Pour mieux saisir ce qui va suivre, un bref petit tour préalable par le Liban s’impose. Dans ce pays il existe deux chaînes de télévision liées au Hezbollah, et donc à l’Iran (qui les finance pour l’essentiel). La plus connue se nomme Al Manar, l’autre Al Mayadeen. Peut-être est-il aussi nécessaire de rappeler que le Hezbollah et l’Iran sont, au côté de la Russie, les soutiens décisifs – politiques et militaires – du régime criminel syrien dirigé par le gang de Bachar al-Assad. Au fait, puisqu’on parle de l’Iran : il s’y tiendra très prochainement la nouvelle édition de l’abject concours international de caricatures sur la Shoah, où le négationnisme le dispute au conspirationnisme afin de piétiner au mieux les six millions de Juifs exterminés par le nazisme. Après ces quelques rappels, venons-en à notre sujet.
En septembre 2013, la chaîne Al Mayadeen interviewait un journaliste pour parler des Printemps arabes. Ben Ali avait été chassé du pouvoir en Tunisie, Moubarak avait subi le même sort en Egypte, idem pour Kadhafi en Libye. Mais en Syrie le régime sanguinaire de Bachar al-Assad résistait à la contestation en plongeant le pays dans un bain de sang. Voici quelques extraits, traduits en français, de ce que le journaliste interrogé expliquait sur ce média à la botte du Hezbollah et donc de l’Iran (voir la vidéo ci-après) : «A leur début, ces révolutions avaient ébranlé les projets d’hégémonie occidentale et sioniste dans la région. On ne s’attendait pas à ce que les mouvements sionistes et l’Amérique – qui est le fer de lance du sionisme dans cette région – restent les bras croisés.» Rien là que de très classique dans la propagande hezbollo-iranienne. L’interviewé poursuivait dans la même veine, avec les accusations conspirationnistes d’usage : «Donc, à partir des événements de la Libye, il y a une dérive du Printemps arabe. Il y a eu l’intervention de l’OTAN. Il y a cette guerre financée par les sionistes. Bernard-Henri Lévy, ce philosophe français sioniste du Likoud, était le parrain de cette révolution. C’est lui qui avait amené les opposants de Kadhafi en France chez Sarkozy à l’Elysée. Il a pu mener cette guerre et, donc, il y a eu cette dérive dans la trajectoire de ces révolutions.» Sur Al Mayadeen on ne pouvait guère s’attendre à un autre discours.

Mais le journaliste qui débitait ainsi le mantra antisioniste destiné à discréditer l’opposition syrienne, conformément à ce que la chaîne voulait entendre, n’était pas l’un de ces propagandistes locaux diffusant docilement la ligne politique de ses maîtres. Non. Ainsi que le soulignait avec gourmandise l’animatrice, il était rédacteur en chef de la branche en arabe de… France 24. Quel bonheur pour Al Mayadeen d’entendre confirmer par quelqu’un occupant un poste important dans les médias français l’exacte vision propagée par le régime des mollah ! L’interview était passée plus ou moins inaperçue à l’époque. Mais un extrait en vidéo en a été tout récemment exhumé et a été communiqué à quelques rédactions, dont celle de La Règle du jeu. De l’histoire ancienne ? Certainement pas, puisque le journaliste en question, Atmane Tazaghart (également orthographié Othman Tazagerett) occupe toujours le même poste à France 24. Eh oui !

La direction de la chaîne semble n’avoir découvert que maintenant les propos de son journaliste. «Ils n’auraient pas pu être tenus sur notre antenne», indique un haut responsable. Dans l’immédiat Atmane Tazaghart a été «dispensé de ses fonctions». Ce qui signifie que, bien que toujours salarié, il ne travaille plus sur France 24 tant que son cas n’est pas officiellement tranché. Pour se défendre, il affirme que les extraits de son interview mise en circulation constituent un traficotage déformant ses réponses. Il assure avoir adressé à ses supérieurs la version intégrale de l’interview en demandant une «traduction certifiée», qui prouverait que ses propos ont été tronqués. Nous[1]C’est-à-dire l’auteur de ces lignes et l’irremplaçable amie franco-égyptienne Sérénade Chafik, qui non seulement a vérifié le contenu de l’interview intégrale mais a aussi fait les recherches nécessaires sur le Net en arabe. avons vu l’intégralité de la vidéo et pouvons assurer que les extraits ne modifient en rien ce qu’il a dit, mais qu’au contraire elle contient quelques autres affabulations comme celle selon laquelle le gouvernement français aurait hésité à intervenir en Syrie car il aurait craint les réactions de «la rue maghrébine».
Dans un courrier à Tribune Juive, qui a relevé l’affaire, Atmane Tazaghart jure tous ses grands dieux qu’il n’est ni antisémite ni même antisioniste (dommage, soit dit en passant, qu’il ne l’ait pas déclaré sur Al Mayadeen…) et encore moins complotiste. Il serait en fait victime d’une sombre machination ourdie par les Frères musulmans. Mais il se trouve que son interview de 2013 sur la chaîne libanaise n’est pas tout. Car le 29 août 2012 le sieur Tazaghart apparaît dans une émission de l’autre télévision du Hezbollah, Al Manar, invité cette fois à participer à un hommage rendu à Roger Garaudy. L’ancien dirigeant communiste devenu musulman et, surtout, négationniste est en effet tout autant apprécié en Iran, à l’instar de Faurisson,  que dans le monde arabe. On découvre ainsi la contribution de celui qui allait devenir moins de deux ans plus tard rédacteur en chef à France 24 arabe (à 1’35’‘ sur la vidéo ci-dessous). Présenté comme «l´écrivain algérien Tazaghart Othman», il explique doctement à propos de Garaudy : «Dans son livre [Les mythes fondateurs de la politique israélienne], il a fait valoir la façon dont les sionistes et les Israéliens exploitent la Shoah. Ils la mettent en avant pour justifier leurs politiques agressives. En conséquence, il a été attaqué, diabolisé et marginalisé pendant des décennies.» Ce brave Atmane Tazaghart va-t-il encore une fois prétendre qu’il est victime de manigances et que, non, il n’est surtout pas antisémite, antisioniste et conspirationniste ?


