&rsquo;ai vu que le lion \u00e9tait l\u00e0 de nouveau. Il avait une crini\u00e8re noire et il me regardait.<br \/>\nJe me suis mis \u00e0 marcher sur le trottoir et j&rsquo;ai constat\u00e9 qu&rsquo;une fois de plus il me suivait \u00e0 distance. Quand je m&rsquo;arr\u00eatais pour examiner une vitrine il s&rsquo;arr\u00eatait aussi.<br \/>\nPour que personne ne remarque son man\u00e8ge, je ne suis pas all\u00e9 au cin\u00e9ma et j&rsquo;ai essay\u00e9 d&#8217;emprunter les rues les moins fr\u00e9quent\u00e9es.<br \/>\nQuand je suis rentr\u00e9 chez moi, au lieu de rester \u00e0 ma porte comme il le faisait d&rsquo;habitude, il a mont\u00e9 les escaliers avec moi, et il est entr\u00e9 dans ma maison.<br \/>\nDepuis un moment il est en face de moi, me regarde fixement. Et voil\u00e0 qu&rsquo;il s&rsquo;avance pour me d\u00e9vorer.<br \/>\nJe t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a ri.<br \/>\nJe t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a ri.<br \/>\n&#8211; Je t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a ri aux \u00e9clats.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">. . .<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Je t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a pleur\u00e9.<br \/>\nJe t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a pleur\u00e9.<br \/>\n&#8211; Je t&rsquo;aime.<br \/>\nElle a pleur\u00e9 \u00e0 chaudes larmes.<br \/>\nLe temps des jeunes filles r\u00e9v\u00e9lait les mille lits infiniment m\u00e9diums. Oui.<br \/>\nLorsque je suis entr\u00e9 ils \u00e9taient tous les deux nus sur le lit. Il a dit : \u00a0\u00bb\u00a0Viens voir comme je viole ta femme.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nElle r\u00e9sistait de toutes ses forces et il m&rsquo;a sembl\u00e9 qu&rsquo;elle pleurait. Elle suppliait : \u00a0\u00bb\u00a0Non, non.\u00a0\u00a0\u00bb Puis elle a cess\u00e9 de se d\u00e9battre et elle a halet\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement en lui embrassant l&rsquo;\u00e9paule ; on ne voyait plus que le blanc de ses yeux. Quand tout a \u00e9t\u00e9 fini elle s&rsquo;est remise \u00e0 pleurer et lui \u00e0 rire aux \u00e9clats.<br \/>\nLa m\u00eame sc\u00e8ne s&rsquo;est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e plusieurs fois. Enfin il s&rsquo;est lev\u00e9 en riant et il m&rsquo;a dit : \u00a0\u00bb\u00a0Tiens voil\u00e0 ta femme.\u00a0\u00a0\u00bb Alors je me suis approch\u00e9 d&rsquo;elle, qui pleurait, je lui ai caress\u00e9 le dos et, tout \u00e0 coup, elle s&rsquo;est mise \u00e0 crier.<br \/>\nParfois, la nuit, ma chambre se remplit de lumi\u00e8re et seule l&rsquo;ampoule allum\u00e9e reste tout \u00e0 fait noire, et ce qui l&rsquo;entoure, plonge dans la p\u00e9nombre.<br \/>\nParfois, au c\u00faur de l&rsquo;hiver, ma chambre se remplit de chaleur et seul, le po\u00eale allum\u00e9 reste tout \u00e0 fait gel\u00e9, et ce qui l&rsquo;entoure, froid.<br \/>\nEt alors quand je veux \u00e9crire : \u00a0\u00bb\u00a0Je sais pourquoi\u00a0\u00ab\u00a0, ma main \u00e9crit : \u00a0\u00bb\u00a0J&rsquo;ignore si.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nLa petite poup\u00e9e en nylon se f\u00e2chait et me boudait. Mais parfois elle \u00e9tait contente et elle souriait.<br \/>\nQuand je sortais de chez moi elle restait immobile, l\u00e0 o\u00f9 je l&rsquo;avais laiss\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 mon retour. La nuit je la d\u00e9shabillais et je la mettais dans mon lit, et bient\u00f4t elle n&rsquo;\u00e9tait plus froide\u00a0: elle devenait chaude comme la paume de ma main o\u00f9 elle reposait.<br \/>\nDans sa cage la petite poup\u00e9e avait un oiseau mort. Je lui ai achet\u00e9 un petit cercueil pour le jour o\u00f9 elle mourrait. Parfois je la mettais dedans pour jouer.<br \/>\nSouvent je me disputais avec elle, alors elle ne bougeait plus et prenait un air s\u00e9rieux\u00a0; j&rsquo;avais beau la supplier de me pardonner, elle ne me parlait plus.<br \/>\nUn jour o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais triste, je l&rsquo;ai \u00e9trangl\u00e9e. Elle, malgr\u00e9 mes larmes, comme pour me le reprocher, n&rsquo;a oppos\u00e9 aucune r\u00e9sistance.<\/span><\/p>\n<p>Le capricorne, une nu\u00e9e d&rsquo;\u00e9toiles sur sa crini\u00e8re de lion, nageait dans la mer en se servant de sa queue de dragon. Voil\u00e0 pourquoi C a p r i c o r n u s symbolise, me dit-elle, l&rsquo;inspiration.<br \/>\nLa balance, une \u00e9toile sur chacun de ses plateaux, restait cach\u00e9e dans la grotte des lions blancs. Voil\u00e0 pourquoi C h e l a symbolise, me dit-elle, l&rsquo;esp\u00e9rance.<br \/>\nLa vierge, une \u00e9toile sur ses pieds nus, tournait, droite, autour de moi, une baguette dans la main gauche. Voil\u00e0 pourquoi V i r g o symbolise, me dit-elle, la panique.<br \/>\nLe lion, une \u00e9toile sur chacune de ses griffes, bondissait pour d\u00e9corer le c\u00faur. Voil\u00e0 pourquoi L e o symbolise, me dit-elle, la fantaisie.<br \/>\nAlors je m&rsquo;aper\u00e7us que, tandis qu&rsquo;elle me parlait, elle avait incrust\u00e9 dans ma chair une \u00e9toile de fer. Elle \u00e9crivit dessus au, pinceau le mot \u00a0\u00bb\u00a0amour\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nElle marchait seule dans la rue et les hommes, en la voyant, l&#8217;embrassaient sur la joue. Souvent je me cachais sous une porte coch\u00e8re pour la voir venir.<br \/>\nPlus tard je l&rsquo;ai mise dans une voiture d&rsquo;enfant et je l&rsquo;ai promen\u00e9e ainsi dans toutes sortes de pays. Quand les hommes passaient je la d\u00e9shabillais pour les voir la caresser.<br \/>\nPour ne pas la laisser s&rsquo;\u00e9chapper j&rsquo;ai fix\u00e9 une cha\u00eene \u00e0 sa cheville.<br \/>\nParfois quand elle me baise la main je sens une chaleur particuli\u00e8re. Quand elle retire ses l\u00e8vres le scarab\u00e9e d&rsquo;or appara\u00eet sur ma paume et, au-dessous, le mot \u00a0\u00bb\u00a0merveille\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nMon chat lorsqu&rsquo;il me voit immobile, \u00e0 ne rien faire, dans la p\u00e9nombre de ma chambre, accourt vers moi et m&rsquo;apporte la patte de lapin.<br \/>\nJ&rsquo;attache la patte au bout d&rsquo;une ficelle et je fais courir mon chat derri\u00e8re elle, dans le couloir. Il la suit de tous c\u00f4t\u00e9s et parfois il fait des bonds bizarres qui me font rire. Alors je le regarde, et je comprends qu&rsquo;il est fatigu\u00e9 et las de jouer, mais qu&rsquo;il continue \u00e0 courir pour me distraire.<br \/>\nMalade, malade, malade, m\u00e2le, m\u00e2le, mal, ma, mai, mai, mais, ma\u00eetre, ma\u00eetre, ma\u00eetres, ma\u00eetresse, malade, malade, manger, mandat.<br \/>\nMalade, malheur, malheur, mal, malaise, man\u00e8ge, manette, mandibule, mander, mandais, mande, ma, mal, maman, maire, majeur, majest\u00e9, mal, malade, malades, malade.<br \/>\nMalade, malheur, malheur, manger, mal, ma, mander, mandais, ma, mal, maman, ma\u00eetres, ma\u00eetresse, maman, malade, mandibule, mal, malade, maman, maman, malade, m\u00e8re.