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	<title>Plaidoyers</title>
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	<description>Patrick Klugman</description>
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		<title>Le retour vers le passé de Marine Le Pen</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Feb 2012 11:58:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Présidentielles 2012]]></category>

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		<description><![CDATA[Mensonge et diffamation, les armes de Mme Le Pen.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><a rel="attachment wp-att-99" href="http://laregledujeu.org/klugman/2012/02/02/98/le-retour-vers-le-passe-de-marine-le-pen/marine-le-pen-pere-fille/"><img class="alignleft size-medium wp-image-99" src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2012/02/Marine-le-pen-pere-fille-300x199.jpg" alt="Marine-le-pen-pere-fille" width="300" height="199" /></a>Le pire n’est jamais décevant. La séquence viennoise de  la campagne de Marine Le Pen le rappelle opportunément à moins de trois  mois du scrutin présidentiel de 2012.</p>
<p style="text-align: justify">Impossible d’occulter cette farce viennoise au cours de laquelle Madame  Le Pen, endimanchée dans un fourreau noir, s’est illustrée à l’occasion  d’un bal donné à Vienne, le 27 janvier, jour anniversaire de la  libération du camp d’Auschwitz en présence de tout ce que l’Autriche  compte de nostalgiques du IIIème Reich.</p>
<p style="text-align: justify">Évidemment, une telle initiative ne peut pas être tenue comme simplement  malheureuse ou fortuite. Il s’agit d’un méfait d’autant plus choquant  qu’il est contesté avec la dernière énergie par la principale  intéressée. Coupons court à tout débat oiseux à ce sujet : soit Madame  Le Pen a délibérément minoré la portée de sa participation à des  festivités à la gloire du pangermanisme, ce qui serait très grave ; soit  elle ignore la gravité de son geste et c’est pire.</p>
<p style="text-align: justify">Appelons cela une bévue, une bavure ou une bravade, l’événement du 27  janvier dernier est majeur. Il réduit à néant tout ce que Marine Le Pen  essaie de faire croire depuis un an : point de distance, Marine Le Pen  règle littéralement son pas sur celui de son père qui fut l’invité des  mêmes oiseaux nostalgiques du Reich il y a quelques années. Le plus  inquiétant est que le mimétisme repose précisément sur le fameux point  “de détail” à propos duquel la fille avait fait mine de s’éloigner de  son illustre géniteur : la Shoah. Participer à un dancing à l’invitation  notamment de corporations dédiées à la gloire du nazisme le jour  anniversaire de la libération du plus important camp de concentration  démontre le peu de cas que Madame Le Pen voue à cet événement sans  précédent dans l’histoire humaine.</p>
<p style="text-align: justify">Certes, il est possible de donner crédit à Madame Le Pen de ne pas  partager toutes les idées funestes de ses hôtes du FPÖ et autres  compagnons d’un soir. Il n’en reste pas moins que le plus significatif  aura été la stratégie mise en place par la présidente du Front-National  lorsque la presse a commencé à se faire l’écho de ces agapes qui  n’étaient, semble t-il, pas vouées à s’ébruiter.</p>
<p style="text-align: justify">Premier réflexe, le mensonge.<br />
Madame le Pen a cherché, contre l’entendement, à travestir sa  participation à un évènement dont elle a tenté maladroitement de masquer  la nature. Il ne serait agi, dixit la candidate de l’extrême droite,  que d’un bal comme il s’en donne six cents chaque année dans l’ancienne  capitale impériale ; celui-ci ayant pour seule particularité d’être un  peu plus prestigieux que les autres.<br />
Hélas, ce doit être le seul (sur six cents) dont la tenue est dénoncée  avec constance par toutes les organisations de défense des droits de  l’homme au fil des ans. Le 27 janvier dernier, il s’est déroulé en face  de trois mille manifestants viennois venus crier leur honte et leur  colère.</p>
<p style="text-align: justify">Le mensonge ayant tourné court, la candidate du Front National a essayé  l’intimidation, notamment à l’encontre des associations comme l’UEJF et  SOS RACISME qui avaient vivement réagi à cette surprenante information.  Comme à chaque fois qu’elle est acculée, Marine Le Pen a menacé de  porter plainte en diffamation ; plainte qui ne va d’ordinaire guère plus  loin que la dépêche qui l’annonce. En l’espèce, la diffamation aura  consisté à donner le récit fouillé et détaillé des activités de la  présidente du Front National …</p>
<p style="text-align: justify">L’intimidation n’ayant pas suffi, il a fallu verser dans la calomnie.  Bernard-Henri Lévy a même été traité de « virus » par Gilbert Collard,  président du comité de soutien de Marine Le Pen et commis à la défense  médiatique de cette dernière.</p>
<p style="text-align: justify">L’assimilation de l’adversaire à une maladie, le fait de le désigner non  seulement comme nocif, mais encore de le déshumaniser au point de le  traiter de microbe est, pour le coup, un symptôme verbal qui ne trompe  pas et qui rattache le verbe de ce locuteur pressé à une tradition  d’extrême droite qui verse tout droit dans le fascisme. La récurrence  avec laquelle Bernard-Henri Lévy est pris pour cible par le Front  National vaut mieux qu’une savante démonstration sur la manière dont ce  parti entend ne pas changer : hué et désigné à la vindicte lors d’un  meeting récent, constamment insulté, il est l’objet d’une métastase de  l’antisémitisme consacré à sa seule personne tant il incarne le miroir  inversé de tout ce que l’extrême droite hait chez un homme :  intellectuel, juif, engagé, parisien et cosmopolite.</p>
<p style="text-align: justify">Cette stratégie en trois temps vaut toutes les certifications quant à  l’appartenance de Marine Le Pen à l’extrême droite, la plus  traditionnelle et la plus radicale. Mais à la fin, le mensonge,  l’intimidation et la calomnie n’y ont rien fait : l’affaire de Vienne  donne un éclairage cru et amer sur la personnalité de Marine Le Pen.</p>
<p style="text-align: justify">Visiblement orchestrée pour donner des gages discrets et lointains aux  caciques du FN, l’opération a tourné au fiasco par son retentissement  médiatique. D’ailleurs, la seule chose que Steve Briois, communiquant du  FN, ait réellement déplorée n’est pas tant le fait en lui même que son  effet sur la stratégie de « dédiabolisation » péniblement mise en place  pour conquérir de plus amples suffrages.</p>
<p style="text-align: justify">Nul ne peut ignorer désormais l’ambivalence de Marine Le Pen qui est à  la fois Marine sur TF1 et Le Pen au Front-National ; enferrée dans sa  malédiction qui l’oblige à osciller entre la banalisation et l’outrance.  On aurait pu espérer à tout le moins un mea culpa sincère de la part de  celle qui revendique la place de troisième homme de l’élection  présidentielle. Il n’en à rien été. A croire qu’à l’heure du choix, il  est plus facile pour la fille de Jean-Marie Le Pen de compromettre son  avenir que de renoncer à son passé.</p>
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		<title>A propos d’une sinistre rencontre</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Nov 2011 09:16:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Marine Le Pen serait-elle en train de devenir un produit d’exportation ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">
<div id="attachment_96" class="wp-caption alignleft" style="width: 380px"><a rel="attachment wp-att-96" href="http://laregledujeu.org/klugman/2011/11/07/95/a-propos-d%e2%80%99une-sinistre-rencontre/article_photo_1320423690277-2-hd/"><img class="size-full wp-image-96  " style="margin-top: 6px;margin-bottom: 6px" src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2011/11/article_photo_1320423690277-2-HD.jpg" alt="Marine Le Pen visite Battery Park, dans le sud de Manhattan à New York, le 4 novembre 2011 / Emmanuel Dunand AFP" width="370" height="253" /></a><p class="wp-caption-text">Marine Le Pen visite Battery Park, dans le sud de Manhattan à New York, le 4 novembre 2011 / Emmanuel Dunand AFP</p></div>
