﻿{"id":2869,"date":"2012-02-17T10:28:29","date_gmt":"2012-02-17T08:28:29","guid":{"rendered":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?p=2869"},"modified":"2015-08-20T16:37:04","modified_gmt":"2015-08-20T14:37:04","slug":"f-arrabal-et-l%e2%80%99exil-liberateur-%c2%a1viva-la-muerte-ou-l%e2%80%99expression-du-traumatisme-sans-tabous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2012\/02\/17\/2869\/f-arrabal-et-l%e2%80%99exil-liberateur-%c2%a1viva-la-muerte-ou-l%e2%80%99expression-du-traumatisme-sans-tabous\/","title":{"rendered":"F.Arrabal et l\u2019exil lib\u00e9rateur&nbsp;: \u00a1Viva la muerte&nbsp;!  ou l\u2019expression du traumatisme sans tabous"},"content":{"rendered":"<h3>Fernando Arrabal et l\u2019exil lib\u00e9rateur\u00a0: <em>\u00a1Viva la muerte\u00a0! <\/em>(1971) ou l\u2019expression du traumatisme sans tabous<\/h3>\n<p>Par <a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?auteur4\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #000080;\">Antoine Fraile<\/span><\/span><\/a><br \/>\nMercredi 1er f\u00e9vrier 2012, revue <em>QUAINA<\/em>, Universit\u00e9 d&rsquo;Angers, num\u00e9ro sp\u00e9cial&#8230;<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Vouloir parler de Fernando Arrabal sans \u00eatre ni sp\u00e9cialiste de la postmodernit\u00e9 ni psychanalyste pourrait para\u00eetre tr\u00e8s pr\u00e9somptueux, mais dans le souvenir lointain d\u2019un film, vu pour la premi\u00e8re fois il y a pr\u00e8s de 40 ans, reste le choc ressenti par la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre cin\u00e9matographique qui tranchait alors fortement avec l\u2019ensemble de la production, tant sur le plan esth\u00e9tique que narratif.<br \/>\nDans le documentaire d\u2019Emmanuel Vincenot et Ram\u00f3n Su\u00e1rez, consacr\u00e9 \u00e0 Fernando Arrabal<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn1\"><span style=\"color: #000080;\">[1]<\/span><\/a>, Bernard-Henri L\u00e9vy retient de <em>\u00a1Viva la muerte\u00a0!<\/em> \u00e0 la fois \u00ab\u00a0la fantaisie et la radicalit\u00e9\u00a0\u00bb, et parle d\u2019un film \u00ab\u00a0o\u00f9 nous retrouvons le tragique de la condition humaine, mais pas pris au s\u00e9rieux<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn2\"><span style=\"color: #000080;\">[2]<\/span><\/a>\u00a0\u00bb<br \/>\nReprenant dans son titre ce qui \u00e9tait le cri de guerre de Mill\u00e1n Astray et des l\u00e9gionnaires fascistes du Tercio, Arrabal situe sa narration \u00e0 la fin de la Guerre Civile espagnole.<br \/>\nMais si l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale et filmique d\u2019Arrabal a connu un retentissement consid\u00e9rable, cet auteur est un peu injustement oubli\u00e9 et c\u2019est pourquoi il est indispensable de poser quelques rep\u00e8res pour mieux comprendre <em>\u00a1Viva la muerte\u00a0!<\/em> qui se veut \u00eatre partiellement autobiographique.<br \/>\nMais c\u2019est une autobiographie repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents niveaux qu\u2019il faut \u00e0 chaque instant d\u00e9coder et o\u00f9 le traumatisme de la dictature qui s\u2019abat sur l\u2019Espagne en 1939 est pr\u00e9sent en permanence au point de constituer la pierre d\u2019achoppement de l\u2019\u0153uvre. C\u2019est \u00e0 partir de ces repr\u00e9sentations multiples que se pose la question de l\u2019exil, puisque <em>\u00a1Viva la muerte\u00a0!<\/em> est un film con\u00e7u en France et tourn\u00e9 en fran\u00e7ais dans sa version originale. Mais il ne pouvait en \u00eatre autrement en 1971\u00a0!<br \/>\nN\u00e9 \u00e0 Melilla enclave espagnole en territoire marocain, en 1932, Fernando Arrabal voit son p\u00e8re rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique lors du soul\u00e8vement du 18 Juillet 1936, arr\u00eat\u00e9 sous ses yeux et \u00e0 ce titre condamn\u00e9 \u00e0 mort pour r\u00e9bellion militaire.<\/p>\n<p>Emprisonn\u00e9 jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1941, celui-ci s\u2019\u00e9vade de l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9, \u00e9tant suppos\u00e9 malade mental, mais on ne retrouvera plus jamais aucune trace de lui. Fando vit, d\u00e9sormais, avec sa m\u00e8re qui va se d\u00e9placer de Ciudad Rodrigo \u00e0 Burgos, alors capitale de l\u2019Espagne franquiste, puis \u00e0 Madrid \u00e0 la fin de la guerre.<br \/>\nLe petit Fernando va, de ce fait, poursuivre sa scolarit\u00e9 dans des \u00e9coles religieuses. En 1954, il se rend \u00e0 Paris pour voir la pi\u00e8ce de Bertold Brecht, <em>M\u00e8re Courage et ses enfants<\/em>, qui est jou\u00e9e par le Berliner Ensemble. Il y revient d\u00e9finitivement en 1955, choisissant d\u2019y vivre \u00ab\u00a0desterrado\u00a0\u00bb, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0priv\u00e9 de terre\u00a0\u00bb, apatride, mi-expatri\u00e9, mi-exil\u00e9. Un exil qu\u2019il a choisi, le consid\u00e9rant comme sa terre d\u2019accueil.<br \/>\nAuteur prolixe et prot\u00e9iforme, Fernando Arrabal, qui d\u00e9clare avoir d\u00e9test\u00e9 le cin\u00e9ma lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant, a r\u00e9alis\u00e9 sept films. <em>\u00a1 Viva la muerte\u00a0!<\/em> (1971) est le premier d\u2019une trilogie o\u00f9 la Guerre Civile et la r\u00e9pression franquiste occupent une place importante. Suivront <em>J\u2019irai comme un cheval fou <\/em>(1973), puis <em>l\u2019Arbre de Guernica <\/em>(1975), mais c\u2019est sans conteste le premier qui a connu le succ\u00e8s le plus important et suscit\u00e9 les pol\u00e9miques les plus virulentes. Le film est tr\u00e8s fortement inspir\u00e9 de la propre vie d\u2019Arrabal et du drame familial qui a marqu\u00e9 son enfance.<\/p>\n<dl id=\"attachment_2870\" class=\"wp-caption alignright\" style=\"width: 336px;\">\n<dt class=\"wp-caption-dt\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2870  \" src=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2012\/02\/segell.jpg\" alt=\"Collage : Jordi Soler\" width=\"336\" height=\"391\" srcset=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2012\/02\/segell.jpg 700w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2012\/02\/segell-257x300.jpg 257w, https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2012\/02\/segell-620x721.jpg 620w\" sizes=\"(max-width: 336px) 100vw, 336px\" \/><\/a><\/dt>\n<dd class=\"wp-caption-dd\">Collage : Jordi Soler<\/dd>\n<\/dl>\n<p>Dans le film, Fando est hant\u00e9 par le traumatisme qu\u2019il a subi lors de l\u2019arrestation brutale de son p\u00e8re. Il va d\u00e9couvrir, dans une lettre que sa m\u00e8re a envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses oncles, qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de cette arrestation\u00a0:<\/p>\n<p><em>Mon mari est un ren\u00e9gat qui a compromis le bonheur des siens pour de mauvaises id\u00e9es, progressistes et dangereuses. Mon devoir est de le d\u00e9noncer aux autorit\u00e9s afin qu\u2019il soit arr\u00eat\u00e9 au plus vite<\/em><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn3\"><span style=\"color: #000080;\">[3]<\/span><\/a><em>. <\/em><\/p>\n<p>Une r\u00e9v\u00e9lation que sa m\u00e8re ne lui confirme qu\u2019\u00e0 la fin du film. Lorsque Fando lui demande avec insistance\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Est ce que tu l\u2019as d\u00e9nonc\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb <\/em>et sa m\u00e8re de r\u00e9pondre<em> : <\/em><\/p>\n<p><em>Je n\u2019ai dit que la v\u00e9rit\u00e9. Il aurait d\u00fb le dire d\u00e8s le premier jour. A cause de mon t\u00e9moignage, de mon attitude soumise, ils ont \u00e9t\u00e9 plus indulgents envers lui. Toute sa vie, il m\u2019aura rendu le mal pour le bien<\/em><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn4\"><sup><sup><span style=\"color: #000080;\">[4]<\/span><\/sup><\/sup><\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>Il serait l\u00e9gitime, \u00e0 ce stade de l\u2019analyse de se poser la question de savoir si la m\u00e8re d\u2019Arrabal a r\u00e9ellement d\u00e9nonc\u00e9 son p\u00e8re\u00a0? Nous ne pouvons apporter ici qu\u2019une r\u00e9ponse fragmentaire et m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 a pu \u00eatre tout autre, c\u2019est en tout cas le choix que l\u2019auteur a fait dans cette \u0153uvre.