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Le roman vidéo du “mercredi de feu”

Armin Arefi

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La terre d’Iran a tremblé hier soir. Les Iraniens ont célébré la fête pré-islamique du “Chaharshambeh suri” ou “mercredi de feu”, veille du dernier mercredi de l’année avant le Norouz(nouvel an iranien), le 21 mars prochain. À cette occasion, ils ont allumé et sauté au dessus de feux de joie pour mettre fin aux souffrances de l’hiver et débuter dans la paix et la nature du printemps la nouvelle année.

Or si cette fête a permis aux Iraniens à travers le pays de réaffirmer leur origine perse, elle a aussi donné l’occasion à la jeunesse d’évacuer, pour une soirée seulement, toute la frustration accumulée pendant une année entière, à coups de feux d’artifice, de puissantes grenades artisanales, et de déhanché oriental! Surtout que cette année, le “mercredi de feu” coïncidait avec un nouvel appel à manifester de l’opposition pour réclamer la libération de ses leaders.

Je vous propose donc de revivre, comme si vous y étiez, à l’aide des nombreuses et étonnantes vidéos recueillies hier soir précédées de leur commentaire, le déroulement de cette soirée unique durant laquelle, vous allez vous en rendre compte, les Iraniens n’ont pas hésité à “jouer avec le feu” :

Dès le début d’après-midi, les autorités iraniennes avaient déployé un important dispositif policier (forces de police anti-émeutes, miliciens bassidjis en moto) pour décourager toute manifestation. D’ailleurs, le chef de la justice de Téhéran a mis en garde lundi contre toute tentative d’utilisation par la “contre-révolution” de la fête du feu.

Mais cela n’a pas empêché les habitants de Téhéran de sortir dans la rue pour allumer d’énormes brasiers:

Il n’y a pas que dans la capitale que les Iraniens ont lancé feux d’artifice et pétards confectionnés par leurs soins. Ici à Ardebil (nord-ouest). Où est passé notre bon vieux 14 juillet?

Et à Ahwaz (dans le sud):

Parfois, les pétards sont lancés en pleine rue, en beau milieu du trafic. Comme dans le quartier TehranPars de la capitale:

Vous êtes jaloux et souhaitez vous aussi lancer votre pétard? Vous voilà exaucés:

Et comme tant redouté par les autorités, certains vont profiter de l’occasion pour lancer des slogans antigouvernementaux. Dans la rue Navab de Téhéran, les habitants expriment leur rejet du Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, en scandant: “Moubarak, Ben Ali, au tour de Seyed-Ali”(le prénom du Guide), suivi de “Mort à toi”:

Les slogans font aussi rage en Province. Même cri contre le Guide à Boroujerd, à l’ouest du pays:

À Shiraz, dans le sud, des Shirazis s’époumonent : “Ni Gaza, ni Liban, je me sacrifierai pour l’Iran”, en lançant des pétards. Est cette fois pointé du doigt le soutien du régime iranien au Hamas palestinien ainsi qu’au Hezbollah libanais.

Dans la ville de Babol, dans le nord, les manifestants scandent: “Vive Hossein! MirHossein”, en hommage à MirHossein Moussavi, l’un des leaders de l’opposition, assigné à résidence depuis plus de trois semaines, avant de lancer “Mort au dictateur”.

Mais cette fête n’est pas sans danger. Surtout lorsque les miliciens bassidjis lancent l’assaut au volant de leur moto à Téhéran.

Attaque à Téhéran, mais aussi en province. À Ahwaz, dans le sud, les miliciens n’hésitent pas à envahir le domicile d’un frondeur en grimpant au dessus de sa façade.

Mais les fêtards/manifestants (c’est selon) vont riposter. À Sanandaj, dans le Kurdistan iranien(à l’ouest du pays), une moto (peut-être celle d’un milicien) est mise à feu.

Dans les quartiers sud de Téhéran, pourtant plus populaires, des jeunes lancent des pierres en direction des forces de l’ordre:

Au fil de la nuit, la fête va reprendre ses droits. Et de quelle manière! À Téhéran, au détour d’une allée, c’est à une véritable boîte de nuit à ciel ouvert que nous avons affaire. La musique irooni est assurée par les postes radios CD des voitures garées autour de la “scène” improvisée.

À Ispahan(centre), main dans la main, filles et garçons forment une ronde autour d’un brasier. Vous en êtes témoins, tout le stress d’une année difficile est évacué en une soirée.

À Shiraz, ce sont ces messieurs qui prennent le relais, et prouvent à quiconque en doutait encore, qu’ils n’ont rien à envier à ces demoiselles question déhanché oriental. Mashallah! (Bravo)

La fête a battu son plein ce soir. Unis, en osmose et dans la paix, des habitants de Téhéran concluent en beauté cette soirée en entonnant “Ey Iran”, véritable hymne officieux iranien chanté depuis soixante ans, tous régime et génération confondus, symbole de l’amour qu’ils portent à leur patrie et de leur iranité.

Or selon le site d’opposition Kaleme, près de 500 personnes ont été arrêtées ce soir rien que dans la capitale iranienne.


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Catégories : Armin Arefi.

3 commentaires sur «  Le roman vidéo du “mercredi de feu” »

  1. Coquelicot dit :

    Hier dimanche 20 mars des dizaines de milliers de marocains sont aussi descendus dans la rue mais la TV française n’en parle pas.
    En Syrie ou au Barheïn les autorités font tirer sur la foule mais là aussi ça ne semble pas intéresser des masse l’ ONU.
    En regardant ce qui se passe aujourd’ hui en Libye de nombreux peuples arabes vont se lever contre leurs dirigeants et demander de l’aide à l’occident pour renverser les dictateurs …
    Et alors, on fera quoi quand ça arrivera ??

  2. Coquelicot dit :

    Les miliciens et leurs motos à la solde du clown iranien, un hommage aux “voltigeurs” de Pasqua ?

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