﻿{"id":10920,"date":"2019-12-04T14:56:19","date_gmt":"2019-12-04T12:56:19","guid":{"rendered":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/?p=10920"},"modified":"2019-12-04T14:56:23","modified_gmt":"2019-12-04T12:56:23","slug":"iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/","title":{"rendered":"Iletarura.cz (Bertrand Schmitt)&nbsp;:   Claudel et Kafka  (Fernando Arrabal)"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<div class=\"\">\n<div class=\"ydp8ab0d686yahoo-style-wrap\">\n<div class=\"\" dir=\"ltr\"><\/div>\n<div class=\"\" dir=\"ltr\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-10921\" src=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2019\/12\/download-20.jpg\" alt=\"\" width=\"181\" height=\"278\" \/><\/a><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-10922\" src=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2019\/12\/CKKKK.jpg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"163\" \/><\/a>&#8230;je me permets de vous envoyer\u00a0 un compte rendu en fran\u00e7ais &#8211;\u00a0<b class=\"\">iletarura.cz<\/b>&#8211; de votre texte <i class=\"\">Claudel et Kafka, <\/i>que j&rsquo;ai r\u00e9dig\u00e9\u00a0<span class=\"\">en fran\u00e7ais &#8230;<\/span>Nous nous \u00e9tions tr\u00e8s rapidement crois\u00e9s avec Claire Legendre <span class=\"\">:\u00a0 \u00a0<\/span>Bertrand Schmitt<\/div>\n<div dir=\"ltr\">\n<div><\/div>\n<div class=\"item-detail-perex\">[Qui souhaiterait aujourd\u2019hui faire l\u2019inventaire complet de l\u2019\u0153uvre de Fernando Arrabal serait vite saisi de vertige. Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la confusion. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. ..]<\/div>\n<div class=\"item-detail-text\">\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>Claudel et Kafka de Fernando Arrabal<\/b><\/p>\n<p>Qui souhaiterait aujourd\u2019hui faire l\u2019inventaire complet de l\u2019\u0153uvre de Fernando Arrabal serait vite saisi de vertige. Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la\u00a0<i>confusion<\/i>. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. Arrabal est ainsi l\u2019auteur de huit films (parmi lesquels,\u00a0<i>Viva la muerte !\u00a0<\/i>[1971],\u00a0<i>J&rsquo;irai comme un cheval fou<\/i>\u00a0[1973]\u2026), d\u2019une quinzaine de romans et de recueils de nouvelles, dont les plus connus ou les plus embl\u00e9matiques sont\u00a0<i>Baal Babylone<\/i>\u00a0(r\u00e9cit autobiographique publi\u00e9 en 1959), les textes \u00ab paniques \u00bb\u00a0<i>L\u2019Enterrement de la Sardine<\/i>\u00a0(1960),\u00a0<i>F\u00eate et rite de la confusion<\/i>\u00a0(1967) ou le roman\u00a0<i>La Tour prend garde<\/i>, r\u00e9compens\u00e9 du prix Nadal en 1982. \u00c0 cela, il faudrait encore ajouter plusieurs recueils de po\u00e8mes (dont\u00a0<i>La Pierre de la Folie<\/i>, publi\u00e9 en 1962 au moment o\u00f9 Arrabal \u00e9tait bri\u00e8vement entr\u00e9 en contact avec le groupe surr\u00e9aliste parisien r\u00e9uni autour d\u2019Andr\u00e9 Breton), quelques peintures, dessins et collages, ainsi que de nombreux textes pol\u00e9miques, pamphlets, manifestes et essais. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Alejandro Jodorowsky, de Roland Topor, de Jacques Sternberg\u2026, Arrabal fut aussi, de 1962 \u00e0 1973, l\u2019un des animateurs du groupe \u00ab Panique \u00bb dont le programme \u00e9tait de faire de la cr\u00e9ation une f\u00eate exub\u00e9rante et burlesque qui c\u00e9l\u00e8brerait, sous le regard goguenard du dieu Pan, le bouillonnement et les exc\u00e8s de la vie. \u00ab Panique ? C\u2019est la vie ! C\u2019est la contradiction, la f\u00eate, le hasard et le jeu ! [\u2026] Panique, c\u2019est aussi le d\u00e9sordre, le chaos, une certaine brutalit\u00e9 amoureuse gorg\u00e9e de f\u00e9condit\u00e9 et surtout une part immense de d\u00e9mesure et de r\u00eave&#8230; \u00bb (Fernando Arrabal\u00a0<i>Le Panique<\/i>).<\/p>\n<p>Mais si l\u2019\u0153uvre d\u2019Arrabal est multiple, si elle semble vouloir embrasser avec la m\u00eame d\u00e9mesure tous les aspects de la cr\u00e9ation (le dieu\u00a0<i>Pan<\/i>\u00a0-en grec ancien \u03a0\u03ac\u03bd, \u00ab tout \u00bb- \u00e9tait, ne l\u2019oublions pas, le dieu de la\u00a0<i>totalit\u00e9<\/i>, l\u2019esprit de la Nature dans\u00a0<i>toutes<\/i>\u00a0ses richesses et ses contradictions), c\u2019est plus particuli\u00e8rement \u00e0 travers le th\u00e9\u00e2tre que l\u2019auteur a\u00a0tenu \u00e0 s\u2019exprimer. La l\u00e9gende veut m\u00eame que les reprises ou les cr\u00e9ations de ses pi\u00e8ces se succ\u00e8dent \u00e0 un tel rythme que le\u00a0<i>soleil ne se couche jamais<\/i>\u00a0sur cette \u0153uvre prolifique qui rassemble pr\u00e8s d\u2019une centaine de textes. Hant\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de trouver les formes d\u2019un c\u00e9r\u00e9monial qui toucherait directement le public, Arrabal s\u2019est tourn\u00e9, d\u00e8s ses premi\u00e8res tentatives d\u2019\u00e9criture, vers la sc\u00e8ne. Celle-ci lui a\u00a0offert un cadre \u00ab ritualis\u00e9 \u00bb qui r\u00e9pondait \u00e0 sa volont\u00e9 de retrouver, \u00e0 travers les paroles creuses, les id\u00e9es confuses, les gestes avort\u00e9s, les formes contradictoires ou\u00a0<i>paniqu\u00e9es<\/i>\u00a0qui caract\u00e9risent la communication et les \u00e9changes humains de notre vie moderne, une communion totale avec le public. Plusieurs de ses pi\u00e8ces, mont\u00e9es par quelques-uns des metteurs en sc\u00e8nes \u00ab phares \u00bb des ann\u00e9es soixante \u00e0 quatre-vingt (Jean-Marie Serreau, Georges Vitaly, Victor Garcia, Jorge Lavelli, Alejandro Jodorowsky, J\u00e9r\u00f4me Savary, \u2026) ont ainsi \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues comme de v\u00e9ritables c\u00e9r\u00e9monies, r\u00e9actualisant et bouleversant les pr\u00e9ceptes du\u00a0<i>Th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9<\/i>\u00a0d\u2019Antonin Artaud ou certaines des exp\u00e9rimentation du nouveau th\u00e9\u00e2tre des ann\u00e9es cinquante et soixante (Living Theatre, Berliner Ensemble, recherches de Jerzi Grotowski\u2026). Les premi\u00e8res pi\u00e8ces publi\u00e9es (vLe Tricycle [1953],\u00a0<i>Fando et Lis<\/i>\u00a0[1955],\u00a0<i>Le cimeti\u00e8re des voitures<\/i>\u00a0[1957]\u2026) ont parfois \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9es du renouveau th\u00e9\u00e2tral des ann\u00e9es cinquante -et de ce que l\u2019on a pris coutume d\u2019appeler, depuis l\u2019essai de Martin Esslin (1962), le \u00ab Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde \u00bb. Mais si ces textes d\u00e9clinent des \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 cette \u00e9poque et aux formes du \u00ab nouveau th\u00e9\u00e2tre \u00bb, ils se d\u00e9tachent d\u00e9j\u00e0 des pi\u00e8ces les plus embl\u00e9matiques de Beckett, Genet, Ionesco ou Adamov. L\u2019univers qu\u2019Arrabal dessine dans ces pi\u00e8ces est un monde binaire, antith\u00e9tique, o\u00f9 s\u2019opposent, pour mieux se confondre et se renverser, innocence et p\u00e9ch\u00e9, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des corps et lourdeur de la chair, sentiment de la faute et espoir de r\u00e9demption, puret\u00e9 de l\u2019amour et gravit\u00e9 de la haine. C\u2019est un univers dualiste o\u00f9 les plaisirs les plus simples, les plus ing\u00e9nus, d\u00e9voilent leur envers tortur\u00e9, o\u00f9 les peurs enfouies jaillissent soudain en une f\u00eate sauvage, enfantine, exutoire et lib\u00e9ratrice. La dualit\u00e9 des personnages, leur m\u00e9lange d\u2019innocence enfantine et de cruaut\u00e9, les tiraillements de l\u2019\u00e9rotisme et de la folie, la pr\u00e9sence lancinante d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9, la r\u00e9f\u00e9rence aux symboles et aux figures de la religion catholique, les visions d\u00e9lirantes ou exacerb\u00e9es, la volont\u00e9 d\u2019assaillir le public par la violence symbolique ou la d\u00e9mesure, la ritualisation de l\u2019espace, m\u00e8nent certaines pi\u00e8ces d\u2019Arrabal aux franges d\u2019un baroquisme affol\u00e9 et moderne. Tendance qui s\u2019est encore renforc\u00e9e dans les pi\u00e8ces et les op\u00e9ras paniques des ann\u00e9es soixante (<i>Le Grand C\u00e9r\u00e9monial<\/i>\u00a0[1963],\u00a0<i>Le Couronnement<\/i>\u00a0[1964],\u00a0<i>L\u2019Architecte et l\u2019Empereur d\u2019Assyrie<\/i>\u00a0[1966],\u00a0<i>le Jardin des d\u00e9lices<\/i>\u00a0[1967],\u00a0<i>Ars Amandi<\/i>\u00a0[1967],\u00a0<i>Bestialit\u00e9 \u00e9rotique<\/i>\u00a0[1968]\u2026).<\/p>\n<p>Ecrite en 2000, \u00e0 la suite d\u2019un voyage \u00e0 Prague,\u00a0<i>Claudel et Kafka<\/i>\u00a0se d\u00e9marque tout autant des premi\u00e8res pi\u00e8ces d\u2019Arrabal, que de celles r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque du mouvement\u00a0<i>Panique<\/i>. Le texte met en sc\u00e8ne un \u00ab dialogue \u00bb post-mortem entre Franz Kafka et Paul Claudel, quelque part dans un coin retir\u00e9 et quelque peu perdu du paradis. Le pr\u00e9texte de cette rencontre a\u00a0\u00e9t\u00e9 offert \u00e0 Arrabal par quelques lignes du journal de Kafka, en date du 6 novembre 1910. Ce soir-l\u00e0, l\u2019auteur du\u00a0<i>Proc\u00e8s<\/i>\u00a0croise tr\u00e8s bri\u00e8vement Claudel, alors consul \u00e0 Prague, lors d\u2019une soir\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 Alfred de Musset. Le jeune \u00e9crivain pragois a la vision d\u2019un homme prisonnier de ses fonctions, mal \u00e0 l\u2019aise, fig\u00e9, fuyant, dont seul le regard semble encore vibrer : \u00ab Le Consul Claudel, \u00e9clat de ses yeux que son large visage recueille et r\u00e9fl\u00e9chit; il veut continuellement partir et y parvient du reste en d\u00e9tail, mais pas en g\u00e9n\u00e9ral; a-t-il pris son cong\u00e9 de quelqu\u2019un qu&rsquo;une autre personne se pr\u00e9sente derri\u00e8re laquelle la premi\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 cong\u00e9di\u00e9e, reprend son tour \u00bb. (Franz Kafka,\u00a0<i>Journal<\/i>) Cette image fugace d\u2019un Claudel sans cesse sollicit\u00e9, retenu, condamn\u00e9 \u00e0 rester alors qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 absent en esprit, offre d\u2019ailleurs un des ressorts de la pi\u00e8ce. Tout au long de celle-ci, le bouillant \u00e9crivain, ne parvient \u00e0 se d\u00e9faire de visites inopportunes et se laisse assaillir par des souvenirs honteux ou cruels qu\u2019il aurait aim\u00e9 voir dispara\u00eetre \u00e0 tout jamais. Comme ce soir lointain \u00e0 Prague, Kafka est \u00e0 la fois le t\u00e9moin et le juge de cette lutte tragique et grotesque. D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, Claudel est surpris alors qu\u2019il tente de cong\u00e9dier une de ces visites. Le fier diplomate, le po\u00e8te hautain et ombrageux, le catholique fervent et rigide, le puritain farouche, ne craint en effet qu\u2019une chose : c\u2019est que l\u2019on vienne entacher la gloire \u00e9ternelle et repue dont il jouit. Craignant d\u2019\u00eatre surpris en mauvaise compagnie, le po\u00e8te tente de conjurer l\u2019apparition, de la renvoyer \u00e0 coups d\u2019anath\u00e8mes et d\u2019exorcismes, dans l\u2019enfer charnel dont elle est sortie. Car la femme qui est venue le voir, en ce coin perdu du paradis, n\u2019a rien d\u2019un esprit d\u00e9charn\u00e9, d\u2019une apparition pieuse et \u00e9th\u00e9r\u00e9e, telle qu\u2019on serait en droit de l\u2019attendre en un tel lieu ; et son rire frais, joyeux et\u00a0<i>ang\u00e9lique<\/i>\u00a0r\u00e9sonne comme un d\u00e9fit\u00a0<i>diabolique<\/i>\u00a0aux oreilles de Claudel. Celle qui a franchi les barri\u00e8res de l\u2019Eden pour venir narguer et tourmenter Claudel, au-del\u00e0 de la mort, se nomme Rosalie Vetch. Rosalia, Agnes Theresa Scibor Rylska, de son nom de jeune fille. Fille d\u2019un noble polonais et d\u2019une \u00e9cossaise, elle a\u00a0\u00e9pous\u00e9 Francis Vetch, un fonctionnaire fran\u00e7ais. C\u2019est en octobre 1900, \u00e0 bord du paquebot qui l\u2019am\u00e8ne elle, son mari et ses enfants, en Chine, qu\u2019elle exerce pour la premi\u00e8re fois ses pouvoirs tentateurs sur Paul Claudel. Lui, jeune diplomate, ignorant tout des choses de l\u2019amour, encore vierge \u00e0 32 ans, revient de France o\u00f9 il vient de renoncer \u00e0 se faire moine. La vision de la jeune Rosalie est un choc, une \u00ab conflagration \u00bb, une de ces rencontres violentes et d\u00e9cisives qui marquent \u00e0 jamais une vie. \u00c0 leur arriv\u00e9e \u00e0 Fou Tch\u00e9ou, o\u00f9 Paul Claudel prend ses fonctions de Consul, le po\u00e8te fran\u00e7ais revoit Rosalie, la loge m\u00eame, elle et sa famille, dans les appartements du consulat. Une histoire s\u2019\u00e9bauche entre le diplomate et la jeune Rosalie, elle durera plusieurs ann\u00e9es, une fille est con\u00e7ue durant cette liaison ill\u00e9gitime. Et puis un jour, Rosalie quitte la Chine. Elle dispara\u00eet, tente d\u2019\u00e9chapper \u00e0 son pass\u00e9, \u00e0 son mari, \u00e0 l\u2019emprise \u00e9touffante de son amant. Elle se r\u00e9fugie \u00e0 Bruxelles, s\u2019y remarie. Mais Claudel, la poursuit, monte une