<br \/>\nQuoi qu\u2019il en soit, cela est du domaine du plausible, tant le sch\u00e9ma du clivage id\u00e9ologique au sein des familles est un fait \u00e9tabli, \u00e0 fortiori au sein d\u2019un couple. Et si bon nombre d\u2019entre eux n\u2019ont pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 ces tensions, ni aux s\u00e9parations impos\u00e9es par la guerre, ces divisions n\u2019entra\u00een\u00e8rent pas de facto la d\u00e9nonciation\u00a0!<br \/>\nD\u00e8s le d\u00e9but du film, Arrabal choisit de contextualiser sa narration dans une s\u00e9quence o\u00f9 un camion muni d\u2019un haut parleur diffuse le communiqu\u00e9 du 1<sup>er<\/sup> avril 1939, annon\u00e7ant la fin de la guerre et la victoire des franquistes mais un communiqu\u00e9 qu\u2019il modifie en lui ajoutant deux phrases suppl\u00e9mentaires\u00a0:<\/p>\n<p><em>les traitres seront extermin\u00e9s. Si n\u00e9cessaire nous tuerons la moiti\u00e9 du pays. \u00a1Viva la muerte\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>Ainsi, Arrabal nous livre d\u2019entr\u00e9e de jeu la lettre du communiqu\u00e9 qui marque la naissance officielle de l\u2019Espagne franquiste et il y ajoute l\u2019esprit\u00a0: violence et vengeance, vainqueurs et vaincus, qui sont quelques paradigmes de la dictature franquiste.<br \/>\nDans une s\u00e9quence post\u00e9rieure, Arrabal choisit \u00e9galement de repr\u00e9senter l\u2019important instrument de propagande qu\u2019\u00e9taient les actualit\u00e9s cin\u00e9matographiques, le NO-DO<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn5\"><span style=\"color: #000080;\">[5]<\/span><\/a>. Alors que la guerre est finie officiellement, ce sont encore des images de combats qui sont diffus\u00e9es, sans que nous parvenions \u00e0 identifier si ce sont r\u00e9ellement des images d\u2019archives de la Guerre Civile ou d\u2019un autre conflit, ce que l\u2019observation des uniformes rend vraisemblable. Quant aux commentaires de la voix off, ils sont purement r\u00e9\u00e9crits et portent la patte sarcastique de Fernando Arrabal qui prend un malin plaisir \u00e0 tourner en d\u00e9rision les militaires\u00a0:<\/p>\n<p><em>nos troupes attaqu\u00e8rent simultan\u00e9ment \u00e0 gauche, \u00e0 droite et au centre [&#8230;].<br \/>\npour aboutir \u00e0 l\u2019occupation de deux hauteurs \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du front [&#8230;].<br \/>\nle gouvernement qui \u00e9tait le mis\u00e9rable b\u00e2tard du concubinage des rouges et des socialistes [&#8230;]<br \/>\nl\u2019arm\u00e9e b\u00e9nie par la sainte \u00e9glise tient \u00e0 jamais les r\u00eanes du pouvoir&#8230;. <\/em><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn6\"><sup><sup><span style=\"color: #000080;\">[6]<\/span><\/sup><\/sup><\/a><\/p>\n<p>Le discours excessif du r\u00e9gime est amplifi\u00e9 par l\u2019auteur, qui r\u00e9ussit ainsi \u00e0 le rendre parfaitement ridicule.<br \/>\nLa mis\u00e8re et les privations de l\u2019apr\u00e8s-guerre sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9es \u00e0 travers plusieurs sc\u00e8nes\u00a0: dans l\u2019une un enfant d\u00e9vore une mouche, ailleurs des insectes font la garniture d\u2019un sandwich et plus loin Fando mange la t\u00eate d\u2019un l\u00e9zard. A un autre moment, nous d\u00e9couvrons la famille r\u00e9unie autour de la table qui trie les lentilles en r\u00e9citant l\u2019Ave Maria. Ces lentilles qui furent pendant la guerre l\u2019un des plats les plus fr\u00e9quents, \u00e0 tel point qu\u2019elles furent appel\u00e9es \u00ab\u00a0les petites pilules du Dr Negr\u00edn\u00a0\u00bb.<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn7\"><span style=\"color: #000080;\">[7]<\/span><\/a><\/p>\n<p>L\u2019Espagne franquiste que nous montre et que d\u00e9nonce Arrabal c\u2019est un r\u00e9gime o\u00f9 les militaires r\u00e8gnent avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019Eglise catholique qui impose des pratiques dignes de l\u2019Inquisition. A l\u2019\u00e9cole, une religieuse fait fonction d\u2019institutrice pour imposer aux enfants un enseignement orient\u00e9 et r\u00e9pressif.<br \/>\nFace \u00e0 cet environnement dont Arrabal nous fait une repr\u00e9sentation aussi tragique que grotesque, il y a l\u2019interpr\u00e9tation que s\u2019en fait l\u2019enfant Fando, dans ses r\u00eaves et ses visions.<br \/>\nLa distinction entre ces deux niveaux de repr\u00e9sentation est op\u00e9r\u00e9e par les couleurs utilis\u00e9es. Au premier niveau la couleur classique du film et au deuxi\u00e8me niveau l\u2019utilisation d\u2019un filtre monochrome qui donne des images rouges, mauves, vertes ou grises pour repr\u00e9senter les fantasmes et le traumatisme de Fando, aliment\u00e9 par ses fantasmes de pr\u00e9adolescent. C\u2019est \u00e9galement le p\u00e8re qui, de sa prison, envoie \u00e0 l\u2019enfant une maquette d\u2019avion avec laquelle ce dernier va reproduire les combats a\u00e9riens et les bombardements de la Guerre Civile.<br \/>\nL\u2019enfant est d\u00e9chir\u00e9 par cette s\u00e9paration brutale\u00a0: il est priv\u00e9 de son p\u00e8re qu\u2019il adore tout autant que sa m\u00e8re, comme nous le montrent deux sc\u00e8nes parfaitement sym\u00e9triques. Fando et son p\u00e8re sont assis sur le sable<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn8\"><span style=\"color: #000080;\">[8]<\/span><\/a>, puis plus loin Fando caresse les pieds de sa m\u00e8re sur cette m\u00eame plage<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn9\"><span style=\"color: #000080;\">[9]<\/span><\/a>. A la brutalit\u00e9 de la s\u00e9paration s\u2019ajoutent autant les paroles prononc\u00e9es que les non-dits dans un environnement id\u00e9ologique qui est celui de l\u2019Espagne franquiste de l\u2019apr\u00e8s guerre.<br \/>\nTous ces \u00e9l\u00e9ments am\u00e8nent l\u2019enfant \u00e0 recomposer la r\u00e9alit\u00e9 et se proposer \u00e0 lui-m\u00eame une autre lecture fond\u00e9e sur une construction mentale diff\u00e9rente qui revisite le traumatisme en l\u2019alimentant des fantasmes propres de la pr\u00e9adolescence.<br \/>\nAinsi ces images monochromes rouges, mauves, vertes ou ocres qui donnent \u00e0 l\u2019ensemble une connotation \u00ab\u00a0psych\u00e9d\u00e9lique\u00a0\u00bb peut-\u00eatre un peu dat\u00e9e aujourd\u2019hui, nous rappelant les images de <em>More (1969)<\/em>, le film de Barbet Schroeder, qui lui est contemporain.<br \/>\nDans cet univers cohabitent l\u2019innocence et la cruaut\u00e9 comme nous le sugg\u00e8re le g\u00e9n\u00e9rique de d\u00e9but o\u00f9 une chanson enfantine (dans une langue incompr\u00e9hensible, qui s\u2018av\u00e8re \u00eatre du danois) qui \u00e9voque une comptine est superpos\u00e9e \u00e0 une s\u00e9rie de dessins de Topor, son complice avec Alexandre Jodorovski au sein du mouvement <em>Panique, <\/em>o\u00f9 les corps mutil\u00e9s se m\u00ealent aux images \u00e9rotique et \u00e0 des sc\u00e8nes de torture qui nous rappellent les c\u00e9l\u00e8bres gravures de Goya. Souvenons-nous du \u00ab\u00a0Songe de la Raison engendre des monstres\u00a0\u00bb. Certes, s\u2019agissant de Franco, la raison n\u2019a pas de place, mais les enfants du film ont parfois des allures bien monstrueuses.