Afin de se «consacrer pleinement» à la présidentielle, Marine Le Pen a annoncé ce lundi 24 avril se mettre «en congé de la présidence du FN». Et c’est Jean-François Jalkh qui a été choisi pour la remplacer pendant ces deux semaines de campagne. La candidate FN récompense ainsi l’un de ses fidèles, homme de l’ombre qui adhéra dès 1974 au FN, où il fit longtemps sa carrière politique sous l’œil bienveillant de Jean-Marie Le Pen. Une carrière aussi longue que ponctuée d’affaires judiciaires et de prises de position dans la droite ligne de l’extrême droite de toujours.

Le n°7 de la revue Le Temps des savoirs (La Création, Odile Jacob, mars 2005), rapporte ainsi les propos tenus par l’ex-député européen FN, ex-vice président du FN et ex-trésorier de Jeanne (le micro-parti de Marine Le Pen) lors d’une conférence le 14 avril 2000 à St-Cloud où il s’est beaucoup livré[1] Comme l’ont révélé sur Twitter Laurent de Boissieu et Maxime Vaudano.. De quoi mettre en pièces la stratégie de dé-diabolisation du Front National et la réfutation par Florian Philippot de l’appartenance de son parti à cette extrême droite.
Morceaux choisis, en commençant par la manière dont Jean-François Jalkh a décrit ses débuts dans la formation fondée par l’ancien para :

«Moi, j’ai rejoint le Front National à un moment donné où il était dans une crise très grave dont j’étais pas très conscient parce que n’étant pas très au fait des arcanes de l’extrême droite. Donc moi, j’étais un peu… complètement déconnecté par rapport à tout ça, […] et quand je suis arrivé, les gens d’Ordre Nouveau étaient déjà partis. Il y avait très, très peu de jeunes au FNJ. Il y avait un quarteron de jeunes militants, je dirais, d’ailleurs, tous les jeunes étaient partis du Front National. Il n’y avait plus de jeunes à l’époque. C’était vraiment un mouvement complètement groupusculaire avec quelques jeunes. Mais, je dirais, l’essentiel des jeunes était parti avec les gens d’Ordre Nouveau au PFN.»

Alors que le Front National tente de planquer les skinheads et autres «bastonneurs» lors de ses rassemblements, son actuel président intérimaire n’hésite pas, lors de la même conférence, à considérer que les «manifestations un peu musclées, les interpellations et les soirées au poste» sont formatrices :

«Oh vous savez, en ce qui me concerne j’ai été un an responsable du Front National de la Jeunesse dans les faits mais pas en droit, on était pragmatique en ce temps-là. Oui, Baeckeroot était le directeur du Front National de la Jeunesse en droit en 1973 mais de facto, on faisait preuve d’empirisme à ce moment-là. En fait, le Front national de la Jeunesse n’était pas véritablement associé au Front National. C’était plutôt une fédération de jeunes où se retrouvaient les jeunes nationalistes et surtout à sa création les jeunes d’Ordre Nouveau en fait. Il n’y avait pas de structure Front national de la Jeunesse en tant que tel. Il y avait suffisamment de structures de jeunes en dehors du Front national de la Jeunesse où les jeunes se retrouvaient […] Or c’était une époque, aussi, où évidemment il y avait en plus de ça une concurrence entre différents jeunes, il y avait le GUD, il y avait le GAJ, etc. […]. Le GAJ à l’époque, c’est le Groupe Action Jeunesse qui était lié à un type qui s’appelait Malliarakis, Jean-Gilles Malliarakis et donc, ce qui s’est passé c’est que, donc, oui, il y avait aussi de la part des jeunes, toujours une pression pour des opérations activistes, pour des opérations politiques, un peu musclées, des choses comme ça, et alors, évidemment, c’est incompatible, avec une action, je dirais, politique responsable […]. Je vais dans le mouvement pour pouvoir plus m’amuser, plus que les débats, donc c’est pas, c’est pas du coup, toujours très, très facile. Alors c’est une époque aussi où l’on était très anticommuniste, très antisoviétique à l’époque. Il y a eu quelques manifestations un peu musclées, quelques interpellations, quelques soirées au poste, c’était un peu ça. Mais c’est vrai aussi que c’était assez formateur, ça donne de l’assurance, le culot aussi, que n’ont pas les gens qui ont un parcours plus conventionnel.»

