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	<description>Gilles Collard</description>
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		<title>Purple Fashion et Edwarda</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Dec 2011 17:04:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Focus sur deux revues originales]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> </strong></p>
<div id="attachment_48" class="wp-caption alignleft" style="width: 225px"><strong><a rel="attachment wp-att-48" href="http://laregledujeu.org/collard/2011/12/20/47/purple-fashion-et-edwarda/olivier-zahm/"><img class="size-full wp-image-48     " style="margin-top: 5px;margin-bottom: 5px" src="http://laregledujeu.org/collard/files/2011/12/olivier-zahm.jpg" alt="Olivier Zahm" width="215" height="322" /></a></strong><p class="wp-caption-text">Olivier Zahm © Cici Olsson courtesy Pylône magazine</p></div>
<h3>Purple Fashion</h3>
<p style="text-align: justify">Un vendredi matin, nous retrouvons, avec notre ami commun, le critique, universitaire et écrivain Donatien Grau, le cofondateur et directeur de la revue <em>Purple</em>, Olivier Zahm, dans ses bureaux non loin du palais Royal. Ambiance studieuse, deux, trois assistantes s’affairent autour d’écrans et d’une vaste table où sont étalés des tirages des pages du prochain numéro qui sort en cette rentrée. Nous sommes dans le « Purple institute », nom qu’a choisi Olivier Zahm pour signifier qu’une revue, c’est toujours quelque chose en plus que du papier qui paraît de manière périodique, c’est aussi, plus largement, un lieu, un espace — et par extension, une manière de vivre — entouré d’un choix d’œuvres et de personnes qui les portent. Depuis sa fondation dans les années 90, avec Elein Fleiss, <em>Purple</em> est un magazine qui a connu de nombreuses mutations. Orientée dans un premier temps sur les textes et l’art contemporain, au fil des changements d’époque, des enjeux financiers, des goûts vagabonds et des existences personnelles, la revue s’est petit à petit métamorphosée en une publication plus orientée sur la mode. Même si de grands noms de la littérature, de la scène artistique y sont présents sous forme d’interviews et de portraits, le travail se concentre aujourd’hui clairement sur une reformulation d’une vision de la mode qui sortirait de ses réflexes éculés et mainstream pour y retrouver le souci d’une élégance autre, assumant un goût de la provocation, une culture de l’underground qui refuserait de se restreindre à une niche trop étroite mais qu’il faut s’efforcer de porter à un public large.</p>
<p style="text-align: justify"><em>Purple</em> s’est constitué, au début, comme une réponse aux excès des années 80, en cherchant une esthétique plus brute, tranchée, qui bouscule les codes en vigueur de l’époque. Et les débuts de <em>Purple</em> peuvent se lire comme une percée synchrone dans le monde artistique et intellectuel des années 90 en travaillant avec les meilleurs artistes qui, à l’époque, n’étaient encore que promesses. Olivier Zahm venait de la critique d’art et travaillait pour les plus grands comme<em> Artforum</em> ou <em>Flash art</em>. Aujourd’hui, il ne sera pas le dernier à reconnaître une forme de paradoxe dans lequel il se sent prit. Car à force de persévérance, de fidélité à une troupe d’artistes et de photographes, la culture <em>Purple</em> a aujourd’hui pignon sur rue et, même si cela n’est pas toujours avoué, alimente une tendance majoritaire. Mais c’est cette recherche de déséquilibre, teintée de provocation sans cesse alimentée par une vraie rigueur de l’œil et de l’esprit, qui continue à faire le sel des parutions à un rythme semestriel. Un regard rapide sur quelques numéros verra s’y côtoyer Laetitia Casta et Pierre Huyghe, Rita Ackerman et Dash Snow, aussi bien que Richard Prince, les créateurs Martin Margiela ou Karl Lagerfeld. Sans compter les complices bienveillants André et Terry Richardson.</p>
<p style="text-align: justify">La raison de notre présence en ces bureaux nous convaincra qu’Olivier Zahm n’a rien perdu de son inquiétude à vouloir trouver des formes nouvelles qui fassent exister des manières d’être au monde, des façons de représenter la femme, de rentrer en contact avec l’autre qui passent par une réinvention de la séduction. Nous sommes ici pour enregistrer une conversation entre le maître des lieux et l’écrivain, philosophe, Mehdi Belhaj Kacem, à paraître dans le prochain numéro de <em>Pylône magazine</em>. Enfant terrible de la philosophie, ce dernier, après plusieurs romans et essais, s’est attaqué à la philosophie avec l’effronterie et la liberté de l’autodidacte. Entre les deux hommes, l’amitié tissée de longue date n’est pas pour rien dans la complicité dont ils font preuve d’entrée de jeu. Constat rapide de la misère sexuelle qui les entoure, diagnostic éclairant de ses origines à chercher du côté de la manière dont les hommes et les femmes, sous couvert de libération des mœurs, n’ont fait que réinventer des carcans qui les asservissaient, le but avoué n’était rien de moins que de retrouver le fil ténu qui s’est perdu entre désir, jouissance et amour. Olivier Zahm l’expérimente, ce fil, en offrant notamment depuis 2009, une nouvelle déclinaison de <em>Purple </em>par un blog en ligne, qu’il alimente de nombreux autoportraits en compagnie d’amis, de célébrités, d’amour, à toute heure du jour ou de la nuit. Il l’admettra volontiers, cela n’a pas simplifié les rapports dans la vie, mais permet d’explorer, d’inventer, avec un goût du risque certain et assumé, les formes d’une liberté sans cesse à réinventer entre les sexes. Dans le blog qu’il tient également sur le site de la revue de Bernard-Henri Levy, <em>La Règle du Jeu</em>, il a trouvé une douce association de mots pour l’abriter, indiquer un horizon fait de papier, d’images, de textes et de corps : « La communauté des amants ».</p>
<p style="text-align: justify">Purple fashion, automne/hiver – 2011/2012.</p>
<p style="text-align: justify">Paru en septembre 2011 dans le supplément de la <em>Libre Belgique</em>, la <em>Libre Essentielle.</em></p>
<p><em> </em><br />
<em> </em><br />
<em> </em></p>
<div id="attachment_53" class="wp-caption alignleft" style="width: 234px"><a rel="attachment wp-att-53" href="http://laregledujeu.org/collard/2011/12/20/47/purple-fashion-et-edwarda/une_chambre_en_ville_edwarda-2/"><img class="size-full wp-image-53  " style="margin-top: 14px;margin-bottom: 14px" src="http://laregledujeu.org/collard/files/2011/12/une_chambre_en_ville_edwarda1.jpg" alt="une_chambre_en_ville_edwarda" width="224" height="275" /></a><p class="wp-caption-text">Sam Guelimi, Une chambre en ville, Edwarda collection</p></div>
<h3>Edwarda, les dessous chics</h3>
<p style="text-align: justify">Derrière ce nom qui revendique une filiation directe avec l’écrivain Georges Bataille se cache depuis près de deux ans une entreprise peu commune lancée par la jeune photographe et muse française Sam Guelimi et John Jefferson Selve : une revue qui, comme ils le disent dans l’éditorial du premier numéro, sera tout entière consacrée aux « secrétions de l’Éros ». <em>Edwarda</em> trouve son équilibre par un mélange de textes et de photos déjouant les pièges de la simple illustration de l’un par l’autre, pour creuser au contraire des rencontres plus inattendues entre la disposition des corps et des phrases. Aujourd’hui, <em>Edwarda</em> sort le premier livre de ce qui s’annonce comme une collection. Il est consacré aux séries réalisées par Sam Guelimi et s’organise autour d’une succession de chambres numérotées qui toutes recèlent la présence d’une femme se perdant sous l’appareil de la jeune photographe. L’ensemble est entrecoupé de textes écrits spécialement pour l’occasion, par divers auteurs et non des moindres, de Yannick Haenel à Mathieu Terence. L’ouvrage est également encadré par des très beaux textes de notre compatriote Véronique Bergen. Ce premier volume, qui s’articule autour de principes très simples, laisse la place à un théâtre ouvert, où chacun des mots et des images pourra s’inviter aux jeux des actrices, à moins que chaque photo elle-même ne soit déjà une invitation à désirer, à jouir, par les mots et les peaux. Un livre, finalement, qui par les textes et les photos, invite à sortir de l’image, à la briser pour retrouver, comme le dirait Yannick Haenel, « le point de rencontre entre la bouche d’une jeune fille qui vous plaît, ses jambes qui s’écartent, et la lumière qui éclaire cette bouche et ces jambes. »</p>
<p style="text-align: justify">Sam Guelimi, Une chambre en ville, Edwarda collection – www.edwarda.fr</p>
<p style="text-align: justify">Paru en décembre 2011 dans le supplément de la <em>Libre Belgique</em>, et la <em>Libre Essentielle.</em></p>


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		<title>Jean-Claude Milner et sa politique des êtres</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Apr 2011 09:48:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Brenner]]></category>
		<category><![CDATA[Court traité politique]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques-Alain Miller]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Claude Milner]]></category>
		<category><![CDATA[Merleau-Ponty]]></category>
		<category><![CDATA[Philisophie]]></category>
		<category><![CDATA[Politique des êtres parlants]]></category>
		<category><![CDATA[Zizek]]></category>

