Je me souviens d’un drapeau de l’Etat islamique perché sur la place de la Bastille, passé inaperçu à l’époque car insignifiant pour le grand public, un après-midi de juillet 2014. Les Kurdes, eux, se battaient déjà en première ligne contre le monstre en gestation.

Je me souviens de Charlie, de Montrouge, de l’HyperCacher, et de tous les autres.

Je me souviens d’un ami, qui m’a transmis ce que cette idée d’Islam des lumières et de laïcité voulait dire pour les Kurdes et ce que cela représentait de si important au Moyen Orient.

Je me souviens des pogroms, des génocides, d’Anfal, et des massacres.

Je me souviens de ces heures si sombres à attendre qu’il se passe quelque chose, une riposte, un retour, la tête enfouie dans le deuil, après le massacre du Bataclan.

Je me souviens d’avoir fait comme si il était supportable de ne rien faire, de rester plantée là, en victime.

Je me souviens à quel point, dans la nuit du 16 au 17 octobre 2016, je tremblais tout en avançant vers la vie quand le déclenchement de la bataille de Mossoul, annoncé par Erbil, signait le début d’une libération. Cela ne se dit peut-être pas mais, enfin, quelque chose allait se passer, un mouvement, une réaction, logique, morale, impérative.

Je me souviens d’une émotion indescriptible et du soutien indéfectible à ces combattants Peshmergas qui allaient rendre les coups à ma place et faire que l’atonie mondiale, l’impunité et l’aura d’invincibilité des salauds, aussi factice que tragique, soient rompues.

Je me souviendrai toute ma vie de ces nuits à suivre la marche irréversible de la justice et de la chute de nos bourreaux.

Je me souviens, soir de liesse post referendum, de ces étoiles bleues et de ces soleils d’or qui dansaient ensemble, drapeaux entremêlés, ivres d’espoir et de dignité.

Ce 2 novembre, j’exprimerai silencieusement, avec d’autres, ma solidarité avec le rêve d’indépendance du peuple kurde. Mais le hasard voudra qu’il s’agisse également du centenaire de la déclaration de Balfour. La célébration d’une lettre, écrite le 2 novembre 1917, ouvrant la porte à la création de l’Etat d’israël, édifié 31 ans plus tard. Une simple missive mais première pierre fondatrice de l’accomplissement d’un rêve. Demain peut-être, aussi, ce rêve pour le peuple kurde.

Biji Kurdistan.

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