Edouard Glissant

Edouard_GlissantÉcrivain, poète et philosophe martiniquais

Repères biographiques

Fils d’un gérant d’habitation, Edouard Glissant naît le 21 septembre 1928 dans la commune de Sainte-Marie en Martinique. Préoccupé dès son jeune âge par des réflexions politiques et s’adonnant très tôt à l’écriture, il entre en 1938 au lycée Schoelcher de Fort-de-France (où enseignera Aimé Césaire) et y fonde avec quelques camarades un groupe politico-culturel « Franc-jeu » et une revue dans laquelle il publie ses premiers poèmes. En 1946, grâce à une bourse d’études, il part faire ses études en France et, en 1953, année de la publication de son premier recueil de poèmes Un champ d’îles, il soutient un diplôme d’études supérieures en philosophie ainsi qu’en ethnologie. Poursuivant son œuvre, il fréquente le cercle intellectuel parisien et se lie avec de nombreuses personnalités telles Jean Paris, Kateb Yacine, Yves Bonnefoy, et bien d’autres avec lesquels il partage et alimente ses réflexions anti-coloniales. Entre 1954 et 1959, il publie de nombreux articles d’analyses littéraires dans la revue de Maurice Nadeau Les Lettres Nouvelles, tout en collaborant avec la revue Présence Africaine, il participera en 1956 au premier Congrès international des artistes et écrivains noirs à la Sorbonne. A partir de là, son engagement littéraire et politique – les deux toujours intimement liées – ne cesseront de croître. En 1958, son roman La Lézarde est salué par la critique et obtient le prix Renaudot. Parallèlement il s’engage aux côtés d’Aimé Césaire, d’André Breton, de Michel Leiris dans un « Cercle international des intellectuels révolutionnaires » et signe en 1960 le « Manifeste des 121 ». Suite aux émeutes de 1959 en Martinique, il fonde en compagnie de son ami Albert Béville (Paul Niger) le « Front Antillano-Guyanais ». Celui-ci est dissout en 1961 par un décret du Général de Gaulle ; il est alors arrêté, interdit de séjour en Martinique et assigné à résidence en France.

Suite au décès accidentel de Paul Niger en 1962, il lui dédie son roman Le Quatrième siècle qui sera récompensé en 1964 par le Prix Charles-Veillon. Retournant séjourner en Martinique en 1965, il y créera en 1967 l’Institut martiniquais d’études, et fondera en 1971 la revue Acoma. En 1984, il est nommé directeur du Courrier de l’Unesco et, en 1989,  Distinguished University Professor de l’université d’État de Louisiane. Distinction universitaire qui ne sera pas la dernière puisqu’en 1995 il est de nouveau nommé Distinguished University Professor de l’université Cuny de New York. En janvier 2006, Jacques Chirac le nomme à la présidence d’un Centre national dédié à la mémoire des esclavages et des abolitions. Internationalement reconnu pour ses écrits et sa pensée de la « Relation », il crée en 2009, l’Institut du Tout-Monde qui se « propose de faire avancer la connaissance des phénomènes et processus de créolisation, et de contribuer à diffuser l’extraordinaire diversité des imaginaires des peuples ».

Il meurt à Paris le 3 février 2011.

Brève présentation

A cheval entre littérature, poésie et philosophie, l’œuvre d’Edouard Glissant est une œuvre dense, puissante, aussi riche et foisonnante qu’incapturable. Réfractaire à toute pensée de système, elle l’est aussi à toute tentative d’étiquetage théorique ; ainsi, aussi bien dans ses poèmes, ses romans ou essais, la poétique se révèle inextricable, d’une pensée élaborée qui se recoupe, se travaille, s’augmente de textes en textes et fait éclater les frontières des genres. Sa pensée de la terre nourrie d’intertextualité, s’articule autour de plusieurs termes phares : paysage, archipel, rhizome, errance, opacité. Créant son vocabulaire propre, son écriture tend à élargir les frontières de la langue et de la pensée traditionnelles. Et par la « créolisation » (« la créolisation nous apparaît comme le métissage sans limites, dont les éléments sont démultipliés, les résultantes imprévisibles ») et la « Relation » propose une nouvelle forme d’être au monde, une nouvelle conception de l’altérité : « et il apparaît une nouvelle manière de considérer l’être aujourd’hui, non pas comme un exclusif, ni même comme une pure consécutivité, mais comme ce que j’appelle une Relation, une diversité : une mise en état et une mise en conscience, toujours en mouvement, des rapports, dans et avec le monde. »