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		<description><![CDATA[Une vision minimaliste du politique qui a le mérite d'échapper aux faux universels.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_41" class="wp-caption aligncenter" style="width: 608px"><img class="size-full wp-image-41 " src="http://laregledujeu.org/collard/files/2011/04/Milner_Brenner.jpg" alt="Milner_Brenner" width="598" height="401" /><p class="wp-caption-text">Jean-Claude Milner, Pour une politique des êtres parlants (PHOTOS MILNER crédit Frederic Brenner)</p></div>
<p><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">On pourra préférer le classicisme de Vincent Peillon réactivant l’héritage de Merleau-Ponty pour tenter de sortir d’une fin de la politique due, selon lui, à son rabattement exclusif sur les sphères de l’économique, de la morale ou de la simple communication de masse.</p>
<p style="text-align: justify">Ou tenter de suivre, une fois encore, la pensée baroque et foisonnante d’un Slavoj Zizek qui convoque, comme à son habitude, les références les plus éparses pour tenter de redéfinir « l’idée du communisme » toujours en jachère.</p>
<p style="text-align: justify">Ou encore, pour terminer, saluer la reprise élégante de ces vers de Rilke  « Tu dois changer ta vie » que Peter Slodertijk choisit pour guider sa dernière somme qui vise à reformuler un « souci de soi » propre à répondre aux défis du XXIe siècle.</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify">Chaque fois il sera question de l’individu, du sujet, de la personne et de la façon dont il a à se penser, se construire, dans la situation actuelle par rapport à ce qui le dépasse, à ce qui lui est étranger, ce qu’il faut qu’il s’approprie et construise en même temps, à savoir : le groupe, le collectif, la représentation du nombre d’une part ; le monde des choses, de l’inanimé, matériel, d’autre part.</p>
<p style="text-align: justify">Et il est, à cet égard, un court livre de Jean-Claude Milner qui vient de paraître. Il a pour titre <em>Pour une politique des êtres parlants</em> et est la suite d’un texte paru il y a quelques années et qui s’intitulait, lui, <em>La politique des choses</em>, l’ensemble formant un <em>Court traité politique</em>. Dense, ce bref traité permet d’éviter bien des circonvolutions et, concernant les quelques points que nous mentionnons, d’aller « straight to the point ».</p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify">Figure plus discrète que les précédentes citées, Jean-Claude Milner est pourtant un penseur central issu de la génération des maoïstes, des étudiants de Louis Althusser, de cette génération qui, passant par l’Ecole Normale Supérieure, ont su naviguer de la politique à la psychanalyse, en passant par la philosophie et la linguistique. Il est de ces penseurs qui ont pu tirer une certaine forme de radicalité de leur époque mais qui, dans le cas de Jean-Claude Milner, tient plus spécifiquement à un rapport intransigeant au savoir, à une forme d’éloquence aussi, à un style et une écriture qui l’ont toujours éloigné de l’opinion, de l’argument rapide, au profit de la prise directe sur l’idée, l’axiome, le principe et la démonstration qui en découle. L’auteur de <em>L’arrogance du présent</em>, il y a quelques années, des <em>Penchants criminels de l’Europe démocratique</em> ou encore <em>Des noms indistincts</em> construit une œuvre qui, de livre en livre, change le cadre d’une tradition, déjoue les réflexes, fait s’écrouler les affrontements et les dichotomies que l’on croyait connues, classées dans les registres de l’Histoire des idées. Milner est un marqueur, un <em>redistributeur</em> de cartes. Cela peut passer inaperçu mais le partage des eaux, dans le champ intellectuel, ne fut souvent plus tout à fait le même après la sortie de certains de ses livres.</p>
<p style="text-align: justify">Prenons le premier tome de ce <em>Court traité politique</em>, tout entier consacré à la notion d’évaluation et rédigé, à l’origine, en 2003, à l’occasion de la protestation d’intellectuels menée par Jacques-Alain Miller contre une loi, en France, voulant « évaluer » les professions « psy ». Il faut partir de ce texte, dont la réflexion déborde totalement le strict cadre d’une profession, pour cerner les enjeux de cette <em>Politique des êtres parlants</em> que Jean-Claude Milner appelle de ses vœux.</p>
<p style="text-align: justify">Car qu’est-ce que l’évaluation ? Quelle est la visée, l’horizon, d’une politique qui soit basée sur cette notion soutenue par cette maladie contemporaine de l’expertise ? L’évaluation « vise à tout reconnecter et à pénétrer partout. Le mot d’évaluation, les techniques qui s’en réclament, l’idéologie qui s’en articule, poursuivent un seul dessein ; que du plus grand au plus petit, du plus public au plus secret, la même logique soit mise en œuvre et que cette logique s’accomplisse, directement ou indirectement, comme une obéissance. » L’évaluation, l’expertise qui l’escorte ont pour but de chiffrer, de compter et d’éviter que toutes décisions soient prises par un sujet libre et raisonnable. Statistiques, protocoles, critères neutres etc. sont là pour faire penser que les choses parlent d’elles-mêmes et qu’aucun gouvernant ne soit plus comptable d’une décision qui ne soit pas justifiée par un chiffre, une donnée. Contrairement à la position de certains penseurs en choses et en sciences, comme Bruno Latour, un de leurs dignes représentants, Jean-Claude Milner ne pense pas que les choses parlent ou qu’il faille les faire parler, ou même que quiconque puisse les faire parler. « Il est temps de trancher dans le vif. Si le nom de politique a un sens, il s’oppose résolument au gouvernement des choses. Il affirme que les choses ne sont pas faites pour avoir le dernier mot ; il sait qu’elles sont muettes et connaît la vanité des experts qui prétendent parler à leur place ; il suppose que le régime de la subordination généralisée peut-être mis en suspens. Pour un instant peut-être, c’est déjà beaucoup, si cet instant est celui de la décision. » C’est sur ce constat que s’achève la première étape d’une pensée du politique qui cherche à retrouver le fil lucide et fidèle d’un rapport entre gouvernants et gouvernés qui ne passe pas par la démission devant une fatalité, un destin, un état chose muet et qui dessine un appel aux hommes du politique pour que « parfois ils décident par eux-mêmes, en sujets. »</p>
<p style="text-align: justify">La voix est maintenant libre et dégagée. Le second tome peut ainsi s’ouvrir sur cette assertion déployée tout au long des quelques 80 pages de l’ouvrage : « La politique est l’affaire des êtres parlants ». Et si, dans le premier volume, l’ennemi était une forme de matérialisme qui alignait les êtres et les corps sur le diktat des choses et de leurs porte-parole, cet ouvrage-ci doit combattre un autre front, celui des idéalistes, des amis du ciel et des idées, des postures de la belle âme et des regards arrogants sur la réalité d’un monde qui ne colle plus à leur désir de révolution. Car une fois que l’on choisit de rendre la décision aux êtres parlants, aux politiques, à tout un chacun comme sujet, se redessine l’idée politique d’un illimité qui a généralement porté pour nom « révolution ». Jean-Claude Milner voit bien le danger de cette réactivation naïve, du maintien de cette foi en un événement pur qui descendrait du ciel pour venir s’incruster dans la chair du réel, il voit bien l’impasse, même, dans lequel le situe un de ses anciens amis Alain Badiou, devenu la gloire de toutes ces postures. À cette vision maximaliste du politique, il préférera revendiquer une version minimaliste. Il y a du brio et de l’élégance dans la manière dont Milner discute Carl Schmitt, Descartes, Rousseau, Napoléon, Saint-Just et Robespierre, et dont il déjoue avec force les vieux schémas qui nous disent que la vraie politique se pose dans ces questions soulevées par les révolutions : la vie, la mort − à quel prix ? − les moyens, les fins, la parole, le silence ; cette idée finalement que du nombre, de la foule, du pluriel il faut, par la politique, faire du Un, du tout, de l’ensemble, au détriment du singulier et du sujet. Or Milner n’a pas peur de redescendre et de nous dire que « la politique ne consiste pas à se demander pour qui ou pour quoi on doit mourir, mais pour qui ou pour quoi on doit vivre », pour nous suggérer ceci : « en se fondant sur ce que les êtres parlants, au pluriel, ont en partage, maintenir la légitimité du singulier, non pas en opposition au pluriel, mais comme condition de possibilité du pluriel. » Milner préfère l’incertitude et l’intranquillité du divers des êtres parlants, de ses embardées brouillonnes, à la certitude d’un projet idéaliste et à la tranquillité qu’apporterait la stricte politique des choses. Il y a cette certitude qui est le fil rouge de ce court traité qu’il faut toujours en revenir à la donnée de la souffrance humaine qui se dit, s’exprime. Que là où on commence à la négliger, la porte s’ouvre pour de grands dangers. La politique n’existe qu’à partir du moment où l’on part du rapport de force entre les plus faibles et les plus forts et que les êtres parlants prennent part à la discussion, avec leur corps et leur souffrance qui s’expriment, en étant à la place qui est la leur au moment où ils parlent. Cette vision minimaliste du politique a le mérite d’échapper aux faux universels, qui va de la lâcheté de la politique des choses, au pathétique de la politique des idées pures. En ce sens, il n’est pas sûr que Milner s’inscrive dans une politique du progrès, mais tout dans l’instant d’une politique du savoir et de l’exigence qui met en œuvre un universel difficile, comme il a pu le dire. En ce sens, Jean-Claude Milner est certainement le plus contemporain de nos anti-modernes.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline"> </span></strong></p>


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		<title>Tiré à part</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Mar 2011 10:55:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[A mon seul désir]]></category>
		<category><![CDATA[Archimondain jolipunk]]></category>
		<category><![CDATA[Camille de Toledo]]></category>
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		<category><![CDATA[Yannick Haenel]]></category>

