La Marche des fiertés, samedi 2 juillet à Paris, fut un grand moment de joie et d’encouragement au combat contre le conservatisme rance. Une après-midi entière sans homophobes, sans islamistes ni cathos tradis-bornés. Du Louvre à la Bastille a défilé une France aimable, toutes générations confondues, parmi laquelle la «diversité», comme on dit frileusement pour ne pas nommer les populations d’origine arabe, africaine ou asiatique, était largement représentée, brisant par sa simple présence les mensonges racialistes et virilistes des islamos-gauchos-fachos façon Indigènes selon lesquels le «mode de vie homosexuel» n’existerait pas chez les «post-colonisés». Nous étions la France généreuse et espiègle, la vraie France debout, confiante dans la vie et solidaire des victimes d’Orlando tombées sous le feu d’un islamiste enragé et donc homophobe.

Les Femen étaient là, impeccables comme toujours (voir ici), et les trav’ à l’érotisme narquois et dévastateur, les SM cuir, les cyclistes du Dérailleur, les butch, les CroyantEs uniEs pour l’égalité, les Maghrébins de Shams et du M.A.L.I. et tant d’autres encore. Et puis des milliers et des milliers de gays et lesbiennes, souvent avec leurs potes hétéros, affirmant un monde où il fait bon vivre ensemble et rire de la bigoterie.

Le cortège était sous protection policière, et l’on repérait de temps à autre sur les toits des hommes en uniformes, fortement armés, prêts à intervenir en cas d’attaque. Quelle incroyable transformation historique ! En 1969 éclatait la première révolte gay contre les flics qui effectuaient leur énième descente humiliante dans un bar new-yorkais, le Stonewall. C’est cet acte de résistance que les Gay Prides ont longtemps commémoré. Au terme d’une très longue lutte, les droits des homosexuels ont fini par être reconnus dans les démocraties occidentales, et désormais ce sont les flics qui protègent les LGBT que cherchent à éliminer physiquement au nom du coran des fous furieux moyenâgeux.

En dépit de tous les moments de bonheur qu’a offerts cette Marche des fiertés, comment ne pas penser à tous les amis gays morts du Sida à la fin des années 80 et durant la décennie suivante. Il suffisait d’entendre un morceau des eighties diffusé sur la sono d’un truck pour que surgissent les souvenirs des soirées en boîte avec tous ces garçons emportés par cette maladie qui les transformait en parias. Ne pas oublier qu’il avait fallu batailler durement contre les discriminations qu’ils devaient subir en plus des souffrances liées aux effets alors ravageurs du virus.

La possibilité de pouvoir organiser des Gay Prides est un infaillible marqueur du niveau de la démocratie – de la démocratie pour laquelle il a fallu se battre, qu’il faut préserver et certes améliorer. Sur les deux tiers de la planète les «sodomites» sont traqués, persécutés, assassinés, que ce soit parce que c’est dans la loi ou parce que les autorités laissent faire, au nom de la religion ou de la tradition, de l’Iran à la Russie, du Maroc à l’Ouganda, partout où le virilisme des brutes est encouragé par des régimes obscurantistes où la testostérone est censée faire officie de politique.

La Marche des fiertés Paris 2016, une demi-journée provisoirement loin de Daech et de ses tueurs d’homos, une demi-journée sans salafistes, sans Civitas, une demi-journée comme une grande bouffée d’oxygène.


Remerciements à Sérénade Chafik pour les photos.

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Bernard Schalscha lors de la Marche des fiertés 2016 à Paris.
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Marche des fiertés 2016 à Paris.
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Marche des fiertés 2016 à Paris.
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Bernard Schalscha lors de la Marche des fiertés 2016 à Paris.

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