<p style="text-align: justify">Marine Le Pen serait-elle en train de devenir un produit d’exportation ? Plus exactement le nationalisme serait-il plus acceptable ou mieux accepté hors de nos frontières ? Ce serait un comble. Mais le récent déplacement de la présidente du FN outre atlantique pose question et plus encore le fait que l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Ron Prosor ait consenti  à « passer à un déjeuner que celle-ci donnait pour les diplomates onusiens.</p>
<p style="text-align: justify">Bien entendu il s’agissait d’une initiative personnelle et privée de l’ambassadeur. On peut aussi espérer que Monsieur Prosor ignorait que Marine Le Pen est la fille de « l’homme du détail » qui est aussi l’homme aux vingt-cinq condamnations et que son patronyme est encore à ce jour la marque notoire du racisme dans notre pays. Mais à un tel niveau de responsabilité il s’agirait d’une ignorance, certes, mais d’une ignorance coupable d’autant que la prudence est d’ordinaire, plus encore que l’intelligence, la qualité première du diplomate.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Pour dire les choses plus simplement, qu’il s’agisse du souvenir de la shoah ou de l’antisémitisme, Monsieur Prosor ne représente pas n’importe quel état et Madame Le Pen pas n’importe quel parti : ceci rend cette rencontre, même fortuite, même fugace, particulièrement détestable.</strong></p>
<p style="text-align: justify">Surtout qu’il est certain que Marine Le Pen n’a eu de cesse de vouloir instrumentaliser la communauté juive pour se dédouaner d’un passé &#8211; celui du Front National &#8211;  que pourtant elle n’a jamais dénoncé.</p>
<p style="text-align: justify">Rappelons qu’il y a quelques mois, devant le tollé suscité, elle avait été désinvitée d’une radio communautaire où elle devait s’exprimer. De la même manière le gouvernement israélien l’avait poliment mais fermement éconduite lorsque Madame Le Pen avait voulu visiter officiellement l’Etat hébreu. Il n’est pas acceptable de la part d’un diplomate de ce niveau de se prêter même involontairement à ce genre de manœuvres.</p>
<p style="text-align: justify">Dans ces conditions et même si ce n’était certainement pas là le désir de Monsieur Prosor, comment éviter que sa « curiosité intellectuelle » auprès d’une candidate à l’élection présidentielle puisse ne pas s’interpréter comme une forme d’ingérence dans le débat politique français ?</p>
<p style="text-align: justify">Après avoir évoqué le fait qu’il appréciait « la diversité d’opinion » Monsieur Prosor semble parler d’un malentendu. C’est désormais à son ministre de tutelle de clarifier les choses et au besoin de rappeler son ambassadeur à l’ordre car s’agissant d’un geste qui remue de tels symboles ce serait comme dirait Molière « y participer que de ne pas le dénoncer ».</p>
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		<title>Pour Gilad Shalit et l&#8217;idée de justice</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Oct 2011 15:24:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Patrick Klugman répond à Pascal Boniface pour mettre un terme aux assimilations outrageantes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_93" class="wp-caption alignleft" style="width: 388px"><a rel="attachment wp-att-93" href="http://laregledujeu.org/klugman/2011/10/13/91/pour-gilad-shalit-et-lidee-de-justice/noam-shalit/"><img class="size-full wp-image-93    " style="margin-top: 8px;margin-bottom: 8px" src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2011/10/Noam-Shalit.jpg" alt="Noam Shalit, le père de l'otage franco-israëlien Gilad Shalit" width="378" height="220" /></a><p class="wp-caption-text">Noam Shalit, le père de l&#39;otage franco-israëlien Gilad Shalit</p></div>
<p style="text-align: justify">Après 1935 jours de captivité, le jeune otage franco-israélien Gilad Shalit devrait être libéré. Il est heureux que la langue française soit assez riche pour permettre un emploi qui traduise tout à la fois l’espoir, l’impatience et la crainte car il « devrait être libéré » mais n’est pas encore libre.</p>
<p style="text-align: justify">Depuis que j’ai été investi avec Pierre-François Veil de la mission de le défendre en France, je désespérais de voir un jour la mention « Gilad libéré » remplacer « Liberté pour Gilad » sous les portraits du jeune homme qui sont apposés dans différents lieux publics de notre pays.</p>
<p style="text-align: justify">Gilad Shalit n’est pas tout à fait libre mais au moins est-il vivant. De cela nous sommes aujourd’hui à peu près certains et c’est déjà immense.</p>
<p style="text-align: justify">A défaut d’avoir pu rencontrer Gilad Shalit, l’image que je n’aurais jamais cru voir ; celle pourtant que je garderai comme le précieux témoignage de ces derniers moments d’agitation, est le sourire qui éclaire le visage de Noam et Aviva Shalit. Pour la première fois depuis 1935 jours, ils ont cessé de souffrir et en dépit de la prudence qui est encore de mise, ils n’ont pu s’empêcher de sourire.<br />
Lorsque l’écrivain David Grossman a enterré son fils après la dernière guerre du Liban, il a eu cette phrase magnifique : « notre famille a perdu la guerre ». Le 25 juin 2006, quand le rapt du jeune garçon de 19 ans a été connu, la famille Shalit devait commencer la sienne. Gilad est devenu un drapeau et un étendard pour les siens comme pour tous les hommes et les femmes épris de justice et de liberté.<br />
Le premier combat de la famille Shalit, le plus âpre, a été de s’engager dans une lutte inégale contre l’oubli qui guette les causes les plus nobles et contre la lassitude, qui après cinq longues années, gagne même sur les cœurs les plus vaillants.</p>
<p style="text-align: justify">Noam et Aviva avaient un métier, ils l’ont abandonné pour n’être plus que les parents du garçon qui leur avait été retiré. Ils avaient une maison ; ils l’ont abandonnée pour une tente ouverte à tous, érigée devant la résidence du premier ministre israélien.</p>
<p style="text-align: justify">Noam Shalit a entamé un long périple qui devait l’amener à traverser Israël à la marche suivi par des dizaines et des dizaines de milliers de personnes.</p>
<p style="text-align: justify">Ensemble, nous avons saisi la justice française du crime d’enlèvement et de séquestration dont Gilad Shalit est encore à cette heure la victime. Le père du jeune homme a interpellé sans relâche la Croix rouge, des chefs d’Etat, de gouvernement, des diplomates, des responsables d’ONG et jusqu’à l’assemblée générale de l’ONU, où il s’est rendu au mois de septembre dernier, pour réclamer à la face du monde que son fils lui soit rendu.</p>
<p style="text-align: justify">Je souhaite à tous les enfants d’avoir de tels parents et à aucun parent d’avoir un enfant retenu en otage pendant cinq ans sans savoir où il se trouve ni même s’il est vivant. Car il n’est pas possible de réaliser ce que la nouvelle de sa libération imminente représente sans mesurer ce qui a valu à Gilad Shalit de connaître le triste privilège d’être le plus ancien et le plus jeune otage français en captivité.<br />
Gilad Shalit accomplissait son service militaire obligatoire lors de sa capture. Il dormait avec son unité dans une localité israélienne – Kerem Shalom – que même le plus obtu des négociateurs palestiniens ne revendiquerait pas.</p>
<p style="text-align: justify">J’ai entendu parfois que Gilad Shalit aurait été un « prisonnier de guerre » mais je me demande encore, après cinq années le nom de cette guerre dont il aurait été malgré lui le seul captif.<br />
Faute de guerre, Gilad n’a pas davantage été un prisonnier. Un prisonnier se trouve dans une prison. Et cette prison, n’est pas un lieu inconnu dans un pays inconnu. Il est détenu en vertu d’un motif, d’une raison, d’une décision qu’il connaît et qu’il peut au moins contester. Le prisonnier peut recevoir la visite de sa famille, d’un médecin, d’un avocat. Il peut recevoir du courrier. En envoyer aussi. C’est de tout ce qui fait d’un homme un sujet de droit que Gilad Shalit a été arbitrairement privé depuis le 25 juin 2006.</p>
