« A mes amis franco-syriens, Manar, archéologue et architecte,
et à son épouse Mouna »

 

Le 18 août 2015, Daech décapita l’ancien directeur des Antiquités de Palmyre (en arabe Tadmer), Khaled al Assad, expert de réputation internationale de sa ville, important foyer culturel et économique du monde antique, classé en 1980 par l’UNESCO, (sur la base de la Convention du 16 novembre 1972 pour « la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel) « patrimoine de l’humanité », déclaré « en péril » depuis la guerre civile syrienne. Le 4 octobre 2015, L’Etat islamique détruisit l’Arc de triomphe du site, pourtant innocent de tout culte et de toute représentation humaine. Quelques voix s’élevèrent mais dans l’Orient désert, livré aux assassins, nul n’est disert. C’est à Palmyre que se réfugia la reine Zénobie, dont aucune représentation n’existe, sinon à l’avers des pièces de monnaies (en 272). C’est la ville d’une femme et pas n’importe laquelle. Aurélien parlait ainsi d’elle : «  Ceux qui disent que j’ai vaincu qu’une femme, ne savent pas quelle femme elle était, à quel point elle se montrait rapide dans ses décisions, persévérante dans ses projets et énergique face aux soldats ». Son âme aurait dû protéger ce joyau du genre humain. Face à Daech, même elle, demeura impuissante. Pour l’EI, ce n’est qu’un symbole de l’époque préislamique, de la Jâhiliyâ (ignorance, paganisme) évoquée par le Coran, caractérisée par l’existence à la Mecque d’un panthéon de déesses préislamiques mecquoises, désignées sous le nom de « filles d’Allah » (Maxime Rodinson).

La destruction des idoles n’est pas inconnue de notre histoire : qu’on pense à Polyeucte. Jamais, pourtant, elle ne prit l’ampleur actuelle. A Angkor, dans la galerie des mille Bouddhas, toutes les statues sont dépourvues de tête. Durant la deuxième guerre d’Irak, menée par Georges W. Bush, le si riche musée de Bagdad fut pillé, sous les yeux indifférents de soldats américains qui pourtant l’encerclaient. Puis ce fut le tour des deux Bouddhas de Banyan en Afghanistan. Il y eut aussi les ravages faits aux monuments de Tombouctou ; D’autres démolitions s’en suivront, devant notre indolence. Nous dénonçons, nous renonçons. L’UNESCO surveille mais n’agit. Le chantage à l’art (Ispahan pendant la guerre Iran-Irak ; Dubrovnik lors du conflit serbo-croate, etc.) domine, plutôt outrage à nos civilisations, certes mortelles (Paul Valéry), ce qui nous impose davantage de préserver les marques du passé. La sauvegarde tourne à la mascarade.

Les écrivains, promis à la postérité, ont pressenti la nécessité d’une protection :

« Tuez les hommes, mais respectez les œuvres. C’est le patrimoine du genre humain ».
(Romain Rolland, Au-dessus de la mêlée)

« It is again no question of expediency of feeling whether we shall preserve the buildings of the past times or not. We have no rights whatever to touch them. They are not ours. They belong partly to those who built them, and partly to all generations of mankind who are to follow us. The dead still have their right in them ».
(John Ruskin, The Seven Lamps of Architecture).[1]

Au patrimoine est rattaché toujours un sujet de droit, personne physique ou morale, de droit public ou de droit privé, l’Etat ou l’Humanité ; le patrimoine ne peut se concevoir que par la valeur de son contenu, matérielle, historique, symbolique, voire affective. Le patrimoine constitue toujours une universalité de droit. Il est toujours lié à un but, à une finalité que lui confère la personne. En définitive, le patrimoine a toujours une vocation de conservation et de transmission. (Dictionnaire de la culture juridique, dir. D. Alland et S. Rials, PUF, 2003).

Face aux vandales, nous sommes de piètres vestales[2] : seules, nos indignations s’étalent. Et si, l’UNESCO constituait un corps international de maintien de l’héritage mondial, dès le déclenchement de toute guerre. Utopie ? Entre temps, Zénobie pleure et implore, reine blessée par Palmyre dévasté.


[1] « La conservation des monuments du passé n’est pas une simple question de convenance ou de sentiment. Nous n’avons pas le droit d’y toucher. Ils ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent en partie à ceux qui les ont construits, en partie à toutes les générations d’hommes qui viendront après nous. Les morts ont encore leurs droits sur eux. »

[2] Voir mon article : « Des Vandales et des Vestales : Les Paradoxes du Patrimoine en France », in : National approaches to the governance of historical heritage over time. A comparative report (editor Stefan Fisch), IOS Press, vol.n°9, Amsterdam, 2008, pp.63-82.

9 Commentaires

  1. 1. L’effet métagénocidaire : En Israël on tue des Juifs parce qu’ils sont juifs. On assassine des hommes, femmes ou enfants de confession juive, en Israël comme en France, motivé ici ou là par le même motif.
    1. La cause méta-impérialiste : En Israël on tue des juifs parce qu’ils sont Juifs. Le Jihâd recommence et s’achève par la Reconquista islamica du berceau des monothéismes.
    1. L’arraisonnement déductif : Le Juif des nations fait obstacle à un plan d’identification projective impliquant l’effacement exhaustif des témoins de l’imposture.
    1. Penser à plaindre ceux qui prennent les paroles de Irmeyahou pour des jérémiades.

