La bonne nouvelle nous est parvenue mercredi : Mitra Kadivar, psychanalyste internée de force et contre l’avis de spécialistes à l’hôpital psychiatrique de Téhéran, allait enfin être libérée, ce jeudi 14 février.

Nous venons d’avoir la confirmation : Mitra Kadivar a enfin été libérée ce matin et vient de rentrer chez elle.

Les membres actifs de la campagne de soutien – Jacques-Alain Miller, qui a lancé la campagne, le premier – ne pouvaient que se réjouir de la « sage décision », selon les termes de ce-dernier, prise par le Dr Ghadiri, médecin-directeur de l’hôpital psychiatrique.

Comme le prouvent les témoignages recueillis par l’Institut Lacan et dont nous reproduisons ci-dessous quelques extraits, c’est un véritable cri de joie et soulagement qui gagné le milieu de la psychanalyse à travers le monde. Les psychanalystes s’étaient, en effet, massivement mobilisés pour l’iranienne dont l’appel  a recueilli plus de 4500 signatures en à peine quelques jours.

14 février 2013, 23 : 55

Téhéran : le dernier mail reçu d’Iran par l’Institut Lacan est le mail « Joyeux anniversaire » de 12 : 50. Ce mail dont la teneur est amicale et humoristique semble indiquer que Mitra est sortie, mais rien n’est dit en clair. Persian Style, not Gangnam.

Marcelo Veras (EBP-­Bahia) : Après le carnaval, je commence à avoir les réponses de quelques contacts que j’ai faits. Même en sachant que la sortie imminente de Mitra est prévue, je tiens à vous informer que, aujourd’hui, j’ai reçu le soutien à Mitra Kadivar de GILBERTO GIL, ministre de la culture du président Lula, et artiste de renommée mondiale, ainsi que de sa femme Flora Gil, très populaire au Brésil dans le milieu culturel.

­ Vera Gorali (EOL-­Buenos Aires) donne les noms de nos confrères de l’APA qui ont signé pour Mitra : Gilda Sabsay Foks y Enrique Foks. JAM : Chère Gilda ! Fidèle amie ! Un abrazo fuerte.

A* (NPD-­Erewhon) : Circé, j’avais pensé appeler ma fille Circé, mais je n’ai pas voulu la charger trop lourdement de ma petite histoire.

Philippe Bouret (ACF-­Brive-­la-­Gaillarde) : Voici donc la réponse que je reçois ce  jour du directeur d’Avocats sans frontières « Bonjour Cher Monsieur Philippe Bouret, désolé d’avoir mis du temps à vous répondre. Il me fallait suivre notre processus de consultation interne dans un cas d’une telle importance. Notre association est sensible à la situation de votre confrère. Jusqu’ici, les seules informations que nous avions eues à ce sujet l’ont été par voie de médias. Merci des informations que vous nous avez transmises. Notre association va signer la pétition en faveur de votre collègue. Pour ce qui pourrait concerner une collaboration juridique, à première vue l’affaire ne relève pas de notre mandat. Nous sommes cependant ouverts à examiner toute proposition de ceux qui participent déjà au soutien de votre collègue. Il serait de ce point de vue important pour nous de savoir si la situation de votre collègue est déjà suivie sur place par un avocat. Enfin, peut-­être pourrions nous avoir un échange téléphonique pour mieux comprendre les attentes. Avec nos meilleures salutations. Hugo MOUDIKI JOMBWE »

E* : de Jacques Prévert, transmis par ma mère-­grand : « Un nouveau Pape est appelé à régner. Araignée ! quel drôle de nom, pourquoi pas libellule ou papillon ? »

Dalila Arpin (ECF-­Paris) y Raquel Cors Ulloa (NEL-­Santiago de Chile) me han avisado hoy qué iban a trabajar juntas. Para sostener ese proyecto, yo decido lanzar a titulo experimental, dentro de l’Institut Lacan/Instituto Lacan, The LAcanian Transatlantica de InvestiGaciOn (LATIGO), cuyo objectivo es de accelerar la cooperacion scientifica y humanitaria (tipo Operacion Mitra) entre las/los jovenes hispanohablantes de los dos lados del Atlantico e de otras partes del mundo. Los interesados/das se propondran a Dalila y Raquel ; yo decideré. Detalles e invenciones vendran con otros comunicados.

Anne Cosyn (ACF-­Belgique) : Louis Michel, qui s’était mobilisé pour la cause de Rafah Nached, part en mission en République Dominicaine demain soir, mais il m’a assuré qu’il se mobiliserait pour Mitra, car il a conservé des contacts en Iran. (http://www.europarl.europa.eu/meps/fr/96670/Louis_MICHEL.html)

Julia Richards (ECF-­Montpellier) : J’ai appris le mot qui convient à votre anniversaire de cette année, et je vous l’offre en cadeau : « Kheyli Mamnoon ! » Cela  veut dire : « Merci, je suis heureux », en persan. JAM : Du tac au tac je vous réponds, en turc : « Cacaracamouchen », c’est-­à-­dire : « Ma chère âme. » Pardon, Volkan, c’est du Molière. C’était  l’époque où les Turcs étaient à la mode chez nous, et l’Islam faisait rire. Mahameta per Giourdina, dara, dara bastonara.

Francine Danniau, de Gent (Gand) dans les Flandres : I looked up some of the poems of Saadi. The poem Mitra is referring to is quite appropriate in this matter.