<br \/>\nJe ne pouvais pas m&rsquo;endormir : j&rsquo;avais toujours les yeux ferm\u00e9s mais la lumi\u00e8re de la salle des chirurgiens parvenait jusqu&rsquo;\u00e0 moi. J&rsquo;entendais leurs commentaires comme un murmure, et de temps en temps, leurs ricanements.<br \/>\nLa large plaie de l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9tait sur le point de se cicatriser, et pourtant, tout le dos me faisait mal, et je ne bougeais pas par crainte de souffrir davantage. Je pensais : \u00a0\u00bb\u00a0Il vaut mieux qu&rsquo;elle ne vienne pas avec ses parents. Sa m\u00e8re lui conseillerait de m&rsquo;abandonner et son p\u00e8re rirait de moi aux \u00e9clats.\u00a0\u00a0\u00bb Je mangeai l&rsquo;une des carottes qui se trouvaient pr\u00e8s de moi et je me mis \u00e0 la ronger.<br \/>\nPuis je saisis des bribes de conversation : les chirurgiens disaient qu&rsquo;ils allaient tenter une nouvelle op\u00e9ration. Ils parlaient d&rsquo;un appareil que les uns appelaient algom\u00e8tre, d&rsquo;autres algim\u00e8tre, et d&rsquo;autres encore douleurm\u00e8tre. Il servirait \u00e0 fixer le seuil de r\u00e9sistance \u00e0 la douleur.<br \/>\nSoudain il me sembla que tout mon corps \u00e9tait couvert de poils. Peut-\u00eatre s&rsquo;agissait-il d&rsquo;une r\u00e9action : l&rsquo;infirmi\u00e8re m&rsquo;avait enti\u00e8rement ras\u00e9 la veille de l&rsquo;op\u00e9ration. Il me sembla aussi que je n&rsquo;avais pas de draps, et m\u00eame que quelqu&rsquo;un avait mis de la sciure dans mon lit.<br \/>\nPuis j&rsquo;entendis les chirurgiens dire que l&rsquo;appareil pouvait provoquer les plus vives douleurs et les faire cesser quand le sujet se trouvait au bord de l&rsquo;\u00e9vanouissement, pour recommencer ensuite.<br \/>\nJe ne pouvais pas m&rsquo;endormir et le dos me faisait de plus en plus mal.<br \/>\nLes chirurgiens ricanaient. J&rsquo;eus peur car j&rsquo;entendis plusieurs fois mon nom. Ils faisaient des paris : les uns soutenaient qu&rsquo;un sujet peut supporter une intensit\u00e9 de douleur de huit unit\u00e9s, et les autres affirmaient qu&rsquo;on ne pouvait en d\u00e9passer sept. A ce moment j&rsquo;entendis qu&rsquo;ils allaient essayer l&rsquo;appareil sur moi,<br \/>\nJe me redressai et j&rsquo;essayai de crier, mais je ne pus \u00e9mettre que des grognements. Autour de moi quelques petites b\u00eates grogn\u00e8rent aussi. C&rsquo;est alors. que j&rsquo;ouvris les yeux : j&rsquo;\u00e9tais dans une cage, le sol \u00e9tait couvert de sciure et de carottes. Dans chacune des cages qui m&rsquo;entouraient il y avait un cochon d&rsquo;Inde.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\"><br \/>\nCHAPITRE I\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Nord et Sud, Nord et Sud, Nord et Sud.<br \/>\nNord et Sud.<br \/>\nNord.<br \/>\nSud.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE II\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Est et Ouest, Est et Ouest, Est et Ouest.<br \/>\nEst et Ouest.<br \/>\nEst.<br \/>\nOuest.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">CHAPITRE III\u00a0:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: xx-small;\">Nord et Sud.<br \/>\nEst et Ouest.<br \/>\nNord, Sud, Est et Ouest.<br \/>\nI, II, III et IV.<br \/>\nLe cur\u00e9 est venu voir ma m\u00e8re et il lui a dit que j&rsquo;\u00e9tais \u00a0\u00bb\u00a0obs\u00e9d\u00e9\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nAlors ma m\u00e8re m&rsquo;a attach\u00e9 aux barreaux du lit. Le cur\u00e9 avec un bistouri m&rsquo;a coup\u00e9 les testicules et \u00e0 leur place il m&rsquo;a mis deux pierres.<br \/>\nPuis ils m&rsquo;ont port\u00e9, pieds et poings li\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9glise des d\u00e9vots.<br \/>\nLa fillette nue \u00e0 cheval me dit d&rsquo;aller sur la place.<br \/>\nJe m&rsquo;y rendis. Je vis les gens jouer avec des boules qu&rsquo;ils lan\u00e7aient et rattrapaient avec un gros \u00e9lastique. Lorsque je traversai la place, tous cess\u00e8rent de jouer et ils me montr\u00e8rent du doigt en riant. Alors je me mis \u00e0 courir et ils me jet\u00e8rent des boules qui roulaient \u00e0 terre pr\u00e8s de moi, sans m&rsquo;atteindre\u00a0: elles \u00e9taient en fer.<br \/>\nUn cheval se lan\u00e7a \u00e0 ma poursuite\u00a0; je me cachai derri\u00e8re un arbre \u00e0 plusieurs troncs pour lui \u00e9chapper. Le cheval se jeta sur moi mais il resta prisonnier de l&rsquo;arbre dont les branches se resserr\u00e8rent sur lui. Je levai les yeux et je vis la fillette nue.<br \/>\nJ&rsquo;essayai de d\u00e9livrer le cheval ; il me mordit la main, m&rsquo;arrachant une partie du poignet. Il hennit et sembla rire. Les gens se mirent \u00e0 me jeter des boules de fer et la fillette nue sur le cheval cachait son visage pour ne pas laisser voir qu&rsquo;elle s&rsquo;esclaffait.<br \/>\nApr\u00e8s l&rsquo;avoir tu\u00e9e je l&rsquo;ai mise en morceaux. Je suis sorti dans la rue et je les ai jet\u00e9s dans les \u00e9gouts tout au long de mon chemin.<br \/>\nJe suis rentr\u00e9 chez moi et je me suis aper\u00e7u que j&rsquo;avais oubli\u00e9 la t\u00eate sur la table. Pour la faire dispara\u00eetre je l&rsquo;ai mise dans une casserole pleine d&rsquo;eau que j&rsquo;ai pos\u00e9e sur le feu.<br \/>\nJ&rsquo;ai remarqu\u00e9 que ses paupi\u00e8res semblaient bouger. Enfin elles se sont lev\u00e9es tout \u00e0 fait, et les yeux m&rsquo;ont regard\u00e9 sous l&rsquo;eau en \u00e9bullition. Les l\u00e8vres aussi ont remu\u00e9. J&rsquo;ai entendu sa voix : \u00a0\u00bb\u00a0Mon fils m&rsquo;a tu\u00e9e, mon propre fils.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJe me suis approch\u00e9 mais j&rsquo;ai fait tomber la casserole. La t\u00eate se tenait droite au milieu de la cuisine et elle criait tr\u00e8s fort, pour ameuter les voisins : \u00a0\u00bb\u00a0Mon propre fils m&rsquo;a tu\u00e9e, c&rsquo;est un assassin.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJe suis sorti dans la rue en courant mais sa jambe coup\u00e9e qui sortait d&rsquo;un \u00e9gout m&rsquo;a fait tomber. J&rsquo;ai essay\u00e9 de me relever mais une main coup\u00e9e m&rsquo;a retenu. Pendant ce temps sa t\u00eate, sur la fen\u00eatre, riait aux \u00e9clats.<br \/>\nJ&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que lorsque je peins le tableau vert dans les bois, tout le monde voudrait me demander : \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi peignez-vous \u00a0\u00bb\u00a0A s&rsquo;y d\u00e9rober\u00a0\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que lorsque je peins le tableau noir, tout le monde voudrait me demander : \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi peignez-vous \u00a0\u00bb\u00a0Plus voisine du cogito\u00a0\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJ&rsquo;ai bien remarqu\u00e9 que lorsque je peins le tableau bleu, tout le monde voudrait me demander : \u00a0\u00bb\u00a0Pourquoi peignez-vous \u00a0\u00bb\u00a0Ainsi caract\u00e9ris\u00e9\u00a0\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nComme les douleurs que je ressens \u00e0 la nuque ne me laissent pas m&rsquo;expliquer ais\u00e9ment, je crains qu&rsquo;un jour on ose me poser ces questions, car je ne saurais pas y r\u00e9pondre avec la pr\u00e9cision voulue.