Mais il y a encore plus instructif : ses considérations sur «le problème des chambres à gaz» dont on «doit pouvoir discuter» et le «sérieux» du «professeur Faurisson» :

[…]«Le problème des chambres à gaz, mais moi je dis qu’on doit pouvoir discuter même de ce problème. Vous avez des révisionnistes, parce qu’il y a deux sortes de révisionnistes, ou de négationnistes. Il y a les espèces de timbrés et tous les provocateurs en faisant des plaisanteries de corniauds sur le malheur des autres, etc., qui à mon avis sont des gens détestables. Mais, moi il se fait que j’ai été amené à lire, par exemple, des ouvrages de gens qui sont des négationnistes ou des révisionnistes. Bon, ben moi, honnêtement, moi, je ne suis pas négationniste, mais je dis moi, quelque chose qui m’a énormément surpris, dans les travaux d’un négationniste ou d’un révisionniste sérieux, ce qui justement m’a surpris c’est le sérieux et la rigueur, je dirais, de l’argumentation. Bon, même un type comme Faurisson, par exemple, qui est professeur à la faculté à Lyon, il est professeur de faculté, il est quand même prof, etc., je veux dire, j’ai lu un certain nombre de trucs soi-disant que l’on m’a recommandés parce que justement ça fait partie du débat, je crois qu’on ne peut pas avoir de position sur le sujet sans avoir lu le pour, le contre. Il dit : “Moi je vous demande, je pose un certain nombre de questions sur le plan technique, je vous demande de répondre précisément à ces questions toc, toc, toc, toc. Il n’y a pas du tout de la haine, il n’y a pas du tout de volonté délibérée de nuire à qui que ce soit, je pose concrètement un certain nombre de questions, par exemple, sur l’utilisation chimique, je m’intéresse à un spécialiste de la chimie et je lui demande sur l’utilisation d’un gaz, par exemple, qu’on appelle le Zykon B., moi, je considère que d’un point de vue technique il est impossible, je dis bien impossible de l’utiliser dans des […] exterminations de masse. Pourquoi ? Parce qu’il faut plusieurs jours avant de décontaminer un local qui a été… où l’on a utilisé du Zyklon B”.»

Messe à la mémoire du maréchal Pétain

Mais ces propos ne sont pas les seuls signes de révisionnisme du personnage. En 1991, Jean-François Jalkh avait déjà connu un coup de projecteur lorsqu’il s’est rendu avec Jean-Marie Le Pen à l’église – aux mains des catholiques ultra-intégristes – Saint-Nicolas-du-Chardonnet afin d’assister à une messe à la mémoire du maréchal Pétain.

Affaires judiciaires

Jean-François Jalkh est également épinglé par quelques affaires judiciaires.
Le Parlement européen a levé en novembre 2016 son immunité parlementaire dans le cadre de deux plaintes «pour provocation à la discrimination et à la haine raciale» en tant que directeur des publications du Front National. Publications où il incitait notamment à la «préférence nationale» dans l’attribution de logements sociaux.
En tant que secrétaire général du micro-parti Jeanne, il a également été mis en examen le 19 mai 2015 pour «escroqueries, abus de confiance et acceptation par un parti politique d’un financement provenant d’une personne morale, en l’occurrence la société de communication Riwal». Jean-François Jalkh est ainsi, au même titre que Frédéric Chatillon, le directeur de Riwal, mêlé à la fameuse affaire de sur-facturation des kits de campagne au FN.
Enfin, si le Parlement européen réclame aujourd’hui 320 000 euros au Front National, c’est pour avoir embauché Jean-François Jalkh en tant qu’assistant parlementaire présumé fictif.

References   [ + ]

1. Comme l’ont révélé sur Twitter Laurent de Boissieu et Maxime Vaudano.