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		<description><![CDATA[Les derniers livres de Camille de Toledo et de Yannick Haenel sont de ces éclats rares de mots et d’existences mêlés...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><strong>Qui porte encore aujourd’hui la littérature à un point d’incandescence ? Construit des livres comme une voie d’accès à la connaissance et ne réduit pas la succession des phrases à une béquille de nos existences. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong>Les derniers livres de Camille de Toledo et de Yannick Haenel sont de ces éclats rares de mots et d’existences mêlés qui nous disent encore que la littérature est ce lieu de conjonction entre le monde et les mots, où se jouent pour l’écrivain sa liberté et son destin au point où ils se confondent. </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify"><strong><em> </em></strong></p>
<h3 style="text-align: justify"><em>Camille de Toledo, Vies potentielles</em></h3>
<div id="attachment_5275" class="wp-caption alignright" style="width: 376px"><a rel="attachment wp-att-5275" href="http://laregledujeu.org/collard/?attachment_id=5275"><img class="size-KIOSQUE wp-image-5275" src="http://laregledujeu.org/files/2011/03/Camille-de-Toledo-490x280.png" alt="Camille de Toledo" width="366" height="209" /></a><p class="wp-caption-text">Camille de Toledo</p></div>
<p style="text-align: justify">Certains se souviennent sans doute d’<em>Archimondain jolipunk</em>, que Camille de Toledo publia à l’aube des années 2000 dans un mélange de conviction et de désinvolture. Le livre était pourtant construit avec des équerres et demeure pour beaucoup le diagnostic irremplaçable du monde d’après la chute du mur de Berlin et du post 11 Septembre, ainsi que de la pensée critique qui tenta, comme souvent, d’être une digne remorque de l’Histoire. Suivirent, ensuite, plusieurs livres qui constituaient autant de fuites romanesques pour échapper à l’étouffement que portaient des années sombres et plombées par les raisonnements binaires ; il fallait, pour aller vite, dresser le constat que nous étions seuls, les maîtres à penser derrière nous, et que les flasques analyses de l’actualité n’offraient pas matière à nourrir une âme habitée par une révolte sans emploi. Il fallait et la rébellion et l’élégance ; et les caresses et le vent des grands événements.</p>
<p style="text-align: justify">Son dernier livre, <em>Vies potentielles</em>, est de l’ordre du sublime, au sens où il confond les ordres du discours, se joue de la fiction et du réel, fait perdre au lecteur d’entrée de jeu ses repères, les jugements bien assis. Livre total, compact, il est composé selon trois strates.</p>
<p style="text-align: justify">Il y a d’abord ces « vies potentielles » au sens strict. Une série d’histoires courtes brisées, fêlées, comme des séquences rapportées du grand écoulement de l’humanité, du flot informe de la vie sur terre et qu’un Dieu omniscient, qui n’est autre que l’imagination de l’écrivain, rapporterait comme un horizon fictionnel.</p>
<p style="text-align: justify">« J’aimerais que les amis de vos amis, les relations de vos relations, vos familles en miettes, vos enfants vivants ou morts, vos arbres généalogiques tronqués, vos meubles éparpillés, que tout entre dans les pages de ce livre et que les <em>Vies potentielles</em> les accueillent, attirant, de proche en proche, tout ce qu’il reste de l’homme. » C’est ce qu’explique l’auteur dans une de ses exégèses, véritable deuxième strate du livre, courts textes qui accompagnent ces bribes d’existences, les commentent, les expliquent et les décortiquent. Le « je » du narrateur prédomine et nous transporte quelque part entre le commentaire talmudique et les <em>Confessions</em> de Rousseau.</p>
<p style="text-align: justify">En troisième lieu, le livre est scandé par un récit, disons, plus mythologique, qui, sous la forme de l’allégorie, rapporte la naissance de ces êtres dont les vies sont exposées.</p>
<p style="text-align: justify">A partir de ce dispositif virtuose, Camille de Toledo touche à l’universelle condition humaine. Rien de moins. « Je gobe, puis j’écris comme on tousse. Je cherche à saisir, non pas, le petit drame de mes morts, mais ce qu’il reste de l’homme en moi ; ce qu’il reste de l’homme en nous. » <em>Vies potentielles </em>naît d’une forme de désarroi personnel autant que collectif. Si l’écrivain n’arrive pas à raconter une seule histoire, à s’attacher, à ne laisser, comme il l’écrit, « qu’un personnage et sa vie. Seule sa vie. Sa voix. Seule. » c’est  parce que le monde lui-même écarte les êtres du destin, les morcelle et les renvoie dans leur éternel possible sans plus de prise sur leur vie. « Ce livre est l’image du monde, de nos vies en morceaux ».</p>
<p style="text-align: justify">Il y a des vivants et des morts, des destins brisés et tragiques, des vies éclatées comme des débris sur le sol et des figures de héros des temps contemporains qui pleurent le soir ou qui prennent la main de leur fils pour ne pas raconter trop de bêtises ; il y a des pères qui meurent, des enfants, aussi, des frères disparus volontairement – « eh bien comme ça, il nous fera plus chier » &#8211; et des vieilles dames qui s’épuisent à raconter une Europe défunte. Tous seront rattrapés par un possible qui leur échappe et expose « un sentiment qui nous donnerait enfin une image de l’homme, une seule, et nous permettrait de reprendre le contrôle du destin ».</p>
<p style="text-align: justify">Et surtout, il y a Abraham ! Le double de l’auteur, le narrateur qui nous accompagne tout au long du livre, celui qui s’exclut et s’expose, celui qui fait tourner la danse en pensant désespérément rester fixe : « Trouver une parcelle de vie qui ne soit pas déjà entièrement labourée, qui m’appartienne : un mot, une phrase, un prénom. Abraham ! » C’est le père et le fils. S’il n’existait pas, <em>Vies potentielles</em> serait un livre, ne serait <em>qu’un</em> livre, de mélancolie et de deuil, serait-on tenté de dire, mais Abraham est le double de l’écrivain, il est celui qui sait que « partout où il y avait un lien, il y a désormais une chambre vide », il est celui qui creuse tous les murs qu’il a façonnés, il est celui qui a la « nostalgie de ce qu’on appelle, la vérité » et qui, par les mots, fait de la littérature une affaire de connaissance. Non pas par les gouffres, mais par la fragilité, sur la fissure, seulement, d’un sol qui s’entrouvre sous les pieds. Non loin de lui, il y a la figure d’Agar, le nom qu’il donne à sa solitude, à son esthétique de l’émiettement. Abraham a la nostalgie de la vérité, il a aussi, et certainement, celle de l’amour.</p>
<p style="text-align: justify">
<h3 style="text-align: right"><em>Yannick Haenel, le sens du calme</em></h3>
<p style="text-align: justify">
<p><div id="attachment_38" class="wp-caption alignleft" style="width: 365px"><a rel="attachment wp-att-38" href="http://laregledujeu.org/collard/2011/03/31/35/tire-a-part/yannick-haenel/"><img class="size-full wp-image-38 " src="http://laregledujeu.org/collard/files/2011/03/yannick-haenel.jpg" alt="Yannick Haenel" width="355" height="235" /></a><p class="wp-caption-text">Yannick Haenel</p></div>
<p style="text-align: justify">Même si l’on sait que le texte s’écrivait depuis longtemps, il y a comme une douce ironie dans le titre du dernier livre de Yannick Haenel, <em>Le sens du calme</em>.</p>
<p style="text-align: justify">Dans <em>A mon seul désir</em>, je me souviens que Yannick Haenel proposait d’inventer une nouvelle catégorie de pensée, celle de la douceur.</p>
<p style="text-align: justify"><em>Le sens du calme</em>, sous une forme composite, thématique, illustrée, réinvente délicatement l’autobiographie et tient le fil de ce programme qui apprivoise la violence et la pacifie. Car Yannick Haenel façonne des phrases comme les pierres d’un royaume et ne trouve de vocation à la littérature que dans la souveraineté qu’elle accorde.</p>
<p style="text-align: justify">Ce dernier livre, comme les autres, n’est pas le récit d’une libération, il n’est pas non plus le regard complaisant sur la construction ou le devenir de l’écrivain, il est tout entier dans le rendu d’une expérience, dans la trace laissée par les épiphanies qu’une vie disposée à la poésie laisse surgir.</p>
<p style="text-align: justify">La voie est alors libre pour construire des livres d’ «assauts immobiles » pour reprendre avec lui Franz Kafka.</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><strong>Article paru dans le supplément du week-end de La Libre Belgique, La Libre Essentielle, du samedi 5 mars 2011.</strong></p>


