C’était un mercredi soir à Kinshasa, chaleur moite, effervescence, exubérance, bouillonnement, tumulte. Et ce souffle, ce sifflement qui dit, qui murmure que cette nuit, eh bien, cette nuit sans lune, il n’y aura pas d’obscurité.

C’était un mercredi soir à Kinshasa, le mercredi 30 octobre de l’année 1974 : « rumble in the jungle », « bataille dans la jungle », le match du siècle. L’arène, le ring, le corps à corps ; la verticalité vers le haut, la verticalité toujours vers le haut, la verticalité inaltérable, demeurer debout. Au combat, n’obstrue jamais le passage ; au combat, ne barre pas la route de ton corps allongé.

C’était un mercredi soir sur la planète, et la  respiration du monde suspendue le temps d’un match de boxe : bataille dans la jungle, choc des titans.

À ma gauche, Mohammed Ali, roi olympique, année 1960 et champion du monde quatre saisons plus tard. Oui, Ali, Mohammed Ali encore alors Clay, Cassius Clay. Clay, le menton au vent, le jab à l’affut et le pas mobile comme pour conjurer toutes les misères et défaites de ceux des champs de coton, de ceux du Mississipi, de ceux de La Louisiane. Clay, Cassius Clay, devenu désormais Mohammed Ali. Abjuré, abjuré le nom d’esclave. Deviens qui tu es, dirait Nietzsche.

C’était un mercredi soir de l’année 1974 : choc de titans : Ali-Foreman.

Foreman, George Foreman, « Big George », champion olympique poids lourd, lui aussi. Champion 1968, année de toutes les brûlures : le Vietnam et les ghettos qui flambent ; Martin Luther King et JFK assassinés. Rien vu, rien vu de tout ça, Mister George ; car Foreman est un afro-américain convenable, policé, sans histoires, n’est-ce pas ? Alors, John Carlos et Tommie Smith peuvent lever leur poing ganté de noir dans le ciel de Mexico ; Foreman, lui, enveloppera son titre olympique dans la bannière étoilée. Pas d’histoires. George ne veut pas d’histoires.

Foreman, Ali ; Ali, Foreman ; Foreman, le nouveau prodige ouragan démenageant tout sur son passage, contre Ali, le revenant.

Foreman ? George Foreman ? Un démolisseur, un cogneur, un vrai bûcheron : sur le ring, il ne boxe pas, il détruit ; le corps épais, les poings lourds et serrés, il marche sur l’homme ayant le tragique malheur d’être planté là en face de lui, et il balance les coups, des coups de butoir ; il frappe, cogne sans pitié, démolit tout : têtes, lèvres, ventres, reins… Furie, pure furie ; Foreman est une véritable machine de destruction qui inspire, rien qu’à l’évocation de son patronyme, trouille, angoisse et terreur chez ses adversaires. Alors la durée de ce combat contre Ali ? Foreman : « Peut-être une reprise, un round. L’important est que je parvienne à le toucher et j’y arriverai tôt ou tard. Et ça sera fini. Il pourra courir sur le ring mais il ne pourra pas se cacher. »

Ali n’est pas Foreman ; Ali n’est pas un cogneur ; Ali est Ali ; Ali est un danseur. D’une corde à l’autre du ring, il danse, roule, swingue, le verbe toujours flamboyant et provocateur : « Je suis le plus grand ; je suis le plus beau ; je suis le plus fort. Je vole comme un papillon et je pique comme une abeille. Me, We ; Moi, Nous ! »

L’extravagance et l’impertinence publiquement affichées, se jouant des mots et des slogans, Ali parle comme pour dire beaucoup plus que ce qu’il dit ; Ali parle comme pour répercuter d’autres voix, comme pour faire entendre la voix de tous les évacués de la lumière, la voix de tous les sous-les-verrous de la misère, la voix de tous les enferrés à temps complet dans les ruines de la mise-à-part sans issue. La voix, la voix déployée, la poitrine en parade, Ali s’égosille, hurle sans masque, comme pour faire entendre jusqu’au bris de l’obscurité, leur interminable silence ! Il parle comme s’il jouait à chaque fois la vie, sa vie, leur vie : Regardez ! Regardez-moi, regardez-nous ! Un visage ! J’ai un visage ; regardez-moi, je ne suis pas l’invisible obscurité mais un visage, moi aussi. Et désolé : je ne serai pas un autre obscur prince reprenant en écho  dans son souffle des mots soufflés. Non, désolé : je serai un prince éclaboussant de lumière, cherchant au fond de l’imprévisible, la force de sa royauté.