<p style="text-align: justify">Les droits fondamentaux qui ont été retirés sans autre forme de procès à Gilad Shalit ont en revanche bénéficié aux 1027 détenus palestiniens dont Israël a accepté la remise en liberté pour obtenir le retour du jeune homme. Ils ont été arrêtés, jugés, condamnés par des juridictions devant lesquelles ils ont pu se défendre. C’est pourquoi je tiens pour un outrage l&#8217;assimilation hâtive et grossière qui a été faite par des commentateurs légers comme<span style="color: #ff0000"><span style="color: #000000"> <span style="color: #000000"><a href="http://www.iris-france.org/informez-vous/blog_pascal_boniface_article.php?numero=110"><span style="color: #000000"><strong>Pascal Boniface</strong></span></a><strong>,</strong></span></span> </span>de Gilad Shalit à ces prisonniers qui n’ont rien en commun si ce n’est la bonne fortune d’avoir bénéficié d’un accord portant sur leur libération respective.</p>
<p style="text-align: justify">Bien qu’il soit encore trop tôt pour savoir si les responsables des terribles épreuves qu’a subies Gilad Shalit répondront un jour de leurs actes, il est certain que s’il était mis un terme aux assimilations outrageantes entre des détenus palestiniens et un otage franco-israélien et, en définitive, entre la victime et les auteurs d’actes criminels, nous pourrions déjà estimer que le travail de justice pour Gilad Shalit aura commencé à faire son œuvre.</p>
<p style="text-align: justify">
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		<title>Un million de potes au Champ-de-Mars</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Jul 2011 13:58:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cette fête d'une ampleur inédite s'inscrit dans un contexte lourd]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_89" class="wp-caption alignleft" style="width: 392px"><a rel="attachment wp-att-89" href="http://laregledujeu.org/klugman/2011/07/18/88/un-million-de-potes-au-champ-de-mars/146947_le-concert-pour-l-egalite-de-sos-racisme-au-camp-de-mars-a-paris-le-14-juillet-2011/"><img class="size-full wp-image-89  " src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2011/07/146947_le-concert-pour-l-egalite-de-sos-racisme-au-camp-de-mars-a-paris-le-14-juillet-2011.jpg" alt="Le &quot;Concert pour l'égalité&quot; de SOS-Racisme au Camp-de-Mars, à Paris, le 14 juillet 2011 © AFP Thomas Samson" width="382" height="254" /></a><p class="wp-caption-text">Le &quot;Concert pour l&#39;égalité&quot; de SOS-Racisme au Camp-de-Mars, à Paris, le 14 juillet 2011 © AFP Thomas Samson</p></div>
<p style="text-align: justify">Qui n’a pas vu le Champ-de-Mars plongé dans le noir et soudain s’illuminer par la grâce de centaines de milliers d’écrans de téléphones mobiles brandis par une foule chantante et chaleureuse ne sait probablement pas ce que le mot fraternité veut dire.</p>
<p style="text-align: justify">Le « Concert pour l&#8217;égalité » qui s’est tenu à Paris ce 14 juillet appartient bien sûr à l&#8217;histoire de SOS Racisme qui en était l’organisateur, mais plus certainement encore à l&#8217;Histoire qu&#8217;à SOS Racisme.</p>
<p style="text-align: justify">Difficile de déterminer si c’est SOS qui a inventé ces gigantesques happenings festifs ou l’inverse : place de la Concorde au mois de juin 1985, cinq cent mille personnes assistaient au baptême de l’association. Le 14 juillet dernier, nous étions un million ! En 26 ans, le public de SOS Racisme s’est multiplié par deux sans prendre une ride.</p>
<p style="text-align: justify">Il n&#8217;est pas interdit de se demander quelle autre association en France avait la capacité de mobiliser en si peu de temps autant d&#8217;énergies militantes, artistiques, politiques et syndicales ? Il faut bien sûr distinguer les généraux de « l’armée des potes » à qui l’on doit cette gageure : Guillaume Ayné qui a fédéré les partenaires associatifs et syndicaux, l’irremplaçable Steevy Gustave qui a assuré avec David Pierre-Bloch, une relève artistique de premier plan &#8211; Yannick Noah, Bénabar, Michel Delpech, Nolwenn Leroy, Grégoire, Joyce Jonathan etc. &#8211; mais aussi Layla Rahou, Flora Saladin, Loubna Méliane et tant d’autres, anonymes et humbles de Paris et des comités de province qui ont permis à cette entreprise impossible de devenir un événement exceptionnel à tous points de vue.</p>
<p style="text-align: justify">Cette foule nombreuse venue chanter sa joie d’être ensemble était étonnamment paisible. Il n’y eut ce soir-là au Champ-de-Mars aucun incident à déplorer. Qui aurait pu croire qu’il résulterait de l’un des évènements les plus importants jamais organisés un jour de fête nationale, l’un des 14 juillet les plus calmes dans la capitale ?</p>
<p style="text-align: justify">Voilà pour l&#8217;exploit. Mais il n’est rien si l’on oublie qu&#8217;il procède d&#8217;un miracle républicain. Car ce concert n&#8217;aurait jamais dû avoir lieu.</p>
<p style="text-align: justify">Il avait été expliqué aux responsables de SOS Racisme que le 14 juillet était traditionnellement célébré le 13 au soir par un « Bal des pompiers » donné à la Bastille et que cette tradition était tellement ancienne que nul ne savait quand et par qui elle avait été instaurée. Combien de réunions, d’argumentaires, de notes, de mails a t-il fallu pour que Dominique Sopo, Président de SOS Racisme fasse partager cette lubie : et si en 2011, le 14 juillet se fêtait le lendemain et en plus grand ?</p>
<p style="text-align: justify">La Ville de Paris s’est laissée convaincre en posant dans un premier temps une condition : rien sur le Champ-de-Mars! La préfecture craignait des incidents et la direction des parcs et jardins redoutait la dégradation de ses pelouses. Et pourtant, Bertrand Delanoë,  Maire de Paris, faisant fi de tous les obstacles et toutes bonnes raisons de procéder comme à l’accoutumée a accepté de confier l&#8217;évènement festif du 14 juillet à SOS Racisme et en prime, au Champ-de-Mars ! Il est vrai que tout au long de ce cheminement l’association s’est découvert un avocat acharné auprès du Maire en la personne de Pascale Boitard, son adjointe en charge de l’intégration des étrangers non communautaires.</p>
<p style="text-align: justify">Il serait faux cependant de limiter ce Concert à une fête, même d’une ampleur inédite. Il s’inscrivait au contraire dans le contexte lourd d’un an et demi d’amalgames, d’insinuations et de coups de boutoirs contre les minorités dans notre pays. SOS Racisme avait d’ailleurs annoncé la couleur : « ce concert est fait pour tous ceux qui pensent que les enfants d’immigrés sont des Français à part entière, que la femme est l’égale de l’Homme, que les pauvres ne sont pas des parasites, que les homosexuels ne sont pas des déviants et que les jeunes ne sont pas synonymes de racailles ou de branleurs mais qu’ils sont l’avenir de notre pays ».</p>
<p style="text-align: justify">Surgi de nulle part à la manière d’un écho lointain qui se rapproche, le concert est devenu au fil des jours et des réseaux un totem que l’on se chuchote, un mot que l’on se passe. Une clameur venue du 14 juillet 1935 peut-être,  lorsqu’à l’appel de la Ligue des droits de l’homme, les républicains avaient fait le serment de rester unis face aux périls ; serment qui a servi de prélude au Front populaire et aux plus radieux de tous les 14 juillet ?</p>
<p style="text-align: justify">Car il s’est passé quelque chose d’inattendu au Champ-de-Mars. Une mélopée s’est échappée de la musique de Noah et ses amis : la sensation que la gauche venue par ses représentants les plus éminents et les plus divers comme François Hollande, Martine Aubry ou Eva Joly s’était donnée rendez-vous pour préparer l’avenir ; la certitude surtout, que le sentiment républicain si souvent outragé ces derniers mois était réhabilité par le plus grand nombre tant et si bien que le principal mérite de Dominique Sopo, s’il ne devait en rester qu’un, sera d’avoir fait naître lors d’une belle soirée d’été, le printemps d’espoirs nouveaux pour notre pays.</p>
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		<title>La télécution de DSK</title>