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		<title>Philippe Sollers, Trésor d’amour</title>
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		<pubDate>Wed, 09 Feb 2011 16:28:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Urgence de lire Sollers.]]></description>
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<p>Commençons par la fin. Stendhal songeant à son épitaphe, en italien (ce qui est de la plus extrême importance), rédige ceci : « Qui giace / Arrigo Beyle Milanese / Visse, scrisse, amò ».  Son cousin, négligent sans doute, invertira quelque peu la formule pour arriver au résultat suivant : « Visse, amò, scrisse. » Pour Sollers, le changement est de taille. Si pour le cinéaste Jean-Luc Godard le travelling est une affaire de morale, pour Sollers la succession des mots tient à une disposition d’existence.</p>
<p>Il a vécu, il a écrit, il a aimé. Tout tient dans cet enchaînement heureux, et le dernier livre de Philippe Sollers, <em>Trésor d’amour</em>, en est la démonstration assurée et certaine. C’est parce qu’il y a une aptitude à l’existence, parce qu’il y a la tâche de l’écriture, que l’amour est possible et, pour ainsi dire, démultiplié dans ses effets et ses opérations.</p>
<p>Revenons au cadre. Nous sommes à Venise, ville qui atteint le statut de personnage à part entière dans l’œuvre de Sollers depuis de nombreuses années. Un de ses précédents livres s’intitulait <em>La Fête à Venise</em> et s’ouvrait d’ailleurs sur la figure de Stendhal. Presque vingt après, Sollers, pas le genre à éprouver des remords, rectifier le tir ou formuler des appendices, décide, au contraire, et pour le plus grand bonheur du lecteur bénévole que nous sommes, de creuser le sillon, d’enfoncer le clou, de prolonger. Mais de prolonger quoi, justement ? Ceci d’extrêmement simple, et de plus en plus falsifié: la vie, l’écriture, et de fait, par une conséquence logique, l’amour.</p>
<p>Depuis très longtemps maintenant, Sollers s’arme de la plus grande lucidité pour construire des romans qui n’en sont plus, des livres qui sont avant tout des expériences avant d’être des histoires que l’on raconte pour satisfaire l’appétit de faux lecteurs qui ne veulent que des films. Sollers regarde l’époque dans les yeux et il revient du trou noir glorieux. La guerre, toujours la guerre. Avant de sauver les textes et les œuvres, il faut arranger une liberté d’existence. Le reste en découlera – ou pas. On mésestime, sans doute, la charge de désespoir et de chagrin surmonté chez Sollers, le renvoyant généralement au rôle de crâneur béat qui n’a besoin de personne pour se portraiturer dans ses beaux habits de Casanova, de Vivant Denon, d’Hemingway, parmi de nombreux autres, et, aujourd’hui, de Stendhal.</p>
<p>C’est au début du livre : « Tu te traînes, tu rampes, tu multiplies les erreurs, tu as mal partout, tes yeux fondent. Pas d’issue, torrent d’oubli, non-sens général. Et puis soleil, et puis ça va ». Tous les romans de Sollers, depuis <em>Femmes</em>, au moins, commencent sur une impasse. Le narrateur cale, bloque, freine, parfois jusqu’à la tentation du suicide. Ensuite, glissements miraculeux, épiphanies : le monde, du fond de l’abîme, se reconstruit. Rien n’a de sens, certes, mais rien n’est à prouver. Retour vers la gratuité qui passe inévitablement par deux détours qui sont en fait des accès directs vers le bonheur : la bibliothèque et les femmes.</p>
<p>Pas n’importe quelles femmes, bien sûr. Voire, par exemple, cette description de la femme new-yorkaise actuelle : « Hostilité instinctive, féminisme pré-enregistré, dictature plombante des mères, psychanalyse bidon, vague balbutiement de philosophie pour rire, pseudo-bouddhisme, ignorance arrogante, frigidité compulsive, bref morale et encore morale, routine d’enfer. Il ne doit rien se passer de gratuit ou d’essentiel entre un homme et une femme, sinon, c’est l’obscénité. Morality and money. » Qui dit mieux ?</p>
<p>Pas n’importe quelle bibliothèque non plus, d’ailleurs. « Un roman conventionnel sans film à la clé n’a pas besoin d’être écrit, et personne ne pense à mettre en scène (sauf ridicule assuré) <em>La Chartreuse de Parme</em>. Les romans n’en déferlent pas moins, les films aussi, mais chacun et chacune sent confusément que ça ne passe plus là, dans un régime que Stendhal appelait de son temps “L’Éteignoir”, mais qui, désormais, mérite plutôt le nom de Néantisation permanente. »</p>
<p>Alors, si l’on s’en tient à ce <em>Trésor d’amour</em>, Sollers n’aura qu’à convoquer Stendhal qui l’accompagnera dans ses déambulations du Dorsoduro, à Venise, et qui avait pu noter : « Mon bonheur consiste à être solitaire au milieu d’une grande ville, à passer toutes les soirées avec une maîtresse. Venise remplit parfaitement les conditions. » Où l’on voit que Sollers lit très sérieusement l’auteur des <em>Privilèges </em>et sait s’entourer de discrétion pour aller déjeuner avec Minna, l’héroïne du livre, son trésor d’amour, au Linea d’Ombra, jadis simple taverne de Venise qui a vu passer Guy Debord, aujourd’hui, restaurant qui fait face à la Giudecca. Qu’aurait pensé Stendhal de cet endroit ? Ne l’aurait-il pas trouvé légèrement surfait ? N’aurait-il pas préféré par exemple La Mascareta, du côté de Formosa ou l’Anice Stelatto près du ghetto ? A suivre, sans doute.</p>
<p>Minna est donc la véritable héroïne du livre. Jeune mère qui fut mariée, universitaire spécialiste de Stendhal et qui, miracle des généalogies, descend de la famille de Métilde, l’amour passion de Stendhal durant des années, qui toujours se refusa à lui. Si Stendhal est la bonne entrée dans la bibliothèque pour échapper, au cœur du XIX<sup>e</sup> siècle, à tout ce que ce siècle laisse traîner de lourdeur et d’obsession sociétale et progressiste jusqu’à nous, Minna est l’entrée douce et calme dans l’amour. Car l’ambition de Sollers, plus que jamais avec ce <em>Trésor d’amour</em> est bien celle-ci : « Comment faire comprendre, au début du XXI<sup>e</sup> siècle, qu’un homme et une femme peuvent vivre, parfaitement détendus et heureux, dans le plus grand silence ? » Le début de réponse qui tient dans ces quelques pages que Sollers nous envoie comme des nouvelles depuis Venise tient d’un bel exploit.</p>
<p>Urgence de lire Sollers qui, comme André Breton, aime à rester fidèle à « la liberté, l’amour, la poésie ». Pour le reste, laissons les derniers mots à Stendhal qui, à la fin de sa vie, aimait à répéter « SFCDT », c’est-à-dire : « se foutre carrément de tout ».</p>
<p>Article publié dans le supplément de La libre Belgique, <span style="text-decoration: underline"><a href="http://essentielle.lalibre.be/fr/"><em>La libre essentielle</em></a></span>, du samedi 5 février.</p>
<p><a rel="attachment wp-att-31" href="http://laregledujeu.org/collard/2011/02/09/28/philippe-sollers-tresor-d%e2%80%99amour/tresordamour/"><img class="alignleft size-full wp-image-31" src="http://laregledujeu.org/collard/files/2011/02/tresordamour.jpg" alt="tresordamour" width="129" height="188" /></a>Philippe Sollers, <em>Trésor d’amour</em>,<br />
Gallimard, 214 pages.</p>


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		<title>Houellebecq et l’« aura» de Wikipedia</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Nov 2010 09:50:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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		<category><![CDATA[Houellebecq]]></category>
		<category><![CDATA[La Carte et le territoire]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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		<category><![CDATA[Wikipédia]]></category>

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		<description><![CDATA[Une revanche sur l'arrogance du grand art.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_24" class="wp-caption alignleft" style="width: 383px"><a rel="attachment wp-att-24" href="http://laregledujeu.org/collard/2010/11/30/23/houellebecq-et-l%e2%80%99-%c2%ab-aura%c2%bb-de-wikipedia/michel-houellebecq-006/"><img class="size-full wp-image-24  " src="http://laregledujeu.org/collard/files/2010/11/Michel-Houellebecq-006.jpg" alt="Michel Houellebecq" width="373" height="223" /></a><p class="wp-caption-text">Michel Houellebecq</p></div>
<p>Ainsi, la chose arrive : juristes et internautes technophiles s’associent pour avoir la peau d’un écrivain.</p>
<p>Car il s’agit bien de cela quand on a la volonté de mettre en péril économiquement l’œuvre d’un artiste.</p>
<p>Sous prétexte que l’auteur de <em>La carte et le territoire</em> s’est servi de certains passages de l’encyclopédie Wikipedia, libre et en ligne, pour la construction de ce livre, c’est l’ensemble de son œuvre qui devrait pouvoir circuler librement sur le net pour être en ordre avec une juridiction imposée par les tenants du « libre ».</p>
<p>L’affaire prêterait à rire si elle en restait aux intentions joueuses de quelques esprits mal tournés dans lesquels la frustration rivaliserait avec la malveillance ; elle serait une farce, si elle n’embrayait pas une foule de petits malins qui pensent tenir une revanche sur l’arrogance du grand art.</p>
<p>Car les roublards sont passés à l’acte et ont, en effet, mis en ligne, gratuitement, le dernier livre de Michel Houellebecq.</p>
<p>Juridiquement, il me semble qu’il ne devrait pas être si difficile d’établir qu’on ne parle pas de la même chose, qu’on ne peut appliquer des critères technologiques de jugement (aussi bien intentionnés soient-il dans leur propre sphère d’activité) à une œuvre d’art qui, par définition, échappe au calibrage des outils en vigueur au sein d’une société donnée. J’aurai juste la tentation, un instant, de porter à la limite le raisonnement de ces piètres avocats des systèmes d’exploitation libre. Imaginons que Houellebecq ait écrit son dernier roman (ce qui est possible, je l’ignore), avec un traitement texte libre d’exploitation (pas word, donc, pour faire simple). Il devrait alors, si l’on suit jusqu’au bout le raisonnement qu’oblige cette <em>Licence Creative Commons</em>, mentionner la paternité du système d’exploitation qu’il a utilisé (son créateur) et dire de quelle manière il a fait usage de ce traitement de texte pour que tout le monde demain puisse réécrire ou modifier <em>La carte et le territoire</em>. On voit bien où ce raisonnement par l’absurde conduit et la réduction, finalement, que l’on peut opérer à une si idiote distinction de contenant et de contenu. Ces gens-là, piètres métaphysiciens, n’auraient-ils lu que le titre du livre ?</p>
<p>Plus fondamentalement, on le voit, c’est à ça que veulent arriver ces gens, à une tentative d’alignement juridique et technologique qui empêcherait la singularité la plus libre de s’exprimer en étant parée des meilleurs intentions, des idées de partage et de création collective. Plus fondamentalement, encore, ils dessinent l’endroit d’un monde invivable et infernal qui par le doux vocable « Libre » prépare la plus suffocante des censures, la multiplication des regards qui convergent vers un même centre, en bref, annonce une  misère et un enfer réunis du règne du « collectif ».</p>
<div id="attachment_25" class="wp-caption alignright" style="width: 290px"><a rel="attachment wp-att-25" href="http://laregledujeu.org/collard/2010/11/30/23/houellebecq-et-l%e2%80%99-%c2%ab-aura%c2%bb-de-wikipedia/duchamp-urinoir/"><img class="size-full wp-image-25 " src="http://laregledujeu.org/collard/files/2010/11/duchamp-urinoir.jpg" alt="L'urinoir de Duchamp" width="280" height="370" /></a><p class="wp-caption-text">L&#39;urinoir de Duchamp</p></div>
<p>Michel Houellebecq a pris acte du constat cinglant de Benjamin sur l’œuvre d’art à l’heure de sa reproductibilité technique — d’où l’on pourra certainement tirer une explication de sa sèche mélancolie. Par là, il a repris les devants et a été sur le terrain même des « reproductivistes », appelons les ainsi, en n’ayant pas peur d’aller sur le terrain de la perte, où les auteurs ne sont plus qu’un maillon d’une chaîne. Wikipedia n’est pas une œuvre, wikipedia, n’a jamais eu, n’aura jamais, ce que Benjamin a appelé l’ « aura ». Et Houellebecq d’avoir su en jouer, d’avoir même fait à Wikipedia ce formidable cadeau qui est de l’avoir fait entrer un instant dans le monde des oeuvres et de l’art, d’avoir voulu chercher l’ « aura » dans les mots les plus plats et sobres d’une encyclopédie en partage. On ne peut pas faire comme si l’urinoir de Duchamp n’avait jamais existé.</p>
<p>Et puis, en contrepoint, il me plaît de me rappeler ce que Jean-Jacques Schuhl m’avait confié un jour alors que venait de  paraître  « Ce que nous avons eu de meilleur » de Jean-Paul Enthoven. Après la lecture de ce livre, m’avait-il dit, il avait envoyé un chèque à Jean-Paul Enthoven en compensation et en prévision de tous les extraits de ce livre dont il souhaitait se servir à sa guise dans un de ses prochains livres. En contrepoint, donc, cet acte, modèle d’une civilité entre artsites, modèle de liberté et d’élégance, au regard duquel la hargne des juristes et techniciens réunis fait, pour le coup, réellement pitié !</p>