<br \/>\nUn gros homme mangeait une \u00e9norme c\u00f4telette, et son fils, un enfant minuscule qui portait des bottes beaucoup trop grandes pour ses petits pieds, se jucha sur la table et se mit \u00e0 mordiller la c\u00f4telette de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. L&rsquo;homme me tournait le dos. J&rsquo;allais parler quand l&rsquo;enfant boucha les oreilles de son p\u00e8re. Celui-ci ne put m&rsquo;entendre lorsque je lui dis : \u00a0\u00bb\u00a0Monsieur, me voil\u00e0.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nL&rsquo;enfant, de plus en plus impatient, grimpa sur les \u00e9paules de son p\u00e8re. Il se jetait voracement sur toutes les miettes qui tombaient. Le p\u00e8re faisait autant de bruit en mangeant que le fils. J&rsquo;allais de nouveau parier quand l&rsquo;enfant boucha encore une fois les oreilles de son p\u00e8re. Je dis : \u00a0\u00bb\u00a0Monsieur, me voil\u00e0\u00a0\u00a0\u00bb mais il ne put m&rsquo;entendre.<br \/>\nPuis le p\u00e8re prit d&rsquo;une main un \u00e9norme quartier de viande qu&rsquo;il mordait \u00e0 belles dents, et de l&rsquo;autre un pichet de vin. Il buvait et le liquide coulait sur son cou et sur sa chemise. L&rsquo;enfant plongea ses menottes dans le vin et but dans le creux de ses mains en faisant beaucoup de bruit.<br \/>\nProfitant d&rsquo;un moment d&rsquo;inattention je dis : \u00a0\u00bb\u00a0Monsieur, me voil\u00e0.\u00a0\u00a0\u00bb L&rsquo;homme, la bouche pleine, me r\u00e9pondit de m&rsquo;asseoir. L&rsquo;enfant se mit \u00e0 me ligoter. Le p\u00e8re saisit un couteau. L&rsquo;enfant grimpa sur moi, m&rsquo;enleva pr\u00e9cipitamment mon n\u00faud papillon et arracha les premiers boutons de ma chemise, d\u00e9couvrant mon cou. L&rsquo;homme s&rsquo;approcha de moi tout en mangeant. Avec son couteau il me fit une blessure \u00e0 la gorge et le sang se mit \u00e0 jaillir.<br \/>\nAu th\u00e9\u00e2tre Panique \u00a0\u00bb\u00a0l&rsquo;homme aux longs cheveux\u00a0\u00a0\u00bb \u00e9tait un chauve sans perruque.<br \/>\nLe metteur en sc\u00e8ne lui demande de jouer \u00a0\u00bb\u00a0les myst\u00e8res\u00a0\u00a0\u00bb et l&rsquo;homme aux longs cheveux, d\u00e9daignant l&rsquo;exception, joua dans un d\u00e9cor \u00a0\u00bb\u00a0quotidien\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nAlors que j&rsquo;arrivais \u00e0 la maison un enfant s&rsquo;est approch\u00e9 de moi et il m&rsquo;a dit qu&rsquo;on m&rsquo;attendait depuis longtemps. Il y avait partout des b\u00e9quilles et des pieds coup\u00e9s qui semblaient mordill\u00e9s.<br \/>\nL&rsquo;enfant m&rsquo;arrivait \u00e0 peine aux genoux, mais il avait une voix per\u00e7ante et il se mit \u00e0 crier : \u00a0\u00bb\u00a0Le voil\u00e0, le voil\u00e0 !\u00a0\u00a0\u00bb Et de tous c\u00f4t\u00e9s s&rsquo;\u00e9lev\u00e8rent des ricanements.<br \/>\nL&rsquo;enfant \u00e9tait mal v\u00eatu et nu-pieds. Il avait des cheveux longs et clairsem\u00e9s comme un adulte sur le point de devenir chauve. Ses mains \u00e9taient rid\u00e9es et il portait une sorte de soutane. Un chien d\u00e9guis\u00e9 en diable l&rsquo;accompagnait, on aurait dit qu&rsquo;il se moquait de moi.<br \/>\nL&rsquo;enfant m&rsquo;ordonna de m&rsquo;asseoir, il prit un couteau et me trancha un pied. Le chien se mit \u00e0 le mordiller. Je n&rsquo;osais rien dire. Le chien s&rsquo;assit de nouveau dans un coin. Je pensais que je devrais m&rsquo;en aller. Il y avait justement quelques b\u00e9quilles autour de moi. Mais l&rsquo;enfant me dit d&rsquo;attendre un instant ; avec le couteau il me coupa l&rsquo;autre pied et le jeta au chien. Alors j&rsquo;entendis rire aux \u00e9clats.<br \/>\nJ&rsquo;ai donn\u00e9 un coup de hache sur la t\u00eate du vieillard et elle a surgi du trou, nue. Elle est venue vers moi et je lui ai remis un crapaud auquel elle a donn\u00e9 le sein.<br \/>\nLe vieux a referm\u00e9 son cr\u00e2ne fendu en s&rsquo;aidant de ses mains. Puis des flammes ont commenc\u00e9 \u00e0 jaillir de ses pieds. Elle s&rsquo;est approch\u00e9e et elle a aval\u00e9 le feu.<br \/>\nNous sommes entr\u00e9s tous les deux, elle et moi, dans une maison, mais bient\u00f4t nous nous sommes aper\u00e7us que c&rsquo;\u00e9tait un grand \u00fauf transparent. Nous nous sommes enlac\u00e9s, et, lorsque j&rsquo;ai voulu m&rsquo;\u00e9carter d&rsquo;elle, j&rsquo;ai senti que nous formions un seul corps \u00e0 deux t\u00eates.<br \/>\nLe vieillard a souffl\u00e9 sur l&rsquo;\u00fauf qui s&rsquo;est envol\u00e9 en nous emportant tous deux.<br \/>\nJe sortais de l&rsquo;\u00e9cole en courant pour d\u00e9courager mes poursuivants.<br \/>\nD\u00e8s mon retour \u00e0 la maison je me r\u00e9fugiais dans ma chambre. A travers les rideaux je regardais mes petits camarades qui scandaient \u00a0\u00bb\u00a0grosse-t\u00eate, grosse-t\u00eate\u00a0\u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb\u00a0Quasi-modo, Quasi-modo\u00a0\u00ab\u00a0.<br \/>\nAlors je me d\u00e9shabillais compl\u00e8tement, je m&rsquo;examinais dans la glace de l&rsquo;armoire, et je voyais qu&rsquo;en effet, ma t\u00eate \u00e9tait tr\u00e8s grosse, et que je ressemblais \u00e0 Quasimodo. Je me mis \u00e0 pleurer. Les enfants criaient de plus en plus fort \u00a0\u00bb\u00a0grosse-t\u00eate\u00a0\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb\u00a0Quasi-modo\u00a0\u00ab\u00a0. Et je continuais \u00e0 m&rsquo;examiner, nu, dans la glace &#8211; en pleurant. Enfin je me masturbais.<br \/>\nJedermann hasse mich : man sagt ich habe den verfolgungswahn. Oui tout le monde me d\u00e9teste : on dit que j&rsquo;ai la manie de la pers\u00e9cution.<br \/>\nJ&rsquo;\u00e9tais sous les arcades d&rsquo;une place. Une femme est arriv\u00e9e et je me suis mis \u00e0 danser avec elle. L&rsquo;endroit paraissait solitaire et pourtant j&rsquo;avais peur qu&rsquo;on nous surpr\u00eet.<br \/>\nPuis j&rsquo;ai remarqu\u00e9 que la femme portait une jupe transparente tach\u00e9e de sperme. Alors j&rsquo;ai eu encore plus peur. Je l&rsquo;ai conduite \u00e0 une impasse ; je me suis plac\u00e9 avec elle sous un porche. J&rsquo;allais l&rsquo;enlacer quand un enfant nous a dit de partir parce que nous \u00e9tions dans une porcherie.<br \/>\nAttir\u00e9s par le bruit deux pr\u00eatres sont apparus. J&rsquo;ai craint qu&rsquo;ils me punissent mais ils se sont content\u00e9s de nous prier poliment de nous en aller. Apr\u00e8s ils ont rican\u00e9. Je me suis plac\u00e9 derri\u00e8re la femme pour que les pr\u00eatres ne voient pas sa jupe transparente et tach\u00e9e.<br \/>\nUn homme habill\u00e9 en \u00e9v\u00eaque, un fouet \u00e0 la main, me dit d&rsquo;entrer dans l&rsquo;\u00e9glise. Il me sembla que le porche \u00e9tait form\u00e9 par les deux cuisses d&rsquo;une g\u00e9ante agenouill\u00e9e.