D’aucuns attendent un messie, voilà que nous arrive le grand Mamamouchi. Il était bien ici, Recep Tayyip Erdogan, se prenant pour quelque sultan ottoman, protégé par sa garde prétorienne de janissaires, applaudi, sous des bannières rouges de croissant, tel un Cerbère, gardien des enfers vécus ou prévus, dans une Europe, vieille femme malade de l’Occident, guère plus conquérante mais consentante à tout et à tant. S’il y a encore une liberté d’expression, il y a aussi des convenances diplomatiques. Peut-on faire campagne électorale à l’étranger, dans la liesse d’une kermesse tonitruante, assénant des contre-vérités, sous la bannière de lutte contre un terrorisme sélectif et éruptif, proclamant « leur » unité en toute impunité ? Que font nos dirigeants, inhabiles et hésitants ? Ils rampent ou se couchent, devant un jeu dangereux, entraînant bientôt peuples et Etats, dans l’éclat des fracas, perdus, toute honte bue.

Dire qu’on le considérait « modéré », que son régime était souhaité pour la Tunisie, jasmin au goût de venin ! Le discours de M. Erdogan a été très commenté, assez en tout cas, pour que nous évitions des commentaires sur des commentaires.

Juste quelques mots sur l’homme « féru » de Lettres, suffisent pour situer et révéler le personnage. En 1974, M. Erdogan est acteur et metteur en scène d’une pièce de théâtre d’avant-garde, conspirationniste, Maskomya (Mas-Kom-Ya, Maçon-Communiste-Juif, « yahudi »), traitant de la franc-maçonnerie, du communisme et du judaïsme, trois fléaux menaçant la Turquie. Les citoyens n’ont pas de mémoire : il devint maire d’Istanbul, plutôt bon maire d’ailleurs, en 1994. Toujours par amour de la littérature, il fut condamné à un an de prison, pour incitation à la haine, pour avoir récité dans un rassemblement, à Siirt à l’Est de la Turquie, un passage du poète nationaliste Ziya Gökalp : « Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats ». C’était il y a quinze ans, autant dire cent ans. Depuis, il brandit le Coran, à l’appui, pour expliquer qu’hommes et femmes ne sont pas égaux, ces dernières ayant pour seul rôle d’enfanter dans la Cité. Toujours le texte sacré à la main, il a tenté, sans succès, de pénaliser l’infidélité conjugale.

Ne méprisons pas cependant cet homme « cultivé ». N’a-t-il pas été récipiendaire, en 2010, du dernier Prix Khadafi des droits de l’homme ? Turqueries ou tromperie sur la marchandise ?

NB : L’étymologie du mot « turqueries » se rapporte à « l’âpreté et à la dureté », avant l’emploi comique qu’en fit Molière.

Un commentaire

  1. Erdogan ne fait qu’instrumentaliser la littérature à des fins politiques, tout comme il a instrumentalisé la diaspora turque lors de son « show » à Strasbourg !