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		<pubDate>Thu, 19 May 2011 09:12:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’ai assisté à une exécution publique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_86" class="wp-caption aligncenter" style="width: 613px"><img class="size-full wp-image-86 " src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2011/05/dsk-tribunal.jpg" alt="SIPAUSA30070884_000007" width="603" height="457" /><p class="wp-caption-text">Dominique Strauss-Kahn au tribunal, entouré de policiers.</p></div>
<p>J’ai assisté à une exécution publique.</p>
<p style="text-align: justify">Il a suffit d’une image. Mais il y en a eu une rafale.</p>
<p style="text-align: justify">Par la volonté d’un procureur en manque d’électeurs et d’une police fédérale avide de publicité, j’ai assisté comme deux milliards de personnes à l’exécution de Dominique Strauss-Kahn et chacun a pu suivre en <em>live </em>le roman feuilleton d’une ambition fracassée dans le secret de la chambre froide et impersonnelle d’un hôtel new-yorkais.</p>
<p style="text-align: justify">Filmée, twittée, photographiée, diffusée jusqu’à la nausée, l’audience de sa mise à mort présentait DSK en témoin impuissant des forces qui l’arrachent aux rêves inaboutis, aux êtres aimés et à cet univers de choses familières et d’habitudes que l’on nomme sans y réfléchir « la vie ».</p>
<p style="text-align: justify">Épuisé et méconnaissable, M. Strauss-Kahn fut manifestement le grand absent des évènements.</p>
<p style="text-align: justify">Il est mort. Vivant. Et pour ce qu’il reste de lui, renvoyé en prison dans l’attente d’un éventuel procès.</p>
<p style="text-align: justify">Il a été exécuté ni par pendaison ni par injection, mais par télécution. La télévision a fusillé cet homme de face avant qu’il n’ait pu ouvrir la bouche. Voilà le scandale.</p>
<p style="text-align: justify">Je pensais que la peine mort était abolie. Je me suis trompé. Dominique Strauss-Kahn a été exécuté devant nos yeux. Indépendamment des faits qui lui sont reprochés et qu’il ne faut certainement pas minorer, il a été fauché en direct, au point culminant de sa vie publique par un attentat médiatique qui ne lui laissait aucune chance.</p>
<p style="text-align: justify">Sans même qu’il n’ait pu s’expliquer, il a <em>de facto</em> été exclu de la position enviée de directeur général du FMI et plus enviable encore, de favori à l’élection présidentielle en France.</p>
<p style="text-align: justify">Quel que soit la gravité des actes sur lesquels, je le répète, il doit s’expliquer et le cas échéant être jugé, le spectacle de la mise à mort d’un homme est toujours insoutenable. Au moins, du temps où des exécutions se pratiquaient encore dans notre pays, avait-on on la pudeur d’enfouir le meurtre légal sous des dais noirs dressés à l’aube derrière les hauts murs des prisons. On tuait au nom de la loi, certes, mais  dans la pénombre et le silence.</p>
<p style="text-align: justify">Dans ce siècle médiatique, le spectacle de la mort, sa mise en scène est devenue plus grave que la mort elle même. Personne ne l’a décidé, personne ne l’a même probablement voulu mais c’est ainsi, DSK a été condamné sans mot dire, sans que l’on sache d’ailleurs si tout ceci n’est qu’un mauvais rêve ou une réalité autrement plus sordide.</p>
<p style="text-align: justify">Ce qui l’accable ce n’est pas l’accusation en elle même, au demeurant très grave, de faits de nature sexuelle sur une femme de chambre. C’est la diffusion sans limite de cette accusation alors qu’il est privé de la faculté de se défendre. Non pas que la publicité du crime soit pire que le crime lui-même mais elle empêche d’articuler une défense de manière impartiale et équilibrée.</p>
<p style="text-align: justify">On peut se remettre de tous les griefs, affronter la calomnie, braver la haine, ignorer l’insulte. En un mot on peut vaincre l’opprobre mais on ne peut rien contre l’image de l’opprobre surtout lorsqu’elle a été assénée avec une telle ampleur.</p>
<p style="text-align: justify">Telle à ce stade la grave injustice qui frappe Dominique Strauss-Kahn.</p>
<p style="text-align: justify">Il peut-être innocent mais a déjà été frappé plus durement, ayant tout perdu, que par la sentence de prison qui pourrait lui être infligé.</p>
<p style="text-align: justify">Il se défendra, argumentera, présentera des faits, des dates ; ses avocats mettront en évidence les incohérences de la victime présumée. Rien y fera car les premières images et leur souvenir hanteront encore longtemps les esprits. Ainsi, il pourrait être acquitté par une juridiction mais jamais totalement blanchi dans l’opinion.</p>
<p style="text-align: justify">Que vaut en somme, le lent ouvrage de la raison et de la conviction face à la violence, à l’évidence, à la virulence de l’image repassée en boucle mille fois, de DSK menotté entre deux policiers ? Pas grand-chose, je le crains.</p>
<p style="text-align: justify">Le temps médiatique a définitivement fait penché la balance. La mise en cause d’un homme public est par trop violente pour pouvoir en contrebalancer les effets dans le temps, même par l’obtention d’une mise hors de cause.</p>
<p style="text-align: justify">Désormais, qu’on se le dise, au-delà du sort de Monsieur Strauss-Kahn, cette affaire signe durablement l’avènement d’un temps qui sera celui de l’impossible innocence des puissants.</p>
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		<title>Cantonales : à Marine, la France méconnaissante</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Mar 2011 10:55:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ceux qui confondent un ravalement avec une révolution en seront pour leurs frais... ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_84" class="wp-caption aligncenter" style="width: 618px"><a rel="attachment wp-att-84" href="http://laregledujeu.org/klugman/2011/03/21/83/cantonales-a-marine-la-france-meconnaissante/jean-marie-le-pen-marine/"><img class="size-full wp-image-84 " src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2011/03/Jean-Marie-Le-Pen-Marine.jpg" alt="Marine et Jean-Marie Le Pen" width="608" height="363" /></a><p class="wp-caption-text">Marine et Jean-Marie Le Pen</p></div>
<p style="text-align: justify">Les élections cantonales, scrutin parcellaire et mineur s’il en est, permettent de tirer un enseignement triste mais précieux pour l’avenir : dans la vaste recomposition électorale à laquelle nous assistons, il n’est nullement question d’une évolution du FN mais d’une involution de l’UMP.</p>
<p style="text-align: justify">Cette défaite, la seule qui soit certaine, a été préparée de longue date.</p>
<p style="text-align: justify">Nous avions en effet entendu dire ces derniers temps que le parti présidé par Madame Le Pen n’aurait plus rien à voir avec celui présidé il y a encore trois mois par Monsieur Le Pen. Tout se passe comme si, en dépit des différences de genre, de style – et par la force des choses  –  de générations, quelques voix mal habiles ou trop habiles faisaient mine d’ignorer que le Front National demeurait parfaitement inchangé.</p>
<p style="text-align: justify">Au soutien de cette illusion, un argument instillé avec soin par les communicants du Front National est maintenant asséné à l’identique par les idiots utiles de la « normalisation » du FN, qui sont tous étonnamment proches de l’actuel locataire de l’Elysée : Marine Le Pen aurait reconnu la singularité de la Shoah tandis que son père l’avait qualifiée de «détail de l’Histoire».</p>
<p style="text-align: justify">C’est un peu court pour liquider la succession du principal parti d’extrême droite français en faisant fi de son passé ou plutôt de son passif.</p>
<p style="text-align: justify">Madame Le Pen a été élue le 16 janvier dernier au terme d’une compétition âprement disputée à Bruno Gollnisch. Le congrès frontiste avait alors bénéficié d’un retentissement médiatique nettement supérieur à tout événement analogue d’une autre formation politique. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’extrême droite française n’a pas profité de cette occasion majeure pour décider d’un Bad Godesberg ou d’un aggiornamento plus discret qui aurait été souhaitable autant que nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Quoi qu’en pensent de savants esprits étonnamment oublieux, quand on succède sans mot dire et sous les brava à l’homme aux 25 condamnations ; quand l’on porte un patronyme qui est la marque notoire du racisme en France pour en poursuivre le même emploi, à savoir de la politique au nom des mêmes idéaux et dans le même parti, il est des silences qui valent mieux que des aveux. </strong></p>