exp\u00e9dition et y embarque le pauvre cocu de Francis Vetch. Il retrouve Rosalie, s\u2019humilie devant elle, pleure\u2026 en vain. Claudel est meurtri dans son \u00e2me et dans son orgueil. Rosalie restera comme une pointe, une plaie, un stigmate. Elle continuera \u00e0 venir hanter une grande partie de l\u2019\u0153uvre de Claudel, depuis\u00a0<i>Connaissance de l&rsquo;Est<\/i>\u00a0jusqu\u2019aux\u00a0<i>Cinq grande Odes<\/i>\u00a0en passant par\u00a0<i>Le Partage de midi<\/i>. La seconde apparition \u00e0 venir tourmenter Claudel est Camille, sa s\u0153ur a\u00een\u00e9e. Belle et talentueuse \u00e9l\u00e8ve d\u2019Auguste Rodin, elle devient sa collaboratrice et son amante. Elle est \u00e0 la fois la s\u0153ur ch\u00e9rie, admir\u00e9e, et la d\u00e9prav\u00e9e, la\u00a0<i>catin<\/i>\u00a0de la famille. Sensible, fragile, elle br\u00fble ses forces physiques et mentales dans son \u0153uvre, dans sa passion tourment\u00e9e pour Rodin, qui finit par la quitter pour retourner aupr\u00e8s de sa femme. Camille Claudel traverse alors des ann\u00e9es de mis\u00e8re et de solitude. En 1906, en proie \u00e0 une grave crise, elle d\u00e9truit plusieurs de ses \u0153uvres, cesse totalement de sculpter. Artiste maudite, dont l\u2019ampleur de l\u2019\u0153uvre ne sera vraiment reconnue qu\u2019apr\u00e8s sa mort, elle est aussi maudite par sa famille, par sa m\u00e8re qui d\u00e9cide, en 1913, de la faire interner. Elle passera trente ans de sa vie, recluse dans un asile, en ayant l\u2019interdiction de la part de sa famille de recevoir de la visite et de correspondre avec quiconque. Terrible m\u00e8re que celle qui \u00e9crit en le 21 juillet 1913 au m\u00e9decin-chef de l\u2019asile : \u00ab Je ne veux du tout aller la voir [\u2026] Je suis tr\u00e8s contente de la savoir o\u00f9 elle est, au moins elle ne peut nuire \u00e0 personne [\u2026] Je vous en supplie monsieur ne la laissez \u00e9crire \u00e0 qui que ce soit. Qu\u2019elle se fasse oublier c\u2019est tout ce qui peut arriver de mieux\u2026 \u00bb ! Paul Claudel, lui m\u00eame, bien plus pr\u00e9occup\u00e9 par sa carri\u00e8re diplomatique, n\u2019ira la voir que douze fois en trente ans. En 1943, en pleine guerre, alors que le rationnement s\u00e9vit au plus haut point, il interdira qu\u2019on communique avec elle, il ne lui enverra aucune aide, ni ne r\u00e9pondra aux lettres de d\u00e9tresse des m\u00e9decins qui lui signalent l\u2019\u00e9tat de d\u00e9labrement critique dans lequel se trouve sa s\u0153ur. Camille mourra de malnutrition \u00e0 79 ans, dans l\u2019asile o\u00f9 sa famille l\u2019avait laiss\u00e9 lentement et honteusement d\u00e9p\u00e9rir.<\/p>\n<p>Rosalie Vetch, Camille\u2026 tels sont les d\u00e9mons qui reviennent tourmenter Claudel, et lui\u00a0<i>pourrissent<\/i>\u00a0son paradis. La mort ne d\u00e9livrerait-elle donc pas du remords et de la culpabilit\u00e9 ? Ne serait-elle pas la paix promise face au poids des souvenirs et des regrets ? Serions-nous condamn\u00e9s \u00e0 ressasser \u00e0 jamais les fautes commises ? Y a-t-il m\u00eame un paradis possible ? Telles sont les questions qu\u2019Arrabal soul\u00e8ve dans son texte. Et quel messager plus qualifi\u00e9 que Kafka pour les poser ? Kafka dont toute la vie et l\u2019\u0153uvre furent tendues vers cette recherche vaine, et pourtant in\u00e9vitable, d\u2019un impossible paradis, d\u2019une r\u00e9demption possible. Kafka, \u00e9touff\u00e9 d\u00e8s l\u2019enfance par le poids du p\u00e8re. Kafka, personnage immobile et r\u00e9sign\u00e9\u00a0<i>devant la Loi<\/i>, qui r\u00eava un temps de s\u2019enfuir, de retrouver la Terre promise, de s\u2019installer dans un kibboutz pour y recommencer une nouvelle vie. Kafka, dont toute l\u2019\u0153uvre fut un t\u00e9moignage \u00e0 charge,\u00a0<i>une arme pr\u00eate \u00e0 faire feu<\/i>\u00a0sur lui-m\u00eame, et dont la derni\u00e8re volont\u00e9 fut que l\u2019on d\u00e9truis\u00eet ses textes. Kafka, dont on sait, d\u2019ailleurs, l\u2019importance que ses textes eurent pour le jeune Arrabal, lorsqu\u2019il tentait lui aussi d\u2019\u00e9chapper \u00e0 un pr\u00e9sent \u00e9touffant, dans l\u2019Espagne franquiste du d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante. Kafka, dont l\u2019ombre plane sur plus d\u2019une pi\u00e8ce du dramaturge espagnol (<i>Le Labyrinthe<\/i>\u00a0[1956],\u00a0<i>Les Deux Bourreaux<\/i>\u00a0[1956]\u2026). Kafka, dont Arrabal interpr\u00e9ta m\u00eame un texte\u00a0<i>Le Gardien du tombeau<\/i>, en tant que com\u00e9dien, en 1958. Kafka, dont l\u2019univers ferm\u00e9 et labyrinthique se rapproche souvent des jeux de miroirs, de fausses pistes et de\u00a0<i>confusion<\/i>\u00a0qui pars\u00e8ment les \u0153uvres d\u2019Arrabal. Dans\u00a0<i>Claudel et Kafka<\/i>, aussi, le texte est ponctu\u00e9 de ces actions r\u00e9p\u00e9titives, de ces apparitions r\u00e9guli\u00e8res de fant\u00f4mes et de leurres. Et que ce soient Rosalie, Camille ou Milena Jesensk\u00e1, toutes ces visites ne sont peut-\u00eatre que la figure d\u2019une m\u00eame et seule femme, amante, s\u0153ur ou m\u00e8re, figures tour \u00e0 tour confondues de l\u2019amour et de la haine, de la tentation et de la r\u00e9demption, de la faute et du pardon.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est d\u2019ailleurs peut-\u00eatre pas pour rien, que le texte de\u00a0<i>Claudel et Kafka<\/i>\u00a0fut \u00e9dit\u00e9 en France avec les\u00a0<i>Lettres d\u2019amour<\/i>, soliloque d\u2019amour et de haine qu\u2019Arrabal adressa \u00e0 sa m\u00e8re d\u00e9sormais morte, cette m\u00e8re qui avait abandonn\u00e9 Fernando Arrabal Ruiz, le p\u00e8re, jug\u00e9 par les troupes franquistes, condamn\u00e9 \u00e0 mort, puis \u00e0 trente ans de prison (tiens ? comme Camille). Cette m\u00e8re qui avait censur\u00e9 les lettres, \u00e9touff\u00e9 les souvenirs\u2026 Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas pour rien, non plus, que r\u00e9guli\u00e8rement dans la pi\u00e8ce Claudel et Kafka voient tour \u00e0 tour voler un chien, celui peut-\u00eatre des\u00a0<i>Recherches d\u2019un chien<\/i>\u00a0de Kafka, ou alors, plus assur\u00e9ment (puisque, comme le pr\u00e9cise Kafka dans la pi\u00e8ce, il s\u2019agit d\u2019un chien\u00a0<i>assyrien<\/i>), celui de\u00a0<i>L\u2019Architecte et l\u2019empereur d\u2019Assyrie<\/i>\u00a0d\u2019Arrabal, ce chien \u00e0 qui l\u2019Empereur d\u2019Assyrie, ainsi qu\u2019il l\u2019avoue dans un parodie du\u00a0<i>Proc\u00e8s<\/i>, a\u00a0donn\u00e9 \u00e0 manger le corps d\u00e9pec\u00e9 de la m\u00e8re qu\u2019il avait tu\u00e9e.