Oeuvres

Poésie

Un champ d’îles, éd. du Dragon, 1953.
La Terre inquiète, éd. du Dragon, 1955.
Soleil de la conscience (Poétique I), éd. Falaize, 1956.
Les Indes : poème de l’une et l’autre terre, éd. Falaize, 1956.
Le Sel noir, Seuil, 1960.
Le sang rivé, Présence africaine, 1961.
Poèmes : Un champs d’îles, La Terre inquiète ; Les Indes, Seuil, 1965.
Boises : histoire naturelle d’une aridité, in Acoma, Fort-de-France, 1979.
Le Sel noir ; le Sang rivé ; Boises, Gallimard, 1983.
Pays rêvé, pays réel, Seuil, paris, 1985.
Fastes, éd. du Gref, Toronto, 1991.
Poèmes complets : Le Sang rivé ; Un champ d’îles ; La Terre inquiète ; Les Indes ; Le Sel noir ; Boises ; Pays rêvé, pays réel ; Fastes ; Les Grands chaos, Gallimard, 1994.
Pays rêvé, pays réel (suivi de Fastes ; Les Grands Chaos), Gallimard, 2000.
Le Monde incréé, poétrie : Conte de ce que fut la tragédie d’Askia ; Parabole d’un moulin de Martinique ; La Folie Celat, Gallimard, 2000

Romans

La Lézarde, Seuil, 1958.
Le Quatrième siècle, Seuil, 1964.
Malemort, Seuil, 1975.
La case du commandeur, Seuil, 1981.
Mahagony, Seuil, 1987.
Tout-Monde, Gallimard, 1993.
Sartorius : le roman des Batoutos, Gallimard, 1999.
Omerod, Gallimard, 2003.

Essais

L’Intention poétique (Poétique II), Seuil, 1969.
Le Discours antillais, Seuil, 1981.
Poétique de la relation (Poétique III), Gallimard, 1990.
Discours prononcé à l’occasion de la remise d’un doctorat honorifique par le Collège universitaire Glendon de l’Université York (10 juin 1989), éd. du Gref, Toronto, 1990.
Faulkner, Mississipi, Stock, 1996.
Introduction à une poétique du Divers, Gallimard, 1996.
Traité du Tout-Monde, (Poétique IV), Gallimard, 1997.
La Cohée du Lamentin, (Poétique V), Gallimard, 2005.
Une nouvelle région du monde, (Esthétique I), Gallimard, 2006.
Mémoires des esclavages, Gallimard, 2007.
Quand les murs tombent. L’identité nationale hors-la-loi ? (avec Patrick Chamoiseau), Galaade éd., 2007.
La terre magnétique. Les errances de Rapa Nui, l’île de Pâques (avec Sylvie Séma), Seuil, 2007.
L’intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama (avec Patrick Chamoiseau), Galaade éd., 2009.
Philosophie de la Relation. Poésie en étendue, Gallimard, 2009.

Théâtre

Monsieur Toussaint, Seuil, 1961.


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Catégories : G, Littérature.

Un commentaire sur «  Edouard Glissant »

  1. yan Guillou dit :

    Point de critique littéraire dans mon commentaire, juste en passant faire partager un souvenir inoubliable d’un repas choucroute au Maître Kanter de Caen en compagnie de Monsieur Glissant et de Mme et Monsieur Thor Vilhjamsson (plus grand écrivain islandais vivant), je me retrouvais là étudiant en lettre et histoire de l’art, travaillant au festival des Boréales de Normandie, accompagnant les artistes invités qui cette fois-ci m’avaient invité eux à cette petite soirée grosse bouffe, pure moment de bonheur…

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