<\/p>\n<p>Les jeux sont des batailles o\u00f9 les \u00ab\u00a0rouges\u00a0\u00bb et les nationalistes continuent de s\u2019affronter, comme si la Guerre Civile n\u2019\u00e9tait pas encore achev\u00e9e. Dans une autre sc\u00e8ne, les enfants jouent aux d\u00e9s. Mais, comme dans l\u2019Espagne de l\u2019\u00e9poque, il y a les bourreaux et les victimes et le perdant doit recevoir les coups de fouets de la main d\u2019un bourreau cagoul\u00e9, selon les ordres d\u2019un roi aussi sadique que capricieux.<br \/>\nL\u2019hypoth\u00e9tique ex\u00e9cution de son p\u00e8re le hante dans de nombreuses sc\u00e8nes comme l\u2019exprime son cri \u00ab\u00a0papa, je ne veux pas qu\u2019on te tue\u00a0\u00bb o\u00f9 cette s\u00e9quence o\u00f9 une troupe de cavaliers avancent sur le corps de son p\u00e8re enterr\u00e9, dont seule d\u00e9passe la t\u00eate.<br \/>\nLes bourreaux, tortionnaires en cagoules de cuir apparaissent en de nombreux plans mais ce sont \u00e0 la fois les tortures de l\u2019Inquisition et les images de la Passion du Christ sur fond de chants de <em>saetas<\/em>, directement tir\u00e9es de la Semaine Sainte de S\u00e9ville.<br \/>\nLes ex\u00e9cutions repr\u00e9sent\u00e9es par Arrabal ou fantasm\u00e9es par Fando rappellent la repr\u00e9sentation que s\u2019en faisait Luisito, dans <em>La Prima Ang\u00e9lica<\/em> (1973) de Carlos Saura, lorsque son oncle lui pr\u00e9disait la mort de son p\u00e8re.<br \/>\nCette superposition entre les images de la Passion et la torture de la Guerre civile est manifeste dans des sc\u00e8nes o\u00f9 le parall\u00e8le est \u00e9tabli avec la flagellation de J\u00e9sus.<br \/>\nEn r\u00e9action \u00e0 cette pr\u00e9sence pesante, les repr\u00e9sentations ou r\u00e9f\u00e9rences religieuses sont pour le moins irr\u00e9v\u00e9rencieuses, voire iconoclastes, \u00e0 l\u2019instar du dessin de Topor figurant dans le g\u00e9n\u00e9rique\u00a0:<\/p>\n<p>Lorsque le pr\u00eatre vient porter l\u2019extr\u00eame onction au grand p\u00e8re \u00e0 l\u2019agonie, ce-dernier l\u00e2che quelques pets bien sonores. Apr\u00e8s avoir b\u00e9ni les armes, le cur\u00e9 devenu victime est condamn\u00e9 \u00e0 manger ses propres testicules dans une sc\u00e8ne anthropophage et parodique\u00a0qui rappelle J\u00e9sus offrant son corps. Le pr\u00eatre s\u2019exclame\u00a0:<\/p>\n<p><em>Merci, Seigneur, pour ce met divin.<br \/>\nSeigneur, vous me les avez donn\u00e9es et vous me les avez reprises. B\u00e9ni soit votre saint nom <\/em><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn10\"><span style=\"color: #000080;\">[10]<\/span><\/a><\/p>\n<p>Les mortifications avec le cilice font l\u2019objet de deux sc\u00e8nes o\u00f9 c\u2019est tout d\u2019abord Fando qui s\u2019impose cette p\u00e9nitence, puis sa tante<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn11\"><span style=\"color: #000080;\">[11]<\/span><\/a>.<br \/>\nEt la collusion entre l\u2019arm\u00e9e et l\u2019Eglise espagnole est montr\u00e9e lorsque le cur\u00e9 b\u00e9nit les armes des rebelles \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n<p>L\u2019image de la m\u00e8re et de la tante<\/p>\n<p>Les rapports que l\u2019enfant va entretenir et d\u00e9velopper avec les femmes sont exprim\u00e9s \u00e0 travers trois personnages, en premier lieu sa m\u00e8re, puis sa tante et enfin Teresa, une petite fille un peu plus jeune que lui. Mais c\u2019est sa m\u00e8re et sa tante qui nous int\u00e9ressent ici. Ses rapports sont d\u2019autant plus complexes que sa m\u00e8re incarne celle qui a d\u00e9nonc\u00e9 son p\u00e8re qu\u2019il hait mais \u00e9galement la femme qui trouble l\u2019adolescent et qui l\u2019attire.<br \/>\nSa m\u00e8re est \u00e9galement l\u2019incarnation de la vierge Marie, qui est dans le film une image r\u00e9currente.<br \/>\nTant\u00f4t une Vierge \u00e0 l\u2019enfant de Murillo, elle appara\u00eet \u00e0 un moment sous un tableau du ma\u00eetre, la t\u00eate couverte d\u2019un voile blanc. Tant\u00f4t Mater Dolorosa, elle recueille le corps flagell\u00e9 de son p\u00e8re, comme Marie recueille celui du Christ dans une Piet\u00e0.<br \/>\nMais la haine de l\u2019enfant, lorsqu\u2019il d\u00e9couvre les photos d\u00e9coup\u00e9es, amput\u00e9es de l\u2019image du p\u00e8re, s\u2019exprime avec une force in\u00e9gal\u00e9e\u00a0: dans une de ses visions, elle est tout d\u2019abord une Vierge \u00e0 l\u2019enfant de facture classique avant d\u2019officier comme un pr\u00eatre et de donner la b\u00e9n\u00e9diction puis la communion aux fid\u00e8les et d\u2019appara\u00eetre enfin avec un couteau entre les dents<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn12\"><span style=\"color: #000080;\">[12]<\/span><\/a>. Plus tard, la Vierge est mafieuse et fume le cigare<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn13\"><span style=\"color: #000080;\">[13]<\/span><\/a><\/p>\n<p>Puis mi-Pasionaria, mi-Agust\u00edna de Arag\u00f3n, nous la retrouvons au pied du canon prenant la t\u00eate des troupes qu\u2019elle exhorte par ce cri\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tuez-les\u00a0!\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/em>Si nous sommes encore ici dans la d\u00e9rision, la haine s\u2019exprime dans quelques autres sc\u00e8nes avec une violence de ton qui fr\u00f4le l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9. Tel un petit chien, la m\u00e8re l\u00e8che les bottes des vainqueurs. Puis elle se vautre dans le sang d\u2019un taureau, m\u00e9taphore traditionnelle de l\u2019Espagne, qu\u2019elle a tu\u00e9 et qui incite son fils \u00e0 couper ses liens avec son p\u00e8re en lui coupant les testicules \u00ab\u00a0tu es d\u00e9j\u00e0 grand, coupe les couilles de ton p\u00e8re<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn14\"><span style=\"color: #000080;\">[14]<\/span><\/a>\u00ab\u00a0, sans oublier une sc\u00e8ne particuli\u00e8rement crue o\u00f9 la m\u00e8re d\u00e9f\u00e8que sur le p\u00e8re. Autant d\u2019images souvent insoutenables, crues, violentes, grotesques, voire vulgaires. Arrabal cr\u00e9e chez le spectateur de la g\u00eane mais il cr\u00e9e \u00e9galement de l\u2019\u00e9motion.<br \/>\nMais la femme c\u2019est \u00e9galement sa tante Clara vers qui le poussent des pulsions \u00e9rotiques qu\u2019elle semble entretenir.<br \/>\nL\u2019enfant l\u2019observe, l\u2019\u00e9pie, guette sa nudit\u00e9 et ses jeux solitaires. Cherche\u2013t-elle \u00e0 le s\u00e9duire ou ne sont-ce que fantasmes du pr\u00e9adolescent, Arrabal entretient le doute et appuie cette ambig\u00fcit\u00e9 en utilisant la musique d\u2019une c\u00e9l\u00e8bre zarzuela <em>La Verbena<\/em><em> de la Paloma<\/em>, o\u00f9 deux jeunes madril\u00e8nes, l\u2019une brune et l\u2019autre blonde m\u00e8nent par le bout du nez un vieil apothicaire en mal de chair fra\u00eeche.<br \/>\nLes rapports entre les deux personnages, sont \u00e0 la fois sadiques et masochistes, comme le sugg\u00e8re, l\u00e0 encore, un des dessins de Topor figurant dans le g\u00e9n\u00e9rique de d\u00e9but.<\/p>\n<p>Arrabal et l\u2019exil<\/p>\n<p>L\u2019exil de Fernando Arrabal n\u2019est pas \u00e0 proprement parler un exil directement politique, dans la mesure o\u00f9, lorsqu\u2019il choisit en 1955, l\u2019exil \u00e0 Paris, il est un parfait inconnu et que, m\u00eame si par la suite ses prises de positions ont un caract\u00e8re \u00e9minemment politique, il n\u2019est pas, \u00e0 proprement parler, un militant.