<br \/>\nDans un coin, devant moi, une femme dansa enti\u00e8rement cach\u00e9e par des voiles, de sorte que je pouvais seulement deviner ses formes. Je voulus chercher l&rsquo;autel mais je regardais la femme danser. Elle s&rsquo;approcha de moi et me demanda de toucher ses seins ; j&rsquo;avais peur qu&rsquo;on nous surpr\u00eet mais je lui ob\u00e9is. Alors elle \u00f4ta un de ses voiles et sous ma main, au lieu du sein, je sentis la t\u00eate d&rsquo;un nouveau-n\u00e9. La t\u00eate riait. Je retirai ma main et l&rsquo;enfant tomba \u00e0 terre. Il se mit \u00e0 pleurer, mais quand je me baissai pour le relever, il avait disparu.<br \/>\nAlors la femme m&rsquo;enla\u00e7a. J&rsquo;avais peur qu&rsquo;on me d\u00e9couvr\u00eet. J&rsquo;essayai de me d\u00e9gager, mais sans succ\u00e8s. En me d\u00e9battant j&rsquo;arrachai un de ses voiles, et je vis que ses bras \u00e9taient des grosses branches sans feuilles, et son visage me parut tr\u00e8s p\u00e2le et tout rid\u00e9. Elle rit, d\u00e9couvrant une bouche \u00e9dent\u00e9e.<br \/>\nJ&rsquo;entendis la voix de l&rsquo;enfant s&rsquo;\u00e9crier : \u00a0\u00bb\u00a0C&rsquo;est lui.\u00a0\u00a0\u00bb Je me retournai, et j&rsquo;aper\u00e7us sa t\u00eate sur la main de l&rsquo;homme habill\u00e9 en \u00e9v\u00eaque, qui me regardait fixement. Je voulus fuir, mais les branches de la femme m&#8217;emprisonnaient comme des tenailles.<br \/>\nDans l&rsquo;obscurit\u00e9 je vois les yeux du lion d&rsquo;Horba\u00eft. Ils sont fixes et ils me regardent. Je les regarde aussi, sans bouger.<br \/>\nTout \u00e0 coup dans l&rsquo;un d&rsquo;eux, j&rsquo;ai vu \u00e9crit p a n i q u e et dans l&rsquo;autre e s p o i r.<br \/>\nMais bien vite, le lion ferme les yeux, et il n&rsquo;y a plus que l&rsquo;obscurit\u00e9.<br \/>\nNous nous enlacions elle et moi sous la table. La nappe tombait jusqu&rsquo;au sol et personne ne pouvait nous voir. Je caressais ses seins et je craignais qu&rsquo;on nous surpr\u00eet.<br \/>\nUn grand crapaud se glissa aussi sous la table et grogna. Je voulus sortir mais elle me demanda de continuer mes caresses. Je m&rsquo;aper\u00e7us que chacun de ses seins s&rsquo;\u00e9tait chang\u00e9 en phallus.<br \/>\nTout \u00e0 coup j&rsquo;entendis le murmure des gens qui sans doute nous cherchaient. Elle me donna un couteau pour faire taire le crapaud. Je tranchai la gorge de l&rsquo;animal. Alors avec ses pattes il prit le couteau et \u00e9largit la plaie de son cou. Par le trou apparurent des grenouilles qui faisaient beaucoup de bruit et grimpaient sur nous de tous c\u00f4t\u00e9s.<br \/>\nElle me demanda de me r\u00e9fugier avec elle dans une grande cuve en bois remplie de sang pour \u00e9chapper aux grenouilles. Je pris place \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur avec elle. Je l&rsquo;enla\u00e7ai et je crus sentir que tout son corps \u00e9tait couvert de phallus.<br \/>\nAlors ma m\u00e8re souleva enfin la nappe, la lumi\u00e8re brilla, et je vis que ma compagne \u00e9tait un grand crapaud vert.<br \/>\nJe me trouvais dans des latrines \u00e9troites et sales. Un homme \u00e9tait avec moi couch\u00e9 sur le sol. Il ne parlait pas mais il gardait les yeux ouverts. Dans mon dos la plaie de l&rsquo;op\u00e9ration \u00e9tait \u00e0 vif ; j&rsquo;avais peur qu&rsquo;elle s&rsquo;infect\u00e2t \u00e0 cause de la salet\u00e9 qui m&rsquo;entourait. L&rsquo;homme respirait difficilement, j&rsquo;ai pens\u00e9 qu&rsquo;il allait mourir et qu&rsquo;il aurait donc, au dernier moment, assez de force pour cracher et m&rsquo;\u00e9clabousser.<br \/>\nMon dos me faisait tr\u00e8s mal et je voulais sortir des latrines. Enfin j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 m&rsquo;enfuir. Je suis entr\u00e9 dans une cour o\u00f9 des draps s\u00e9chaient. Se crois que j&rsquo;ai pass\u00e9 beaucoup de temps \u00e0 marcher entre les draps &#8211; pendus &#8211; qui formaient une sorte de labyrinthe.<br \/>\nEn essayant de sortir de la cour je me suis trouv\u00e9 brusquement devant une lucarne grillag\u00e9e. J&rsquo;ai regard\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur et j&rsquo;ai vu l&rsquo;homme, immobile, qui me regardait fixement. J&rsquo;ai eu tr\u00e8s peur et je suis reparti dans le labyrinthe de draps.<br \/>\nJe marchais toujours entre les draps. Je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 nouveau devant la lucarne. Je me suis dit que je ne devrais pas jeter un coup d&rsquo;\u00fail \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, mais je l&rsquo;ai fait. L&rsquo;homme m&rsquo;a regard\u00e9 fixement. J&rsquo;ai eu peur.<br \/>\nJe crois que j&rsquo;ai recommenc\u00e9 plusieurs fois. Mon dos me faisait tr\u00e8s mal et je voulais sortir de la cour. Mais je ne pouvais pas.<br \/>\nLe cur\u00e9 est venu voir ma m\u00e8re et il lui a dit que j&rsquo;\u00e9tais fou.<br \/>\nAlors, ma m\u00e8re m&rsquo;a attach\u00e9 \u00e0 ma chaise. Le cur\u00e9 m&rsquo;a fait un trou dans la nuque avec un bistouri et il m&rsquo;a extrait la pierre de la folie.<br \/>\nPuis ils m&rsquo;ont port\u00e9, pieds et poings li\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 la cath\u00e9drale des soumis.<br \/>\nLettre aux savants du monde entier.<br \/>\nMessieurs,<br \/>\nAvant de mourir, je tiens \u00e0 vous faire une r\u00e9v\u00e9lation importante, afin que vous puissiez prendre les mesures qui s&rsquo;imposent.<br \/>\nJ&rsquo;ai subi une op\u00e9ration qui m&rsquo;a caus\u00e9 de tr\u00e8s vives douleurs. Au moment o\u00f9 je souffrais le plus, je suis parvenu \u00e0 identifier des \u00eatres immat\u00e9riels. J&rsquo;ai pu v\u00e9rifier que ces \u00eatres se \u00a0\u00bb\u00a0nourrissaient\u00a0\u00a0\u00bb de mes souffrances. Je suis arriv\u00e9, apr\u00e8s de multiples exp\u00e9riences, \u00e0 la conclusion suivante : ces \u00eatres vivent dans notre entourage et, par pur instinct de conservation, ils tendent \u00e0 provoquer des souffrances chez les hommes. Pour y parvenir, ils essaient d&rsquo;augmenter tant nos d\u00e9tresses morales que nos souffrances physiques.<br \/>\nParfois, quand, enferm\u00e9 dans ma chambre, je r\u00e9ussis \u00e0 voir ma pens\u00e9e (c&rsquo;est une masse d&rsquo;eau qui flotte), et mon espoir (c&rsquo;est une main coup\u00e9e), j&rsquo;aper\u00e7ois aussi ces \u00eatres immat\u00e9riels : ils ressemblent \u00e0 des mouchoirs de papier (kleenex) qui volent.<br \/>\nJ&rsquo;esp\u00e8re que, gr\u00e2ce \u00e0 mes observations, vous vous trouverez bient\u00f4t en mesure de lutter contre ce terrible fl\u00e9au de l&rsquo;humanit\u00e9.<br \/>\nVeuillez agr\u00e9er, Messieurs, mes salutations distingu\u00e9es.<br \/>\nTous les deux, nous sommes \u00e0 cheval sur le balai. Nous volons et, pour ne pas tomber, je m&rsquo;agrippe \u00e0 Lis de toutes mes forces. Son dos est blanc et tr\u00e8s lisse.<br \/>\nD&rsquo;en bas, la vieille nous regarde, \u00e9dent\u00e9e, tout en grattant la t\u00eate d&rsquo;un singe reli\u00e9 \u00e0 elle par une cha\u00eene.