Comment la gauche peut-elle l\'emporter en 2012

Pour une politique de l’espoir

Danielle Mitterrand

Retrouvez tous les lundis, les réponses de deux experts à la question que tous se posent : Comment la gauche peut-elle l’emporter en 2012 ? Aujourd’hui : Danielle Mitterrand et Stéphane Distinguin.

Danielle Mitterrand participe à une manifestation à Marseille, le 23 septembre 2010. P. POCHARD / SIPA

Danielle Mitterrand participe à une manifestation à Marseille, le 23 septembre 2010. P. POCHARD / SIPA

Puisque vous me posez la question de savoir « comment la gauche l’emportera en 2012 », en premier lieu, la logique voudrait que le PS soit le seul parti de gouvernement prétendument de gauche qui pourrait y penser.
Pour l’espérer, il faudrait que sa raison d’être et son objectif soient clairs pour les électeurs de gauche, et se distinguent de la pensée unique qui inspire la politique mondiale actuelle. Pour se présenter et être crédible, il est impératif qu’il se décide entre le libéralisme avec son discours sur le développement, la croissance et les profits financiers dont on connaît les effets pervers et une politique humaniste qui repose sur les valeurs que représentent les forces de vie, c’est-à-dire les biens communs constitutifs de la vie à l’usage de tous, librement. Ils sont au nombre de quatre : eau, air, terre et feu du soleil pour la lumière et la chaleur. Ayant admis le principe de ces richesses fondamentales, abordons la notion du temps à consacrer à l’art de vivre et non à la précipitation pour accumuler des richesses réelles ou virtuelles, fallacieuses et illusoires. Le temps de vivre, qui donne à l’intelligence dont l’humanité est dotée la capacité d’analyser, d’organiser la société à laquelle nous appartenons.
Cela dit, alors, on pourra parler des chances de la gauche, au moment où une prise de conscience se lève dans les esprits, inquiets pour leur qualité de vie et l’avenir de leurs enfants.
Actuellement, le désir de changement est tel pour une majorité des populations que l’impatience grandissante s’exprime par la colère et la violence révélatrices d’une volonté déterminée.
Et pourtant, depuis des années déjà, des millions de femmes et d’hommes venus de tous les continents se réunissent, échangent leurs expériences locales de changement et de résistance au système qui les broie. Ils rétablissent l’antidote à l’éducation que les enfants du capitalisme ont subie depuis leurs premières classes jusqu’à la perfection des Grandes Écoles, dont les mots sacrés s’égrenaient autour de « compétition », « concurrence », « bourse », « actionnaires », « argent » — argent qui donnerait la puissance et le bonheur. En fait, ils sont inquiets, méfiants, ont peur de leur ombre et croient assurer leur sécurité par la répression, les non-dits et les digicodes qui les enferment et les privent de tout contact humain spontané. Oserais-je vous rappeler la fable de La Fontaine, Le savetier et le financier ?
On s’interroge dans les divers milieux politiques. Les dirigeants s’aventurent aux forums sociaux mondiaux ; ils arrivent, les élus, les secrétaires de partis. Ils superposent leur propre « Forum des autorités locales » et tiennent des discours que les altermondialistes ne sauraient renier, ils dénoncent les mauvaises façons de ce système, pour finalement conclure, forts de leurs certitudes, qu’il n’y a qu’une seule politique possible : la leur.