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		<title>I don’t know about that</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Oct 2010 08:46:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Alain Badiou]]></category>
		<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Bernard Henri Lévy]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Sollers]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[L’art et l’amour, sont quelques mots qui bottent en touche et scellent un aveu d’impuissance ; peut-être, pour le coup, le bruit du repli des âmes orgueilleuses.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-21" href="http://laregledujeu.org/collard/2010/10/25/20/i-don%e2%80%99t-know-about-that/gilles_collard/"><img class="alignright size-full wp-image-21" src="http://laregledujeu.org/collard/files/2010/10/Gilles_Collard.jpg" alt="Gilles_Collard" width="315" height="420" /></a>Il y a dans tout système philosophique clos une force de séduction qui tient autant à la puissance qu’il nécessite pour s’affirmer et se construire qu’à l’angle mort sur lequel, à défaut de s’appuyer, il laisse apercevoir un charme un peu gauche. Dans les meilleurs des cas cet impensé produira une dialectique heureuse ; dans la plupart, le goût d’un échec dans ce rêve d’une communion totale de l’être, la pensée et le langage, terreau de tous les nihilismes, cynismes et fanatismes. Par bienveillance et tempérament, on lira dans le regard des âmes douces une sourde mélancolie. Il y a même, je dirais, quelque chose de touchant quand, dans la bouche d’un de ces grands constructeurs de systèmes qui sont censés englober, la science, la politique, l’art et l’amour, sont quelques mots qui bottent en touche et scellent un aveu d’impuissance ; peut-être, pour le coup, le bruit du repli des âmes orgueilleuses.</p>
<p>La question de la totalité ou, si l’on veut, de la clôture d’un système n’est jamais aussi prégnante et tendue qu’en ce qui concerne deux sphères de l’activité de l’homme : l’amour et la politique. Concernant la pensée de Badiou, sur laquelle je reconnaîtrai aisément que, ici, je n’en tiendrai pas toutes les circonvolutions et les aspérités, elle met en scène la question centrale de la fidélité. Passons sur l’aspect politique, dont la radicalité impressionne un grand nombre alors qu’elle me donne de l’effroi.</p>
<p>Dans le dernier numéro du <em>Purple fashion</em>, Olivier Zahm pose une question l’air de ne pas y toucher, presque ni vu ni connu et, pourtant, c’est The question. Reprenant son argumentation développée dans son <em>Eloge de l’amour</em>, Badiou rappelle d’abord les deux voix contemporaines majoritaires présentées comme une impasse. Une conception de l’amour, d’une part, qui privilégie l’aspect contractuel et sécuritaire – une forme d’engagement sans risque – , une conception de l’amour, d’autre part, et à l’opposé, qui préconise une jouissance libre, sans entrave et sans conséquence. Badiou précise alors sa tentative de tenir à la fois l’idée du <em>deux</em> constituant du couple qui construit un monde, tout en n’étant pas fusionnel, qui accepte à la fois l’idée du risque et de l’aventure tout en éprouvant la durée à travers la fidélité.</p>
<p>«  I understand your idea of the scene of Two as being a disengagement from the idea of the love of fusion – of blind, all-consuming, absoute love. But why stop at Two ? Why not Three ? Or an entire community of lovers ? »</p>
<p>« Alain Badiou : I don’t know about that. »</p>
<p>Je ne reviendrai pas, ici, sur les origines et l’horizon de la pensée d’Alain Badiou, même s’il me plaît de songer à nouveau à ces cours que j’allais suivre il y a plus de dix ans, en Salle des Actes à l’Ecole Normale, ou dans un amphithéâtre de Jussieu qui ne devait pas encore être désamianté. M’interrogeant du fond d’une probable solitude sur ma capacité à pouvoir lire à la fois <em>L’être et l’événement</em>, <em>La barbarie à visage humain</em> et, disons, <em>Femmes</em>. Parmi condisciples ou camarades, personne ne pouvait comprendre ces intérêts conjoints et contemporains, comme si dans les années d’apprentissage les preuves passaient par une argumentation théorique dont la force devait se mesurer au degré d’incompatibilité qu’elles promettaient. Cherchais-je déjà autre chose à l’époque ? Il me semblait en tout cas que les questions théoriques pouvaient toujours s’arranger, qu’elles ne découleraient pour moi que d’un sérieux travail en  chambre que, somme toute, tout le monde pouvait effectuer avec un peu de labeur et d’acharnement, mais qui laissait inapparent quelque chose de plus difficilement nommable, qui relevait plus de la sensibilité que du concept, de l’esthétique que de la mathématique. Quelque chose de l’ordre du ring que l’on se construisait, de l’ambition qui guidait la démarche et de la grâce qui emportait certains et en oubliait d’autres. Quelque chose de l’ordre d’une puissance et d’une esthétique, de l’ordre du verbe, finalement. Une mauvaise langue dirait que ne me retenait que ce qui brille. Et il m’a fallu attendre, par exemple, quelqu’un comme Bernard Sichère pour me sentir moins seul et me retrouver face à une intelligence plastique qui, humainement, pouvait à la fois de manière cohérente et avec les réserves appropriées connecter, sans vouloir me répéter, et toujours à titre d’exemple, Alain Badiou, Bernard-Henri Lévy et Philippe Sollers.</p>
<p>Car nous venons après. Poncifs, certes, mais qu’il est bon de rappeler quand ce qui fut appelé maîtres-penseurs, et ceux qu’ils ont enfantés, sont d’une autre génération.</p>
<p>La soif reste la même pour qui cherche dans la pensée, les mots et les corps non plus le souci de casser en deux l’histoire du monde, mais une façon de rejouer sans cesse, dans leurs intensités, et l’amour et la politique à une époque où les fidélités paraissent introuvables.</p>
<p>Nous sommes quelques-uns, je pense, à avoir trouvé au début des années 2000, dans le livre de Camille de Toledo, <em>Archimondain jolipunk</em>, notre reflet sur les ruines d’un vitalisme, façon Deleuze, les cendres d’un situationnisme toujours recyclable et les dualités marxistes inopérantes. Un temps, la tentation romantique fut prédominante. Logique du pas en arrière qui tirait les leçons de l’histoire et se tenait au plus près de ce qu’il fallait éviter de réactiver dans le romantisme qui pouvait conduire au pire. Il fallait le rejeter et le retenir, une <em>aufhebung</em>, si l’on veut, arriver à penser un romantisme aux yeux ouverts.</p>
<p>Pas loin de dix ans, déjà, et la scène du <em>deux</em> en amour toujours introuvable, toujours mise à mal, colosse aux pieds d’argile, amants comme des tigres de papier qui n’ont de vécu de l’expérience que l’absence de son fondement. Et le souci de fidélité qui reste le même, et l’idée de l’amour et de la politique comme en attente d’une prise consistante. Sans doute, sommes-nous passés en dix ans de ce souhait d’un romantisme aux yeux ouverts au constat d’une « clarté romantique nocturne », comme l’exprimait  Romain Gary un an après ma naissance. Faut-il faire à ce point pivoter le temps sur lui-même pour songer à une fidélité à plusieurs qui jamais plus ne fera communauté ?</p>