Kinshasa ; Kinshasa 30 octobre, année 1974.  Ali-Foreman ; Foreman-Ali ; combat du siècle, choc de  titans.

Voici venue la mort du soleil ! Requiem pour Ali. Aucun doute permis pour les sachants du noble art : « Mesdames et Messieurs, on l’aime bien tous Ali. Mais, il faut se rendre à l’évidence : le ring n’est pas une scène de danse, un dancefloor. Le ring est une affaire de pénitence, de nez écrabouillés, d’arcades sourcilières déchirées, de figures écrasées, de cervelles malmenées et non de danse, et non de jazz, et non de soul. Il faut se rendre à l’évidence ! La boxe est un show de l’anéantissement, une exhibition rustre de la bestialité. Il s’agit de cogner, de cogner sans pitié, de défigurer, de transformer le visage de l’adversaire en bouillie de chair. Et à ce jeu-là, Mesdames et Messiers, Foreman est clairement sans égal, sans concurrent. Ali n’a aucune chance. Mesdames et Messieurs, Ali notre astre vieillissant, marchera hélas, aujourd’hui, cette nuit, de son légendaire et sympathique pas dansant, Ali marchera aux bords du fleuve Congo sur le fil de l’éclipse éternelle. Aucune illusion. »

Kinshasa, Kinshasa Malebo, Kinshasa Makambo et le malheur annoncé cette nuit : Ali, une ombre en miettes dispersées. Ali, la mort, la fin d’une légende. Prophétie de malheur, prophétie de mauvais larrons, s’esclaffe Ali. La boxe, un jeu de massacre, de sueur et de sang ? La boxe, seulement une histoire de muscles bandés, de mâchoires fracassées, de lèvres déchiquetées ? Non, non, dit Ali, la boxe est un art, un art de l’esprit. La boxe est un ballet, le ballet de l’insaisissable ; la boxe est une chorégraphie, la chorégraphie de la conscience. Bien au-delà des quatre murs de la viande qui frappe la viande, la boxe est un imprévisible tourbillon libre de toute cage comme les cuivres de la soul, de la soul music, la turbine emballée, le tempo hypnotique, explosant en gerbes les os et les muscles, le groove et le flow tendus vers les cieux comme seul limite, yes Baby, yes.

Rimes et tempo allongées à l’infinie, la gueule grandement ouverte, définissant lui-même le monde et clamant tout haut le bonheur et la fête de son inévitable triomphe, tel est Ali, tel a toujours été Ali : « I am bad. La semaine dernière je me suis battu contre un alligator, oui un alligator, j’ai catché avec une baleine, mis des menottes aux éclairs, foutu la foudre en taule, j’ai tué un roc, massacré une pierre et envoyé une brique à l’hosto. Je suis pire qu’un mal incurable. I am bad. Méchant. Rapide. Hier soir quand j’ai éteint la lumière, j’étais au lit avant qu’il fasse noir. Rapide. Vous baisserez le nez quand je battrai Foreman, vous tous. Vous pariez sur lui mais il est mal barré. Vous verrez, je suis le plus grand. I am bad. »

C’était un mercredi soir sur la planète, un mercredi soir à Kinshasa. Kinshasa, nuit d’Afrique et cette même respiration, ce même souffle bourdonnant, haletant du haut de tous les gradins : « Ali, boma ye ! Ali boma ye ! Ali tue-le ».