<p style="text-align: justify">Le message est clair. On change de visage, pas d’idées ni de méthodes. Bien au contraire : quinze minutes après avoir échangé quelques mots avec la présidente nouvellement élue au congrès de Tours, un journaliste de France 24 a été isolé, insulté et molesté par ses sbires au motif, notamment, d’avoir un « nez de juif ».</p>
<p style="text-align: justify">D’ailleurs, lorsque le tribunal de Paris a jugé au mois de décembre 2010, l’ultime affiche de campagne électorale de Jean-Marie Le Pen qui présentait les Algériens de France comme des envahisseurs, c’est Marine Le Pen et elle seule qui s’est déplacée à l’audience pour faire sienne une cause qui procéduralement ne la concernait pas.</p>
<p style="text-align: justify">Ceux qui confondent un ravalement avec une révolution en seront pour leurs frais : Marine Le Pen est assurément plus proche, s’agissant de l’œuvre de son auteur, du « bilan globalement positif » de Monsieur Marchais que du droit d’inventaire invoqué naguère par Lionel Jospin. Mais, si le FN est inchangé, il n’en va pas de même du reste de la droite.</p>
<p style="text-align: justify">De manière incontestable, nous assistons dans le silence et l’indifférence à un effondrement moral sans précédent de la droite républicaine. En effet, Nicolas Sarkozy liquide avec obstination la part la plus noble de l’héritage de son prédécesseur, à savoir la digue méticuleusement érigée pendant vingt cinq ans entre la droite dite de gouvernement et la droite radicale. Au train où vont les choses, il ne restera en 2012, ne serait-ce qu’une ligne Maginot de la muraille qui avait si bien tenu depuis 1986.</p>
<p style="text-align: justify">Pour ce dernier suffrage avant l’échéance présidentielle, l’UMP a pris le parti de l’aventure avec une position qui se prête à toutes les combinaisons : ni alliance avec le FN ni front-républicain ; position encore réitérée ce 20 mars au soir du premier tour des cantonales.</p>
<p style="text-align: justify">Ce cadre trop lâche ne protège pas de l’entente électorale et incite à la compromission idéologique. Celle-ci a été mûrement préparée tout au long de ces dernières semaines : lancement d’un débat contre-nature sur la place de l’islam ; ovation faite au repris de justice Zemmour à l’UMP ou dérapage de la députée Chantal Brunel appelant à mettre au sens propre les immigrés à la mer. Pour parfaire cette ambiance de discrètes fiançailles,  le ministre de l’intérieur, plus proche collaborateur du président de la république, vient d’être promu « adhérent d’honneur du Front National ».</p>
<p style="text-align: justify">S’affranchir des frontières jadis indépassables, qui séparent les droites dans notre pays depuis 1945, les rendre imperceptibles, Nicolas Sarkozy dont la place dans l’Histoire est encore incertaine, aura eu au moins cette gloire qui est le sommet de sa honte… et de la nôtre.</p>
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		<title>La garde à vue, exception française et justice d&#8217;exception</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Feb 2011 12:40:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Alliot-Marie]]></category>
		<category><![CDATA[Droit]]></category>
		<category><![CDATA[garde à vue]]></category>
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		<category><![CDATA[Justice]]></category>
		<category><![CDATA[Loi]]></category>

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		<description><![CDATA[Si la réforme affichait de louables intentions, elle promet de n'en réaliser aucune.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><a rel="attachment wp-att-80" href="http://laregledujeu.org/klugman/2011/02/04/75/la-garde-a-vue-exception-francaise-et-justice-dexception/garde-a-vue1/"><img class="alignright size-full wp-image-80" src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2011/02/garde-a-vue1.jpg" alt="garde-a-vue1" width="423" height="250" /></a>Article paru dans <a href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/04/la-garde-a-vue-exception-francaise-et-justice-d-exception_1474551_3232.html"><span style="text-decoration: underline">Le Monde</span> du 03/02/2011</a></em></p>
<p><em>&#8220;Si nous voulons que tout reste tel que, c&#8217;est qu&#8217;il faut que tout change&#8221;</em>. A coup sur, à la chancellerie, on a beaucoup relu<em> Le Guépard</em> de Giuseppe Tomasi avant de rédiger le projet de loi sur la garde à vue qui a été examiné ces derniers temps au Parlement.</p>
<p>Si la réforme affichait de louables intentions, elle promet de n&#8217;en réaliser aucune. Mme Alliot-Marie dont c&#8217;était le testament en tant que garde des sceaux avait pourtant clamé que de nombreuses avancées permettraient enfin de mettre la procédure pénale française en conformité avec le droit européen. Las. En fait d&#8217;avancées, il s&#8217;agit d&#8217;effets d&#8217;annonces et de mise en conformité, il est moins que jamais que question.</p>
<p><strong>Les annonces d&#8217;abord. </strong>Selon le garde des sceaux, la loi modifiée permettrait en premier lieu de faire baisser significativement le nombre de gardes à vue décidées chaque année car la mesure ne serait plus appliquée que pour la seule répression des délits frappés d&#8217;au moins un an d&#8217;emprisonnement.</p>
<p>Mais chacun sait qu&#8217;il y a un nombre excessivement réduit de délits sanctionnés par une peine inférieure. Ainsi, la conduite automobile avec un taux d&#8217;alcool dans le sang supérieur au seuil légal fait encourir jusqu&#8217;à deux ans de prison ; l&#8217;atteinte à l&#8217;intimité de la vie privée ou le fait de réaliser un montage audio ou vidéo illicite, pour ne prendre que ces exemples, sont réprimés chacun par un an de prison… Les policiers peuvent être rassurés, il sera beaucoup plus difficile de trouver une infraction ne donnant pas lieu à placement en garde à vue que l&#8217;inverse.</p>
<p>Au rang des avancées, la chancellerie avait également mis en avant l&#8217;interdiction des fouilles à corps intégrales et la notification au gardé à vue de son droit à garder le silence.</p>
<p>Les fouilles à nu sont déjà règlementées par l&#8217;article 63-5 du Code de procédure pénale qui dispose que <em>&#8220;lorsqu&#8217;il est indispensable pour les nécessités de l&#8217;enquête de procéder à des investigations corporelles internes sur une personne gardée à vue, celles-ci ne peuvent être réalisées que par un médecin requis à cet effet&#8221;</em>. L&#8217;ignorance de ce texte et le recours généralisé à cette pratique dégradante avaient déjà nécessité une circulaire ministérielle du 11 mai 2003 et plus récemment, une note du directeur général de la police nationale en date du 9 juin 2008. Sans aucun effet. Le texte nouveau propose donc d&#8217;encadrer ce qui l&#8217;est déjà. Il est à craindre que ce soit avec le même succès.</p>
<p>Quant à la notification au gardé à vue de son droit à garder le silence, il y a eu à ce sujet tellement de revirements en dix ans que c&#8217;est à en avoir le mal de mer. Entre 2000 et 2002, l&#8217;article 63-1 du code de procédure pénale prévoyait que les gardés à vue soient informés de leur droit de se taire. Cette disposition avait été atténuée une première fois au mois de mars 2002 avant d&#8217;être abrogée un an plus tard. Elle devrait maintenant réapparaître. Tant mieux. Mais ces atermoiements ne changeront rien, la Cour européenne des droits de l&#8217;homme (CEDH), ayant heureusement et depuis longtemps jugé que le droit au silence était consubstantiel de la présomption d&#8217;innocence et devait trouver application à tous les stades de la procédure.</p>
<p>Pour toutes ces avancées qui n&#8217;en sont pas, on pouvait au moins espérer qu&#8217;il serait fait toute sa place à l&#8217;avocat dans le cadre de la garde à vue. Les décisions de la CEDH, puis du Conseil constitutionnel et de la Cour de cassation sont claires à ce sujet : la mise en cause d&#8217;une personne dès l&#8217;enquête de police sans l&#8217;assistance effective d&#8217;un avocat viole le droit au procès équitable et par la même les droits de la défense.</p>