<br \/>\nNe s\u2019agissant pas, non plus, d\u2019un exil \u00e9conomique, c\u2019est plut\u00f4t, un exil cr\u00e9atif. C\u2019est ce qu\u2019il explique dans la <em>Lettre<\/em><em> au g\u00e9n\u00e9ral Franco<\/em> :<\/p>\n<p><em>Dans ce climat d\u2019oppression, j\u2019\u00e9touffais litt\u00e9ralement puisque je ne pouvais pas respirer spirituellement\u00a0; j\u2019ai fini par avoir des probl\u00e8mes pulmonaires et finalement je suis devenu tuberculeux. Nos poumons \u00e9taient peupl\u00e9s de vieux v\u00eatements et d\u2019excavatrices assoiff\u00e9es. Dans ces ann\u00e9es l\u00e0, j\u2019ai pris la d\u00e9cision quichotesque d\u2019\u00eatre \u00e9crivain en Espagne, sans renoncer \u00e0 mon ind\u00e9pendance, \u00e0 ma libert\u00e9. Une entreprise \u00e0 laquelle je ne parviendrais jamais. Apr\u00e8s vingt ann\u00e9es d\u2019\u00e9criture, je n\u2019ai jamais pu \u00eatre \u00e9crivain dans mon pays.<\/em><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn15\"><sup><sup><span style=\"color: #000080;\">[15]<\/span><\/sup><\/sup><\/a><\/p>\n<p>Il fait ici r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la tuberculose qu\u2019il va effectivement contracter et soigner en France, ce qu\u2019il reconna\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 une chance.<br \/>\nIl choisit donc, plus pr\u00e9cis\u00e9ment Paris, qui est encore \u00e0 ce moment le premier centre intellectuel o\u00f9 se retrouvent les avant-gardes. Un lieu o\u00f9 existe cette totale libert\u00e9 de cr\u00e9ation et qui est ce creuset culturel o\u00f9 il va rencontrer Roland Topor et Alexandre Jodorowsky, entre autres, avec qui il va fonder, en 1962, le mouvement PANIQUE, en hommage au Dieu Pan. Ils se d\u00e9marquent du surr\u00e9alisme et s\u2019affichent ainsi\u00a0:<\/p>\n<p><em>Nous ne voulions pas de hi\u00e9rarchie, pas de pape, pas d&rsquo;exclusion. Tout le monde peut \u00eatre panique, ou ne plus l&rsquo;\u00eatre. Nous ne voulions pas une morale, mais toutes les morales. Pratique de la provocation (happenings, animations), affirmation de l&rsquo;individualit\u00e9, pouvoir absolu du jeu comme moyen de communication et d&rsquo;exorcisation, option d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e pour la d\u00e9rision et l&rsquo;utopie.<\/em><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn16\"><sup><sup><span style=\"color: #000080;\">[16]<\/span><\/sup><\/sup><\/a><\/p>\n<p>Arrabal vit ainsi en France un exil choisi qui ne l\u2019emp\u00eache pas de retourner r\u00e9guli\u00e8rement en Espagne o\u00f9 il sera d\u2019ailleurs emprisonn\u00e9 en 1967. Sa <em>Lettre au g\u00e9n\u00e9ral Franco<\/em> (1971) est un pamphlet violent contre le dictateur qu\u2019il accuse d\u2019avoir assassin\u00e9 son p\u00e8re. C\u2019est donc, \u00e0 sa mani\u00e8re, iconoclaste, provocatrice un opposant notoire au r\u00e9gime franquiste.<br \/>\nS\u2019il vit en France, il demeure, de toute \u00e9vidence un artiste qui garde avec son pays des liens tr\u00e8s forts, s\u2019inscrivant ainsi dans une filiation directe avec Goya ou Bu\u00f1uel.<br \/>\nJ\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 sa proximit\u00e9 avec l\u2019\u0153uvre grav\u00e9e de Goya, mais il en va de m\u00eame avec Bu\u00f1uel comme le montrent quelques images d\u2019eccl\u00e9siastiques qui semblent sortir du <em>Chien andalou<\/em> ou ce personnage qui, affubl\u00e9 d\u2019un tutu, danse autour de sa m\u00e8re comme le mendiant pendant le banquet de <em>Viridiana<\/em>.<br \/>\nC\u2019est dans cette continuit\u00e9 que nous pouvons l\u2019inscrire et qu\u2019il nous raconte son Espagne.<br \/>\nC\u2019est de l\u2019exil qu\u2019il nous d\u00e9crit ce que Bernard-Henri L\u00e9vy, appelle \u00ab\u00a0le tragique de la condition humaine, mais pas pris au s\u00e9rieux<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn17\"><span style=\"color: #000080;\">[17]<\/span><\/a>.\u00a0\u00bb De toute \u00e9vidence, il lui fallait trouver un lieu qui ne pouvait \u00eatre l\u2019Espagne de 1971, pour donner libre cours \u00e0 \u00ab\u00a0cette folie ma\u00eetris\u00e9e\u00a0\u00bb ou \u00e0 \u00ab\u00a0ce d\u00e9lire logique<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn18\"><span style=\"color: #000080;\">[18]<\/span><\/a>\u00ab\u00a0. Ce lieu, cette nouvelle patrie, c\u2019est l\u2019exil. Et cet exil se situe en France.<br \/>\nPour prolonger la comparaison d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie avec Carlos Saura, nous mesurons \u00e0 quel point l\u2019\u00e9criture cin\u00e9matographique de ce dernier, \u00e0 laquelle la censure encore en vigueur en Espagne, imposait bon nombre de contraintes, est aux antipodes de celle d\u2019Arrabal.<br \/>\nSi Arrabal dit qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse au cin\u00e9ma car \u00ab\u00a0c\u2019est un art m\u00e9taphorique\u00a0\u00bb, il est clair que la m\u00e9taphore n\u2019a pas chez l\u2019un et chez l\u2019autre la m\u00eame fonction. Chez Saura, c\u2019est une fa\u00e7on de contourner la censure, chez Arrabal, c\u2019est une mani\u00e8re de nous repr\u00e9senter son univers. Il ne s\u2019agit pas, non plus, de faire du lieu o\u00f9 Arrabal a choisi de situer son exil, un lieu id\u00e9al de tol\u00e9rance. Arrabal raconte lui-m\u00eame les pressions, plus ou moins amicales, mais pressions tout de m\u00eame, auxquelles il fut soumis de la part du Ministre de la Culture de l\u2019\u00e9poque<a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftn19\"><span style=\"color: #000080;\">[19]<\/span><\/a>, qui cherchait \u00e0 lui faire supprimer quelques sc\u00e8nes jug\u00e9es particuli\u00e8rement scabreuses. Devant le refus de l\u2019auteur, le ministre battit en retraite, le film fut pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes puis diffus\u00e9 dans les salles avec un succ\u00e8s important.<br \/>\nLa France d\u2019apr\u00e8s 68, encore bien pensante \u00e9tait, toutefois, une terre plus accueillante qui a permis \u00e0 Arrabal de nous raconter le drame v\u00e9cu par Fando (et en partie par lui-m\u00eame) avec toute la violence qu\u2019il souhaitait y mettre et le m\u00e9pris d\u2019un r\u00e9gime franquiste qu\u2019il voulait exprimer. L\u2019exil, en m\u00eame temps qu\u2019il le prot\u00e8ge, lui permet de porter un regard distanci\u00e9 sur son v\u00e9cu.<br \/>\nAu moment o\u00f9 la libert\u00e9 de cr\u00e9ation est fortement remise en question au nom d\u2019une correction morale souvent quelque peu r\u00e9trograde, pensons aux r\u00e9cents incidents survenus \u00e0 Avignon autour d\u2019une \u0153uvre photographique d\u2019Andr\u00e9s Serrano, ou des \u0153uvres de Larry Clark, au Mus\u00e9e d\u2019art Moderne de la Ville de Paris, il y a quelques mois, il \u00e9tait important de montrer ce qu\u2019un artiste exil\u00e9 pouvait exprimer, il y a quarante ans dans une France, terre d\u2019accueil universel.<\/p>\n<p>Artiste aussi controvers\u00e9 que Pasolini, dont il est le contemporain et auquel il peut parfois faire penser, Arrabal est aussi profond\u00e9ment politique que joyeusement ludique et aussi sarcastique que pouvait l\u2019\u00eatre Fellini. A l\u2019instar du reste de son \u0153uvre, \u00a1<em>Viva la Muerte\u00a0!<\/em> demeure un film choc et l\u2019un des pamphlets les plus violents et provocateurs contre la dictature franquiste.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>Arrabal, cin\u00e9aste panique<\/em>, 2007, film \u00e9crit par Emmanuel Vincenot et r\u00e9alis\u00e9 par Ram\u00f3n Su\u00e1rez.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref2\">[2]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>., 30\u201950\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref3\">[3]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>., 16\u201956\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref4\">[4]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>., 1h14\u201949\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref5\">[5]<\/a> NO-DO, Noticiario Documental.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>. 