De Louisville à Kinshasa, des eaux de l’Ohio à ceux du Congo, quel chemin ! L’apprentissage du métier. Le premier combat. Protéger le visage ; toujours protéger le visage. Accabler, tourmenter l’adversaire. Fendre sa défense. K.O. Le renverser, le mettre K.O. ; l’envoyer au tapis. Premier combat. Bras levés. Les bras levés vers le ciel. Le premier titre. Persévérer. Percer. Pousser. Être le roi du monde. Rome. Champion du monde. Le premier titre de champion du monde. La gloire. La lumière. Retour à la maison, retour à Louisville, couronne sur la tête : « Mon but est de porter l’Amérique au pinacle. J’ai donc battu le Russe, j’ai battu le Polonais. Et pour les USA, j’ai gagné la Médaille d’Or. Les Italiens m’ont dit : « Notre Cassius était moins fort. On aime ton nom, on aime ton jeu. Donc reste à Rome si tu veux. » J’ai répondu, merci pour votre hospitalité ; mais les USA c’est mon pays, désolé ; tout le monde à Louisville m’attend pour me fêter. »

La gloire ; la lumière ; la légende. Naissance de la légende. Mohammed Ali-Sonny Liston. Face-à-face Sonny Liston-Mohammed Ali. L’heure des étoiles. Et l’arrogance revendiquée d’Ali : « Je suis jeune, je suis beau, je suis rapide, je suis imbattable. Sur le pied de guerre, prêt au combat. Si je croise cet ours dans la rue, je le mange tout cru. Une raclée les fesses à l’air, comme si j’étais son père. Il est bien trop laid pour gagner. Un champion doit être beau, et c’est mon cas. Si vous voulez perdre votre argent, pariez sur Sonny, parce que je ne peux finir perdant. C’est impossible, je n’ai jamais perdu de ma vie. Je vais trop vite, je suis le roi, né pour imposer ma loi. Je vais mettre cet ours affreux au tapis. (…) Il est laid, je suis beau. C’est impossible qu’il me mette K.O. Je prédis qu’il tiendra jusqu’à la huitième reprise, pour prouver que je le maîtrise ; s’il veut aller au paradis, à la septième ce sera fini. Si ça peut lui rendre service, je lui règle son compte en six. S’il veut faire le malin, dès la cinquième ce sera la fin. S’il ose se débattre, il rejoindra Archie Moore en quatre. Voire encore mieux : je vais le casser en deux. S’il fait marche arrière, je le couche dès la première. S’il tient à la vie, qu’il laisse sa vilaine carcasse chez lui. »

La légende. La photo de la légende : Sonny Liston à terre et Ali, la gueule ouverte, le bras droit replié sur le cœur, contemplant Sonny Liston et claironnant : « Relève-toi et bats-toi, mauviette ». Liston K.O., Liston aussitôt renversé, terrassé, fini Clay. Rayé Clay. Voilà désormais Ali : « Le nom de mon père était Cassius Clay. Le nom de son père était Cassius, le mien aussi, et également celui de mon arrière grand-père, un esclave qui travaillait pour le véritable Cassius Clay, du Kentucky. »

Le temps de la gloire ; les portes de la gloire entrouvertes et les voilà déjà closes. Le Vietnam ; le Vietnam et l’objection de conscience. Que ton oui soit juste, que ton non soit juste, dit le Livre : « Je n’irai pas au Vietnam, je ne vois pas pourquoi j’irai bombarder des gens innocents. Aucun Viêt-Cong ne m’a jamais traité de sale nègre ; je n’irai pas faire la guerre au Vietnam. »

Le prix à payer ? Lourd : mise à l’écart, destitution, condamnation à l’enfermement. Traversée du désert. Chute. La chute. Et la verticalité en bas, tout en bas, une seule obsession : ne pas dépérir telle une graine mineure, illumination d’une saison, livrée sans protection aux vents du désert et condamnée à l’obscurité à jamais. Traverser l’abime, traverser le vide, ne pas lâcher. Refuser d’expirer ainsi. Et rêver, rêver, le retour un jour : un jour, je reviendrai ; un jour, un jour… Aucun mur, aucune tourmente ne me fera plier, renoncer. Un jour.