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		<title>La Flandre moisie et… la Belgique putride</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Jun 2010 14:50:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Bart De Wever]]></category>
		<category><![CDATA[Bruxelles]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
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		<description><![CDATA[Belgique, la honte! SOS Belgique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_18" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a rel="attachment wp-att-18" href="http://laregledujeu.org/collard/2010/06/17/17/la-flandre-moisie-et%e2%80%a6-la-belgique-putride/bart-de-wever/"><img class="size-medium wp-image-18" src="http://laregledujeu.org/collard/files/2010/06/bart-de-wever-300x175.jpg" alt="Bart De Wever" width="300" height="175" /></a><p class="wp-caption-text">Bart De Wever</p></div>
<p>Nous y sommes ! Depuis dimanche dernier, je me frotte les yeux, je tends les oreilles, à droite et à gauche, j’arpente la presse. Non, rien, vraiment, ou si peu. L’étau s’est refermé sans grincement, à peine un petit couinement ici ou là.</p>
<p>C’est devenu irrespirable.</p>
<p>C’est le même scénario qui se reproduit. Chaque fois, on pense à un dernier soubresaut pour la forme, à un petit hoquet pour maintenir le folklore, quand il se reproduit en Europe ou ailleurs. Et puis, la réalité vous saute aux yeux, vous griffe le visage, vous tord le ventre et c’est la consternation, la colère, la rage.</p>
<p>Bruxelles, cœur de l’Europe, capitale de la Belgique et de la Flandre. Un homme a pris le pouvoir par les urnes, comme il se devait, et il est inutile de revenir sur le bien fondé de ces dernières élections, de leur nécessité, des échecs antérieurs qu’elles n’ont fait que prolonger, de la pusillanimité des négociations qui y ont conduit. Mais nous en sommes là, aujourd’hui. Le maître du jeu politique du pays incarne un cauchemar pathétique, une farce qui donne froid dans le dos, une bonhomie calme et cynique, perverse même, qui ne s’est jamais empêchée d’envoyer les signaux qui nous renvoyaient au plus glauque de l’histoire. Cela n’a pas suffi et, apparemment, ne suffit toujours pas. Cet homme s’appelle Bart De Wever et il s’est déplacé tout sourire pour écouter Jean-Marie Le Pen en 1996. Il a encore assisté à l’enterrement de Karel Dillen, le fondateur du parti néo-nazi, le Vlaams Blok, plus récemment, et ne rate, par ailleurs, aucune occasion de rejoindre un attroupement flamand sur quelques lieux symboliques de la Flandre éternelle, fait de folklore kitsch et de fantasme délirant. Il s’est enfin, pour compléter ce triste tableau, offusqué des excuses du bourgmestre d’Anvers, Patrick Janssens, adressées à la communauté juive pour l’implication de l’administration anversoise sous l’occupation. En un mot, cet homme ne cesse de remuer les passions les plus viles, les élans les plus crapoteux, les concepts les plus douteux.</p>
<p>Face à cet affichage à peine masqué, à ces quelques repères qui ne trompent pas,  à cette réussite électorale évidente, que voit-on ? N’y aurait-il pas ne fut-ce qu’une lueur dans les commentaires, les analyses, les textes de quelques-uns pour dire que, non, cela n’est pas possible, n’est en aucun cas recevable, que la plaisanterie a assez duré ? Pour dire, plus simplement encore, que quiconque veut continuer à joindre, dans une radicalité aussi pataude, langue et territoire doit être empêché, combattu, neutralisé ?</p>
<p>Eh bien, non ! Le spectacle est navrant et accablant.</p>
<p>Côté flamand, d’abord. Je passe sur ce qu’il aurait été bon de faire jusqu’ici pour prévenir et contenir. Mais où êtes-vous, à cet instant, auteurs, créateurs, artistes que souvent j’admire ? Vivrais-je sur une autre planète pour que ne me parvienne aucune réaction publique de votre part. Votre silence me glace.</p>
<p>Je pense aussi à cette presse flamande, toute la presse flamande. Je passe, encore une fois, sur ce qu’elle a fait en amont, même si à l’évidence le cadre journalistique était parfaitement construit pour que ce qui arrive maintenant  en soit une conséquence logique. Mais je ne passerai pas sur les éditoriaux que j’ai pu lire au lendemain des élections, que ce soit dans De Morgen ou De Standaard, dont la complaisance, la jubilation, aussi, que l’on pouvait lire entre les lignes, est à proprement parler catastrophique, complice et coupable.</p>
<p>Côté francophone, ensuite, qui ne manque pas de belles âmes, qui ne manque pas de capacité de résistance et de compromis. Qu’y voir aujourd’hui, si ce n’est un attachement à la Belgique qui a bon dos, qui à long terme pourrait même se trouver, en forçant le trait, tout aussi coupable. Car c’est d’une seule voix que parlent des personnalités dont je n’ignore pas, pour certaines, les qualités, la rigueur et l’honnêteté intellectuelles, c’est d’une seule voix, oui, qu’elles se résignent, comme à une évidence, à la logique du compromis et du dialogue avec ce Bart De Wever, dans l’espoir de sauver la Belgique et son unité. Le pire, encore. Car si l’idée de nation, quelle qu’elle soit, ne devrait plus être régulatrice pour toute vraie politique, a fortiori, elle devrait encore moins l’être quand l’agenda du jour, le jeu démocratique réduit à son stade le plus trivial du simple comptage, requiert un pacte avec le rance et le moisi. De cette Belgique, je ne veux pas, et je ne voudrai jamais.</p>
<p>Alors, pour l’heure, c’est la honte que je ressens ! De vivre, ici, de travailler, ici. La colère face à une prise d’otage des meilleures intelligences et des visées politiques véritablement constructives dont j’ai la faiblesse de croire que le Parti socialiste, francophone, peut encore les porter.</p>
<p>D’urgence, il faudra que les démocrates flamands, mais aussi tous les intellectuels dignes de ce nom, se désolidarisent de leur premier parti et de celui qui l’incarne. Par des gestes et des mots qui en seront à la hauteur. D’urgence, également, il faudra que ceux qui, côté francophone, sont sortis gagnants de ces élections pensent radicalement à ce à quoi ils s’engagent. Je pense que ce sera la première adresse, la première posture, le premier signe, les premières phrases échangées qui prédiront de tout le reste. Réfléchissez. Est-ce que l’unité de la Belgique est au prix de ce risque, qui me paraît effarant, et dont je ne doute pas que nous pourrons avoir honte le jour où nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer ?</p>
<p>Pour finir et pour guider cette réflexion, ces quelques lignes que Klaus Mann adressait, si ma mémoire est bonne, à Stefan Zweig dans les années 30 :  « La psychologie permet de tout comprendre, même les coups de matraque. Mais cette psychologie-là, je ne veux pas la pratiquer. Je ne veux pas comprendre ces gens-là, je les rejette ». Oui, nous y sommes.</p>


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		<title>Note sur l’écriture et l’amour</title>
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		<pubDate>Thu, 06 May 2010 12:31:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Annemarie Schwarzenbach]]></category>
		<category><![CDATA[Apparence]]></category>
		<category><![CDATA[Ecriture]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Jacques Schuhl]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Rencontre]]></category>
		<category><![CDATA[Revue]]></category>
		<category><![CDATA[Universel]]></category>

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		<description><![CDATA[Je ne sais jamais si l’on écrit par faiblesse, par goût des épanchements [...] ou bien si, au contraire, l’on écrit pour sortir de soi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_13" class="wp-caption aligncenter" style="width: 522px"><a rel="attachment wp-att-13" href="http://laregledujeu.org/collard/2010/05/06/11/note-sur-l%e2%80%99ecriture-et-l%e2%80%99amour/copyright-alexandre-causin-2/"><img class="size-full wp-image-13  " src="http://laregledujeu.org/collard/files/2010/05/copyright-Alexandre-Causin-2.jpg" alt="(copyright Alexandre Causin)" width="512" height="342" /></a><p class="wp-caption-text">(copyright Alexandre Causin)</p></div>
<p>Je ne sais jamais si l’on écrit par faiblesse, par goût des épanchements, quand un état mélancolique nous submerge et que seule, peut-être, l’écriture sera ce qui sauve ou bien si, au contraire, l’on écrit pour sortir de soi, de ces zones qui font certainement la vie d’une âme mais qui ne forment généralement pas une œuvre, une création qui s’adresse à tous. Ce sont deux options, aussi, qui dépendent d’une décision ; deux orientations, clairement, qui requièrent une détermination différente. Aujourd’hui, je ne sais pas, justement. Au moment d’écrire ces quelques lignes, comme un aveu de faiblesse, le rêve sous-jacent de penser qu’il est possible de tenir ensemble, dans le texte, ce qui le fomente et ce qui le déploie, les misères, dont nous ne sommes pas fiers, les idées nobles qui nourrissent la machine. Où l’écriture puise-t-elle sa nécessité ? A quel régime de conditions se soumet-elle ?</p>
<p>Avec le temps, à force, également, d’écouter les remarques discrètes et bienveillantes de quelques amis, je tiens un petit caillou, à défaut d’un roc, cette idée que j’ai fait une revue pour ne pas écrire. Pour contourner l’obligeante et redoutable nécessité, pour contourner un rêve, une passion, comme un obstacle. J’ai voulu les mots des autres, les faire travailler à ma place, avec le désir secret, à l’image de l’écolier qui glisse, avant d’aller se coucher, ses cahiers sous son oreiller pour retenir une leçon, que le Saint-Esprit opère. Passion des œuvres, certes, et des vies qui les portent. Mais, oserais-je l’avouer ?, l’idée, quelque part, d’un profit à retirer pour alimenter mon propre désir.</p>
<p>Comment ne pas reconnaître, par exemple, comme un principe fondamental, pour moi, ce que Jean-Jacques Schuhl a assumé d’entrée de jeu ; c’est-à-dire cette recherche d’un idéal typique, d’un livre qui ne se composerait que des phrases des autres et formerait par assemblage un texte neuf et inédit. Il y a une version métaphysique de cette approche, qui se pare d’un luxe d’érudition (version Borges etc.), mais il en est une autre, plus intéressante et feutrée, dans ce goût de Jean-Jacques Schuhl pour les marionnettes, voire les automates. Collage, assemblage, reprise, copier/coller, ah, beauté de ce geste, de ces allers et retours entre la chair et le plastique, la surface et les profondeurs jusqu’à son point d’étouffement dans une sécularisation magique.</p>
<p>Et puis, tout aussi bien, je repense aux phrases d’Annemarie Schwarzenbach, cette espèce de journal continu que son œuvre entière, qui passe par le roman et le récit de voyage, constitue comme le sismographe de ses états d’âme, de ses pérégrinations intérieures dont les vrais voyages n’étaient que le reflet fidèle et rêvé. A priori, le travail est inverse, comme si son âme était scripte et que son écriture était directement branchée sur la région sensible du cœur, de ses tripes, formant le journal de sa bile noire.</p>
<p>Jean-Jacques Schuhl, Annemarie Schwarzenbach, deux approches opposées de l’écriture et de l’œuvre, mais qui pourtant, en quelques manières, se rejoignent dans l’absence de médiation. De part et d’autre, l’écriture est comme une opération directe, sans intermédiaire, dans l’apparence.</p>
<p>Car, finalement, je ne voudrais pas me voiler la face, ne pas être trop rapide ; en somme, ne pas mésestimer le travail et l’effort que requiert toute construction, qu’elle soit branchée sur l’âme et le souci des profondeurs ou sur le rapport des faits et des surfaces. Vieux débat qui n’est pas sans rappeler, mutatis mutandis, ce qui dans les années 60 se jouait entre les propositions du Nouveau Roman et celles d’un Romain Gary publiant son <em>Pour Sganarelle</em>.</p>
<p>Entre le sol et l’envol : l’écriture. Je trouve cette métaphore, que je fais mienne, dans le récent livre de Miguel De Azambuja : « Parfois, pour éviter la chute, quelques-uns évitent le sol pour habiter l’envol, et pensent pouvoir vivre ainsi, déracinés, inauguraux, en étant leur propre origine. D’autres ont du mal à se lever, s’entremêlent avec le sol, finissent par s’y enterrer, la difficile vie avec les morts du pays mélancolique. Pour le dire dans d’autres mots, éviter la chute nous amène parfois vers les contrées de l’idéal ou de la mélancolie et c’est le rapport au sol, à la gravitation, qui nous permet de figurer ces deux mouvements. Les hommes pressés et les hommes enterrés ont du mal à trouver une vie qui permette le sol et l’envol, la route et les rêves.» Il n’est pas besoin d’aller chercher du côté de la flânerie ou de la psychanalyse pour arriver à tenir les deux bouts, si l’on veut bien accorder à la littérature ce pouvoir, la puissance de faire exister le fil ténu entre la chair et l’idée, le fantasme et telle ou telle peau singulière, la grande histoire et le déroulement de nos vies.</p>
<p>Au cœur de ce nœud, peu de choses, je n’ai trouvé que l’amour aux deux extrémités. Il y a des mots et il y a des corps, je tourne et me consume, je cherche et me cogne, inaugural et mélancolique, à tout moment, la seule question reste de savoir comment renforcer l’un par l’autre. Miracle de cette rencontre amoureuse qui produira un enchaînement de mots, bénie, aussi, cette rupture qui me plongera dans des tourments productifs. Soyons honnêtes, ces dernières années, combien de fois n’ai-je pas pris un plaisir malin à me mettre dans telle ou telle situation dans le seul espoir de produire un peu d’encre ? Dans une grande âme, tout est grand, disait Pascal. La littérature rend compossible, permet d’acclimater, apprivoiser, conserver, transformer, surtout ne rien perdre : la surface et la profondeur, la rencontre et la rupture. Un Horizon de littérature : une lettre qui tiendrait de l’impossible, qui dirait à la fois l’Adieu et la réconciliation, l’amour et la perte du désir, le recommencement et le terme, le pardon et le renoncement. Tout sera dans un clignotement, chaque chose à sa place, sans condition.</p>