<p>Effectivement, dans la réforme envisagée, tout a été fait pour prévoir l&#8217;assistance de l&#8217;avocat… et pour s&#8217;en passer !</p>
<p>Si la réforme était adoptée, quel que soit le motif du placement en garde à vue, le procureur ou le juge des libertés, pourra différer la présence de l&#8217;avocat pour une durée de douze heure ou de vingt quatre heures pour le régime de droit commun et pour une durée de quarante-huit ou soixante-douze heures pour les gardes à vue dérogatoires (terrorisme, stupéfiants etc.) Ainsi, en dépit de la ferme condamnation de la Cour de cassation, il n&#8217;a pas été prévu de renoncer à l&#8217;exercice décalé des droits de la défense pour les infractions les plus graves qui aboutissent à ce résultat paradoxal : plus le régime est sévère, moins le gardé à vue se trouve en capacité de se défendre.</p>
<p>Pis, pour justifier de cette présence différée de l&#8217;avocat en garde à vue, il a été avancé dans le projet de loi <em>&#8220;la nécessité de recueillir rassembler ou conserver les preuves&#8221;</em> ou de prévenir <em>&#8220;une atteinte aux personnes&#8221;</em>.  Voudrait-on insinuer que l&#8217;avocat qui est un auxiliaire de justice, subtilise des pièces utiles à la manifestation de la vérité ou pire qu&#8217;il peut commanditer ou se faire le complice d&#8217;un homicide?</p>
<p>Le maintien de ces dispositions aussi floues que scandaleuses, survivance d&#8217;un temps où l&#8217;avocat était tout aussi suspect que son client, pourrait en tout cas valoir à la procédure réformée d&#8217;être retoquée, à peine votée. Que penser encore du fait, qu&#8217;en matière de terrorisme, l&#8217;avocat serait nécessairement choisi par le bâtonnier sur une liste établie par le conseil de l&#8217;ordre, ce qui est une atteinte caractérisée au libre choix de la défense qui est pourtant un autre principe consacré par le droit européen ?</p>
<p><strong>Mais ce n&#8217;est pas le pire.</strong> Le pouvoir après avoir outrageusement abusé de la pratique de la garde à vue pensait se contenter d&#8217;un saupoudrage de droits anciens présentés comme nouveaux et d&#8217;une présence prétendument accrue de l&#8217;avocat pour rendre conforme la procédure pénale française au regard du droit européen. Il n&#8217;en est rien.</p>
<p>La surprise n&#8217;est pas venue du côté de l&#8217;avocat à qui l&#8217;on entrouvre la porte mais du procureur, théoriquement chargé en tant que magistrat garant des libertés individuelles, de contrôler la garde à vue.</p>
<p>La condamnation de la France devant la CEDH le 23 novembre 2010 (arrêt France Moulin c/ France) sonne à cet égard comme un réveil brutal : le procureur de la République, autorité judiciaire de supervision des gardes à vue ne serait pas un magistrat au sens de la Cour européenne car il n&#8217;est pas indépendant vis à vis du pouvoir exécutif. La prise de position de la juridiction strasbourgeoise si elle n&#8217;est pas nouvelle (arrêt Medevedyev c/ France) n&#8217;en est pas moins audacieuse. Au-delà du contrôle effectif de la garde à vue qui est remis en cause, c&#8217;est la question du rattachement du parquet au siège et donc, de l&#8217;organisation du système judiciaire français qui est posée. Le nouveau Garde des sceaux s&#8217;est montré sur ce point sans équivoques : peu importe les décisions des plus hautes juridictions françaises et européennes, le procureur, juge soumis, gardera la direction des gardes à vue !</p>
<p>Il reste en définitive, au vu projet présenté au Parlement quelques améliorations qui n&#8217;atténuent pas le sentiment d&#8217;une occasion manquée. Quel gâchis en effet d&#8217;avoir préféré à tout prix une réforme bâclée à une justice souveraine et respectueuse des droits de chacun. Des centaines de milliers de gardes à vue réalisées chaque année dans des conditions indignes méritaient mieux et en tout cas que l&#8217;on mette fin à une justice d&#8217;exception qui est aussi une exception française.</p>
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		<title>La statue de Hessel</title>
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		<pubDate>Thu, 27 Jan 2011 15:00:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Visiblement personne ne lit cet opuscule que tout le monde s’arrache. Il devenait donc urgent d’en briser le mystère pour en dévoiler la misère.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-72" href="http://laregledujeu.org/klugman/2011/01/27/70/la-statue-de-hessel/stephane_hessel3bis/"><img class="aligncenter size-full wp-image-72" src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2011/01/Stephane_Hessel3bis.jpg" alt="Stephane_Hessel3bis" width="597" height="396" /><br />
</a>Il y a dans une gloire soudaine quelque chose de suspect. C’est vrai du gagnant d’un jeu de téléréalité dont le nom sitôt connu sera oublié ; ça l’est d’avantage encore des lauriers tardifs qui sont venus combler Stéphane Hessel à l’âge de 93 ans.</p>
<p>La biographie de l’intéressé et la lecture fugace – il ne peut en être autrement – d’ « <em>indignez-vous !»</em>, son dernier opus, mettent en évidence un « malentendu Hessel ». Car il y a forcément un malentendu à ce que l’auteur suranné d’un livret surfait ait pu donner lieu au phénomène d’édition que nous connaissons  avec plus de 500.000 exemplaires vendus.</p>
<p>Notons en premier lieu que Stéphane Hessel est parvenu à l’âge d’homme de la manière la plus courageuse et la plus noble qui soit, par la Résistance. Arrivé à Londres en mai 1941, parachuté en France au mois de mars 1944, arrêté le 10 juillet suivant, il sera torturé et déporté avant de s’évader pour retrouver le territoire national libéré.</p>
<p>Ces hauts faits rappelés, l’itinéraire de l’intéressé est facile à suivre jusqu’en 1948, date de l’adoption par l’O.N.U de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, pour laquelle il a servi en tant que jeune diplomate affecté au service du  secrétaire de la commission des droits de l’homme. S’il ne fut ni le rédacteur ni le négociateur de cette norme majeure, au moins peut-il affirmer comme Fabrice à Waterloo : j’y étais !</p>
<p>La suite paraît s’être déroulée sur un mode mineur puisque nul n’y trouve, à commencer par ses biographes, la trace d’un fait significatif en dehors du ronron confortable d’une carrière menée sous les lambris du quai d’Orsay. L’intéressé le confesse gentiment en reconnaissant que l’élection de François Mitterrand <em>« a fait d’un diplomate assez étroitement spécialisé dans la coopération multilatérale,  arrivé à deux ans de sa retraite, un ambassadeur de France. »</em></p>
<p>S’il y a un « trou » bien connu dans la  biographie de Jacques Vergès, le mot manque pour qualifier le demi-siècle durant lequel l’apôtre de la révolte semble essentiellement avoir usé de son devoir de réserve.</p>
<p>Le constat est sévère mais il s’impose : M. Hessel paraît avoir traversé le siècle passé sur un siège passager. Jamais là mais jamais loin, le voici au soir de sa vie repus de titres et plus chargé de décorations qu’un maréchal soviétique. Cela n’est pas très grave mais tout de même un peu juste, lorsque l’on s’auto proclame sur le tard, directeur de  conscience de l’époque.</p>
<p><em>« Indignez vous !»</em>, est le digne reflet de son auteur.</p>
<p>Visiblement personne ne lit cet opuscule que tout le monde s’arrache. Il devenait donc urgent d’en briser le mystère pour en dévoiler la misère.</p>
<p>L’impression d’ensemble est celle d’un mauvais amuse-bouche, à peine entamé déjà fini. Hessel risquant d’être pris de court a fait bref : onze petites pages que l’on qualifiera au mieux d’avant-propos (à un propos qui n’existe pas) et plus certainement, à la suite du slogan qui lui sert de titre, de tract dispendieusement distribué en librairie pour 3 euros.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, cet insipide incipit ne fait pas dans le détail. A le lire, l’indignation ce serait comme le cochon, tout y est bon : <em>« l’immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches (…) » ; « les droits de l’homme et l’état de la planète », </em>tout, absolument tout y passe<em> </em>!</p>