Et un jour, retour sur l’avant-scène. Manille et Frazier. Et la tchatche toujours acerbe, indomptable sur le ring : « Hey smoking Joe, c’est tout ce que t’arrives à faire ? C’est tout ce que tu arrives à faire affreux gorille ? » Manille. Le supplice de Manille : la sueur, les coups, la douleur, la respiration aux frontières de l’effondrement. Et ce murmure au dixième round : « Je crois que ça ressemble à ça, la mort ». Souffrir mais garder toujours la tête haute, garder toujours la tête levée. Graver ainsi son nom au cœur de l’éternité.

C’était un mercredi soir à Kinshasa. Kinshasa Malebo, Kinshasa Makambo, nuit d’Afrique, nuit mystique, rhapsodies échos des voix invisibles : Ali boma ye ! Ali boma ye ! Nuit d’Afrique, esprits du vent remontant du Mississipi au Congo, et Ali, porté dans l’épaisseur de la nuit par mille et mille étoiles allumées dans une même respiration, unies dans un même souffle : Ali boma ye ! Ali boma ye.

C’était un mercredi soir, le mercredi 30 octobre de l’année 1974 à Kinshasa. Gong. Bataille dans la jungle. Premier coup de gong ; lancé, le combat lancé, lancé dans l’infini des siècles. Et Foreman qui veut le K.O tout de suite. Foreman qui veut en finir presto ; Foreman qui avance, déterminé, un Knock out dans chacun de ses deux poings clos, clôturés pour frapper, massacrer. Foreman décidé à cueillir Ali tout de suite. Foreman qui veut faire taire une fois pour toutes cette langue pendue.

Et Ali ? Ali a averti : il dansera. Le pas majestueux, le groove soul transi de grâce, Ali dansera. Il dansera corps et âme liés, le tempo conquérant le ring pour affirmer la vie et dire tout ce qu’on ne saurait dire avec les mots. Yes, Ali dansera. Et voilà Ali qui ne danse pas ; voilà Ali, immobile. Pas un pas. Pas un seul pas de danse. Sensation ! Incompréhension. Interrogations. Et pourtant… Pourtant Ali avait dit, crié sur tous les toits qu’il dansera, qu’il n’arrêtera pas de danser : « Le ring est une scène de danse. Je vais voltiger, je vais danser, je vais l’aiguillonner de mon direct du gauche, je vais l’irriter avec mes crochets, je vais l’épuiser. »

Et Foreman qui cogne ; Foreman qui rosse, matraque de toute sa fureur et Ali qui ne bouge pas ; Ali qui n’esquive pas ; Ali qui ne danse pas ; Ali, léger, presqu’insouciant, qui baisse même la garde comme pour narguer son adversaire. Et Foreman qui frappe, dérouille pour démolir, dérouille pour écraser, dérouille pour écrabouiller, dérouille pour massacrer. Foreman en furie, Foreman déchainé et Ali, toujours immobile et provocateur : « Allez George! Plus fort George ! Plus fort que ça ! » Et Foreman, hors de lui : « Mais c’est qui donc ce petit gars qui ose s’adresser ainsi à moi ? Qui c’est donc ce type qui semble être le seul sur cette planète à ne pas savoir que mes poings sont porteurs de mort ? Mais quoi donc ce gars ? Eh bien, il va voir ce qu’il va voir ! Je vais lui montrer, moi !  »

Kinshasa, Kinshasa Malebo, Kinshasa Makambo : George Foreman, Mohammed Ali. Combat de titans. Gong. Deuxième round : cette fois-ci, Ali va sans aucun doute, faire maintenant ce qu’il a promis de faire ; Ali va se mettre, enfin, à danser, se dit la foule. Deuxième round et Ali qui ne danse pas ; Ali qui ne danse toujours pas ; Ali qui ne bouge pas. Tassé, Ali tassé dans les cordes. Ali avait dit qu’il danserait, qu’il n’arrêterait pas de danser. Et le voilà immobile, offrant son corps aux coups. Foreman voulait l’acculer dans les cordes, Ali s’y met tout seul et encaisse les coups. Trouée d’air ? Trouble, suspension de la raison le temps d’un ring ? Ou alors diversion, tactique de diversion, inspiration d’un champion en transhumance traversant l’épaisseur du visible, le visage masqué ? Au combat, n’est-ce pas, dit la sagesse populaire, ne dévoile jamais tous tes plans d’attaque à ton adversaire ; au combat, n’hésite jamais à bouleverser tes plans et à déjouer ainsi les prévisions de ton adversaire ; au combat, laisse toujours venir ton adversaire et prend-le au piège par surprise.