<\/p>\n<p>Alors, en enfer ou au Paradis, au fin-fond de l\u2019Eden ou sur la piste du\u00a0<i>Grand cirque de l\u2019Oklahoma<\/i>, nous serions condamn\u00e9s \u00e0 vivre avec nos souvenirs, nos fautes, le poids de notre enfance et de notre pass\u00e9, qui reviendraient sans cesse nous hanter, sans avoir d\u2019autre r\u00e9pit que de leur opposer les miroirs et les jeux du th\u00e9\u00e2tre.\u00a0 \u00a0 \u00a9\u00a0Bertrand Schmitt<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"row social\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230;je me permets de vous envoyer\u00a0 un compte rendu en fran\u00e7ais &#8211;\u00a0iletarura.cz&#8211; de votre texte Claudel et Kafka, que j&rsquo;ai r\u00e9dig\u00e9\u00a0en fran\u00e7ais &#8230;Nous nous \u00e9tions tr\u00e8s rapidement crois\u00e9s avec Claire Legendre :\u00a0 \u00a0Bertrand Schmitt [Qui souhaiterait aujourd\u2019hui faire l\u2019inventaire complet de l\u2019\u0153uvre de Fernando Arrabal serait vite saisi de vertige. Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la confusion. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. ..] &nbsp; Claudel et Kafka de Fernando Arrabal Qui souhaiterait aujourd\u2019hui faire l\u2019inventaire complet de l\u2019\u0153uvre de Fernando Arrabal serait vite saisi de vertige. Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la\u00a0confusion. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. Arrabal est ainsi l\u2019auteur de huit films (parmi lesquels,\u00a0Viva la muerte !\u00a0[1971],\u00a0J&rsquo;irai comme un cheval fou\u00a0[1973]\u2026), d\u2019une quinzaine de romans et de recueils de nouvelles, dont les plus connus ou les plus embl\u00e9matiques sont\u00a0Baal Babylone\u00a0(r\u00e9cit autobiographique publi\u00e9 en 1959), les textes \u00ab paniques \u00bb\u00a0L\u2019Enterrement de la Sardine\u00a0(1960),\u00a0F\u00eate et rite de la confusion\u00a0(1967) ou le roman\u00a0La Tour prend garde, r\u00e9compens\u00e9 du prix Nadal en 1982. \u00c0 cela, il faudrait encore ajouter plusieurs recueils de po\u00e8mes (dont\u00a0La Pierre de la Folie, publi\u00e9 en 1962 au moment o\u00f9 Arrabal \u00e9tait bri\u00e8vement entr\u00e9 en contact avec le groupe surr\u00e9aliste parisien r\u00e9uni autour d\u2019Andr\u00e9 Breton), quelques peintures, dessins et collages, ainsi que de nombreux textes pol\u00e9miques, pamphlets, manifestes et essais. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Alejandro Jodorowsky, de Roland Topor, de Jacques Sternberg\u2026, Arrabal fut aussi, de 1962 \u00e0 1973, l\u2019un des animateurs du groupe \u00ab Panique \u00bb dont le programme \u00e9tait de faire de la cr\u00e9ation une f\u00eate exub\u00e9rante et burlesque qui c\u00e9l\u00e8brerait, sous le regard goguenard du dieu Pan, le bouillonnement et les exc\u00e8s de la vie. \u00ab Panique ? C\u2019est la vie ! C\u2019est la contradiction, la f\u00eate, le hasard et le jeu ! [\u2026] Panique, c\u2019est aussi le d\u00e9sordre, le chaos, une certaine brutalit\u00e9 amoureuse gorg\u00e9e de f\u00e9condit\u00e9 et surtout une part immense de d\u00e9mesure et de r\u00eave&#8230; \u00bb (Fernando Arrabal\u00a0Le Panique). Mais si l\u2019\u0153uvre d\u2019Arrabal est multiple, si elle semble vouloir embrasser avec la m\u00eame d\u00e9mesure tous les aspects de la cr\u00e9ation (le dieu\u00a0Pan\u00a0-en grec ancien \u03a0\u03ac\u03bd, \u00ab tout \u00bb- \u00e9tait, ne l\u2019oublions pas, le dieu de la\u00a0totalit\u00e9, l\u2019esprit de la Nature dans\u00a0toutes\u00a0ses richesses et ses contradictions), c\u2019est plus particuli\u00e8rement \u00e0 travers le th\u00e9\u00e2tre que l\u2019auteur a\u00a0tenu \u00e0 s\u2019exprimer. La l\u00e9gende veut m\u00eame que les reprises ou les cr\u00e9ations de ses pi\u00e8ces se succ\u00e8dent \u00e0 un tel rythme que le\u00a0soleil ne se couche jamais\u00a0sur cette \u0153uvre prolifique qui rassemble pr\u00e8s d\u2019une centaine de textes. Hant\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de trouver les formes d\u2019un c\u00e9r\u00e9monial qui toucherait directement le public, Arrabal s\u2019est tourn\u00e9, d\u00e8s ses premi\u00e8res tentatives d\u2019\u00e9criture, vers la sc\u00e8ne. Celle-ci lui a\u00a0offert un cadre \u00ab ritualis\u00e9 \u00bb qui r\u00e9pondait \u00e0 sa volont\u00e9 de retrouver, \u00e0 travers les paroles creuses, les id\u00e9es confuses, les gestes avort\u00e9s, les formes contradictoires ou\u00a0paniqu\u00e9es\u00a0qui caract\u00e9risent la communication et les \u00e9changes humains de notre vie moderne, une communion totale avec le public. Plusieurs de ses pi\u00e8ces, mont\u00e9es par quelques-uns des metteurs en sc\u00e8nes \u00ab phares \u00bb des ann\u00e9es soixante \u00e0 quatre-vingt (Jean-Marie Serreau, Georges Vitaly, Victor Garcia, Jorge Lavelli, Alejandro Jodorowsky, J\u00e9r\u00f4me Savary, \u2026) ont ainsi \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues comme de v\u00e9ritables c\u00e9r\u00e9monies, r\u00e9actualisant et bouleversant les pr\u00e9ceptes du\u00a0Th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9\u00a0d\u2019Antonin Artaud ou certaines des exp\u00e9rimentation du nouveau th\u00e9\u00e2tre des ann\u00e9es cinquante et soixante (Living Theatre, Berliner Ensemble, recherches de Jerzi Grotowski\u2026). Les premi\u00e8res pi\u00e8ces publi\u00e9es (vLe Tricycle [1953],\u00a0Fando et Lis\u00a0[1955],\u00a0Le cimeti\u00e8re des voitures\u00a0[1957]\u2026) ont parfois \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9es du renouveau th\u00e9\u00e2tral des ann\u00e9es cinquante -et de ce que l\u2019on a pris coutume d\u2019appeler, depuis l\u2019essai de Martin Esslin (1962), le \u00ab Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde \u00bb. Mais si ces textes d\u00e9clinent des \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 cette \u00e9poque et aux formes du \u00ab nouveau th\u00e9\u00e2tre \u00bb, ils se d\u00e9tachent d\u00e9j\u00e0 des pi\u00e8ces les plus embl\u00e9matiques de Beckett, Genet, Ionesco ou Adamov. L\u2019univers qu\u2019Arrabal dessine dans ces pi\u00e8ces est un monde binaire, antith\u00e9tique, o\u00f9 s\u2019opposent, pour mieux se confondre et se renverser, innocence et p\u00e9ch\u00e9, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des corps et lourdeur de la chair, sentiment de la faute et espoir de r\u00e9demption, puret\u00e9 de l\u2019amour et gravit\u00e9 de la haine. C\u2019est un univers dualiste o\u00f9 les plaisirs les plus simples, les plus ing\u00e9nus, d\u00e9voilent leur envers tortur\u00e9, o\u00f9 les peurs enfouies