All Adam’s race are members of one frame;

Since all, at first, from the same essence came.

When by hard fortune one limb is oppressed,

The other members lose their wonted rest :

If thou feel’st not for others’ misery,

A son of Adam is no name for thee

Marie-Hélène Blancard (ECF-Paris) : La référence de Mitra au film inoubliable d’Ava Gardner est en partie erronée.
Le film de Nicholas Ray qu’elle évoque, sorti en 1963, s’appelle Les 55 jours de Pékin. 55 et non 52. Aucune confusion donc entre Ava et Mitra, entre les 55 jours du siège du quartier des ambassades par les Boxers révoltés (1900), et les 52 jours de résistance de Mitra Kadivar (2012-­13).

JAM : Ava joue le rôle de la baronne Nathalie Ivanoff, Mitra celui du Dr Kadivar, psychanalyste lacanienne taxée de schizophrène à la suite d’un malheureux concours de circonstances dont personne n’est responsable ni coupable, God forbids !

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Lilia Majhoub (ECF-Paris) : Il y a aussi la Circé du Satiricon, lorsqu’elle rencontre Enclope. C’est la référence de Lacan à propos de « la tige de chou » dans le Séminaire sur l’Angoisse : « Cet élément synchronique, bête comme chou, et même la tige d’un chou pour le dire avec Pétrone, est là pour nous rappeler que, essentiellement, l’objet choit du sujet dans sa relation au désir. » (Le Séminaire L’angoisse, p. 205).
Encolpe connut un premier fiasco (cf. Stendhal) avec la belle Circé. Le lendemain, il revint à la charge, et re-fiasco.
Exaspérée par autant d’affronts, Circé le fit rouer de coups et jeter dehors, laissant ainsi le pauvre Encolpe en grand désarroi. Celui-ci rentra chez lui, et voici ce qu’il dit : « Trois fois, je saisis dans ma main la terrible cognée : trois fois, plus mou que la tige d’un chou, il se déroba soudain au fer que guidait mal mon bras tremblant.
Impossible d’en venir à bout malgré mon envie » (Pétrone, Le Satiricon, édition bilingue, Les Belles Lettres, Paris 1999, CXXXII, 160.)

La dame ne traitait pas bien les hommes. Mais la psychanalyse n’avait pas encore vu le jour.

JAM :je trouve ceci dans un envoi de la New Oxford Review, délicieuse revue US ultraréac, où écrivent des érudits. Dédié à Mitra, ces Notes From County Jail Jail has one unanticipated benefit : in their idleness, the men begin to look inward, to ask questions, to wake from their action­‐driven sleep. » Sic !

Quelques–uns des nouveaux signataires sur le site :

Aubert Jacquesami de J. Lacan, traducteur, entre autres, de Joyce et de Virginia Woolf
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Audouze Françoisedirectrice de recherche CNRS émérite
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Auré Margapsychiatre et psychanalyste ECF
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Jeholet Pierre-­Yvesdéputé­‐bourgmestre, Belgique
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Kruger Florypsicoanalista, Presidente de la EOL, Buenos Aires
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La Sagna Phlippepsychiatre et psychanalyste ECF, responsable de CPCT à Bordeaux
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Pinard Louispsychiatre, psychanalyste, professeur adjoint de psychiatrie, Université McGill, Montréal

La discrétion du psychanalyste

Dans une précédente brève j’évoquais les sociétés où la liberté d’expression, la psychose, étaient traitées d’une manière inhumaine. J’apprends avec joie que Mitra Kadivar est sortie de l’hôpital. J’ai également lu un mail qu’elle avait adressé à Jacques Miller pour le féliciter de sa mobilisation. Elle a bien raison, car il a abattu un boulot d’enfer. Elle parle aussi de ses 4.000 amis dans le monde.

Ça s’arrête ici. L’heure de la retenue est venue. Un psychanalyste se reconnaît à sa discrétion. Lorsqu’il bondit, comme le lion, ce ne peut être qu’une seule fois, selon la métaphore de Freud dans Psychanalyse avec et sans…fin ». Le titre ici est très parlant.
Jacques-Alain Miller a montré qu’il sait rugir, et qu’il est en forme. Il honore les psychanalystes. Sans exception. Même les jalouses et les jaloux doivent, c’est mon voeux, se réjouir de ce que l’homme a accompli.
Nous savons avec Lacan que quelques amis suffisent amplement. Le nombre de 4.000 est exagéré. Il s’agit de l’effet euphorisant de quelqu’un qui peut se promener dans sa ville sans contrainte majeur. Il me semble que l’heure est venue de retourner à la position de psychanalyste, à savoir celle du silence de sa consultation. Il n’existe pas de psychanalyste « fameux », « important », « extraordinaire ». Ces adjectifs ne cadrent pas avec la position analytique. Un psychanalyste est un clinicien qui ne se la pète pas. Il est semblant, objet a. Il n’est pas Dieu, Déesse, star. Je ne sais pourquoi Ava Gardner me vient à l’esprit.
Le psychanalyste ne se prend pas pour quelqu’un de très important, puisqu’il ne l’est pas. Il est, comme le psychologue, le psychiatre, le psychothérapeute, un serviteur. Il est au service des malades, des patients et de celles et ceux qui frappent à sa porte en recherche d’hospitalité.

Fernando de Amorim