30\u201940\u2019\u2019-32\u201929\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref7\">[7]<\/a> Negr\u00edn, chef du gouvernement de la R\u00e9publique. Il pr\u00e9conisait la consommation de lentilles, pour leur haute valeur nutritive, pour lutter contre la p\u00e9nurie.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref8\">[8]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>., 24\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref9\">[9]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>., 59\u201940\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref10\">[10]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>. 55\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref11\">[11]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>. 50\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref12\">[12]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>. 24\u201950\u2019\u2019<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref13\">[13]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>. 33\u201935<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref14\">[14]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>., 1h19\u201946\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref15\">[15]<\/a> Fernando Arrabal, <em>Carta al general Franco, <\/em>Paris, Union G\u00e9n\u00e9rale d\u2019Editions, 1972, 168<br \/>\n<em>En este clima de opresi\u00f3n yo me ahogaba literalmente como no pod\u00eda respirar espiritualmente, termin\u00e9 por tener dificultades pulmonares y por fin ca\u00ed tuberculoso. <\/em><em>Nuestros pulmones se poblaban de ropa vieja y de excavadoras sedientas. Por aquellos a\u00f1os tom\u00e9 la quijotesca decisi\u00f3n de ser escritor en Espa\u00f1a sin renunciar a mi independencia, a mi libertad. Empresa que jam\u00e1s consiguir\u00eda. <\/em><em>Tras veinte a\u00f1os escribiendo\u2026 nunca he podido ser escritor en mi pa\u00eds<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref16\">[16]<\/a> <a href=\"http:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie\/peinture\/Panique\/153715\" rel=\"nofollow external\">http:\/\/www.larousse.fr\/encyclopedie&#8230;<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref17\">[17]<\/a> Arrabal cin\u00e9aste panique, 30\u201950\u2019\u2019.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref18\">[18]<\/a> <em>Ib\u00edd<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/ead.univ-angers.fr\/~quaina\/spip.php?article41#_ftnref19\">[19]<\/a> Le ministre fran\u00e7ais de la Culture \u00e9tait Jacques Duhamel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fernando Arrabal et l\u2019exil lib\u00e9rateur\u00a0: \u00a1Viva la muerte\u00a0! (1971) ou l\u2019expression du traumatisme sans tabous Par Antoine Fraile Mercredi 1er f\u00e9vrier 2012, revue QUAINA, Universit\u00e9 d&rsquo;Angers, num\u00e9ro sp\u00e9cial&#8230; Vouloir parler de Fernando Arrabal sans \u00eatre ni sp\u00e9cialiste de la postmodernit\u00e9 ni psychanalyste pourrait para\u00eetre tr\u00e8s pr\u00e9somptueux, mais dans le souvenir lointain d\u2019un film, vu pour la premi\u00e8re fois il y a pr\u00e8s de 40 ans, reste le choc ressenti par la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre cin\u00e9matographique qui tranchait alors fortement avec l\u2019ensemble de la production, tant sur le plan esth\u00e9tique que narratif. Dans le documentaire d\u2019Emmanuel Vincenot et Ram\u00f3n Su\u00e1rez, consacr\u00e9 \u00e0 Fernando Arrabal[1], Bernard-Henri L\u00e9vy retient de \u00a1Viva la muerte\u00a0! \u00e0 la fois \u00ab\u00a0la fantaisie et la radicalit\u00e9\u00a0\u00bb, et parle d\u2019un film \u00ab\u00a0o\u00f9 nous retrouvons le tragique de la condition humaine, mais pas pris au s\u00e9rieux[2]\u00a0\u00bb Reprenant dans son titre ce qui \u00e9tait le cri de guerre de Mill\u00e1n Astray et des l\u00e9gionnaires fascistes du Tercio, Arrabal situe sa narration \u00e0 la fin de la Guerre Civile espagnole. Mais si l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale et filmique d\u2019Arrabal a connu un retentissement consid\u00e9rable, cet auteur est un peu injustement oubli\u00e9 et c\u2019est pourquoi il est indispensable de poser quelques rep\u00e8res pour mieux comprendre \u00a1Viva la muerte\u00a0! qui se veut \u00eatre partiellement autobiographique. Mais c\u2019est une autobiographie repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents niveaux qu\u2019il faut \u00e0 chaque instant d\u00e9coder et o\u00f9 le traumatisme de la dictature qui s\u2019abat sur l\u2019Espagne en 1939 est pr\u00e9sent en permanence au point de constituer la pierre d\u2019achoppement de l\u2019\u0153uvre. C\u2019est \u00e0 partir de ces repr\u00e9sentations multiples que se pose la question de l\u2019exil, puisque \u00a1Viva la muerte\u00a0! est un film con\u00e7u en France et tourn\u00e9 en fran\u00e7ais dans sa version originale. Mais il ne pouvait en \u00eatre autrement en 1971\u00a0! N\u00e9 \u00e0 Melilla enclave espagnole en territoire marocain, en 1932, Fernando Arrabal voit son p\u00e8re rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique lors du soul\u00e8vement du 18 Juillet 1936, arr\u00eat\u00e9 sous ses yeux et \u00e0 ce titre condamn\u00e9 \u00e0 mort pour r\u00e9bellion militaire. Emprisonn\u00e9 jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1941, celui-ci s\u2019\u00e9vade de l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9, \u00e9tant suppos\u00e9 malade mental, mais on ne retrouvera plus jamais aucune trace de lui. Fando vit, d\u00e9sormais, avec sa m\u00e8re qui va se d\u00e9placer de Ciudad Rodrigo \u00e0 Burgos, alors capitale de l\u2019Espagne franquiste, puis \u00e0 Madrid \u00e0 la fin de la guerre. Le petit Fernando va, de ce fait, poursuivre sa scolarit\u00e9 dans des \u00e9coles religieuses. En 1954, il se rend \u00e0 Paris pour voir la pi\u00e8ce de Bertold Brecht, M\u00e8re Courage et ses enfants, qui est jou\u00e9e par le Berliner Ensemble. Il y revient d\u00e9finitivement en 1955, choisissant d\u2019y vivre \u00ab\u00a0desterrado\u00a0\u00bb, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0priv\u00e9 de terre\u00a0\u00bb, apatride, mi-expatri\u00e9, mi-exil\u00e9. Un exil qu\u2019il a choisi, le consid\u00e9rant comme sa terre d\u2019accueil. Auteur prolixe et prot\u00e9iforme, Fernando Arrabal, qui d\u00e9clare avoir d\u00e9test\u00e9 le cin\u00e9ma lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant, a r\u00e9alis\u00e9 sept films. \u00a1 Viva la muerte\u00a0! (1971) est le premier d\u2019une trilogie o\u00f9 la Guerre Civile et la r\u00e9pression franquiste occupent une place importante. Suivront J\u2019irai comme un cheval fou (1973), puis l\u2019Arbre de Guernica (1975), mais c\u2019est sans conteste le premier qui a connu le succ\u00e8s le plus important et suscit\u00e9 les pol\u00e9miques les plus virulentes. Le film est tr\u00e8s fortement inspir\u00e9 de la propre vie d\u2019Arrabal et du drame familial qui a marqu\u00e9 son enfance. Collage : Jordi Soler Dans le film, Fando est hant\u00e9 par le traumatisme qu\u2019il a subi lors de l\u2019arrestation brutale de son p\u00e8re. Il va d\u00e9couvrir, dans une lettre que sa m\u00e8re a envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses oncles, qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de cette arrestation\u00a0: Mon mari est un ren\u00e9gat qui a compromis le bonheur des siens pour de mauvaises id\u00e9es, progressistes et dangereuses. Mon devoir est de le d\u00e9noncer aux autorit\u00e9s afin qu\u2019il soit arr\u00eat\u00e9 au plus vite[3]. Une r\u00e9v\u00e9lation que sa m\u00e8re ne lui confirme qu\u2019\u00e0 la fin du film. Lorsque Fando lui demande avec insistance\u00a0: \u00ab\u00a0Est ce que tu l\u2019as d\u00e9nonc\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb et sa m\u00e8re