jaillissent soudain en une f\u00eate sauvage, enfantine, exutoire et lib\u00e9ratrice. La dualit\u00e9 des personnages, leur m\u00e9lange d\u2019innocence enfantine et de cruaut\u00e9, les tiraillements de l\u2019\u00e9rotisme et de la folie, la pr\u00e9sence lancinante d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9, la r\u00e9f\u00e9rence aux symboles et aux figures de la religion catholique, les visions d\u00e9lirantes ou exacerb\u00e9es, la volont\u00e9 d\u2019assaillir le public par la violence symbolique ou la d\u00e9mesure, la ritualisation de l\u2019espace, m\u00e8nent certaines pi\u00e8ces d\u2019Arrabal aux franges d\u2019un baroquisme affol\u00e9 et moderne. Tendance qui s\u2019est encore renforc\u00e9e dans les pi\u00e8ces et les op\u00e9ras paniques des ann\u00e9es soixante (Le Grand C\u00e9r\u00e9monial\u00a0[1963],\u00a0Le Couronnement\u00a0[1964],\u00a0L\u2019Architecte et l\u2019Empereur d\u2019Assyrie\u00a0[1966],\u00a0le Jardin des d\u00e9lices\u00a0[1967],\u00a0Ars Amandi\u00a0[1967],\u00a0Bestialit\u00e9 \u00e9rotique\u00a0[1968]\u2026). Ecrite en 2000, \u00e0 la suite d\u2019un voyage \u00e0 Prague,\u00a0Claudel et Kafka\u00a0se d\u00e9marque tout autant des premi\u00e8res pi\u00e8ces d\u2019Arrabal, que de celles r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque du mouvement\u00a0Panique. Le texte met en sc\u00e8ne un \u00ab dialogue \u00bb post-mortem entre Franz Kafka et Paul Claudel, quelque part dans un coin retir\u00e9 et quelque peu perdu du paradis. Le pr\u00e9texte de cette rencontre a\u00a0\u00e9t\u00e9 offert \u00e0 Arrabal par quelques lignes du journal de Kafka, en date du 6 novembre 1910. Ce soir-l\u00e0, l\u2019auteur du\u00a0Proc\u00e8s\u00a0croise tr\u00e8s bri\u00e8vement Claudel, alors consul \u00e0 Prague, lors d\u2019une soir\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 Alfred de Musset. Le jeune \u00e9crivain pragois a la vision d\u2019un homme prisonnier de ses fonctions, mal \u00e0 l\u2019aise, fig\u00e9, fuyant, dont seul le regard semble encore vibrer : \u00ab Le Consul Claudel, \u00e9clat de ses yeux que son large visage recueille et r\u00e9fl\u00e9chit; il veut continuellement partir et y parvient du reste en d\u00e9tail, mais pas en g\u00e9n\u00e9ral; a-t-il pris son cong\u00e9 de quelqu\u2019un qu&rsquo;une autre personne se pr\u00e9sente derri\u00e8re laquelle la premi\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 cong\u00e9di\u00e9e, reprend son tour \u00bb. (Franz Kafka,\u00a0Journal) Cette image fugace d\u2019un Claudel sans cesse sollicit\u00e9, retenu, condamn\u00e9 \u00e0 rester alors qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 absent en esprit, offre d\u2019ailleurs un des ressorts de la pi\u00e8ce. Tout au long de celle-ci, le bouillant \u00e9crivain, ne parvient \u00e0 se d\u00e9faire de visites inopportunes et se laisse assaillir par des souvenirs honteux ou cruels qu\u2019il aurait aim\u00e9 voir dispara\u00eetre \u00e0 tout jamais. Comme ce soir lointain \u00e0 Prague, Kafka est \u00e0 la fois le t\u00e9moin et le juge de cette lutte tragique et grotesque. D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, Claudel est surpris alors qu\u2019il tente de cong\u00e9dier une de ces visites. Le fier diplomate, le po\u00e8te hautain et ombrageux, le catholique fervent et rigide, le puritain farouche, ne craint en effet qu\u2019une chose : c\u2019est que l\u2019on vienne entacher la gloire \u00e9ternelle et repue dont il jouit. Craignant d\u2019\u00eatre surpris en mauvaise compagnie, le po\u00e8te tente de conjurer l\u2019apparition, de la renvoyer \u00e0 coups d\u2019anath\u00e8mes et d\u2019exorcismes, dans l\u2019enfer charnel dont elle est sortie. Car la femme qui est venue le voir, en ce coin perdu du paradis, n\u2019a rien d\u2019un esprit d\u00e9charn\u00e9, d\u2019une apparition pieuse et \u00e9th\u00e9r\u00e9e, telle qu\u2019on serait en droit de l\u2019attendre en un tel lieu ; et son rire frais, joyeux et\u00a0ang\u00e9lique\u00a0r\u00e9sonne comme un [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":10921,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10920","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-miscellannees"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v24.5 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Iletarura.cz (Bertrand Schmitt) :  Claudel et Kafka (Fernando Arrabal) - Ceci n\u2019est pas un blog<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Iletarura.cz (Bertrand Schmitt) :  Claudel et Kafka (Fernando Arrabal) - Ceci n\u2019est pas un blog\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"&#8230;je me permets de vous envoyer\u00a0 un compte rendu en fran\u00e7ais &#8211;\u00a0iletarura.cz&#8211; de votre texte Claudel et Kafka, que j&rsquo;ai r\u00e9dig\u00e9\u00a0en fran\u00e7ais &#8230;Nous nous \u00e9tions tr\u00e8s rapidement crois\u00e9s avec Claire Legendre :\u00a0 \u00a0Bertrand Schmitt [Qui souhaiterait aujourd\u2019hui faire l\u2019inventaire complet de l\u2019\u0153uvre de Fernando Arrabal serait vite saisi de vertige. Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la confusion. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. ..] &nbsp; Claudel et Kafka de Fernando Arrabal Qui souhaiterait aujourd\u2019hui faire l\u2019inventaire complet de l\u2019\u0153uvre de Fernando Arrabal serait vite saisi de vertige. Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la\u00a0confusion. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. Arrabal est ainsi l\u2019auteur de huit films (parmi lesquels,\u00a0Viva la muerte !\u00a0[1971],\u00a0J&rsquo;irai comme un cheval fou\u00a0[1973]\u2026), d\u2019une quinzaine de romans et de recueils de nouvelles, dont les plus connus ou les plus embl\u00e9matiques sont\u00a0Baal Babylone\u00a0(r\u00e9cit autobiographique publi\u00e9 en 1959), les textes \u00ab paniques \u00bb\u00a0L\u2019Enterrement de la Sardine\u00a0(1960),\u00a0F\u00eate et rite de la confusion\u00a0(1967) ou le roman\u00a0La Tour prend garde, r\u00e9compens\u00e9 du prix Nadal en 1982. \u00c0 cela, il faudrait encore ajouter plusieurs recueils de po\u00e8mes (dont\u00a0La Pierre de la Folie, publi\u00e9 en 1962 au moment o\u00f9 Arrabal \u00e9tait bri\u00e8vement entr\u00e9 en contact avec le groupe surr\u00e9aliste parisien r\u00e9uni autour d\u2019Andr\u00e9 Breton), quelques peintures, dessins et collages, ainsi que de nombreux textes pol\u00e9miques, pamphlets, manifestes et essais. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Alejandro Jodorowsky, de Roland Topor, de Jacques Sternberg\u2026, Arrabal fut aussi, de 1962 \u00e0 1973, l\u2019un des animateurs du groupe \u00ab Panique \u00bb dont le programme \u00e9tait de faire de la cr\u00e9ation une f\u00eate exub\u00e9rante et burlesque qui c\u00e9l\u00e8brerait, sous le regard goguenard du dieu Pan, le bouillonnement et les exc\u00e8s de la vie. \u00ab Panique ? C\u2019est la vie ! C\u2019est la contradiction, la f\u00eate, le hasard et le jeu ! [\u2026] Panique, c\u2019est aussi le d\u00e9sordre, le chaos, une certaine brutalit\u00e9 amoureuse gorg\u00e9e de f\u00e9condit\u00e9 et surtout une part immense de d\u00e9mesure et de r\u00eave&#8230; \u00bb (Fernando Arrabal\u00a0Le Panique). Mais si l\u2019\u0153uvre d\u2019Arrabal est multiple, si elle semble vouloir embrasser avec la m\u00eame d\u00e9mesure tous les aspects de la cr\u00e9ation (le dieu\u00a0Pan\u00a0-en grec ancien \u03a0\u03ac\u03bd, \u00ab tout \u00bb- \u00e9tait, ne l\u2019oublions pas, le dieu de la\u00a0totalit\u00e9, l\u2019esprit de la Nature dans\u00a0toutes\u00a0ses richesses et ses contradictions), c\u2019est plus particuli\u00e8rement \u00e0 travers le th\u00e9\u00e2tre que l\u2019auteur a\u00a0tenu \u00e0 s\u2019exprimer. La l\u00e9gende veut m\u00eame que les reprises ou les cr\u00e9ations de ses pi\u00e8ces se succ\u00e8dent \u00e0 un tel rythme que le\u00a0soleil ne se couche jamais\u00a0sur cette \u0153uvre prolifique qui rassemble pr\u00e8s d\u2019une centaine de textes. Hant\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de trouver les formes d\u2019un c\u00e9r\u00e9monial qui toucherait directement le public, Arrabal s\u2019est tourn\u00e9, d\u00e8s ses premi\u00e8res tentatives d\u2019\u00e9criture, vers la sc\u00e8ne. Celle-ci lui a\u00a0offert un cadre \u00ab ritualis\u00e9 \u00bb qui r\u00e9pondait \u00e0 sa volont\u00e9 de retrouver, \u00e0 travers les paroles creuses, les id\u00e9es confuses, les gestes avort\u00e9s, les formes contradictoires ou\u00a0paniqu\u00e9es\u00a0qui caract\u00e9risent la communication et les \u00e9changes humains de notre vie moderne, une communion totale avec le public. Plusieurs de ses pi\u00e8ces, mont\u00e9es par quelques-uns des metteurs en sc\u00e8nes \u00ab phares \u00bb des ann\u00e9es soixante \u00e0 quatre-vingt (Jean-Marie Serreau, Georges Vitaly, Victor Garcia, Jorge Lavelli, Alejandro Jodorowsky, J\u00e9r\u00f4me Savary, \u2026) ont ainsi \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues comme de v\u00e9ritables c\u00e9r\u00e9monies, r\u00e9actualisant et bouleversant les pr\u00e9ceptes du\u00a0Th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9\u00a0d\u2019Antonin Artaud ou certaines des exp\u00e9rimentation du nouveau th\u00e9\u00e2tre des ann\u00e9es cinquante et soixante (Living Theatre, Berliner Ensemble, recherches de Jerzi Grotowski\u2026). Les premi\u00e8res pi\u00e8ces publi\u00e9es (vLe Tricycle [1953],\u00a0Fando et Lis\u00a0[1955],\u00a0Le cimeti\u00e8re des voitures\u00a0[1957]\u2026) ont parfois \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9es du renouveau th\u00e9\u00e2tral des ann\u00e9es cinquante -et de ce que l\u2019on a pris coutume d\u2019appeler, depuis l\u2019essai de Martin Esslin (1962), le \u00ab Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde \u00bb. Mais si ces textes d\u00e9clinent des \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 cette \u00e9poque et aux formes du \u00ab nouveau th\u00e9\u00e2tre \u00bb, ils se d\u00e9tachent d\u00e9j\u00e0 des pi\u00e8ces les plus embl\u00e9matiques de Beckett, Genet, Ionesco ou Adamov. L\u2019univers qu\u2019Arrabal dessine dans ces pi\u00e8ces est un monde binaire, antith\u00e9tique, o\u00f9 s\u2019opposent, pour mieux se confondre et se renverser, innocence et p\u00e9ch\u00e9, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des corps et lourdeur de la chair, sentiment de la faute et espoir de r\u00e9demption, puret\u00e9 de l\u2019amour et gravit\u00e9 de la haine. C\u2019est un univers dualiste o\u00f9 les plaisirs les plus simples, les plus ing\u00e9nus, d\u00e9voilent leur envers tortur\u00e9, o\u00f9 les peurs enfouies jaillissent soudain en une f\u00eate sauvage, enfantine, exutoire et lib\u00e9ratrice. La dualit\u00e9 des personnages, leur m\u00e9lange d\u2019innocence enfantine et de cruaut\u00e9, les tiraillements de l\u2019\u00e9rotisme et de la folie, la pr\u00e9sence lancinante d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9, la r\u00e9f\u00e9rence aux symboles et aux figures de la religion catholique, les visions d\u00e9lirantes ou exacerb\u00e9es, la volont\u00e9 d\u2019assaillir le public par la violence symbolique ou la d\u00e9mesure, la ritualisation de l\u2019espace, m\u00e8nent certaines pi\u00e8ces d\u2019Arrabal aux franges d\u2019un baroquisme affol\u00e9 et moderne. Tendance qui s\u2019est encore renforc\u00e9e dans les pi\u00e8ces et les op\u00e9ras paniques des ann\u00e9es soixante (Le Grand C\u00e9r\u00e9monial\u00a0[1963],\u00a0Le Couronnement\u00a0[1964],\u00a0L\u2019Architecte et l\u2019Empereur d\u2019Assyrie\u00a0[1966],\u00a0le Jardin des d\u00e9lices\u00a0[1967],\u00a0Ars Amandi\u00a0[1967],\u00a0Bestialit\u00e9 \u00e9rotique\u00a0[1968]\u2026). Ecrite en 2000, \u00e0 la suite d\u2019un voyage \u00e0 Prague,\u00a0Claudel et Kafka\u00a0se d\u00e9marque tout autant des premi\u00e8res pi\u00e8ces d\u2019Arrabal, que de celles r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque du mouvement\u00a0Panique. Le texte met en sc\u00e8ne un \u00ab dialogue \u00bb post-mortem entre Franz Kafka et Paul Claudel, quelque part dans un coin retir\u00e9 et quelque peu perdu du paradis. Le pr\u00e9texte de cette rencontre a\u00a0\u00e9t\u00e9 offert \u00e0 Arrabal par quelques lignes du journal de Kafka, en date du 6 novembre 1910. Ce soir-l\u00e0, l\u2019auteur du\u00a0Proc\u00e8s\u00a0croise tr\u00e8s bri\u00e8vement Claudel, alors consul \u00e0 Prague, lors d\u2019une soir\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 Alfred de Musset. Le jeune \u00e9crivain pragois a la vision d\u2019un homme prisonnier de ses fonctions, mal \u00e0 l\u2019aise, fig\u00e9, fuyant, dont seul le regard semble encore vibrer : \u00ab Le Consul Claudel, \u00e9clat de ses yeux que son large visage recueille et r\u00e9fl\u00e9chit; il veut continuellement partir et y parvient du reste en d\u00e9tail, mais pas en g\u00e9n\u00e9ral; a-t-il pris son cong\u00e9 de quelqu\u2019un qu&rsquo;une autre personne se pr\u00e9sente derri\u00e8re laquelle la premi\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 cong\u00e9di\u00e9e, reprend son