Le Premier Ministre, Manuel Valls, n’a pas « attaqué » Michel Onfray comme le crie la blogosphère, notamment à l’extrême-droite, depuis ce dimanche matin.
Il a défendu Bernard-Henri Lévy que Michel Onfray avait attaqué, de manière gratuite, dans une interview récente du Point – et ce n’est, évidemment, pas la même chose.
Car qu’a dit, exactement, Manuel Valls, dans cette interview sur Europe 1/iTELE/Le Monde ? « Quand un philosophe connu, apprécié par beaucoup de Français, Michel Onfray, explique qu’Alain de Benoist, qui était le philosophe de la Nouvelle droite dans les années 70 et 80 et qui, d’une certaine manière, a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l’Horloge, le Grèce, (…) au fond vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu’on perd les repères ».
Et qu’avait dit, au juste, Michel Onfray dans l’article paru au Point, dont le titre « Cette mafia qui se réclame de la gauche… », introduit parfaitement les inepties qu’il contient ? « Concluez si vous voulez que je préfère une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou Bernard-Henri Lévy (…). Les Papous vont hurler! Mais ils ne me feront pas dire que je préfère une analyse injuste de BHL sous prétexte qu’il dit qu’il est de gauche et que Pierre Bergé, Libération, Le Monde et le Nouvel Observateur, pardon, L’Obs affirment aussi qu’il le serait…».
Entendons-nous bien.
Michel Onfray a parfaitement le droit de ne pas se sentir « proche » de Bernard-Henri Lévy.
De même qu’il avait parfaitement le droit de déclarer, le 13 avril 2012, sur LCI, que « BHL» est tellement « insoucieux de la misère qu’il y a au pied de sa porte » qu’il « enjambe probablement des mendiants boulevard Saint-Germain » en sortant de chez lui.

Mais on a le droit, nous, de trouver très curieuse cette façon de sortir de la naphtaline un intellectuel, Alain de Benoist, totalement oublié depuis l’époque, il y a trente ans, où il jetait les bases, en effet, de la nouvelle droite et, donc, du Front National.
On a le droit de trouver bizarre cette manière de nous refaire le coup de la fameuse question de savoir s’il vaut mieux « avoir tort avec Sartre » ou « avoir raison avec Aron » – sauf que, là, c’est l’obscur et nauséabond Benoist qui, on se demande bien pourquoi, est tiré de l’oubli pour remplacer Raymond Aron.
De même, d’ailleurs, qu’on a le droit, quand Michel Onfray se répand en considérations oiseuses sur Bernard-Henri Lévy « enjambant » sans état d’âme les corps des « mendiants » du boulevard Saint-Germain, d’entendre Alain Soral faisant exactement le même reproche aux élites mondialisées et « sataniques » qui font, selon lui, la loi dans le monde d’aujourd’hui.
Et Manuel Valls a parfaitement le droit, lui, de dire qu’en procédant de la sorte Michel Onfray sombre dans un populisme qui brouille les repères dont a si cruellement besoin l’éthique républicaine d’aujourd’hui.

4 Commentaires

  1. Bonjour,

    Le principal problème vient à mon sens que la gauche condamne tout débat, sauf à débattre entre intellectuels de gauche. Je suis étonné et choqué car le débat est à la base de la démocratie et le refuser n’est pas une preuve d’ouverture. De Benoist écrit des livres , c’est un intellectuel, alors Michel Onfray a raison de débattre avec lui. Qui à peur de débattre doute de ses idées.

  2. au sujet de bhl qui « enjambe » les mendiants vous faites un rapprochement un peu convenu sur le mode « si on veut se débarrasser de son chien , on dit qu’il a la rage » entre onfray et soral, en oubliant soigneusement de dire que les besancenot et mélenchon ne disent rien d’autre. c’est assez malhonnête.