de r\u00e9pondre : Je n\u2019ai dit que la v\u00e9rit\u00e9. Il aurait d\u00fb le dire d\u00e8s le premier jour. A cause de mon t\u00e9moignage, de mon attitude soumise, ils ont \u00e9t\u00e9 plus indulgents envers lui. Toute sa vie, il m\u2019aura rendu le mal pour le bien[4]. Il serait l\u00e9gitime, \u00e0 ce stade de l\u2019analyse de se poser la question de savoir si la m\u00e8re d\u2019Arrabal a r\u00e9ellement d\u00e9nonc\u00e9 son p\u00e8re\u00a0? Nous ne pouvons apporter ici qu\u2019une r\u00e9ponse fragmentaire et m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 a pu \u00eatre tout autre, c\u2019est en tout cas le choix que l\u2019auteur a fait dans cette \u0153uvre. Quoi qu\u2019il en soit, cela est du domaine du plausible, tant le sch\u00e9ma du clivage id\u00e9ologique au sein des familles est un fait \u00e9tabli, \u00e0 fortiori au sein d\u2019un couple. Et si bon nombre d\u2019entre eux n\u2019ont pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 ces tensions, ni aux s\u00e9parations impos\u00e9es par la guerre, ces divisions n\u2019entra\u00een\u00e8rent pas de facto la d\u00e9nonciation\u00a0! D\u00e8s le d\u00e9but du film, Arrabal choisit de contextualiser sa narration dans une s\u00e9quence o\u00f9 un camion muni d\u2019un haut parleur diffuse le communiqu\u00e9 du 1er avril 1939, annon\u00e7ant la fin de la guerre et la victoire des franquistes mais un communiqu\u00e9 qu\u2019il modifie en lui ajoutant deux phrases suppl\u00e9mentaires\u00a0: les traitres seront extermin\u00e9s. Si n\u00e9cessaire nous tuerons la moiti\u00e9 du pays. \u00a1Viva la muerte\u00a0! Ainsi, Arrabal nous livre d\u2019entr\u00e9e de jeu la lettre du communiqu\u00e9 qui marque la naissance officielle de l\u2019Espagne franquiste et il y ajoute l\u2019esprit\u00a0: violence et vengeance, vainqueurs et vaincus, qui sont quelques paradigmes de la dictature franquiste. Dans une s\u00e9quence post\u00e9rieure, Arrabal choisit \u00e9galement de repr\u00e9senter l\u2019important instrument de propagande qu\u2019\u00e9taient les actualit\u00e9s cin\u00e9matographiques, le NO-DO[5]. Alors que la guerre est finie officiellement, ce sont encore des images de combats qui sont diffus\u00e9es, sans que nous parvenions \u00e0 identifier si ce sont r\u00e9ellement des images d\u2019archives de la Guerre Civile ou d\u2019un autre conflit, ce que l\u2019observation des uniformes rend vraisemblable. Quant aux commentaires de la voix off, ils sont purement r\u00e9\u00e9crits et portent la patte sarcastique de Fernando Arrabal qui prend un malin plaisir \u00e0 tourner en d\u00e9rision les militaires\u00a0: nos troupes attaqu\u00e8rent simultan\u00e9ment \u00e0 gauche, \u00e0 droite et au centre [&#8230;]. pour aboutir \u00e0 l\u2019occupation de deux hauteurs \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du front [&#8230;]. le gouvernement qui \u00e9tait le mis\u00e9rable b\u00e2tard du concubinage des rouges et des socialistes [&#8230;] l\u2019arm\u00e9e b\u00e9nie par la sainte \u00e9glise tient \u00e0 jamais les r\u00eanes du pouvoir&#8230;. [6] Le discours excessif du r\u00e9gime est amplifi\u00e9 par l\u2019auteur, qui r\u00e9ussit ainsi \u00e0 le rendre parfaitement ridicule. La mis\u00e8re et les privations de l\u2019apr\u00e8s-guerre sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9es \u00e0 travers plusieurs sc\u00e8nes\u00a0: dans l\u2019une un enfant d\u00e9vore une mouche, ailleurs des insectes font la garniture d\u2019un sandwich et plus loin Fando mange la t\u00eate d\u2019un l\u00e9zard. A un autre moment, nous d\u00e9couvrons la famille r\u00e9unie autour de la table qui trie les lentilles en r\u00e9citant l\u2019Ave Maria. Ces lentilles qui furent pendant la guerre l\u2019un des plats les plus fr\u00e9quents, \u00e0 tel point qu\u2019elles furent appel\u00e9es \u00ab\u00a0les petites pilules du Dr Negr\u00edn\u00a0\u00bb.[7] L\u2019Espagne franquiste que nous montre et que d\u00e9nonce Arrabal c\u2019est un r\u00e9gime o\u00f9 les militaires r\u00e8gnent avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019Eglise catholique qui impose des pratiques dignes de l\u2019Inquisition. A l\u2019\u00e9cole, une religieuse fait fonction d\u2019institutrice pour imposer aux enfants un enseignement orient\u00e9 et r\u00e9pressif. Face \u00e0 cet environnement dont Arrabal nous fait une repr\u00e9sentation aussi tragique que grotesque, il y a l\u2019interpr\u00e9tation que s\u2019en fait l\u2019enfant Fando, dans ses r\u00eaves et ses visions. 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Dans le documentaire d\u2019Emmanuel Vincenot et Ram\u00f3n Su\u00e1rez, consacr\u00e9 \u00e0 Fernando Arrabal[1], Bernard-Henri L\u00e9vy retient de \u00a1Viva la muerte\u00a0! \u00e0 la fois \u00ab\u00a0la fantaisie et la radicalit\u00e9\u00a0\u00bb, et parle d\u2019un film \u00ab\u00a0o\u00f9 nous retrouvons le tragique de la condition humaine, mais pas pris au s\u00e9rieux[2]\u00a0\u00bb Reprenant dans son titre ce qui \u00e9tait le cri de guerre de Mill\u00e1n Astray et des l\u00e9gionnaires fascistes du Tercio, Arrabal situe sa narration \u00e0 la fin de la Guerre Civile espagnole. Mais si l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale et filmique d\u2019Arrabal a connu un retentissement consid\u00e9rable, cet auteur est un peu injustement oubli\u00e9 et c\u2019est pourquoi il est indispensable de poser quelques rep\u00e8res pour mieux comprendre \u00a1Viva la muerte\u00a0! qui se veut \u00eatre partiellement autobiographique. Mais c\u2019est une autobiographie repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents niveaux qu\u2019il faut \u00e0 chaque instant d\u00e9coder et o\u00f9 le traumatisme de la dictature qui s\u2019abat sur l\u2019Espagne en 1939 est pr\u00e9sent en permanence au point de constituer la pierre d\u2019achoppement de l\u2019\u0153uvre. C\u2019est \u00e0 partir de ces repr\u00e9sentations multiples que se pose la question de l\u2019exil, puisque \u00a1Viva la muerte\u00a0! est un film con\u00e7u en France et tourn\u00e9 en fran\u00e7ais dans sa version originale. Mais il ne pouvait en \u00eatre autrement en 1971\u00a0! N\u00e9 \u00e0 Melilla enclave espagnole en territoire marocain, en 1932, Fernando Arrabal voit son p\u00e8re rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique lors du soul\u00e8vement du 18 Juillet 1936, arr\u00eat\u00e9 sous ses yeux et \u00e0 ce titre condamn\u00e9 \u00e0 mort pour r\u00e9bellion militaire. Emprisonn\u00e9 jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1941, celui-ci s\u2019\u00e9vade de l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9, \u00e9tant suppos\u00e9 malade mental, mais on ne retrouvera plus jamais aucune trace de lui. Fando vit, d\u00e9sormais, avec sa m\u00e8re qui va se d\u00e9placer de Ciudad Rodrigo \u00e0 Burgos, alors capitale de l\u2019Espagne franquiste, puis \u00e0 Madrid \u00e0 la fin de la guerre. Le petit Fernando va, de ce fait, poursuivre sa scolarit\u00e9 dans des \u00e9coles religieuses. En 1954, il se rend \u00e0 Paris pour voir la pi\u00e8ce de Bertold Brecht, M\u00e8re Courage et ses enfants, qui est jou\u00e9e par le Berliner Ensemble. Il y revient d\u00e9finitivement en 1955, choisissant d\u2019y vivre \u00ab\u00a0desterrado\u00a0\u00bb, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0priv\u00e9 de terre\u00a0\u00bb, apatride, mi-expatri\u00e9, mi-exil\u00e9. Un exil qu\u2019il a choisi, le consid\u00e9rant comme sa terre d\u2019accueil. Auteur prolixe et prot\u00e9iforme, Fernando Arrabal, qui d\u00e9clare avoir d\u00e9test\u00e9 le cin\u00e9ma lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant, a r\u00e9alis\u00e9 sept films. \u00a1 Viva la muerte\u00a0! (1971) est le premier d\u2019une trilogie o\u00f9 