<p>Bien sûr, il en va différemment pour son excellence Hessel. En indigné aguerri, il a SA Cause. Revenu d’un tour du malheur en quatre-vingt lignes, il est en mesure d’affirmer qu’il y a une souffrance qui supplanterait toutes les autres et que cette affliction suprême a pour nom Palestine, « <em>cause principale de son indignation </em>».</p>
<p>Le vieil ombragé a sa marotte, c’est entendu, mais également son explication qui mérite que l’on s’y arrête tant elle est moyenâgeuse pour ne pas dire scandaleuse.</p>
<p>Le conflit israélo-palestinien trouverait sa source dans le comportement non pas des israéliens mais des  « Juifs » : « <em>que des juifs puissent perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre c’est insupportable. Hélas l’histoire donne peu d’exemples de peuples qui tirent les leçons de leur propre histoire ». </em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Les Palestiniens sont à l’inverse les « bons sauvages » de Monsieur l’ambassadeur et ils se trouvent en tant que tel, absous par avance de tout ce qui peut être fait ou perpétré en leur nom y compris le pire. Ainsi, si certaines factions palestiniennes s’adonnent au terrorisme, c’est regrettable bien sûr, mais ce serait dans l’ordre des choses car dixit M. Hessel, <em>« le terrorisme est une forme d’exaspération » </em>et <em>« dans la notion d’exaspération, il faut comprendre la violence comme une regrettable conclusion de situations inacceptables pour ceux qui les subissent ». </em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Cette construction, parfaite justification du terrorisme, c’est à dire du fait de prendre délibérément des civils pour cible afin de les tuer, est moralement consternante, surtout lorsque elle est formulée par une autorité morale se réclamant de la non-violence.</p>
<p>La faillite ne serait pas complète si Monsieur Hessel n’était allé dilapider ce qu’il lui restait de crédit  auprès de ceux qui  veulent boycotter Israël, ce qui est illégal bien sûr, mais encore parfaitement immonde en ce que cela constitue un attentat qui frappe au cœur toute possibilité de paix et d’échange.</p>
<p>Je sais bien que ce que l’on aime chez ce vieux monsieur respectable, ce ne sont pas ses idées mais l’idée qu’on se fait de lui. Je suis évidemment conscient qu’on le contemple plus qu’on ne l’écoute et pour être complet, je me demande dans quelle mesure il n’est pas devenu l’otage du personnage de bonze embaumé et fardé qu’il représente pour une portion idéologiquement perdue de la gauche de la gauche?</p>
<p>Je suis instruit de tout cela et pour autant, j’en veux à Hessel.</p>
<p>Je lui en veux de faire tant de mal à une cause qui m’est chère, la paix entre israéliens et palestiniens. Je lui en veux de faire passer des appels à la guerre pour du pacifisme, des thèses radicales pour l’expression d’opinions modérées et de rendre respectables des personnes qui ne le sont en rien.</p>
<p>Il paraît que cela ne mériterait pas mieux qu’un haussement d’épaule. J’avoue ne pas avoir cette « <em>capacité d’indifférence » </em>et<em> </em>je dois pour finir rendre au moins cet hommage minimal à M. Stéphane Hessel : j’ai lu attentivement son livre et j’en ai été parfaitement indigné.</p>
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		<title>Pierre-Olivier Sur ou le choix des libertés</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Nov 2010 19:14:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le barreau a un rôle pionnier à jouer dans une société française qui peine à passer de l’égalité proclamée à l’égalité constatée]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-67" href="http://laregledujeu.org/klugman/2010/11/19/65/pierre-olivier-sur-ou-le-choix-des-libertes/palais-de-justice/"><img class="alignright size-full wp-image-67" src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2010/11/palais-de-justice.jpg" alt="palais-de-justice" width="500" height="274" /></a>Qui se soucie de l’élection du prochain bâtonnier du barreau de Paris ? Trop peu de monde hélas en dehors des 22.000 avocats parisiens concernés. Pourtant, l’avocat est avec le journaliste, le seul professionnel indépendant dont le statut est la condition et la garantie d’une société démocratique.<br />
Qui se soucie de l’élection du prochain bâtonnier du barreau de Paris ? Trop peu de monde hélas en dehors des 22.000 avocats parisiens concernés. Pourtant, l’avocat est avec le journaliste, le seul professionnel indépendant dont le statut est la condition et la garantie d’une société démocratique.</p>
<p>Cette profession étant à part, ses élections professionnelles sont nécessairement particulières. Les 30 novembre et 2 décembre prochains, il se jouera donc quelque chose d’autre que la simple représentation des avocats parisiens pour les années à venir.</p>
<p>Surtout, la justice est au cœur des débats qui agitent la société française.</p>
<p>L’affaire Bettencourt en donne une illustration quotidienne avec une magistrature en guerre au sein d’une même juridiction, soupçonnée de partialité quand ce n’est pas de complaisance. Comment dans ces conditions éviter de reposer l’inévitable, l’incontournable question de l’indépendance du parquet ?</p>
<p>Mardi soir, encore, le président de la République était interrogé à la télévision publique sur son avenir politique et notamment sur sa succession. Il a préféré répondre par son souhait de transformer les tribunaux correctionnels et le juge d’application des peines en juridictions populaires.</p>
<p>Quand le pouvoir politique, au plus haut niveau, place à ce point la justice au rang de ses obsessions, c’est aux avocats de faire entendre et leur voix et le respect des principes fondamentaux. Qui sinon le fera ?</p>
<p>Dans ces circonstances et en ce qui me concerne, la candidature conjointe de Pierre-Olivier Sur et Catherine Paley-Vincent s’est imposée pour ces élections ordinales qui ne seront pas ordinaires.</p>
<p>Je m’attarderai un instant sur le premier, que je connais mieux, pour dissiper un possible malentendu. Pierre-Olivier Sur n’est pas un de mes « camarades », je ne l’ai jamais croisé dans une réunion politique et je ne lui connais pas d’autres engagements que ceux qui découlent de son serment. Pour avoir suivi de près sa campagne, je puis affirmer sans risquer d’être démenti que sa robe est tout à la fois sa seule vocation, sa plus forte conviction et son unique religion.</p>
<p>L’impétrant ne compte évidemment pas que des qualités. Je tiens pourtant à l’heure de la contrition obligatoire et de la modestie forcée, son incapacité à masquer son grand talent pour l’une d’entre elles et non des moindres. A 46 ans, il n’attend de cette élection ni la carrière, ni la reconnaissance, ni les honneurs qu’il n’aurait pu acquérir autrement et qui l’ont déjà tant gâté. En un mot, il aurait beaucoup plus à  perdre qu’à gagner dans cette aventure. La campagne acharnée qu’il déploie depuis près d’un an et demi est plus éloquente que n’importe quelle démonstration.</p>
<div id="attachment_3472" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a rel="attachment wp-att-3472" href="http://laregledujeu.org/klugman/?attachment_id=3472"><img class="size-full wp-image-3472" src="http://laregledujeu.org/files/2010/11/po-sur-2.jpg" alt="Pierre-Olivier Sur" width="300" height="237" /></a><p class="wp-caption-text">Pierre-Olivier Sur</p></div>
<p>J’ai rejoins Pierre-Olivier Sur autour d’un combat: la mise au ban de la garde à vue sans avocat. Il en a été l’un des précurseurs et la possible victoire qui s’annonce, si elle advenait, lui devrait beaucoup. Avec mon petit « Livre noir de la garde à vue », j’ai contribué à mon modeste niveau à ce débat. Depuis, le Cour européenne des droits de l’homme, le Conseil constitutionnel et la Cour de cassation ont déclaré cette pratique hors la loi. Mais la réforme qui nous est promise laisse entrevoir de véritables dangers pour les justiciables, à commencer par le régime de l’audition libre que Pierre-Olivier Sur a dénoncé le premier en mettant à profit dans cet exercice, tant l’expérience du praticien que la clarté de l’enseignant.</p>