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		<pubDate>Mon, 19 Apr 2010 15:25:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[développement personnel]]></category>
		<category><![CDATA[Freud]]></category>
		<category><![CDATA[Librairie]]></category>
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		<category><![CDATA[Michel Onfray]]></category>
		<category><![CDATA[Psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Certains débats dans les journaux ont parfois la particularité de nous renvoyer à de vieux souvenirs plutôt que de nous plonger dans l’actualité brûlante. Dans l’ordre de ma petite chronologie personnelle, c’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière en lisant les comptes-rendus du dernier livre de Michel Onfray.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a rel="attachment wp-att-9" href="http://laregledujeu.org/collard/2010/04/19/7/guerir-disent-ils/developpement-personnel-2/"><img class="size-medium wp-image-9 alignright" src="http://laregledujeu.org/collard/files/2010/04/developpement-personnel1-266x300.jpg" alt="developpement personnel" width="266" height="300" /></a>Certains débats dans les journaux ont parfois la particularité de nous renvoyer à de vieux souvenirs plutôt que de nous plonger dans l’actualité brûlante. Dans l’ordre de ma petite chronologie personnelle, c’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière en lisant les comptes-rendus du dernier livre de Michel Onfray.</p>
<p>Je repensais à ces moments où je travaillais dans une librairie en train de se développer et qui, aujourd’hui, est devenue une des plus importantes de la francophonie. Je me devais de constituer, par goût, mais aussi parce qu’on m’en laissait la liberté, un fond de science humaine. Voilà qu’à l’époque, donc, je me mets à commander du Spinoza, Kierkegaard, Nietzsche, Platon, Heidegger, Derrida, mais aussi de la sociologie, de la psychologie, de la psychanalyse. Et puis, petit à petit, par la logique des mises en place et de la visite des représentants qui viennent vous proposer les dernières nouveautés, mais aussi par la demande d’une clientèle extrêmement vaste, je me retrouve avec un rayon gentiment appelé « Développement personnel ».</p>
<p>J’apprenais qu’il existait un énorme continent livresque, jusqu’alors inconnu à mes yeux, mais que j’avais dû fréquenter par la force des choses. J’en ignorais tout, alors que très vite je me suis aperçu par un mouvement irrésistible de la rotation de ces titres, des demandes de la clientèle et des quelques classiques de ce rayon qui « tourne », que ce continent, oui, cet espace de masse aux contours imprécis représentaient, j’exagère à peine, la plus grosse demande de livres dit de « science humaine ».</p>
<p>Ce sont souvent des auteurs dont on ne parle jamais dans la presse, ou alors dans une presse spécialisée ; ce sont aussi des maisons d’éditions, pour la plupart obscures, mais dont le chiffre d’affaires ferait rêver de nombreux éditeurs indépendants de qualité, même si les frontières ne sont pas imperméables et que certains éditeurs comme Odile Jacob ou Robert Laffont ont des collections spécialisées dans ces affaires-là.</p>
<p>Dans ce fatras de livres aux titres souvent simplets et infantilisants, fabriqués par des éditeurs, je le disais, parfois obscurs et, paradoxe, pourtant très présents dans les librairies généralistes, on trouve un assortiment de conseils pour mieux vivre, mieux aimer, mieux gagner de l’argent, mieux se porter avec l’autre. Le cocktail, à quelques exceptions près, est sensiblement identique et se compose, pour l’essentiel, de trois bases : pseudo scientifique, d’abord, avec de nombreux aménagements de type comportementaliste ; vaguement morale, ensuite, en s’inspirant n’importe comment des philosophies orientales ; psychologique, enfin, dont le meilleur tiendrait du magazine féminin, le pire d’une sauce new age bien rance.</p>
<p>Moi qui pensais vendre, à l’époque, des camions de cours inédits de Michel Foucault, du dernier Derrida, du Bourdieu, du Nietzsche, du Deleuze, ou du Badiou, parmi de nombreux autres, je m’apercevais que ce type d’ouvrages, finalement, n’intéressait qu’une petite partie, très restreinte, du public. Il fallait me rendre compte qu’un rayon de science humaine se construisait aussi avec, voire surtout, ce que l’on peine à nommer, il faut bien l’avouer, un livre. J’en ai parcouru certains, survolé d’autres, dégoûté par l’ensemble. Me résolvant finalement à émettre deux hypothèses : soit ces auteurs étaient des escrocs, soit de parfaits imbéciles. Je ne voyais pas et, je n’en vois toujours pas d’ailleurs, d’autres possibilités.</p>
<p>Souvent, on m’a taxé de snob ou d’élitiste quand je tenais ce genre de propos. Me rétorquant que je ne comprenais pas la détresse des gens et que je me permettais de juger ce qui, peut-être, pouvait procurer du bien aux personnes. J’avoue n’avoir jamais compris ce type de remarques, car elles me semblaient, au contraire, sous des dehors doucereux et bienveillants, être le comble de la condescendance et du mépris… ce relativisme de bas étage signait un échec. Tout est perdu, que pouvons-nous y faire ? Ne pas juger et respecter, maîtres mots. Je ne m’y suis jamais résolu. Car s’il existe bel et bien, et de plus en plus, de manière suffocante, une misère sociale et économique, dont on connaît l’étroite parenté avec la misère liée à l’éducation, cela n’est plus à prouver, il existe aussi une misère proprement intellectuelle, déconnectée de son soubassement social. Si, bien évidemment, en termes de misère tout devrait être irrecevable, je pouvais observer, d’où j’étais, une sorte de misère sans classe. Ces auteurs, qui généralement prolonge les livres commis par un enseignement, des séminaires ou des stages, comme des gourous d’un nouvel âge, s’adressent à une clientèle loin d’être déshéritée. Mal-être civilisationnel, perte du sens, des valeurs, du rapport aux autres… Terreaux fertiles pour ressortir de nombreux vieux poncifs.</p>
<p>Et si Michel Onfray se trompait de cible ? Si, non seulement l’objectif, mais également l’angle d’attaque n’était pas le bon ? Je n’ai pas, pour l’heure, lu son livre, qui ne se trouve pas encore en libraire, mais je n’ai pu échapper aux extraits, analyses et contre-attaques qui en étaient donnés dans la presse. A priori, se dit-on, une redite, une énième relance de l’attaque de la psychanalyse et de son fondateur, comme ils en connurent depuis le début. Les réflexes, d’un côté comme de l’autre, semblent identiques, tenants et opposants paraissent jouer une partition bien connue. Il est parfois aisé de finir leurs phrases.</p>
<p>Je n’ignore pas le conflit certain, délicat et essentiel qui se joue depuis quelques années, concernant les troubles psychiques, entre les partisans d’une thérapeutique qui se cantonne à la recherche neurologique et comportementaliste (avec son lot de diagnostics et de médicaments qui suivent), et les partisans d’une thérapeutique qui passe par la parole, en gros, d’orientation psychanalytique, qui a le mérite de soutenir de bout en bout d’un processus la singularité du patient et d’en préserver le tracé subjectif. Je vais, bien entendu, très vite, mais il m’a toujours paru que sans même compter la rivalité à tout niveau qui opposait ces deux approches, la seconde devait pouvoir s’exercer de plein droit dans son déroulé médical, social, politique, mais aussi intellectuel.</p>
<p>Et je suis surpris de voir à quel point le flair de Michel Onfray, aujourd’hui, est à côté de la plaque quand il s’attaque autant à « l’homme Freud » qu’à son œuvre. A quel point, lui, si fier de se dire connecté à la réalité du monde, quand ce n’est pas du terroir, à la misère sociale et politique, pas vu, repéré cet amas livresque dégoulinant de bêtise et d’imbécillité qui constitue, pour le coup, un véritable impensé, un réel trou noir, un symptôme effarant de la vie des âmes et de l’esprit à notre époque. Loin des débats institutionnels, politiques, médicaux, intellectuels qui, à cet égard, sont une chance et le signe, au moins, d’une vie de l’esprit, il est cette masse de livres et de lecteurs, qui font leurs chemins à l’écart de toute exigence, j’allais dire, aussi, à l’écart de toute intelligence et qui, quand je les voyais un peu de près, me plongeaient dans des abîmes de tristesse et soulevaient mes plus vives inquiétudes.</p>