On imagine mal la chaîne publique France 24 conserver désormais un tel personnage dans son équipe de journalistes. Est-il un minable opportuniste toujours prêt à changer de position selon les auditoires ? Est-il l’un de ces nationalistes arabes fanatiquement anti-israéliens ? Fait-il du conspirationnisme, comme Monsieur Jourdain de la prose, sans le savoir ? Est-il antisémite à l’insu de son plein gré ? Une chose est sûre : l’homme peut raconter n’importe quoi, comme lorsqu’il assène que Bernard-Henri est du Likoud (rires dans la salle). Le cas Atmane Tazaghart sera sans doute rapidement réglé. Reste toutefois qu’il est difficile de ne pas s’interroger sur l’étonnante myopie de la chaîne quant au profil de cet étrange journaliste promu rédacteur en chef. Quiconque suit d’un peu près le Moyen-Orient – ce qui, n’est-ce pas, est le cas de France 24 en arabe – connaît le petit monde des principaux journalistes et essayistes régionaux. Les orientations politiques des uns et des autres sont connues, ainsi que leurs affiliations à tels organisation, régime ou service secret. Il n’y a, enfin, aucun spécialiste du monde arabe pour ignorer Memri TV (Observatoire du Moyen-Orient) qui scanne méthodiquement l’actualité de cette partie du monde – et qui nous a ainsi permis de retrouver ce que disait Tazghart de Garaudy. Il est donc assez pénible de constater qu’à France 24 personne, notamment au sein de l’encadrement, n’ait été en mesure de savoir qui était Atmane Tazaghart. Avant même de l’embaucher.

References   [ + ]

1. C’est-à-dire l’auteur de ces lignes et l’irremplaçable amie franco-égyptienne Sérénade Chafik, qui non seulement a vérifié le contenu de l’interview intégrale mais a aussi fait les recherches nécessaires sur le Net en arabe.

5 Commentaires

  1. CONTRIBUTION, PAR AREZKI BAKIR (SIWEL) — Le militant kabyliste Arezki Bakir, ancien président du Haut conseil à la diaspora kabyle, (HCDK), instance du Gouvernement provisoire kabyle en exil (Anavad) brosse dans sa contribution l’étendue hétéroclite des ennemis du peuple kabyle allant du régime algérien jusqu’à ses « opossants », en passant par les conspirationnistes de gauche et antisionistes d’extrême-droite, réunis par la « fachosphère » allant des arabo-islamistes : Houria Bouteldja des « indigènes de la République », Saïd Branine de « oumma.com » et Salim Laibi le « libre penseur » (sic), jusqu’au quenelliste, Dieudonné et à l’ancien dragueur libertaire, Alain Soral fondateur d’« égalité et réconciliation » :

    http://www.siwel.info/Les-independantistes-kabyles-contre-les-antisionistes–par-Arezki-Bakir_a9181.html

  2. Ces révélations sont incroyables ! Comment cela a-t-il pu passer sous le radar parmi les équipes de France 24 qui, comme vous le rappelez, est censé être un média à la pointe de l’actualité internationale ? Et en admettant que personne chez France 24 n’ait été mis au courant de ces propos, comment se fait-il qu’aujourd’hui, alors que la vérité est faite, aucun média n’en parle ?

  3. Bon débarras à ce suppot de la FRANCEARABIE!
    Voilà comment l’islamoaraberie a muté des « africains du nord de services » en veritables mutants arabisés qui ne vivent que pour pérpétuer les forfaits de l’internationale moyen orientale araberieislamiste!
    Ils ne vivent que par la haine de l autre,de celui qui est différent,du civilisé et de tout ce qui ne rentre pas dans le moule coloniale du panislamoarabisme !

    Les peuples amazighokabyles de tamazgha(afrique du nord) opprimés qui pour ne pas vivre comme des DHIMMIS ,étaient contraints et forces de S’ISLAMOARABISER connaissent ,chaque jour,le prix à payer pour vivre dans des pays sous le joug de cette doctrine asiate araboislamiste moyenorientale!

  4. Lol… Et la suspicion de l’implication de la France dans le le printemps arabe c’est aussi du complotisme? A quand une loi Gayssot pour interdire de penser géostratégie?

  5. Le MEMRI avait déjà signalé dès 2012 (!) les propos antisémites et négationnistes d’Atmane Tazaghart. Que faisait alors France 24 ?