En effet, soumis plus ou moins consentants à ce système reposant sur une dictature économique impitoyable, les dirigeants sont allés trop loin dans la démesure, les compromissions, les mensonges et la corruption pour penser qu’ils sont en mesure de l’amender.
Cependant, pour une politique de l’espoir, les acteurs de l’Autre Monde souhaité se rencontrent, se font confiance, dans le respect des différences et des particularismes, permettent une réflexion commune, partagent leurs expériences. Seule la confiance restaurée leur permet de fixer l’objectif de paix et de justice que la guerre et la misère ont abandonné.
Lorsque la Fondation France Libertés, pour défendre les droits de l’homme et des peuples, s’est focalisée sur la défense du statut naturel de l’eau contre le droit économique de ce don de la nature pour la vie, elle a reçu tous les enseignements que ce bien commun du vivant pouvait lui apporter.
À sa source, dès sa naissance, le chant du ruisseau annonce toutes les espérances de la vie. Avec les flots grandissant et grondant, l’eau doit se battre pour sa liberté. « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent », disait Brecht.
Universellement libre, elle se rit des frontières et traverse les États, elle relie les hommes, les espaces, le passé et le présent. Elle sculpte, arrose, nourrit, désaltère librement. Il a fallu attendre juillet dernier, grâce à la Bolivie, pour que son accès soit reconnu comme un droit de l’homme. J’aimerais ajouter : comme un droit du vivant sous toutes ses formes.
Voilà ce que les citoyens de gauche aimeraient entendre du candidat qui sollicitera un mandat pour sortir de la voie perverse qui les mène au désespoir.

Danielle Mitterrand

Présidente de la Fondation France libertés

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6 commentaires sur «  Pour une politique de l’espoir »

  1. boulay dit :

    Le citoyen choisit , non pas une personnalité (modèle américain), mais une orientation politique (modèle républicain)…. Il choisira celui, ou celle qui lui semble “le moins pire”.

  2. JerryMiller dit :

    Madame Mitterand, nous ne sommes plus au “temps de TIMOUR” et la quête du feu date de quelques 10000ans, au moins. Humanisme , Oui, mais éclairé par notre siécle, sinon…malgré la Lumiere on va aller de nouveau droit dans le mur!!!

  3. adolph dit :

    bonsoir,
    Vous ne devez pas avoir beaucoup de détracteurs sur ce site; j’avoue qu’il est pénible de vous lire si on en est pas…. Personne n’est parfait, vous me direz.
    En tout cas, il est toujours intéressant de savoir par votre biais qui en est… C’est un peu le revers de la médaille, domage pour vous. Est ce si difficile pour vous de parler des gentils?
    Mal à vous

  4. JPWK dit :

    Bonjour,

    ” Beaucoup déjà pensent que DSK devrait réserver son droit de réponse pour la sortie de son Livre lequel ne devrait pas omettre sa vue économique attendu l’éventualité selon laquelle il pourrait être appelé à servir les finances nationales “.

    JPWK

    http://www.youtube.com/watch?v=8cPZN6JL7wY

  5. [...] Il y a trois mois seulement, Danielle Mitterrand partageait, ici, dans les pages de la Règle du Jeu, sa réflexion sur la manière dont la gauche pourrait l’emporter en 2012. Dans cet article, d’autant plus touchant à relire qu’il est probablement l’un des derniers qui lui fut donné d’écrire, Danielle Mitterrand plaide pour une gauche capable de se distinguer très nettement de la pensée unique de la politique et de la mondialisation en cours ; une gauche capable d’énoncer un projet politique clair en adéquation avec les valeurs d’humanité et d’équité sur lesquelles se fonde sa spécificité ; une gauche qui se donne les moyens de s’opposer efficacement (autrement dit sans compromis) à la dictature économique dont on voit aujourd’hui les conséquences et les ravages. C’est dire si, aux antipodes de l’esprit qui se résigne, Danielle Mitterrand a toujours été mue par une politique de l’espoir, une politique du vivant, écoutons-la : « À sa source, dès sa naissance, le chant du ruisseau annonce toutes les espérances de la vie. Avec les flots grandissant et grondant, l’eau doit se battre pour sa liberté. “On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent”, disait Brecht. Universellement libre, elle se rit des frontières et traverse les États, elle relie les hommes, les espaces, le passé et le présent. Elle sculpte, arrose, nourrit, désaltère librement. Il a fallu attendre juillet dernier, grâce à la Bolivie, pour que son accès soit reconnu comme un droit de l’homme. J’aimerais ajouter : comme un droit du vivant sous toutes ses formes. Voilà ce que les citoyens de gauche aimeraient entendre du candidat qui sollicitera un mandat pour sortir de la voie perverse qui les mène au désespoir. » Lire l’intégralité du texte : ici [...]

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