Les entretiens du Saint-Germain : Guillaume Erner

Il se définit lui même comme un "sociologue défroqué", à l'écoute du monde et des tendances. Tous les matins, Guillaume Erner réveille les auditeurs de France Culture. Il y anime les Matins, une émission qui prend le temps de la réflexion et du débat, un objet radiophonique patient qui approfondit là où les autres matinales survolent. En intellectuel bien dans son époque, Erner décrypte le monde. Beaucoup de pédagogie, beaucoup de références aussi. Au micro, le ton est posé et moderne, curieux et bienveillant. C'est le même homme que l'on retrouve avec plaisir dans ce second épisode des Entretiens du Saint-Germain, à l'occasion de la sortie de son essai La Souveraineté du people.

Après s'être intéressé à la question de l'antisémitisme et en marge de sa collaboration à Charlie Hebdo, ce touche-à-tout inspiré, ex-vendeur de fringues dans le Sentier, revient avec un nouvel essai sur les people. Le sujet est infiniment plus complexe et dense qu'il n'en a l'air. Pour Erner, la meilleure façon de saisir une société, c'est de comprendre ses obsessions. La nôtre, dit-il, est "obsédée par la célébrité". Pourquoi Justin Bieber est-il partout ? Pourquoi Paris Hilton, héritière écervelée fait-elle plus parler que le dernier essai de Michel Onfray ? Pourquoi Kim Kardashian, célèbre pour rien, ou plutôt "célèbre pour être célèbre", possède-t-elle 66 millions d'abonnés sur Instagram et plus 42 millions de followers sur Twitter ? Tout cela peut nous paraître obscur et c'est pourtant passionnant ! Cela revient à se demander comment le narcissisme a remplacé l'humilité et pourquoi la tentation warholienne du quart d'heure de célébrité a tout emporté. Pour éclairer le phénomène, Erner convoque Weber, Simmel et MacLuhan. Grâce à eux, avec eux, il explique l'émergence d'une Nabila et peut-être sa raison d'être, du moins sa fonction dans la société. Il nous raconte enfin de quelle(s) manière(s) Internet a changé la donne, comment la tyrannie du clic et l'obsession du buzz ont fait émerger un de nouveaux types de lecture. Dans une société où la vie n'est plus privée, où la transparence triomphe, où l'on met en scène chaque moment de notre journée à grands renforts de réseaux sociaux, il était logique que le personnage de télé-réalité – Steevie ou Loana – devienne la nouvelle idole. Pour comprendre comment et pourquoi le lofteur est devenu une référence, plus ou moins consciente, sur laquelle nous calons nos existences sociales, il faut écouter Guillaume Erner, le lire et le regarder.