Entretemps les coups. Les coups de Foreman. Et Ali qui encaisse, encaisse, avant, soudain, de rebondir, et le sourire méprisant sur les lèvres, de rendre coup pour coup. Round après round, coup contre coup, coup pour coup. Et le doute… Et ce nœud au cœur de  la poitrine. Et ce mal au ventre. Foreman qui se met à douter. Oui, la peur… Lui qui n’a jamais connu la trouille sur un ring, le voilà tenaillé par la peur… La trouille dans les yeux ; la peur dans ce corps jusque-là terrifiant. La peur… Foreman qui se fissure, Foreman qui s’épuise.

C’était un mercredi soir sur la planète, « rumble in the jungle ». Le gong. Septième round. Ali sait. Il sait que Foreman flotte ; il sait que Foreman doute. « Tocard ! », lance Ali. Ali encercle Foreman de sa voix et de ses poings. Foreman, Big George vacille. Le vertige. Le vertige qui annonce la chute.

C’était un mercredi soir, le mercredi 30 octobre de l’année 1974 à Kinshasa. Kinshasa Makambo, Kinshasa Malebo, nuit d’Afrique, nuit mystique, chaleur moite, et ce souffle, ce sifflement qui dit, qui murmure que cette nuit, eh bien, cette nuit même sans lune, cette nuit sera traversée d’éclats de lumière.

Huitième round, et revoilà Ali qui redevient Ali ; Ali qui déploie et redéploie ses jambes ; Ali qui se met à danser ; Ali qui provoque, insulte Foreman : « Attrape-moi imbécile ! Tu ne sais même plus où je suis ». Et Foreman qui frappe et cogne dans le vide ; Ali n’est plus là ; Ali est déjà ailleurs. Comme un souffle qui débarque, anime l’existence, puis le temps furtif d’une seconde s’évanouit et s’en va sans avertir vers le large. Ali n’est plus là ; Ali, l’invisible passant ; Ali est déjà ailleurs. Une gauche puis un crochet droit, rapide, foudroyant, un « rope a dope », et Foreman qui s’écroule ; Foreman qui tombe de tout son poids. Foreman au tapis. Foreman au sol, les bras en croix.

Un, deux, trois… Le décompte. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix ! Foreman ne se relèvera pas. Un coup vient de faire basculer son destin. Un coup vient de cisailler son temps. Triomphe sans bavure d’Ali.

Jubilation, hurlement de la foule. Comme si, elle aussi, boxeur sur le ring, elle venait d’échapper miraculeusement à un anéantissement programmé, attendu, fatal, inévitable, inexorable. Comme si, elle aussi, sortant d’un songe, elle était étonnée, surprise, de se retrouver toujours vivante, debout, verticale comme Ali, le plus grand, le plus beau boxeur de tous les temps.

Les grands, les géants lorsqu’ils sont nobles de cœur, portent toujours quelque chose de spécial au fond de leur âme: un désir, un rêve, une vision, le courage; le courage de danser contre le vent, le courage d’affronter l’impossible. Avec style et élégance. L’ombre du papillon dansera encore longtemps sur Kinshasa.

C’était un mercredi soir, le mercredi 30 octobre de l’année 1974, à Kinshasa.

 

6 Commentaires

  1. Faut pas en faire un dieu !.. Ce n’etait qu’un qui cogneur !.. Combiens d’ingenieurs qui inventent sont glorifies comme ca? Votre lecteur BLURAY 3D, votre ordinateur, et votre OLED TV, votre bagnole, ce sont des boxeurs qui les ont invente?.. Moi, c’est cela qui cree les petits plaisirs de la vie.

  2. Merci pour ce texte vibrant qui fait revivre la légende de Mohammed Ali.

  3. M. Ali était un grand homme et votre récit lui rend un très bel hommage.