<br \/>\nQuand le balai s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve dans les nues Lis rit, alors je m&rsquo;aper\u00e7ois que le balai me scie l&rsquo;entrejambe. La vieille sourit et le singe fait des bonds.<br \/>\nLa vieille m&rsquo;appelle : \u00a0\u00bb\u00a0Mon fils, mon fils, descends.\u00a0\u00a0\u00bb Je descends, alors elle m&rsquo;attache avec une cha\u00eene.<br \/>\nLe singe poursuit le voyage sur le balai avec Lis et rit aux \u00e9clats. La vieille les regarde et me gratte la t\u00eate.<br \/>\nJ&rsquo;ai plac\u00e9 une branche du compas sur son ventre et j&rsquo;ai trac\u00e9 plusieurs cercles concentriques, qui passaient tant\u00f4t par ses genoux, tant\u00f4t par son nombril ou bien encore sur son c\u00faur.<br \/>\nPour ne pas oublier son visage, je l&rsquo;ai imagin\u00e9 plein de chiffres.<br \/>\nPuis il s&rsquo;est mis \u00e0 pleuvoir, et elle est mont\u00e9e, debout, nue, sur un cheval.<br \/>\nJe tenais les brides. Des poissons sont tomb\u00e9s du ciel et ils passaient en riant entre ses jambes.<br \/>\nParfois, ma main droite se d\u00e9tache de mon bras \u00e0 la hauteur du poignet et elle va rejoindre ma main gauche. Je la serre avec force pour l&#8217;emp\u00eacher de tomber, car je pourrais la perdre. Je dois faire constamment attention \u00e0 elle pour \u00e9viter qu&rsquo;en un moment de distraction \u00e0 l&rsquo;heure de la replacer, je ne la mette \u00e0 l&rsquo;envers, la paume tourn\u00e9e vers l&rsquo;ext\u00e9rieur.<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant. \u00a0\u00bb Enfin, elle alluma une lampe minuscule et je pus voir son visage mais non son corps plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9.<br \/>\nJe lui dis : \u00a0\u00bb\u00a0Maman.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nElle me demanda de la prendre dans mes bras. Je la pris dans mes bras et je sentis ses ongles s&rsquo;enfoncer dans mes \u00e9paules : bient\u00f4t le sang jaillit, humide.<br \/>\nElle me dit : \u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant embrasse-moi.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJe m&rsquo;approchai et l&#8217;embrassai et je sentis des dents s&rsquo;enfoncer dans mon cou et le sang couler.<br \/>\nElle s&rsquo;\u00e9carta de moi un instant et je pus voir son ventre. J&rsquo;aper\u00e7us \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur un petit veau qui dormait\u00a0; son visage \u00e9tait semblable au mien.<br \/>\nElle \u00e9tait sur l&rsquo;autre rive, seul le fleuve nous s\u00e9parait, et je la regardais faire.<br \/>\nElle dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Pssss, pssss, psss\u00a0\u00a0\u00bb et je vis des poissons se pr\u00e9cipiter en foule. Quelques uns sortaient la t\u00eate hors de l&rsquo;eau un instant. Alors elle prit un enfant dans un landau qui se trouvait pr\u00e8s d&rsquo;elle, et elle le jeta \u00e0 l&rsquo;eau. Les poissons le d\u00e9vor\u00e8rent. Elle contempla la sc\u00e8ne d&rsquo;un air inquiet. Puis elle jeta un autre enfant, puis un autre et un autre encore. Elle examina l&rsquo;eau avec inqui\u00e9tude et s&rsquo;essuya les mains. Quand les poissons eurent mang\u00e9 tous les enfants, ils commenc\u00e8rent \u00e0 sortir la t\u00eate hors de l&rsquo;eau. On aurait dit qu&rsquo;ils voulaient parler. Elle semblait leur murmurer quelque chose d&rsquo;inintelligible. C&rsquo;est alors qu&rsquo;elle m&rsquo;appela.<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Viens mon tr\u00e9sor, passe le pont.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nJe passai le pont pour la rejoindre et lui r\u00e9pondis\u00a0:<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Oui, maman.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nLorsque je me mets \u00e0 \u00e9crire, l&rsquo;encrier s&#8217;emplit d&rsquo;espace, ma plume de temps et ma feuille blanche d&rsquo;harmonie.<br \/>\nAlors je ferme les yeux et, tandis que j&rsquo;entends l&rsquo;eau du robinet qui s&rsquo;\u00e9goutte, je vois l&rsquo;id\u00e9aliste d&rsquo;Inis poursuivi par le gardien du labyrinthe.<br \/>\nQuand j&rsquo;ouvre les yeux, l&rsquo;espace, le temps et l&rsquo;harmonie ont disparu et sur la feuille blanche, je peux commencer \u00e0 \u00e9crire :<br \/>\n\u00a0\u00bb\u00a0Lorsque je me mets \u00e0 \u00e9crire, l&rsquo;encrier s&#8217;emplit d&rsquo;espace, ma plume de&#8230;\u00a0\u00a0\u00bb Etc.<br \/>\nElle \u00e9tait debout sur le pi\u00e9destal et les colombes marchaient en l&rsquo;air autour d&rsquo;elle, en formant un cercle dont elle \u00e9tait le centre. C&rsquo;\u00e9taient des colombes blanches au cou et \u00e0 la t\u00eate noirs.<br \/>\nPuis je l&rsquo;ai plac\u00e9e sir le cerf-volant et je l&rsquo;ai fait s&rsquo;\u00e9lever peu \u00e0 peu. Les colombes, en marchant, continuaient \u00e0 tracer un cercle autour d&rsquo;elle.<br \/>\nElle m&rsquo;a dit du haut du ciel : \u00a0\u00bb\u00a0La source fut l&rsquo;espoir.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nLe cerf-volant montait, montait toujours malgr\u00e9 mes efforts pour le ramener sur terre. Je ne distinguais plus ni ses yeux ni ses cheveux. Puis elle a disparu.<br \/>\nDu ciel sont tomb\u00e9s les plumes de colombes et ses ongles laqu\u00e9s. Sur l&rsquo;un d&rsquo;eux \u00e9tait \u00e9crit en petits caract\u00e8res : \u00a0\u00bb\u00a0Le panique prendra la route de l&rsquo;imaginaire.\u00a0\u00a0\u00bb<br \/>\nSon sein est rond et pointu. Si je le regarde de pr\u00e8s, il est ferme et m\u00eame termin\u00e9 par une petite bulle. Quand je le regarde de loin, sa pointe s&rsquo;ouvre en deux l\u00e8vres qui m&rsquo;appellent. Je vois tr\u00e8s bien comme il devient, de blanc qu&rsquo;il \u00e9tait, couleur de grenade.<br \/>\nSes yeux sont ronds et pointus. Si je les regarde de pr\u00e8s, ils sont verts et ils m&rsquo;observent calmement et m\u00eame dans le blanc je ne vois plus que son pubis. Quand je les regarde de loin ses yeux se fendent en deux rang\u00e9es de cils qui m&rsquo;appellent.<br \/>\nAlors je vois ses yeux et, d\u00e9j\u00e0, tout est l\u00e8vres. Puis son pubis s&#8217;emplit d&rsquo;yeux et ses l\u00e8vres m&rsquo;appellent entre ses jambes.<br \/>\nElle me dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0La post\u00e9rit\u00e9 te concerne.\u00a0\u00a0\u00bb Et alors je me souviens d&rsquo;elle, quand nous nous promenions tous les deux, la main dans la main avant de nous ha\u00efr, l&rsquo;enfant et son idole.<br \/>\nElle me dit : \u00a0\u00bb\u00a0Continue ton \u00fauvre.\u00a0\u00a0\u00bb Et alors je me souviens d&rsquo;elle, quand elle faisait sa toilette le matin en ma pr\u00e9sence, et que, par moments, nous nous refl\u00e9tions tous les deux dans la glace, le fils et la m\u00e8re.<br \/>\nElle me dit : \u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u00bb\u00a0On aimera ce que tu \u00e9cris, apr\u00e8s ta mort, comme on aime les textes de Lautr\u00e9amont, de Rimbaud, de Victor Hugo.