Dans un article publié le jeudi 23 décembre dans TheWrap, Steven Mikulan, l’influent éditeur et reporter américain soutient que l’opinion américaine commencerait à changer d’avis quant à l’affaire Polanski.

Alors que quasiment toute la presse américaine ainsi qu’une bonne part de la blogosphère estimait, au début de ce qui est devenu « l’affaire Polanski », que le cinéaste devait être extradé et jugé, certains signes montrent que ces avis ne font plus bloc et que certains commencent même à se ranger aux côtés de Polanski.

Le signe le plus révélateur, le plus représentatif, est la décision de la Cour d’appel californienne qui a, certes, rejeté la demande d’abandon des poursuites contre le cinéaste mais, et ceci n’est pas sans importance, a appelé à une enquête sur les accusations de Roman Polanski à l’encontre du juge Rittenband :

« Même s’il n’y a pas lieu de prendre des mesures exceptionnelles, lit-on dans la décision de la Cour d’appel, il est très préoccupant que les accusations de faute professionnelle n’aient pas été examinées par un tribunal capable de mettre en avant des preuves et de tirer des conclusions à propos de ce qui s’est passé en 1977 et 1978 ».

L’acceptation d’une probable faute de procédure dans un pays où, comme chacun sait, les juges sont élus directement par les citoyens, n’est pas un signe dénué d’intérêt et de portée symbolique.

« Les accusations portées par M. Polanski nécessitent, précise encore le jugement, une enquête rapide et complète et ensuite, si besoin est, toutes les actions nécessaires en réparation des préjudices éventuellement subis. Nous appelons toutes les parties prenantes à ce drame interminable à mettre l’intégrité du système judiciaire au-dessus de leur désir de sanction, que ce soit pour son délit ou pour sa fuite ».

Il était impensable, vu l’atmosphère vengeresse qui régnait il y a à peine quelques semaines, que le Cour elle-même puisse parler de la nécessité de « mettre l’intégrité du système judiciaire » au-dessus du « désir de sanction ». Et, quant à la formule « réparation de préjudice », elle est proprement ahurissante et c’est une extraordinaire nouvelle pour tous ceux qui, comme ici, à La Règle du jeu, protestent depuis le premier jour contre ce préjudice et ce scandale.

L’opinion semblerait donc désormais sensible à l’évidence que Polanski, un homme de 76 ans, père de famille, ne soit pas enclin à la « récidive » – seule raison qui pouvait justifier, dans le climat d’ordre moral qui sévit aux États-Unis, une incarcération au-delà des 42 jours déjà purgés aux États-Unis ainsi que des 70 jours en Suisse pour des faits qui remontent à 32 ans.

Selon Steven Mikulan, « Les juges semblent avoir sérieusement envisagé les révélations du documentaire de Zenovich ». Le film de Marina Zenovich sorti en 2008, Roman Polanski : wanted and desired, met, en effet, à nu les dysfonctionnements de la justice américaine dans cette affaire et, surtout, les errances du juge Rittenband dont le goût du pouvoir et du théâtre médiatique furent fatals à sa proie de prédilection, Roman Polanski.

La « fuite » de Roman Polanski, au vu de ces dysfonctionnements, n’est justement plus considérée unanimement comme une fuite, mais comme la volonté de n’être pas un jouet entre les mains d’un juge avide de notoriété.

Il est proprement aberrant que le successeur de Rittenband n’ait pas commencé par une étude approfondie du dossier, et, particulièrement, des dérives qui ont motivé le départ de Polanski vers la France en 1977 avant de demander, en septembre 2009, l’extradition du cinéaste de la Suisse vers les États-Unis.

Toujours selon Steven Mikulan, le commentateur juridique Jeffrey Toobin aurait écrit récemment dans le New Yorker que Cooley n’aurait demandé l’arrestation de Polanski par les autorités suisses que « parce que [Polanski] semblait avoir une possibilité réelle de gagner devant les tribunaux. »

À travers ce procès, la justice américaine a sans doute commencé à comprendre qu’elle venait de s’exposer au jugement du monde. La manière dont fut traité le cas Polanski, faite de tant d’aberrations et d’erreurs autant juridiques qu’humaines, est une vitrine dont les États-Unis se seraient volontiers passés. Le procès Polanski dévoile au monde entier un système, une fois de plus, défaillant.

Aussi la justice américaine, et à travers elle l’opinion américaine, pourra peut-être préférer avoir le courage de se déjuger plutôt que s’enfoncer dans un processus plus ridicule encore : l’entêtement aveugle. Le monde démocratique ne le pardonnerait pas.

14 Commentaires

  1. « Pourquoi lui pardonne-t-elle? C’est parce que c’est la seule, avec Polanski, bien sûr, qui sait exactement ce qui s’est passé ce soir-là, et qu’elle a bien conscience qu’elle n’était pas alors cette «oie blanche» sans défense … »

    Elle avait 13 ans, merde!!! elle sait peut être (ou elle se souvient plus ou moins) ce qui c’est passé;
    ou bien alors (mais peut-être, je rêve) elle a reçu pas mal de dollars?…
    alors arrêtez de défendre… circonstances atténuantes, oui… mais absolution, NON!

  2. mais Polanski est un artiste, pas le plus grand, mais un bon.
    Il est au-dessus du commun des mortels.