  2. Traduc superfétatoire : Ces autotraductions sont adressées à l’Union sioniste. Quel que soit le rôle qu’elle souhaite faire jouer au successeur d’Arafat, je ne veux pas laisser de place, entre nous, au moindre malentendu quant au jugement que je porte sur ces questions épineuses.

  3. Traduc 5 : S’il ne tire pas les ficelles, Abbas n’en est pas moins une caution funeste pour ladite arme des faibles qu’est l’hyperterrorisme à fragmentation.

  4. Traduc 4 : Le conflit israélo-palestinien n’est antérieur à Daech que dans l’esprit de ceux qui feignent d’ignorer que le califat mondial est aussi millénaire qu’il est millénariste.

  5. Traduc 3 : Que l’activation d’ado-soldats par les lâches djihadistes qui les ont programmés soit un crime dégueulasse ne fait pas débat.

  6. Traduc 2 : La puberté marque un tournant décisif dans la vie humaine que les parents semblent avoir du mal à enregistrer. Si les adolescents restent leurs enfants et le resteront bien après leur passage à l’âge adulte, il faut qu’ils leur apprennent qu’à partir de 13 ans, ils ne sont plus des enfants pour personne. Aussi, la tentative de qualification d’Israël comme Assassin d’enfants qui, au passage, m’évoque certaines pages des Protocoles des Sages de Sion, identifie son auteur.

  7. Traduc 1 : La neutralisation implique une volonté de réduire, si possible à rien, quelqu’un ou quelque chose, ici, la Nuit des Longs Couteaux panarabe. S’il s’avère que le seul moyen d’arrêter un djihadiste dans sa course folle est de le précipiter vers le Jardin d’Allah, celui qui a reçu la charge de protéger les intérêts vitaux de ses concitoyens n’hésitera pas à faire en sorte que le poignard glisse entre les doigts du kamikaze avant qu’il ne s’enfonce dans une autre poitrine.

  8. Les Palestiniens ont tout fait pour que l’Internationale démocratique accouchât de leur État avant terme. Ils ont obtenu une reconnaissance culturelle, à peu de choses près, mondiale, puis dans la foulée, un statut politique d’une envergure correspondante. Et si la levée du drapeau palestinien dans l’enceinte de l’ONU n’était pas finalement la meilleure chance que nous ayons de contrer le processus de guerre israélo-panarabe? Entendons-nous bien sur ce point. Reconnaître la Palestine aujourd’hui, c’est reconnaître la Palestine d’aujourd’hui. La légitimer en tant qu’État, c’est s’offrir une chance, unique en l’espèce, de la figer dans son état actuel, multiethnique et multiculturel. N’est-ce pas précisément ce qu’elle a voulu? C’est en tout cas ce que les nations ont acté en sautant l’étape des négociations. Stopper la désintégration territoriale d’un peuple-otage qui, à poursuivre ainsi sa course en arrière, aura bientôt épuisé toute possibilité de s’extirper de l’enfer où il est censé nous entraîner avec lui. Je peux dire aujourd’hui ce que je n’aurais jamais pensé imaginer à propos d’une population hypnotisée par les fiers héritiers du Grossmufti Mohammed Amin al-Husseini. Et c’est d’abord à moi-même que je le ferai entendre :
    «Qu’Israël intègre avec nous la Palestine comme elle nous le demande!»
    Je mentionne ici même cette Palestine qui n’a jamais fait l’objet d’une modélisation onusienne dans la forme protubérante et invasive qui serait de nature à satisfaire son trouble dysmorphique, un État-nation dont la légitimation virtuelle n’aura pas été conditionnée, telle que ses postulants au titre de nation s’obstinent à l’exiger depuis mille et une nuits pour le moins lunatiques, par la déportation de l’État binational israélo-palestinien à l’intérieur des seules frontières de ce dindon de la farce nassériste que serait devenu l’Israël arabe compatible avec la Palestine antijuive. Reste une question cruciale qui est celle de Jérusalem. Jérusalem, ladite Ville trois fois sainte nonobstant les multiples rédacteurs du Coran qui ignoraient jusqu’à son nom et bien que le Rabbi Iéshoua‘ ait incarné une rupture nette d’avec le culte sacrificiel de son Second Temple, Jérusalem, que ces yaltistes pas proches de l’Orient pour un sou souhaiteraient voir se transformer en Berlin stalinien. Or Jérusalem est aux Juifs ce que Rome est aux chrétiens et la Mecque aux musulmans. Une vérité dont nous les enjoignons à la passer au prisme du précepte de Hillel l’Ancien selon lequel toute la Tora commençait de prendre racine chez celui qui s’abstenait de faire aux autres ce qu’il n’aurait pas voulu qu’on lui fît.

    • P.-S. : La figure de style qui s’est imposée à ma proposition de paix mérite, à mon avis, qu’on en perce le mur (côté absurde).