tour \u00bb. (Franz Kafka,\u00a0Journal) Cette image fugace d\u2019un Claudel sans cesse sollicit\u00e9, retenu, condamn\u00e9 \u00e0 rester alors qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 absent en esprit, offre d\u2019ailleurs un des ressorts de la pi\u00e8ce. Tout au long de celle-ci, le bouillant \u00e9crivain, ne parvient \u00e0 se d\u00e9faire de visites inopportunes et se laisse assaillir par des souvenirs honteux ou cruels qu\u2019il aurait aim\u00e9 voir dispara\u00eetre \u00e0 tout jamais. Comme ce soir lointain \u00e0 Prague, Kafka est \u00e0 la fois le t\u00e9moin et le juge de cette lutte tragique et grotesque. D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, Claudel est surpris alors qu\u2019il tente de cong\u00e9dier une de ces visites. Le fier diplomate, le po\u00e8te hautain et ombrageux, le catholique fervent et rigide, le puritain farouche, ne craint en effet qu\u2019une chose : c\u2019est que l\u2019on vienne entacher la gloire \u00e9ternelle et repue dont il jouit. Craignant d\u2019\u00eatre surpris en mauvaise compagnie, le po\u00e8te tente de conjurer l\u2019apparition, de la renvoyer \u00e0 coups d\u2019anath\u00e8mes et d\u2019exorcismes, dans l\u2019enfer charnel dont elle est sortie. Car la femme qui est venue le voir, en ce coin perdu du paradis, n\u2019a rien d\u2019un esprit d\u00e9charn\u00e9, d\u2019une apparition pieuse et \u00e9th\u00e9r\u00e9e, telle qu\u2019on serait en droit de l\u2019attendre en un tel lieu ; et son rire frais, joyeux et\u00a0ang\u00e9lique\u00a0r\u00e9sonne comme un [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"Ceci n\u2019est pas un blog\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2019-12-04T12:56:19+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2019-12-04T12:56:23+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2019\/12\/download-20.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"181\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"278\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"fernandoarrabal\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"fernandoarrabal\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture est.\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"14 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/\",\"url\":\"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/\",\"name\":\"Iletarura.cz (Bertrand Schmitt) : Claudel et Kafka (Fernando Arrabal) - 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Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la confusion. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. ..] &nbsp; Claudel et Kafka de Fernando Arrabal Qui souhaiterait aujourd\u2019hui faire l\u2019inventaire complet de l\u2019\u0153uvre de Fernando Arrabal serait vite saisi de vertige. Vertige devant le cheminement labyrinthique, l\u2019aspect \u00e9nigmatique et troublant de certains textes dans lesquels reflets, illusions, mascarades et jeux de miroirs entretiennent sciemment la\u00a0confusion. Vertige, aussi, devant l\u2019ampleur d\u2019une cr\u00e9ation o\u00f9 les formes d\u2019expression se succ\u00e8dent et se multiplient en une ronde joyeuse et affol\u00e9e. Arrabal est ainsi l\u2019auteur de huit films (parmi lesquels,\u00a0Viva la muerte !\u00a0[1971],\u00a0J&rsquo;irai comme un cheval fou\u00a0[1973]\u2026), d\u2019une quinzaine de romans et de recueils de nouvelles, dont les plus connus ou les plus embl\u00e9matiques sont\u00a0Baal Babylone\u00a0(r\u00e9cit autobiographique publi\u00e9 en 1959), les textes \u00ab paniques \u00bb\u00a0L\u2019Enterrement de la Sardine\u00a0(1960),\u00a0F\u00eate et rite de la confusion\u00a0(1967) ou le roman\u00a0La Tour prend garde, r\u00e9compens\u00e9 du prix Nadal en 1982. \u00c0 cela, il faudrait encore ajouter plusieurs recueils de po\u00e8mes (dont\u00a0La Pierre de la Folie, publi\u00e9 en 1962 au moment o\u00f9 Arrabal \u00e9tait bri\u00e8vement entr\u00e9 en contact avec le groupe surr\u00e9aliste parisien r\u00e9uni autour d\u2019Andr\u00e9 Breton), quelques peintures, dessins et collages, ainsi que de nombreux textes pol\u00e9miques, pamphlets, manifestes et essais. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019Alejandro Jodorowsky, de Roland Topor, de Jacques Sternberg\u2026, Arrabal fut aussi, de 1962 \u00e0 1973, l\u2019un des animateurs du groupe \u00ab Panique \u00bb dont le programme \u00e9tait de faire de la cr\u00e9ation une f\u00eate exub\u00e9rante et burlesque qui c\u00e9l\u00e8brerait, sous le regard goguenard du dieu Pan, le bouillonnement et les exc\u00e8s de la vie. \u00ab Panique ? C\u2019est la vie ! C\u2019est la contradiction, la f\u00eate, le hasard et le jeu ! [\u2026] Panique, c\u2019est aussi le d\u00e9sordre, le chaos, une certaine brutalit\u00e9 amoureuse gorg\u00e9e de f\u00e9condit\u00e9 et surtout une part immense de d\u00e9mesure et de r\u00eave&#8230; \u00bb (Fernando Arrabal\u00a0Le Panique). Mais si l\u2019\u0153uvre d\u2019Arrabal est multiple, si elle semble vouloir embrasser avec la m\u00eame d\u00e9mesure tous les aspects de la cr\u00e9ation (le dieu\u00a0Pan\u00a0-en grec ancien \u03a0\u03ac\u03bd, \u00ab tout \u00bb- \u00e9tait, ne l\u2019oublions pas, le dieu de la\u00a0totalit\u00e9, l\u2019esprit de la Nature dans\u00a0toutes\u00a0ses richesses et ses contradictions), c\u2019est plus particuli\u00e8rement \u00e0 travers le th\u00e9\u00e2tre que l\u2019auteur a\u00a0tenu \u00e0 s\u2019exprimer. La l\u00e9gende veut m\u00eame que les reprises ou les cr\u00e9ations de ses pi\u00e8ces se succ\u00e8dent \u00e0 un tel rythme que le\u00a0soleil ne se couche jamais\u00a0sur cette \u0153uvre prolifique qui rassemble pr\u00e8s d\u2019une centaine de textes. Hant\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de trouver les formes d\u2019un c\u00e9r\u00e9monial qui toucherait directement le public, Arrabal s\u2019est tourn\u00e9, d\u00e8s ses premi\u00e8res tentatives d\u2019\u00e9criture, vers la sc\u00e8ne. Celle-ci lui a\u00a0offert un cadre \u00ab ritualis\u00e9 \u00bb qui r\u00e9pondait \u00e0 sa volont\u00e9 de retrouver, \u00e0 travers les paroles creuses, les id\u00e9es confuses, les gestes avort\u00e9s, les formes contradictoires ou\u00a0paniqu\u00e9es\u00a0qui caract\u00e9risent la communication et les \u00e9changes humains de notre vie moderne, une communion totale avec le public. Plusieurs de ses pi\u00e8ces, mont\u00e9es par quelques-uns des metteurs en sc\u00e8nes \u00ab phares \u00bb des ann\u00e9es soixante \u00e0 quatre-vingt (Jean-Marie Serreau, Georges Vitaly, Victor Garcia, Jorge