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		<title>Revue</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 13:43:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Redaction La Règle du Jeu</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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		<category><![CDATA[Camarade]]></category>
		<category><![CDATA[Collectif]]></category>
		<category><![CDATA[Communauté]]></category>
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		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Revue]]></category>
		<category><![CDATA[Salon du livre]]></category>

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		<description><![CDATA[Quel sens y a-t-il à vouloir imprimer du papier, à créer des volumes, à mettre ensemble des gens dont on suppose qu’ils puissent connaître un voisinage heureux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-medium wp-image-14" src="http://laregledujeu.org/collard/files/2010/04/book-300x240.jpg" alt="book" width="300" height="240" />Quel sens y a-t-il à vouloir imprimer du papier, à créer des volumes, à mettre ensemble des gens dont on suppose qu’ils puissent connaître un voisinage heureux et produire, par leur mise côte à côte, un peu de pensée et donner un éclairage sur la marche des choses ?</p>
<p>Est-il nécessaire de pointer la débâcle que connaît la presse quotidienne, de souligner le maintien, vaille que vaille, des hebdomadaires d’information et de remarquer que la seule presse qui attire encore des lecteurs, ou du moins les conserve en nombre suffisant pour fonctionner de manière économiquement saine, est une presse qui, souvent à juste titre, est dite de caniveau. Il n’est plus nécessaire, non, de pointer tout cela pour savoir et sentir qu’une forme de culture et de l’écrit liée au papier est en train de vivre des heures sombres et peu glorieuses, comme si ces pratiquants étaient de vieux monstres d’un ancien monde bientôt enseveli. Qu’est-ce qui se perd et qu’est-ce qui se gagne dans cette transformation ? L’état des lieux est-il si désastreux ? Qui imprime du papier sous forme de périodique, que ce soit la presse quotidienne ou la plus pointue des revues littéraires, ne peut pas ne pas se poser ces questions.</p>
<p>Certes, je sais bien que la presse, les revues ont, depuis qu’elles existent, été des entreprises à haut risque, que certains y ont perdu des fortunes ou gagné la gloire. Cela ne m’empêche pas, malgré les enthousiasmes et le goût du risque, de regarder un paysage pour le moins contrasté.</p>
<p>Je m’interrogeais sur cette situation, sur le regard, bien entendu, que je pouvais y porter, avant de me rendre au dernier Salon du livre. J’étais invité avec quelques camarades et amis à parler de ce qu’on appelle « une communauté littéraire » avec, comme sous-entendu, concernant mon invitation, que la forme de la revue représente une sorte de paradigme de la dite communauté. Je me devais, à leurs yeux, d&#8217;être une espèce de représentant.</p>
<p>Par aveuglement, peut-être, par conviction, sans doute, et, surtout, me semble-t-il, parce que j’ai comme en moi pour toute une série de choses une boussole intérieure qui m’alerte par moments et me soutient par principe, je vis sans doublure théorique. Et cela vaut pour la revue que je mène depuis quelques années et qui me valait cette invitation à une table ronde organisée par les chers amis de la  Société européenne des auteurs, que nous avons fondée, à quelques-uns, il y plus d’un an. Mais, là-dessus, je reviendrai.</p>
<p>Ca veut donc dire quoi faire une revue dans le paysage que nous connaissons ? Et comment répondre à la terrible question de ce qu’elle reflète d’une « communauté » ? N’est-il pas vérifiable que toutes les revues littéraires ont toujours peu ou prou fonctionné sur le principe d’une communauté, quelle soit idéologique (temps des connections des avant-gardes et de la politique) ou esthétique (temps des révolutions des formes et du renouvellement des arts), pour ne pas dire que le propre des  revues a toujours été, d’une certaine manière, de rejoindre le moment des formes et des engagements sous l’égide, justement, des noms de « communauté », de « groupe », ou encore de « collectif », voire de « collège ».</p>
<p>Alors, leçons de l’histoire ou goût personnel, je l’ignore, mais le fait est que je n’ai jamais cru à cette histoire de communauté et de rassemblement heureux d’individus qui créent, orientés vers un but précis et une volonté commune. Ce sera, si l’on veut, mon premier point. Il me semble que jamais, en moi, l’idée de rassembler n’a été un moteur essentiel ou une envie particulière pour créer et orchestrer une revue. J’ai même pris le pli inverse. Fasciné par le sous texte de la grande histoire littéraire, tenté souvent de trouver du réconfort dans les bras de ces communautés invisibles, j’ai toujours aimé ce que la littérature pouvait avoir de feutré, de secret, d’inavouable et de précieux. Mais en m’en méfiant, en voulant m’en tenir à distance, sentant, par là, le réconfort, une forme de paresse ?, en tout cas, tout sauf un moteur, ce qui pouvait, au sens propre, me secouer. Plutôt que de communauté, j’ai toujours préféré parler de lieu, d’endroit où l’on rentre et l’on sort, où rien n’est prescrit, si ce n’est l’idée que quand on y est, on s’y sente bien.</p>
<p>Lieu contre communauté, donc. Lieu invisible, même. Le plus cosmopolite possible, en jouant sur ce qui implique le maximum d’entropie, voulant toujours rester au plus près du rassemblement impossible.</p>
<p>Et puis, il y a une autre idée avec laquelle je me suis toujours senti en porte-à-faux. Une idée de puriste, si l’on veut, qui voudrait qu’on puisse opposer aux combines de la « grande édition », de ses compromis avec le monde marchant, la vie des revues comme l’assurance d’une littérature préservée, d’une littérature épargnée des affres des corps et du monde. La revue serait la garante du sel de la littérature, car fatalement, encore obscure, d’avant-garde, sans compromission, avec un attachement au texte et rien qu’au texte, car à l’abri des petites et grandes séductions. Face à cette vision, j’ai toujours voulu maintenir mon attachement non seulement au texte, mais aussi aux corps, à la sensibilité partagée dans la manière d’avancer dans la vie, dans les regards, les peaux et les postures. Je ne crois pas à cette idée que la qualité d’une publication tiendrait sous l’injonction exhaustive « le texte, rien que le texte ». Au contraire, pour moi, une revue c’est une manière aussi de rencontrer des êtres de chair, des êtres qui ont un tracé singulier et qui arrive à trouver  une façon de mettre un pas devant l’autre en construisant une œuvre. Une revue reste, à mes yeux, l’espace privilégié pour être au carrefour des œuvres et des êtres qui les porte.</p>
<p>Et enfin, dernier point que j’énonçais lors de cette rencontre dans ce salon et qui peut se déduire des deux premiers, cette idée, cette fois, que la littérature, dans une revue, est littéraire. On est entre soi, la revue est l’horizon d’un lieu préservé où l’on sait, quelque part, que la vraie littérature est chez elle. La revue, en ce sens, comme le lieu spécifique de l’espace littéraire, entre pairs, son côté, finalement, « réserve protégée »,si l’on exagère une peu. Et pourtant, là encore, fuite devant ce piège confortable, devant cette coupure artificielle des domaines et des genres. La littérature est sans espace, car elle ne vaut que  dans son immersion complète dans le monde mais également dans l’époque et la situation qui nous est faite. Sans appel possible. Elle ne tirera sa force que de cette immersion et, de ce fait, que de sa confrontation avec les autres arts, les autres pratiques. De quoi aurait-elle peur en se disposant à côté de la peinture, de la musique du cinéma, mais aussi de la mode, par exemple ?</p>
<p>Une vulgate situationniste nourrit les plus audacieux, ils s’en servent comme base arrière, quand elle n’est pas un impensé. On peut toujours repérer le spectacle, le signifier, le reconnaître et même parfois s’en construire. Il n’est pas interdit, non plus, de tenir compte des constats sociologiques et anthropologiques sur les méfaits d’un cinéma hollywoodien et les mutations qu’implique l’hyper présence télévisuelle. La plainte s’en alimente et détermine, parfois, de belles aventures. Mais le jeu paraît rapidement à somme nulle. Et je pourrais être vite tenté, pour échapper à ces oppositions stériles, de parler plutôt d’intoxication, cher à Peter Sloterdijk. Oui, pourquoi pas. Plus simplement, sans souci de partager une dialectique, je me rabattrai, pour l’heure, sur un pragmatisme de bon aloi. Une revue comme un acte. Une revue comme une manière de signifier, d’inscrire dans le monde, un peu de la puissance d’une idée et de la création. Etre quelques-uns à se retrouver dans un lieu qui porte au plus loin le dissemblable, qui s’attache au texte, bien entendu, à plein régime, mais aussi aux êtres qui les fabriquent, car ils sont la trace d’expériences plus que d’une idée préconçue de la littérature, et qui, pour terminer, démultiplie la présence de la littérature au regard des autres arts et formes de créations dans l’époque.</p>
<p>Bonheur d’écrire ces quelques lignes, ici, maintenant !</p>


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