  3. C’est scandaleux et votre soutien, votre zèle à défendre à tout prix M. Polanski, ne vous honore pas !
    Vous dites vous-mêmes, « la victime lui a pardonné » ! Et cela vous suffit pour défendre bec et ongles cet homme ?
    A t’il commis ce crime ? Oui. Il l’a reconnu, a passe 42 jours en détention, a indemnisé sa victime et a fui !
    Cela ne vous suffit pas comme preuve de culpabilité ?
    La seule justification de votre soutien c’est que cet homme est Roman Polanski ! Vous mettez en avant son âge pour justifier l’abandon des poursuites ! Mais le crime a été commis. Que cela fasse 32 ans, certes, 32 ans d’exil volontaire. Mais il y a 32 ans, M. POLANSKI a violé une enfant de 13 ans. Et rappelez nous l’âge de ce Monsieur il y a 32 ans ???
    Vous n’avez plus de crédits à vous engloutir dans ce soutien honteux et qui ne vous grandit pas, les uns les autres, maitres à penser !

    • A tous les esprits chagrins qui s’indignent que les journalistes de la Règle du Jeu défendent Polanski!
      Heureusement qu’il existe des journalistes qui avant de porter des jugements contre quelqu’un s’informent et se renseignent.
      Bien sûr, il est trop facile de s’en prendre actuellement à quelqu’un qui a «violé» une enfant de 13 ans! Une «enfant» de 13 ans qui posait pour des photos de nu dans Vogue homme, qui avait déjà pris de la drogue, qui n’en était pas à sa première expérience sexuelle. Où était donc sa mère ce soir là? Comment une mère normale laisse sa fille de 13 ans toute seule aller à une soirée pareille? La mère devait bien savoir – car elle fréquentait le milieu d’Hollywood – que Polanski n’était ni un enfant de choeur ni une baby-sitter. Quel profit pensait-elle en tirer en laissant ainsi sa fille?
      Avant de porter un jugement je vous conseille de lire le livre de Polanski «Roman» pour lequel il avait été reçu à l’époque par Berrnard Pivot dans son émission «Apostrophe» et de regarder le documentaire de Marina Zenovich «Roman Polanski:Wanted and Desired». A mon avis c’est justement parce qu’eux ils se sont bien renseignés que les journalistes de La Règle du Jeu défendent Polanski.
      Pourquoi la victime demande-t-elle avec tant d’insistance qu’on laisse Polanski tranquille et elle aussi d’ailleurs par la même occasion? Pourquoi lui pardonne-t-elle? C’est parce que c’est la seule, avec Polanski, bien sûr, qui sait exactement ce qui s’est passé ce soir-là, et qu’elle a bien conscience qu’elle n’était pas alors cette «oie blanche» sans défense comme veulent à tout prix se persuader tous les esprits chagrins!
      La justice américaine se rend compte qu’elle n’a pas était très «juste» en 1977-1978 envers Polanski… Alors pourquoi chers esprits chagrins cela vous dérange-t-il? Est-ce que cela changerait quelque chose à votre vie si Polanski croupissait en prison? Il a maintenant 76 ans, une femme et deux enfants qui ne méritent pas ce lynchage contre son mari et leur père.
      Sincèrement pour ma part je me réjouis vraiment qu’il y ait sur cette terre des journalistes bien informés et courageux comme ceux de la Règle du Jeu!

    • Tout à fait d’accord avec vous.
      Merci d’avoir rappelé les faits pour ceux, nombreux semble -t-il, qui les ignoraient.

  4. il a drogué, violé par sodomie une gamine 13ans il y a plus de 30 ans et aujourd’hui on le soutien dans le monde entier, pourquoi ? parce que c’est Monsieur Polanski !!! il doit être jugé comme ci il pouvait être n’importe qui, tout ce qui le soutienne  » j’aimerais bien savoir comment vous réagirez si ça arriverait à votre fille ou …  »
    Justice égale pour tout le monde point barre !!!

    • Beaucoup de juifs ont pardonné à leurs bourreaux nazis… il faudrait donc les laisser en paix. C’est cela votre logique?

    • Mais même si la gamine de 13 ans avait été consentante, l’acte resterait condamnable. Puisque la question est celle de l’age légal. La loi est là pour garantir le respect de règles de vie communes.
      De mon point de vue, minimiser cet acte parque qu’il a eu lieu il y a 30 ans, et que la victime à tourné la page (heureusement pour elle), c’est un peu ne pas défendre toutes les victimes d’aujourd’hui.
      Combien de jeunes femmes de 13 ans sont violées et abusées aujourd’hui même par des proches, des profs, des amis, etc. Elles sont murées dans leur souffrance et le silence. Que croyez-vous qu’elles puissent ressentir en entendant des ministres dire que c’est scandaleux de poursuivre Mr Polanski ?

    • MOn comm est la réponse à Fickers: +1! Polanski est un criminel, il la fuit la justice grace à son argent, il doit être enfin jugé comme tout le monde! Honteux que de soutenir un type qui a drogué et violé une fillette de 13 ans!!

  5. L’opinion, cela se manipule, et ce n’est pas aux auteurs, animateurs et responsables de la Règle du jeu que l’on fera dire le conraire