la Guerre Civile et la r\u00e9pression franquiste occupent une place importante. Suivront J\u2019irai comme un cheval fou (1973), puis l\u2019Arbre de Guernica (1975), mais c\u2019est sans conteste le premier qui a connu le succ\u00e8s le plus important et suscit\u00e9 les pol\u00e9miques les plus virulentes. Le film est tr\u00e8s fortement inspir\u00e9 de la propre vie d\u2019Arrabal et du drame familial qui a marqu\u00e9 son enfance. Collage : Jordi Soler Dans le film, Fando est hant\u00e9 par le traumatisme qu\u2019il a subi lors de l\u2019arrestation brutale de son p\u00e8re. Il va d\u00e9couvrir, dans une lettre que sa m\u00e8re a envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses oncles, qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de cette arrestation\u00a0: Mon mari est un ren\u00e9gat qui a compromis le bonheur des siens pour de mauvaises id\u00e9es, progressistes et dangereuses. Mon devoir est de le d\u00e9noncer aux autorit\u00e9s afin qu\u2019il soit arr\u00eat\u00e9 au plus vite[3]. Une r\u00e9v\u00e9lation que sa m\u00e8re ne lui confirme qu\u2019\u00e0 la fin du film. Lorsque Fando lui demande avec insistance\u00a0: \u00ab\u00a0Est ce que tu l\u2019as d\u00e9nonc\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb et sa m\u00e8re de r\u00e9pondre : Je n\u2019ai dit que la v\u00e9rit\u00e9. Il aurait d\u00fb le dire d\u00e8s le premier jour. A cause de mon t\u00e9moignage, de mon attitude soumise, ils ont \u00e9t\u00e9 plus indulgents envers lui. Toute sa vie, il m\u2019aura rendu le mal pour le bien[4]. Il serait l\u00e9gitime, \u00e0 ce stade de l\u2019analyse de se poser la question de savoir si la m\u00e8re d\u2019Arrabal a r\u00e9ellement d\u00e9nonc\u00e9 son p\u00e8re\u00a0? Nous ne pouvons apporter ici qu\u2019une r\u00e9ponse fragmentaire et m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 a pu \u00eatre tout autre, c\u2019est en tout cas le choix que l\u2019auteur a fait dans cette \u0153uvre. Quoi qu\u2019il en soit, cela est du domaine du plausible, tant le sch\u00e9ma du clivage id\u00e9ologique au sein des familles est un fait \u00e9tabli, \u00e0 fortiori au sein d\u2019un couple. Et si bon nombre d\u2019entre eux n\u2019ont pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 ces tensions, ni aux s\u00e9parations impos\u00e9es par la guerre, ces divisions n\u2019entra\u00een\u00e8rent pas de facto la d\u00e9nonciation\u00a0! D\u00e8s le d\u00e9but du film, Arrabal choisit de contextualiser sa narration dans une s\u00e9quence o\u00f9 un camion muni d\u2019un haut parleur diffuse le communiqu\u00e9 du 1er avril 1939, annon\u00e7ant la fin de la guerre et la victoire des franquistes mais un communiqu\u00e9 qu\u2019il modifie en lui ajoutant deux phrases suppl\u00e9mentaires\u00a0: les traitres seront extermin\u00e9s. Si n\u00e9cessaire nous tuerons la moiti\u00e9 du pays. \u00a1Viva la muerte\u00a0! Ainsi, Arrabal nous livre d\u2019entr\u00e9e de jeu la lettre du communiqu\u00e9 qui marque la naissance officielle de l\u2019Espagne franquiste et il y ajoute l\u2019esprit\u00a0: violence et vengeance, vainqueurs et vaincus, qui sont quelques paradigmes de la dictature franquiste. Dans une s\u00e9quence post\u00e9rieure, Arrabal choisit \u00e9galement de repr\u00e9senter l\u2019important instrument de propagande qu\u2019\u00e9taient les actualit\u00e9s cin\u00e9matographiques, le NO-DO[5]. Alors que la guerre est finie officiellement, ce sont encore des images de combats qui sont diffus\u00e9es, sans que nous parvenions \u00e0 identifier si ce sont r\u00e9ellement des images d\u2019archives de la Guerre Civile ou d\u2019un autre conflit, ce que l\u2019observation des uniformes rend vraisemblable. Quant aux commentaires de la voix off, ils sont purement r\u00e9\u00e9crits et portent la patte sarcastique de Fernando Arrabal qui prend un malin plaisir \u00e0 tourner en d\u00e9rision les militaires\u00a0: nos troupes attaqu\u00e8rent simultan\u00e9ment \u00e0 gauche, \u00e0 droite et au centre [&#8230;]. pour aboutir \u00e0 l\u2019occupation de deux hauteurs \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du front [&#8230;]. le gouvernement qui \u00e9tait le mis\u00e9rable b\u00e2tard du concubinage des rouges et des socialistes [&#8230;] l\u2019arm\u00e9e b\u00e9nie par la sainte \u00e9glise tient \u00e0 jamais les r\u00eanes du pouvoir&#8230;. [6] Le discours excessif du r\u00e9gime est amplifi\u00e9 par l\u2019auteur, qui r\u00e9ussit ainsi \u00e0 le rendre parfaitement ridicule. La mis\u00e8re et les privations de l\u2019apr\u00e8s-guerre sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9es \u00e0 travers plusieurs sc\u00e8nes\u00a0: dans l\u2019une un enfant d\u00e9vore une mouche, ailleurs des insectes font la garniture d\u2019un sandwich et plus loin Fando mange la t\u00eate d\u2019un l\u00e9zard. A un autre moment, nous d\u00e9couvrons la famille r\u00e9unie autour de la table qui trie les lentilles en r\u00e9citant l\u2019Ave Maria. Ces lentilles qui furent pendant la guerre l\u2019un des plats les plus fr\u00e9quents, \u00e0 tel point qu\u2019elles furent appel\u00e9es \u00ab\u00a0les petites pilules du Dr Negr\u00edn\u00a0\u00bb.[7] L\u2019Espagne franquiste que nous montre et que d\u00e9nonce Arrabal c\u2019est un r\u00e9gime o\u00f9 les militaires r\u00e8gnent avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019Eglise catholique qui impose des pratiques dignes de l\u2019Inquisition. A l\u2019\u00e9cole, une religieuse fait fonction d\u2019institutrice pour imposer aux enfants un enseignement orient\u00e9 et r\u00e9pressif. Face \u00e0 cet environnement dont Arrabal nous fait une repr\u00e9sentation aussi tragique que grotesque, il y a l\u2019interpr\u00e9tation que s\u2019en fait l\u2019enfant Fando, dans ses r\u00eaves et ses visions. 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(1971) ou l\u2019expression du traumatisme sans tabous Par Antoine Fraile Mercredi 1er f\u00e9vrier 2012, revue QUAINA, Universit\u00e9 d&rsquo;Angers, num\u00e9ro sp\u00e9cial&#8230; Vouloir parler de Fernando Arrabal sans \u00eatre ni sp\u00e9cialiste de la postmodernit\u00e9 ni psychanalyste pourrait para\u00eetre tr\u00e8s pr\u00e9somptueux, mais dans le souvenir lointain d\u2019un film, vu pour la premi\u00e8re fois il y a pr\u00e8s de 40 ans, reste le choc ressenti par la r\u00e9ception d\u2019une \u0153uvre cin\u00e9matographique qui tranchait alors fortement avec l\u2019ensemble de la production, tant sur le plan esth\u00e9tique que narratif. Dans le documentaire d\u2019Emmanuel Vincenot et Ram\u00f3n Su\u00e1rez, consacr\u00e9 \u00e0 Fernando Arrabal[1], Bernard-Henri L\u00e9vy retient de \u00a1Viva la muerte\u00a0! \u00e0 la fois \u00ab\u00a0la fantaisie et la radicalit\u00e9\u00a0\u00bb, et parle d\u2019un film \u00ab\u00a0o\u00f9 nous retrouvons le tragique de la condition humaine, mais pas pris au s\u00e9rieux[2]\u00a0\u00bb Reprenant dans son titre ce qui \u00e9tait le cri de guerre de Mill\u00e1n Astray et des l\u00e9gionnaires fascistes du Tercio, Arrabal situe sa narration \u00e0 la fin de la Guerre Civile espagnole. Mais si l\u2019\u0153uvre th\u00e9\u00e2trale et filmique d\u2019Arrabal a connu un retentissement consid\u00e9rable, cet auteur est un peu injustement oubli\u00e9 et c\u2019est pourquoi il est indispensable de poser quelques rep\u00e8res pour mieux comprendre \u00a1Viva la muerte\u00a0! qui se veut \u00eatre partiellement autobiographique. Mais c\u2019est une autobiographie repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents niveaux qu\u2019il faut \u00e0 chaque instant d\u00e9coder et o\u00f9 le traumatisme de la dictature qui s\u2019abat sur l\u2019Espagne en 1939 est pr\u00e9sent en permanence au point de constituer la pierre d\u2019achoppement de