Le suspense est enfin levé. Aujourd’hui, ont été annoncés les grands gagnants des Prix Renaudot et Goncourt, deux des plus attendus prix littéraires de la saison : Yann Moix et Pierre Lemaitre. Toutes nos félicitations aux deux vainqueurs !

Le Prix Renaudot du roman 2013 a été attribué à Naissance de Yann Moix (Grasset)

Le roman de 1,3 kilo relate une naissance dans une langue singulière célébrant la profusion. Il a supris et séduit en cette rentrée littéraire.

La 4e de couverture :

La naissance ne saurait être biologique : on choisit toujours ses parents. Naître, c’est semer ses géniteurs. Non pas tuer le père, mais tuer en nous le fils. Laisser son sang derrière, s’affranchir de ses gènes. Chercher, trouver d’autres parents : spirituels. Ce qui compte, ce n’est pas la mise au monde, mais la mise en monde. Naître biologiquement, c’est à la portée du premier chiot venu, des grenouilles, des mulots, des huîtres. Naître spirituellement, naître à soi-même, se déspermatozoïder, c’est à la portée de ceux-là seuls qui préfèrent les orphelins aux fils de famille, les adoptés aux programmés, les fugueurs aux successeurs, les déviances aux descendances. Toute naissance est devant soi. C’est la mort qui est derrière. Les parents nous ont donné la vie ? A nous de la leur reprendre. Le plus tôt possible.naissance-yann-moix-couverture

Naissance était en lice pour les Prix Renaudot, Décembre, Goncourt, Médicis.

Les six finalistes du Prix Renaudot avaient été annoncés le 28 octobre dernier :

– Sulak, par Philippe Jaenada (Julliard)

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre (Albin Michel)

Le dernier seigneur de Marsad, par Chérif Majdalani (Seuil)

Naissance, par Yann Moix (Grasset)

La Route du salut, par Etienne de Montéty (Gallimard)

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté dans une armoire Ikéa, par Romain Puértolas (le Dilettante)

Le Prix Gongourt du roman 2013 a été attribué à Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre (Albin Michel)

Première tentative hors du registre du polar pour son auteur de 62 ans, ce roman connait un beau succès en librairie (déjà 100 000 exemplaires tirés).

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La 4e de couverture :

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Au revoir là-haut avait été sélectionné pour les prix Goncourt, Renaudot, Interallié et Femina.

Le carré final du Goncourt avait été dévoilé le 29 octobre et comprenait :

Au revoir là-haut, par Pierre Lemaitre (Albin-Michel)

Nue, par Jean-Philippe Toussaint (Minuit)

L’invention de nos vies, par Karine Tuil (Grasset)

Arden, par Frédéric Verger (Gallimard)

Yann Moix, Naissance, Grasset, 28 août 2013, 1152 pages

Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, Albin Michel, 21 août 2013, 576 pages

Un commentaire

  1. Voilà qu’à plus de trois mille ans de distance, Yann Moix prend le risque de suivre les fils de Lévi sous l’injonction du premier d’entre eux, lequel retardataire avait dû ordonner aux seuls Benéi Israël qui n’avaient pas commis le double sacrilège de le croire mort et de lui substituer une forme d’idole, de s’avancer parmi les idolâtres, et faire tomber au fil de leur épée ceux qu’ils trouveraient sur leur passage sans distinguer entre le proche et le lointain. Ce ne sont pas nos géniteurs qui nous ont mis au monde. Ils n’ont aucun pouvoir de prodiguer ni la vie ni la mort à aucune espèce de créature que ce soit. Afin qu’un être vive un jour, il a fallu qu’une étincelle de vie soit en mesure de trouer la ténèbre. Or une puissance capable d’émettre un tel signe se situe bien au-dessus des facultés humaines. Avant qu’un homme meure, il faut que la mortalité fasse partie intégrante de sa structure ontique. L’homme doit s’être terrassé lui-même et son adversaire en surmonter l’épreuve jusqu’à résorption finale pour se donner une chance de s’éveiller à une réalité où il ne cherchera plus à se prouver qu’il serait capable, si l’envie lui en prenait, d’ôter une vie sur laquelle, quoiqu’il arrive, le geste de l’assassin resterait sans conséquence quand la nature de sa victime s’avérerait immortelle. Le jury Renaudot n’a pas eu peur de cet homme. Bravo!