Lavelli, Alejandro Jodorowsky, J\u00e9r\u00f4me Savary, \u2026) ont ainsi \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues comme de v\u00e9ritables c\u00e9r\u00e9monies, r\u00e9actualisant et bouleversant les pr\u00e9ceptes du\u00a0Th\u00e9\u00e2tre de la cruaut\u00e9\u00a0d\u2019Antonin Artaud ou certaines des exp\u00e9rimentation du nouveau th\u00e9\u00e2tre des ann\u00e9es cinquante et soixante (Living Theatre, Berliner Ensemble, recherches de Jerzi Grotowski\u2026). Les premi\u00e8res pi\u00e8ces publi\u00e9es (vLe Tricycle [1953],\u00a0Fando et Lis\u00a0[1955],\u00a0Le cimeti\u00e8re des voitures\u00a0[1957]\u2026) ont parfois \u00e9t\u00e9 rapproch\u00e9es du renouveau th\u00e9\u00e2tral des ann\u00e9es cinquante -et de ce que l\u2019on a pris coutume d\u2019appeler, depuis l\u2019essai de Martin Esslin (1962), le \u00ab Th\u00e9\u00e2tre de l\u2019absurde \u00bb. Mais si ces textes d\u00e9clinent des \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 cette \u00e9poque et aux formes du \u00ab nouveau th\u00e9\u00e2tre \u00bb, ils se d\u00e9tachent d\u00e9j\u00e0 des pi\u00e8ces les plus embl\u00e9matiques de Beckett, Genet, Ionesco ou Adamov. L\u2019univers qu\u2019Arrabal dessine dans ces pi\u00e8ces est un monde binaire, antith\u00e9tique, o\u00f9 s\u2019opposent, pour mieux se confondre et se renverser, innocence et p\u00e9ch\u00e9, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des corps et lourdeur de la chair, sentiment de la faute et espoir de r\u00e9demption, puret\u00e9 de l\u2019amour et gravit\u00e9 de la haine. C\u2019est un univers dualiste o\u00f9 les plaisirs les plus simples, les plus ing\u00e9nus, d\u00e9voilent leur envers tortur\u00e9, o\u00f9 les peurs enfouies jaillissent soudain en une f\u00eate sauvage, enfantine, exutoire et lib\u00e9ratrice. La dualit\u00e9 des personnages, leur m\u00e9lange d\u2019innocence enfantine et de cruaut\u00e9, les tiraillements de l\u2019\u00e9rotisme et de la folie, la pr\u00e9sence lancinante d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9, la r\u00e9f\u00e9rence aux symboles et aux figures de la religion catholique, les visions d\u00e9lirantes ou exacerb\u00e9es, la volont\u00e9 d\u2019assaillir le public par la violence symbolique ou la d\u00e9mesure, la ritualisation de l\u2019espace, m\u00e8nent certaines pi\u00e8ces d\u2019Arrabal aux franges d\u2019un baroquisme affol\u00e9 et moderne. Tendance qui s\u2019est encore renforc\u00e9e dans les pi\u00e8ces et les op\u00e9ras paniques des ann\u00e9es soixante (Le Grand C\u00e9r\u00e9monial\u00a0[1963],\u00a0Le Couronnement\u00a0[1964],\u00a0L\u2019Architecte et l\u2019Empereur d\u2019Assyrie\u00a0[1966],\u00a0le Jardin des d\u00e9lices\u00a0[1967],\u00a0Ars Amandi\u00a0[1967],\u00a0Bestialit\u00e9 \u00e9rotique\u00a0[1968]\u2026). Ecrite en 2000, \u00e0 la suite d\u2019un voyage \u00e0 Prague,\u00a0Claudel et Kafka\u00a0se d\u00e9marque tout autant des premi\u00e8res pi\u00e8ces d\u2019Arrabal, que de celles r\u00e9dig\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9poque du mouvement\u00a0Panique. Le texte met en sc\u00e8ne un \u00ab dialogue \u00bb post-mortem entre Franz Kafka et Paul Claudel, quelque part dans un coin retir\u00e9 et quelque peu perdu du paradis. Le pr\u00e9texte de cette rencontre a\u00a0\u00e9t\u00e9 offert \u00e0 Arrabal par quelques lignes du journal de Kafka, en date du 6 novembre 1910. Ce soir-l\u00e0, l\u2019auteur du\u00a0Proc\u00e8s\u00a0croise tr\u00e8s bri\u00e8vement Claudel, alors consul \u00e0 Prague, lors d\u2019une soir\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 Alfred de Musset. Le jeune \u00e9crivain pragois a la vision d\u2019un homme prisonnier de ses fonctions, mal \u00e0 l\u2019aise, fig\u00e9, fuyant, dont seul le regard semble encore vibrer : \u00ab Le Consul Claudel, \u00e9clat de ses yeux que son large visage recueille et r\u00e9fl\u00e9chit; il veut continuellement partir et y parvient du reste en d\u00e9tail, mais pas en g\u00e9n\u00e9ral; a-t-il pris son cong\u00e9 de quelqu\u2019un qu&rsquo;une autre personne se pr\u00e9sente derri\u00e8re laquelle la premi\u00e8re, d\u00e9j\u00e0 cong\u00e9di\u00e9e, reprend son tour \u00bb. (Franz Kafka,\u00a0Journal) Cette image fugace d\u2019un Claudel sans cesse sollicit\u00e9, retenu, condamn\u00e9 \u00e0 rester alors qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 absent en esprit, offre d\u2019ailleurs un des ressorts de la pi\u00e8ce. Tout au long de celle-ci, le bouillant \u00e9crivain, ne parvient \u00e0 se d\u00e9faire de visites inopportunes et se laisse assaillir par des souvenirs honteux ou cruels qu\u2019il aurait aim\u00e9 voir dispara\u00eetre \u00e0 tout jamais. Comme ce soir lointain \u00e0 Prague, Kafka est \u00e0 la fois le t\u00e9moin et le juge de cette lutte tragique et grotesque. D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, Claudel est surpris alors qu\u2019il tente de cong\u00e9dier une de ces visites. Le fier diplomate, le po\u00e8te hautain et ombrageux, le catholique fervent et rigide, le puritain farouche, ne craint en effet qu\u2019une chose : c\u2019est que l\u2019on vienne entacher la gloire \u00e9ternelle et repue dont il jouit. Craignant d\u2019\u00eatre surpris en mauvaise compagnie, le po\u00e8te tente de conjurer l\u2019apparition, de la renvoyer \u00e0 coups d\u2019anath\u00e8mes et d\u2019exorcismes, dans l\u2019enfer charnel dont elle est sortie. Car la femme qui est venue le voir, en ce coin perdu du paradis, n\u2019a rien d\u2019un esprit d\u00e9charn\u00e9, d\u2019une apparition pieuse et \u00e9th\u00e9r\u00e9e, telle qu\u2019on serait en droit de l\u2019attendre en un tel lieu ; et son rire frais, joyeux et\u00a0ang\u00e9lique\u00a0r\u00e9sonne comme un [&hellip;]","og_url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/","og_site_name":"Ceci n\u2019est pas un blog","article_published_time":"2019-12-04T12:56:19+00:00","article_modified_time":"2019-12-04T12:56:23+00:00","og_image":[{"width":181,"height":278,"url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/files\/2019\/12\/download-20.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"fernandoarrabal","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"fernandoarrabal","Dur\u00e9e de lecture est.":"14 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/","url":"https:\/\/laregledujeu.org\/arrabal\/2019\/12\/04\/10920\/iletarura-cz-bertrand-schmitt-claudel-et-kafka-fernando-arrabal\/","name":"Iletarura.cz (Bertrand Schmitt) : Claudel et Kafka (Fernando Arrabal) - 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