l\u2019\u0153uvre. C\u2019est \u00e0 partir de ces repr\u00e9sentations multiples que se pose la question de l\u2019exil, puisque \u00a1Viva la muerte\u00a0! est un film con\u00e7u en France et tourn\u00e9 en fran\u00e7ais dans sa version originale. Mais il ne pouvait en \u00eatre autrement en 1971\u00a0! N\u00e9 \u00e0 Melilla enclave espagnole en territoire marocain, en 1932, Fernando Arrabal voit son p\u00e8re rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique lors du soul\u00e8vement du 18 Juillet 1936, arr\u00eat\u00e9 sous ses yeux et \u00e0 ce titre condamn\u00e9 \u00e0 mort pour r\u00e9bellion militaire. Emprisonn\u00e9 jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1941, celui-ci s\u2019\u00e9vade de l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9, \u00e9tant suppos\u00e9 malade mental, mais on ne retrouvera plus jamais aucune trace de lui. Fando vit, d\u00e9sormais, avec sa m\u00e8re qui va se d\u00e9placer de Ciudad Rodrigo \u00e0 Burgos, alors capitale de l\u2019Espagne franquiste, puis \u00e0 Madrid \u00e0 la fin de la guerre. Le petit Fernando va, de ce fait, poursuivre sa scolarit\u00e9 dans des \u00e9coles religieuses. En 1954, il se rend \u00e0 Paris pour voir la pi\u00e8ce de Bertold Brecht, M\u00e8re Courage et ses enfants, qui est jou\u00e9e par le Berliner Ensemble. Il y revient d\u00e9finitivement en 1955, choisissant d\u2019y vivre \u00ab\u00a0desterrado\u00a0\u00bb, litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0priv\u00e9 de terre\u00a0\u00bb, apatride, mi-expatri\u00e9, mi-exil\u00e9. Un exil qu\u2019il a choisi, le consid\u00e9rant comme sa terre d\u2019accueil. Auteur prolixe et prot\u00e9iforme, Fernando Arrabal, qui d\u00e9clare avoir d\u00e9test\u00e9 le cin\u00e9ma lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant, a r\u00e9alis\u00e9 sept films. \u00a1 Viva la muerte\u00a0! (1971) est le premier d\u2019une trilogie o\u00f9 la Guerre Civile et la r\u00e9pression franquiste occupent une place importante. Suivront J\u2019irai comme un cheval fou (1973), puis l\u2019Arbre de Guernica (1975), mais c\u2019est sans conteste le premier qui a connu le succ\u00e8s le plus important et suscit\u00e9 les pol\u00e9miques les plus virulentes. Le film est tr\u00e8s fortement inspir\u00e9 de la propre vie d\u2019Arrabal et du drame familial qui a marqu\u00e9 son enfance. Collage : Jordi Soler Dans le film, Fando est hant\u00e9 par le traumatisme qu\u2019il a subi lors de l\u2019arrestation brutale de son p\u00e8re. Il va d\u00e9couvrir, dans une lettre que sa m\u00e8re a envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019un de ses oncles, qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine de cette arrestation\u00a0: Mon mari est un ren\u00e9gat qui a compromis le bonheur des siens pour de mauvaises id\u00e9es, progressistes et dangereuses. Mon devoir est de le d\u00e9noncer aux autorit\u00e9s afin qu\u2019il soit arr\u00eat\u00e9 au plus vite[3]. Une r\u00e9v\u00e9lation que sa m\u00e8re ne lui confirme qu\u2019\u00e0 la fin du film. Lorsque Fando lui demande avec insistance\u00a0: \u00ab\u00a0Est ce que tu l\u2019as d\u00e9nonc\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb et sa m\u00e8re de r\u00e9pondre : Je n\u2019ai dit que la v\u00e9rit\u00e9. Il aurait d\u00fb le dire d\u00e8s le premier jour. A cause de mon t\u00e9moignage, de mon attitude soumise, ils ont \u00e9t\u00e9 plus indulgents envers lui. Toute sa vie, il m\u2019aura rendu le mal pour le bien[4]. Il serait l\u00e9gitime, \u00e0 ce stade de l\u2019analyse de se poser la question de savoir si la m\u00e8re d\u2019Arrabal a r\u00e9ellement d\u00e9nonc\u00e9 son p\u00e8re\u00a0? Nous ne pouvons apporter ici qu\u2019une r\u00e9ponse fragmentaire et m\u00eame si la r\u00e9alit\u00e9 a pu \u00eatre tout autre, c\u2019est en tout cas le choix que l\u2019auteur a fait dans cette \u0153uvre. Quoi qu\u2019il en soit, cela est du domaine du plausible, tant le sch\u00e9ma du clivage id\u00e9ologique au sein des familles est un fait \u00e9tabli, \u00e0 fortiori au sein d\u2019un couple. Et si bon nombre d\u2019entre eux n\u2019ont pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 ces tensions, ni aux s\u00e9parations impos\u00e9es par la guerre, ces divisions n\u2019entra\u00een\u00e8rent pas de facto la d\u00e9nonciation\u00a0! D\u00e8s le d\u00e9but du film, Arrabal choisit de contextualiser sa narration dans une s\u00e9quence o\u00f9 un camion muni d\u2019un haut parleur diffuse le communiqu\u00e9 du 1er avril 1939, annon\u00e7ant la fin de la guerre et la victoire des franquistes mais un communiqu\u00e9 qu\u2019il modifie en lui ajoutant deux phrases suppl\u00e9mentaires\u00a0: les traitres seront extermin\u00e9s. Si n\u00e9cessaire nous tuerons la moiti\u00e9 du pays. \u00a1Viva la muerte\u00a0! Ainsi, Arrabal nous livre d\u2019entr\u00e9e de jeu la lettre du communiqu\u00e9 qui marque la naissance officielle de l\u2019Espagne franquiste et il y ajoute l\u2019esprit\u00a0: violence et vengeance, vainqueurs et vaincus, qui sont quelques paradigmes de la dictature franquiste. Dans une s\u00e9quence post\u00e9rieure, Arrabal choisit \u00e9galement de repr\u00e9senter l\u2019important instrument de propagande qu\u2019\u00e9taient les actualit\u00e9s cin\u00e9matographiques, le NO-DO[5]. Alors que la guerre est finie officiellement, ce sont encore des images de combats qui sont diffus\u00e9es, sans que nous parvenions \u00e0 identifier si ce sont r\u00e9ellement des images d\u2019archives de la Guerre Civile ou d\u2019un autre conflit, ce que l\u2019observation des uniformes rend vraisemblable. Quant aux commentaires de la voix off, ils sont purement r\u00e9\u00e9crits et portent la patte sarcastique de Fernando Arrabal qui prend un malin plaisir \u00e0 tourner en d\u00e9rision les militaires\u00a0: nos troupes attaqu\u00e8rent simultan\u00e9ment \u00e0 gauche, \u00e0 droite et au centre [&#8230;]. pour aboutir \u00e0 l\u2019occupation de deux hauteurs \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9 du front [&#8230;]. le gouvernement qui \u00e9tait le mis\u00e9rable b\u00e2tard du concubinage des rouges et des socialistes [&#8230;] l\u2019arm\u00e9e b\u00e9nie par la sainte \u00e9glise tient \u00e0 jamais les r\u00eanes du pouvoir&#8230;. [6] Le discours excessif du r\u00e9gime est amplifi\u00e9 par l\u2019auteur, qui r\u00e9ussit ainsi \u00e0 le rendre parfaitement ridicule. La mis\u00e8re et les privations de l\u2019apr\u00e8s-guerre sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9es \u00e0 travers plusieurs sc\u00e8nes\u00a0: dans l\u2019une un enfant d\u00e9vore une mouche, ailleurs des insectes font la garniture d\u2019un sandwich et plus loin Fando mange la t\u00eate d\u2019un l\u00e9zard. A un autre moment, nous d\u00e9couvrons la famille r\u00e9unie autour de la table qui trie les lentilles en r\u00e9citant l\u2019Ave Maria. Ces lentilles qui furent pendant la guerre l\u2019un des plats les plus fr\u00e9quents, \u00e0 tel point qu\u2019elles furent appel\u00e9es \u00ab\u00a0les petites pilules du Dr Negr\u00edn\u00a0\u00bb.[7] L\u2019Espagne franquiste que nous montre et que d\u00e9nonce Arrabal c\u2019est un r\u00e9gime o\u00f9 les militaires r\u00e8gnent avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019Eglise catholique qui impose des pratiques dignes de l\u2019Inquisition. A l\u2019\u00e9cole, une religieuse fait fonction d\u2019institutrice pour imposer aux enfants un enseignement orient\u00e9 et r\u00e9pressif. Face \u00e0 cet environnement dont Arrabal nous fait une repr\u00e9sentation aussi tragique que grotesque, il y a l\u2019interpr\u00e9tation que s\u2019en fait l\u2019enfant Fando, dans ses r\u00eaves et ses visions. 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