\u00a0\u00a0\u00bb Et alors, je me souviens d&rsquo;elle lorsqu&rsquo;elle m&rsquo;expliquait le sens des mots inconnus, et que nous \u00e9tions tous les deux dans la p\u00e9nombre de la chambre, le fils et la m\u00e8re, l&rsquo;enfant et l&rsquo;idole.<br \/>\nJ&rsquo;ai une bulle d&rsquo;air. Je la sens tr\u00e8s bien. Quand je suis triste, elle se fait plus lourde, et parfois, quand je pleure, on dirait une goutte de mercure.<br \/>\nJe la sens tr\u00e8s bien. Lorsque je suis content, elle se fait plus l\u00e9g\u00e8re, et parfois, lorsqu&rsquo;elle me parle, on croirait qu&rsquo;elle n&rsquo;existe pas.<br \/>\nLa bulle d&rsquo;air se prom\u00e8ne de mon cerveau \u00e0 mon c\u00faur et de mon c\u00faur \u00e0 mon cerveau.<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><a href=\"http:\/\/www.arrabal.org\/fpier.html#pierre\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.arrabal.org\/images\/top.gif\" alt=\"\" width=\"14\" height=\"14\" align=\"BOTTOM\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"color: #888888;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>13 JANVIER (et 14 )\u00a0\u00a0 INOUBLIAAAAAAAAAAAABLE Th\u00e9\u00e2tre Antoine Vitez (AIX) 19 h LA PIERRE DE LA FOLIE de\u00a0 Fernando Arrabal mise en sc\u00e8ne de Jacqueline Gudin Annie Savignat Nicole Saignes http:\/\/www.arrabal.org\/fpier.html &nbsp; &#8230;arrabalesques:\u00a0 http:\/\/www.arrabal.org\/fpier.html LA PIERRE DE LA FOLIE DEF. ARRABAL J&rsquo;ai une bulle d&rsquo;air\u00a0. Je la sens tr\u00e8s bien. Quand je suis triste, elle se fait plus lourde et parfois, quand je pleure, on dirait une goutte de mercure. La bulle d&rsquo;air se prom\u00e8ne de mon cerveau \u00e0 mon c\u00faur et de mon c\u00faur \u00e0 mon cerveau.***\u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant.\u00a0\u00a0\u00bb Enfin, elle alluma une lampe minuscule et je pus voir son visage mais non son corps plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Je lui dis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Maman.\u00a0\u00a0\u00bb Elle me demanda de la prendre dans mes bras. Je la pris dans mes bras et je sentis ses ongles s&rsquo;enfoncer dans mes \u00e9paules\u00a0: bient\u00f4t le sang jaillit, humide. Elle me dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant, embrasse-moi.\u00a0\u00a0\u00bb Je m&rsquo;approchai et l&#8217;embrassai et je sentis ses dents s&rsquo;enfoncer dans mon cou et le sang couler. Je m&rsquo;aper\u00e7us qu&rsquo;elle portait, pendue \u00e0 sa ceinture, une petite cage avec un moineau \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il \u00e9tait bless\u00e9 mais il chantait\u00a0: son sang \u00e9tait mon sang. *** Nous nous sommes enlac\u00e9s nus dans la campagne, et bient\u00f4t nous nous sommes \u00e9cart\u00e9s de la terre, et nous avons vol\u00e9 doucement. Sur la t\u00eate, nous portions des couronnes de fer. La brise nous a emport\u00e9s de-ci de-l\u00e0, et parfois nous tournions sur nous-m\u00eames, toujours unis, vertigineusement. Mais nos couronnes ne tombaient pas. Ainsi nous avons parcouru en quelques instants toutes sortes de r\u00e9gions, mes cuisses entre les siennes, ma joue contre la sienne et nos deux couronnes des touchant. Apr\u00e8s les ultimes convulsions, nous sommes revenus sur terre. Nous avons remarqu\u00e9 que nos couronnes nous avaient bless\u00e9s au front et que notre sang glissait. *** Elle me disait que je suis le soleil et elle la lune, que je suis le cube et elle la sph\u00e8re, que je suis l&rsquo;or et elle l&rsquo;argent. Alors de tout mon corps sortaient des flammes et de tous les pores de son corps, de la pluie. Nous nous \u00e9treignions et mes flammes se m\u00ealaient \u00e0 sa pluie et d&rsquo;infinis arcs-en-ciel se formaient autour de nous. Ce fut alors qu&rsquo;elle m&rsquo;apprit que je suis le feu, et elle, l&rsquo;eau. *** Le cur\u00e9 est venu voir ma m\u00e8re et il lui a dit que j&rsquo;\u00e9tais fou. Alors ma m\u00e8re m&rsquo;a attach\u00e9 \u00e0 ma chaise. Le cur\u00e9 m&rsquo;a fait un trou dans la nuque avec un bistouri et il m&rsquo;a extrait la pierre de la folie. Puis ils m&rsquo;ont port\u00e9, pieds et poings li\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 la nef des fous. *** Un jour en me regardant la glace, je remarquai que trois morceaux de ma t\u00eate tombaient comme si c&rsquo;\u00e9taient trois petits pav\u00e9s. Je parvins \u00e0 les replacer avec soin. Le lendemain sept morceaux sont tomb\u00e9s. En effet, on aurait dit des petits pav\u00e9s. Je les remis en prenant bien soin de ne pas les changer de place. Depuis lors tous les matins des morceaux de ma t\u00eate tombent et m\u00eame des morceaux de visage. Quelquefois la moiti\u00e9 de ma t\u00eate s&rsquo;\u00e9boule. Je dois passer des heures enti\u00e8res dans la salle de bain \u00e0 remettre les morceaux. Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai surpris la famille qui disait derri\u00e8re mon dos\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Il devient de plu sen plus bizarre\u00a0; maintenant il lui a pris la manie de ne plus remuer du tout la t\u00eate et de s&rsquo;enfermer des heures et des heures dans la salle de bains.\u00a0\u00ab\u00a0 *** Quand je pense \u00e0 ma m\u00e9moire la dame appara\u00eet ainsi que le fou noir dans le coin de ma chambre. Quand je pense \u00e0 mon imagination je vos passer devant moi le lion de Copenhague. Quand je pense \u00e0 mes r\u00eaves le sol se couvre de chapeaux melons. Et quand dans la p\u00e9nombre de ma table de travail j&rsquo;\u00e9cris R I E N, sur mon pouce je peux lire en lettres phosphorescentes le mot T O U T. *** Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 je ne vois que les yeux du Sphinx de Tanis. Ils sont fixes et ils me regardent. Je les regarde aussi sans bouger. Tout \u00e0 coup, dans l&rsquo;un de ses yeux, j&rsquo;ai vu \u00e9crit P E U R, et dans l&rsquo;autre E S P O I R. Mais bien vite le Sphinx ferme les yeux et je ne vois plus que l&rsquo;obscurit\u00e9. *** Derri\u00e8re il y a une nonne et une grande po\u00eale sur le feu. Je crois qu&rsquo;elle fait une omelette car je vois pr\u00e8s d&rsquo;elle deux gigantesques \u00faufs. Je m&rsquo;approche, elle me regarde fixement et j&rsquo;aper\u00e7ois sous sa robe deux cuisses de grenouille \u00e0 la place des jambes. Dans la po\u00eale il y un homme qui a l&rsquo;air indiff\u00e9rent. De temps en temps il sort un pied &#8211; peut-\u00eatre a-t-il chaud &#8211; mais la nonne l&rsquo;en emp\u00eache. Maintenant l&rsquo;homme ne bouge plus et une sorte de bouillon qui sent le consomm\u00e9 le recouvre compl\u00e8tement. La soupe devient tr\u00e8s \u00e9paisse, je ne le vois plus. La nonne me dit de venir dans un coin. Je l&rsquo;accompagne. Elle se met \u00e0 me parler et \u00e0 me d\u00e9biter des obsc\u00e9nit\u00e9s. Pour mieux la comprendre je m&rsquo;approche d&rsquo;elle. 