  3. Valls est de ces hommes qui ne peinent pas à pressentir les évidences. Il tâte du pied la fosse communiste, prend le pouls des poules mouillées, constate que les indéminables de Brunehilde sont étrangers à toute forme de culpabilisation. De là, il mise sur la capacité des siens à pratiquer un ultime examen de conscience avant que le dérèglement éthique et la règle du jeu démocratique n’aient achevé de permuter. Or les siens ne sont pas tous de gauche. Le reconnaître aurait davantage de chance de les convaincre de la sincérité de ses inquiétudes, et par reconnaître, je n’entends évidemment pas désigner, montrer impoliment du doigt, mais s’adresser à chacun de nos concitoyens dignes de ce nom tout en respectant, au-delà de ce qu’ils sont, ce qu’ils ont choisi d’être en toute liberté de conscience. J’entends implorer les électeurs antifrontistes de ne pas aller, bêtement, se jeter dans la gueule du loup et réaliser trop tard qu’ils auraient pu s’éviter à eux-mêmes l’inconfortable, épouvantable et détestable situation d’otage du front républicain. J’entends inciter les électeurs de gauche à prendre le pouvoir là où il est, les électeurs de droite à le renverser avec ceux qui, à droite, ont pour eux et la force des principes et l’énergie des mythes rigoureux, les électeurs du centre de l’échiquier à pencher là où leur cœur balance. Eh oui, des chefs républicains devraient appeler, sans honte ni crainte, à voter contre leur camp au profit de la république telle que nous la concevons, pluraliste, unifiable, antitotalitaire. Ou mieux encore, rameuter les renforts face au péril interne sans oublier les invasions innommément écologiques, illogiquement économiques, partant qu’une victoire électorale de Le Pen affaiblirait la politique étrangère de la France à un moment de notre histoire où nous ne saurions nous permettre un isolationnisme qui nous priverait de la supériorité de notre opposition stratégique. Les Français ne croient plus que leur organe exécutif soit abrité par la voûte célestement crânienne du Paris pascalien? Donnons-leur le pouvoir de co-incarner Bruxelles et d’y prendre une décision qui pèsera sur le monde à venir.
    Mais attention! ni la gauche ni la droite ni le centre ne connaîtront la satisfaction d’avoir reconquis le cœur des Français sous le spectre de la terreur ultime. Nous, peuple de France, ne nous lèverons pas comme un seul homme pour relever le défi microspectaculaire de l’Ice Bucket Challenge quand ce genre d’humiliation, nous la réservons à ceux qui se sont poussés du col. Si le choix se résume à sombrer dans le pire ou à stagner, nous ne bougerons pas de notre poste d’observation suicide. Ce que nous voulons, c’est être bien certains que l’ère moderne ne reproduit plus le tiers état sous les ors de la République. À ce titre, et pour ceux qui ne l’auraient pas encore saisi, le droit du sol ne profite pas seulement aux enfants métèques. Il avantage très majoritairement les Français de longue date. Il fut, d’abord, le bien suprême des premiers d’entre nous à être passés du statut de sujets du royaume de France à celui de citoyens d’un État de droit. L’universalité des droits fondamentaux est un don qui revient en boomerang. Ce qu’il faut démontrer maintenant, c’est la nostalgie qu’éprouve la roturière bretonne pour l’Ancien régime incarné par son dieu jaloux, un sentiment qui devrait inspirer aux paysans français des tremblements de fourches. Le bulletin de vote est une fourche pouvant aussi bien servir à retourner la terre. Nous voulons être citoyens de l’État du droit de changer la face du monde. Et cela ne se résume pas à un simple métissage, aussi inspirant et prometteur qu’il soit. L’individu doit sentir qu’il peut faire quelque chose pour se sortir tout seul de l’impasse. Or la responsabilité individuelle demeure un vain concept dès l’instant qu’elle ne peut plus compter sur la juste évaluation des mérites individuels, puis d’un soutien sans faille à l’esprit d’entreprise, et ce depuis le premier barreau jusqu’au dernier de l’échelle sociale. Si sur ce point, tout ne dépend pas de l’État, il faut bien admettre que, et c’est peu de le dire, tout ne dépend pas de soi.
    L’antitotalitariste travaille à maintenir en l’état l’état universel du droit. Il doit savoir que ceux qui attendent de lui qu’il soit fidèle à leurs alliés se sentent représentés à chaque fois qu’il honore notre pacte métapolitique commun, dans la perspective d’une démocratisation des terres de non-droit. Il faudrait, peut-être, que ses détracteurs soient conscients, lorsqu’ils le vomissent haut et fort, qu’ils débectent l’ensemble des forces démocratiques soutenant, avec lui et avec fermeté, le combat acharné pour l’exportation des droits fondamentaux. Ils doivent comprendre que l’Homo sapiens dont l’empressement à secourir les otages de l’OTNI (objet tyrannique non identifié) ne fait plus débat, ce vieux modèle hominien ne fait pas ce qu’il fait en son nom seul, car rien de ce type n’est faisable, à Conspirapolis ou ailleurs, sinon au nom de tous les hommes. Que l’on se nomme Sartre, Aron ou Lévy, le risque d’un monde qui trépasse dépasse pour soi très largement le cadre de la généalogie. Au mieux, celle-ci restera un support, que dis-je un tremplin dont la tension propulsive dépendra de la juste souplesse. Nous n’avons jamais attendu d’un intellectuel français qu’il abandonnât la France aux nazis pour démontrer de son dégoût pour la jaunisse nationaliste. C’est pourquoi nous avons continué, quoi qu’il nous en coûtât, de plaider pour une résolution du conflit israélo-palestinien par la création de deux États pour deux peuples conscients de leurs histoires respectives et ouverts au dialogue interconfessionnel, interculturel, internationaliste jusque dans leur sein. Nous l’avons fait car nous sommes convaincus du fait que le peuple palestinien pourrait, si ceux qui exercent une influence sur lui souhaitaient l’arracher aux griffes de ses véritables oppresseurs, profiter d’une plateforme de libération réciproque avec Israël de même que l’Ukraine, aujourd’hui, voit les investisseurs occidentaux l’envisager en tant que pôle de moralisation de l’économie mondiale. Arrêter de voir le mal là où il n’est pas… une première marche vers l’autre monde.

  4. Intéressant point de vue, quelques remarques.

    Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation
    > Il a défendu Bernard-Henri Lévy que Michel Onfray avait attaqué, de manière gratuite

    L’attaque n’est en rien gratuite. Les actes de BHL – notamment pour son soutien récurrent aux interventions militaires – peuvent être remis en question et en perspective. Ainsi il n’est pas question d’être proche ou pas de BHL, mais proche ou pas de sa ligne politique.

    Cependant oui, Onfray est populiste, il accorde son soutien au peuple, plus qu’aux « élites ». Il est parfois cinglant dans son discours, parfois excessif.

    Enfin, vous n’allez pas au bout de votre pensée. Ce n’est pas clair pour moi. Je ne suis pas certains de comprendre vos conclusions.
    A vous lire, Onfray serait sur un tournant Soralien et ferait de l’antisémitisme en conspuant BHL ?