<p>On doit à la vérité de dire que les combats de la liberté ne lui sont pas venus sur le tard au hasard d’une ambition électorale. Tout jeune avocat par exemple, il devait se porter au secours de son ancien professeur de libertés publiques à sciences-po, sans imaginer que 19 ans plus tard, celui-ci serait élu président de la Guinée. Autre affaire, autre lutte : la reconnaissance du droit des victimes du tortionnaire cambodgien, John Douch, d’où est sorti un grand procès et un très beau livre paru il y a peu sous sa plume<a href="../klugman/wp-admin/#_ftn1">[1]</a>.</p>
<p>Mais au-delà de son parcours, il y a les actes dont certains sont révélateurs. Ainsi, il n’est pas neutre d’avoir choisi pour thème de la dernière réunion publique de sa campagne, le « barreau contre les discriminations », démontrant au passage que le barreau a un rôle pionnier à jouer dans une société française qui peine à passer de l’égalité proclamée à l’égalité constatée.</p>
<p>Mais au-delà de son parcours, il y a les actes dont certains sont révélateurs. Ainsi, il n’est pas neutre d’avoir choisi pour thème de la dernière réunion publique de sa campagne, le « barreau contre les discriminations », démontrant au passage que le barreau a un rôle pionnier à jouer dans une société française qui peine à passer de l’égalité proclamée à l’égalité constatée.</p>
<p>Un mot encore. Cette élection qui va déterminer ceux d’entre les avocats parisiens qui seront amenés à représenter leurs pairs est banale ; peut-être trop si l’on en croit la faible participation qui y est habituellement comptabilisée. Cette banalité ne devrait pas nous conduire à oublier ceux qui, parce qu’ils portent ailleurs, le même titre et proclament les mêmes valeurs sont entravés ou emprisonnés.</p>
<p>Ici à <em>la Règle du jeu</em>, nous savons que le dernier coup porté par un régime iranien qui n’en a jamais été avare, à Sakineh – cette femme suppliciée, jugée et condamnée à la lapidation pour crime d’adultère – a été d’arrêter son avocat Me Houtan Kian à son cabinet, de l’interroger, de le menacer et de l’emprisonner alors qu’il était le dernier lien de sa cliente avec le monde libre. La proposition de transformer le premier des avocats parisiens en une ONG intitulée « prévenez le bâtonnier de Paris » au service des défenseurs dont les droits sont bafoués à travers le monde, a pu faire sourire. A mes yeux, elle suffit à faire du grand avocat qu’est déjà Pierre-Olivier Sur, le grand bâtonnier qu’il aspire à devenir.</p>
<hr size="1" /><a href="../klugman/wp-admin/#_ftnref1">[1]</a> Pierre-Olivier Sur, « Dans les yeux du bourreau », JC Lattès, Paris 2010</p>
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		<title>Remaniement : ça ne change rien et c’est ça qui change tout</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Nov 2010 10:38:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[François Fillon succède à François Fillon à la tête du gouvernement. Ce remaniement ministériel reste inédit à bien des égards...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_64" class="wp-caption aligncenter" style="width: 630px"><a href="http://laregledujeu.org/klugman/2010/11/15/63/remaniement-ca-ne-change-rien-et-c%e2%80%99est-ca-qui-change-tout/sarkozy_et_fillon/" rel="attachment wp-att-64"><img src="http://laregledujeu.org/klugman/files/2010/11/sarkozy_et_fillon.jpg" alt="Nicolas Sarkozy et François Fillon" width="620" height="428" class="size-full wp-image-64" /></a><p class="wp-caption-text">Nicolas Sarkozy et François Fillon</p></div>
<p>Il vient de se produire un fait historique majeur sous nos yeux. Jamais dans l’histoire des hommes n’avait-t-on annoncé avec autant de pompe un événement aussi insignifiant : François Fillon succède à François Fillon à la tête du gouvernement.</p>
<p>Ce devait être tout autre chose et en tout cas plus qu’un changement. Plutôt une révolution. Un second mandat dans le mandat présidentiel. Un tournant à partir duquel on annonçait une rupture, cette fois sociale. Les espérances étaient au rendez vous comme en attestent certains signes qui ne trompent pas: Jean-Louis Borloo était allé chez le coiffeur ; Bruno Le Maire avait publié un nouveau livre et finalement pour l’emporter, François Fillon avait donné avec panache dans l’exercice qu’il maîtrise le mieux : attendre.</p>
<p>Bref, nous attendions une renaissance, ce ne fut même pas un ajustement technique.</p>
<p>Alors, le sensationnel se niche où il peut. « C’est une première pour un week-end » a-t-on par exemple entendu. Quoi qu’il en soit, la fête fut gâchée par les annonces intempestives de Jean-Louis Borloo, qui, n’ayant pas été nommé premier ministre, expliquait pourquoi il quitterait le gouvernement et d’Alain Juppé, qui a développé les raisons inverses pour lesquelles, après avoir servi comme premier ministre, il accepterait de faire partie du gouvernement ; tant et si bien que la communication officielle par Claude Guéant de la formation du gouvernement a fait l’effet d’un bulletin météo publié longtemps après l’orage qu’il était censé annoncer.</p>
<p>Pourtant, ce remaniement ministériel reste inédit à bien des égards. La cinquième république nous avait en effet habitué à des nominations surprises qui voyaient l’exécutif changer radicalement  par l’âge, le sexe ou le style de celui qui était appelé à exercer les fonctions de chef du gouvernement. Après avoir orchestré huit mois d’annonces, de conjectures et de spéculations, huit mois d’ambitions rabrouées ou débridées, huit mois de carrières presque faites et finalement défaites,  le premier communicant de France, Nicolas Sarkozy, a décidé de ne rien changer.</p>
<p>Dans le contexte actuel, la perpétuation de la politique en cours est proprement sidérante : les déficits publics atteignent des records, le chômage explose, les marges budgétaires s’érodent et le plan de relance s’arrête… avant la relance.</p>
<p>C’est comme si Nicolas Sarkozy s’était dit qu’il fallait reconduire le gouvernement Fillon qui a réussi à rater à peu près tout ce qu’il a entrepris, à commencer bien sûr par la réforme des retraites. Et ce n’est guère plus brillant avec les ministres : Eric Woerth, compromis dans l’affaire Bettencourt, a été invité à faire valoir sa liberté tandis que Brice Hortefeux, condamné pour des propos racistes a été promu, ceci dans un climat délétère, où le pouvoir est suspecté de faire surveiller les journalistes.</p>
<p>Qui a parlé d’aveux à propos de la formation de ce gouvernement? C’est un désaveu.</p>
<p>Il serait faux cependant de considérer que ce non événement restera sans conséquences.</p>
<p>Le quinquennat de Nicolas Sarkozy s’était ouvert sur la volonté d’en finir avec une ambiguïté fondatrice du régime : celle de l’exécutif bicéphale. Il y avait une tête de trop au sommet de l’Etat. Désormais, nous avait-t-on promis, le Président sera en première ligne. Il prendra les décisions pour lesquelles il a été élu par les français, en assumera seul les responsabilités et en tirera seul le profit qui en découle.</p>
<p>Las. Trois ans et demi plus tard, Nicolas Sarkozy a abouti à la situation inverse qu’il avait escompté en ayant définitivement lié son sort à son premier ministre et en se retrouvant à la merci de celui-ci jusqu’au terme de son mandat. Loin de réhabiliter la fonction présidentielle, il l’a abaissé à un niveau sans précédent. Alors, que le chef de gouvernement était traditionnellement  le fusible du pouvoir, voici le président maintenu en état de survie politique par un premier ministre qui rassure autant qu’il apaise les tensions créées par son supérieur. Nicolas Sarkozy  a dans les faits échangé d’habits avec celui qui était présenté comme son « principal collaborateur ».</p>
<p>Pis, en ayant fait notoirement état de son désir de limoger François Fillon avant de se raviser et de se rendre compte que ce dessein était hors d’atteinte, le président a consenti à une déclaration d’impuissance publique qui risque de lui être fatale. Au terme de cette reconduction qui n’est pas un remaniement, tout se passe comme si Nicolas Sarkozy avait réussi cette gageure : perdre le pouvoir sans perdre une élection.</p>
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