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ARRABAL J&rsquo;ai une bulle d&rsquo;air\u00a0. Je la sens tr\u00e8s bien. Quand je suis triste, elle se fait plus lourde et parfois, quand je pleure, on dirait une goutte de mercure. La bulle d&rsquo;air se prom\u00e8ne de mon cerveau \u00e0 mon c\u00faur et de mon c\u00faur \u00e0 mon cerveau.***\u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant.\u00a0\u00a0\u00bb Enfin, elle alluma une lampe minuscule et je pus voir son visage mais non son corps plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Je lui dis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Maman.\u00a0\u00a0\u00bb Elle me demanda de la prendre dans mes bras. Je la pris dans mes bras et je sentis ses ongles s&rsquo;enfoncer dans mes \u00e9paules\u00a0: bient\u00f4t le sang jaillit, humide. Elle me dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant, embrasse-moi.\u00a0\u00a0\u00bb Je m&rsquo;approchai et l&#8217;embrassai et je sentis ses dents s&rsquo;enfoncer dans mon cou et le sang couler. Je m&rsquo;aper\u00e7us qu&rsquo;elle portait, pendue \u00e0 sa ceinture, une petite cage avec un moineau \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il \u00e9tait bless\u00e9 mais il chantait\u00a0: son sang \u00e9tait mon sang. *** Nous nous sommes enlac\u00e9s nus dans la campagne, et bient\u00f4t nous nous sommes \u00e9cart\u00e9s de la terre, et nous avons vol\u00e9 doucement. Sur la t\u00eate, nous portions des couronnes de fer. La brise nous a emport\u00e9s de-ci de-l\u00e0, et parfois nous tournions sur nous-m\u00eames, toujours unis, vertigineusement. Mais nos couronnes ne tombaient pas. Ainsi nous avons parcouru en quelques instants toutes sortes de r\u00e9gions, mes cuisses entre les siennes, ma joue contre la sienne et nos deux couronnes des touchant. Apr\u00e8s les ultimes convulsions, nous sommes revenus sur terre. Nous avons remarqu\u00e9 que nos couronnes nous avaient bless\u00e9s au front et que notre sang glissait. *** Elle me disait que je suis le soleil et elle la lune, que je suis le cube et elle la sph\u00e8re, que je suis l&rsquo;or et elle l&rsquo;argent. Alors de tout mon corps sortaient des flammes et de tous les pores de son corps, de la pluie. Nous nous \u00e9treignions et mes flammes se m\u00ealaient \u00e0 sa pluie et d&rsquo;infinis arcs-en-ciel se formaient autour de nous. Ce fut alors qu&rsquo;elle m&rsquo;apprit que je suis le feu, et elle, l&rsquo;eau. *** Le cur\u00e9 est venu voir ma m\u00e8re et il lui a dit que j&rsquo;\u00e9tais fou. Alors ma m\u00e8re m&rsquo;a attach\u00e9 \u00e0 ma chaise. Le cur\u00e9 m&rsquo;a fait un trou dans la nuque avec un bistouri et il m&rsquo;a extrait la pierre de la folie. 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Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai surpris la famille qui disait derri\u00e8re mon dos\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Il devient de plu sen plus bizarre\u00a0; maintenant il lui a pris la manie de ne plus remuer du tout la t\u00eate et de s&rsquo;enfermer des heures et des heures dans la salle de bains.\u00a0\u00ab\u00a0 *** Quand je pense \u00e0 ma m\u00e9moire la dame appara\u00eet ainsi que le fou noir dans le coin de ma chambre. Quand je pense \u00e0 mon imagination je vos passer devant moi le lion de Copenhague. Quand je pense \u00e0 mes r\u00eaves le sol se couvre de chapeaux melons. Et quand dans la p\u00e9nombre de ma table de travail j&rsquo;\u00e9cris R I E N, sur mon pouce je peux lire en lettres phosphorescentes le mot T O U T. *** Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 je ne vois que les yeux du Sphinx de Tanis. Ils sont fixes et ils me regardent. Je les regarde aussi sans bouger. Tout \u00e0 coup, dans l&rsquo;un de ses yeux, j&rsquo;ai vu \u00e9crit P E U R, et dans l&rsquo;autre E S P O I R. 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ARRABAL J&rsquo;ai une bulle d&rsquo;air\u00a0. Je la sens tr\u00e8s bien. Quand je suis triste, elle se fait plus lourde et parfois, quand je pleure, on dirait une goutte de mercure. La bulle d&rsquo;air se prom\u00e8ne de mon cerveau \u00e0 mon c\u00faur et de mon c\u00faur \u00e0 mon cerveau.***\u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant.\u00a0\u00a0\u00bb Enfin, elle alluma une lampe minuscule et je pus voir son visage mais non son corps plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Je lui dis\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Maman.\u00a0\u00a0\u00bb Elle me demanda de la prendre dans mes bras. Je la pris dans mes bras et je sentis ses ongles s&rsquo;enfoncer dans mes \u00e9paules\u00a0: bient\u00f4t le sang jaillit, humide. Elle me dit\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Mon enfant, mon enfant, embrasse-moi.\u00a0\u00a0\u00bb Je m&rsquo;approchai et l&#8217;embrassai et je sentis ses dents s&rsquo;enfoncer dans mon cou et le sang couler. Je m&rsquo;aper\u00e7us qu&rsquo;elle portait, pendue \u00e0 sa ceinture, une petite cage avec un moineau \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il \u00e9tait bless\u00e9 mais il chantait\u00a0: son sang \u00e9tait mon sang. *** Nous nous sommes enlac\u00e9s nus dans la campagne, et bient\u00f4t nous nous sommes \u00e9cart\u00e9s de la terre, et nous avons vol\u00e9 doucement. Sur la t\u00eate, nous portions des couronnes de fer. La brise nous a emport\u00e9s de-ci de-l\u00e0, et parfois nous tournions sur nous-m\u00eames, toujours unis, vertigineusement. Mais nos couronnes ne tombaient pas. Ainsi nous avons parcouru en quelques instants toutes sortes de r\u00e9gions, mes cuisses entre les siennes, ma joue contre la sienne et nos deux couronnes des touchant. Apr\u00e8s les ultimes convulsions, nous sommes revenus sur terre. Nous avons remarqu\u00e9 que nos couronnes nous avaient bless\u00e9s au front et que notre sang glissait. *** Elle me disait que je suis le soleil et elle la lune, que je suis le cube et elle la sph\u00e8re, que je suis l&rsquo;or et elle l&rsquo;argent. Alors de tout mon corps sortaient des flammes et de tous les pores de son corps, de la pluie. Nous nous \u00e9treignions et mes flammes se m\u00ealaient \u00e0 sa pluie et d&rsquo;infinis arcs-en-ciel se formaient autour de nous. Ce fut alors qu&rsquo;elle m&rsquo;apprit que je suis le feu, et elle, l&rsquo;eau. *** Le cur\u00e9 est venu voir ma m\u00e8re et il lui a dit que j&rsquo;\u00e9tais fou. Alors ma m\u00e8re m&rsquo;a attach\u00e9 \u00e0 ma chaise. Le cur\u00e9 m&rsquo;a fait un trou dans la nuque avec un bistouri et il m&rsquo;a extrait la pierre de la folie. Puis ils m&rsquo;ont port\u00e9, pieds et poings li\u00e9s, jusqu&rsquo;\u00e0 la nef des fous. *** Un jour en me regardant la glace, je remarquai que trois morceaux de ma t\u00eate tombaient comme si c&rsquo;\u00e9taient trois petits pav\u00e9s. Je parvins \u00e0 les replacer avec soin. Le lendemain sept morceaux sont tomb\u00e9s. En effet, on aurait dit des petits pav\u00e9s. Je les remis en prenant bien soin de ne pas les changer de place. Depuis lors tous les matins des morceaux de ma t\u00eate tombent et m\u00eame des morceaux de visage. Quelquefois la moiti\u00e9 de ma t\u00eate s&rsquo;\u00e9boule. Je dois passer des heures enti\u00e8res dans la salle de bain \u00e0 remettre les morceaux. Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai surpris la famille qui disait derri\u00e8re mon dos\u00a0: \u00a0\u00bb\u00a0Il devient de plu sen plus bizarre\u00a0; maintenant il lui a pris la manie de ne plus remuer du tout la t\u00eate et de s&rsquo;enfermer des heures et des heures dans la salle de bains.\u00a0\u00ab\u00a0 *** Quand je pense \u00e0 ma m\u00e9moire la dame appara\u00eet ainsi que le fou noir dans le coin de ma chambre. Quand je pense \u00e0 mon imagination je vos passer devant moi le lion de Copenhague. Quand je pense \u00e0 mes r\u00eaves le sol se couvre de chapeaux melons. Et quand dans la p\u00e9nombre de ma table de travail j&rsquo;\u00e9cris R I E N, sur mon pouce je peux lire en lettres phosphorescentes le mot T O U T. *** Dans l&rsquo;obscurit\u00e9 je ne vois que les yeux du Sphinx de Tanis. Ils sont fixes et ils me regardent. Je les regarde aussi sans bouger. Tout \u00e0 coup, dans l&rsquo;un de ses yeux, j&rsquo;ai vu \u00e9crit P E U R, et dans l&rsquo;autre E S P O I R. Mais bien vite le Sphinx ferme les yeux et je ne vois plus que l&rsquo;obscurit\u00e9. *** Derri\u00e8re il y a une nonne et une grande po\u00eale sur le feu. Je crois qu&rsquo;elle fait une omelette car je vois pr\u00e8s d&rsquo;elle deux gigantesques \u00faufs. Je m&rsquo;approche, elle me regarde fixement et j&rsquo;aper\u00e7ois sous sa robe deux cuisses de grenouille \u00e0 la place des jambes. Dans la po\u00eale il y un homme qui a l&rsquo;air indiff\u00e9rent. De temps en temps il sort un pied &#8211; peut-\u00eatre a-t-il chaud &#8211; mais la nonne l&rsquo;en emp\u00eache. Maintenant l&rsquo;homme ne bouge plus et une sorte de bouillon qui sent le consomm\u00e9 le recouvre compl\u00e8tement. La soupe devient tr\u00e8s \u00e9paisse, je ne le vois plus. La nonne me dit de venir dans un coin. Je l&rsquo;accompagne. Elle se met \u00e0 me parler et \u00e0 me d\u00e9biter des obsc\u00e9nit\u00e9s. Pour mieux la comprendre je m&rsquo;approche d&rsquo;elle. Quelqu&rsquo;un rit derri\u00e8re nous. Je regarde les mains de la nonne et je d\u00e9couvre deux pattes de grenouille. Je suis nu\u00a0: j&rsquo;ai peur qu&rsquo;on me voie dans cet \u00e9tat. Elle me dit de prendre place dans la grande po\u00eale pour que personne ne me surprenne. Je m&rsquo;y place. Le bouillon devient de plus en plus br\u00fblant\u00a0: j&rsquo;essaie de sortir un pied de la po\u00eale mais la nonne m&rsquo;en emp\u00eache. Soudain le consomm\u00e9 me recouvre compl\u00e8tement et je sens que la chaleur augmente sans cesse. Maintenant je br\u00fble. *** Lorsque je me mets \u00e0 \u00e9crire l&rsquo;encrier s&#8217;emplit de vers, ma plume de r\u00eaves et le papier blanc d&rsquo;id\u00e9es. Alors je ferme les yeux, et tandis que j&rsquo;entends le ronron du po\u00eale, je vois tourner autour de mon cerveau, minuscules, la-belle-Lis poursuivie par la m\u00e8re-abusive. Quand j&rsquo;ouvre les yeux, les vers, les r\u00eaves et les id\u00e9es ont disparu, et sur la feuille blanche je peux commencer \u00e0 \u00e9crire\u00a0: *** Elle s&rsquo;avance dans la rue devant moi. Tout \u00e0 coup je me rends compte que, malgr\u00e9 la circulation tr\u00e8s dense, elle est debout sur un taureau qui la porte doucement. Aussit\u00f4t, un oiseau plus grand qu&rsquo;une colombe et dont j&rsquo;ignore le nom se juche sur sa t\u00eate. Elle tient \u00e0 la main l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 d&rsquo;une cha\u00eene qui tra\u00eene \u00e0 terre. Je la regarde et j&rsquo;observe que ses pieds nus touchent l&rsquo;\u00e9chine du taureau. Et je les suis tous deux dans les rues. Je m&rsquo;arr\u00eate un moment et je remarque alors que la cha\u00eene est attach\u00e9e \u00e0 mon pied droit par un anneau sur lequel je lis\u00a0: P A N. *** A mon r\u00e9veil je vis que le chat, sur la commode, me regardait fixement, immobile. Il avait peut-\u00eatre pass\u00e9 la nuit dans cette attitude. (Alors je me souvins de mon r\u00eave\u00a0: tandis que je dormais un chat m&rsquo;observait, immobile, sur la commode, et en m&rsquo;\u00e9veillant je le voyais se jeter sur moi et me griffer le visage.) Je n&rsquo;eus pas le temps de me prot\u00e9ger, le chat sauta sur moi et me balafra la joue droite. Je me regardai dans la glace et je vis que mon sang avait trac\u00e9 sur mon visage le mot \u00a0\u00bb\u00a0Science\u00a0\u00ab\u00a0. *** Les deux poissons avaient le corps constell\u00e9 d&rsquo;\u00e9toiles et une corde pass\u00e9e autour de leur queue leur servait de lien. Ils volaient dans les airs, voil\u00e0 pourquoi P [&hellip;]","og_url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/","og_site_name":"Ceci n\u2019est pas un blog","article_published_time":"2013-01-10T08:48:18+00:00","article_modified_time":"2015-08-19T12:58:21+00:00","og_image":[{"width":650,"height":383,"url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/01\/oscarw.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"fernandoarrabal","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"fernandoarrabal","Dur\u00e9e de lecture est.":"57 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/","name":"Arrabal \u00e0 Aix... follement! - Ceci n\u2019est pas un blog","isPartOf":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/01\/oscarw.jpg","datePublished":"2013-01-10T08:48:18+00:00","dateModified":"2015-08-19T12:58:21+00:00","author":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/#primaryimage","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/01\/oscarw.jpg","contentUrl":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2013\/01\/oscarw.jpg","width":"650","height":"383","caption":"collage de Jordi Soler"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2013\/01\/10\/3518\/arrabal-a-aix-follement\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Arrabal \u00e0 Aix&#8230; follement!"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#website","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/","name":"Ceci n\u2019est pas un blog","description":"Fernando Arrabal","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/03f79100f4c863d602fcd462cb418c8e","name":"fernandoarrabal","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/8e01ce8140fb7ab19645728d216ba3e9?s=96&d=mm&r=g","caption":"fernandoarrabal"},"url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/author\/fernandoarrabal\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3518"}],"collection":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3518"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3518\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3519"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3518"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3518"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3518"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}