J’ai interprété le titre : « Autisme et psychanalyse » à l’aune de son sous-titre : « Politique de la psychanalyse ». Éclairer ce choix demanderait une série de développements. Pour aller vite, j’évoquerai seulement deux points : d’une part, du début à la fin de son enseignement, Lacan n’a cessé de se référer à la politique de la psychanalyse (c’est-à-dire au choix qui porte chacun de nous à consentir ou non à savoir de quoi est fait son inconscient, choix que les symptômes manifestent à notre insu) comme à un enjeu essentiel du discours analytique. La politique n’est donc pas une pièce rapportée de la psychanalyse, mais en est une partie intégrante. D’autre part, l’orientation politique de ces Journées s’impose d’elle-même si l’on prend au sérieux cette assertion de Lacan que Jacques-Alain Miller a commenté à son Cours et selon laquelle : « L’inconscient, c’est la politique » (Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, « La logique du fantasme », leçon du 10 mai 1967, inédit). Le titre de ces Journées se laisse donc aborder de multiples façons selon l’idée que l’on se fait de la politique.

« Autisme et psychanalyse » est déjà un vieux couple si l’on se réfère à Freud et à Bleuler. Bleuler a créé ce mot pour rendre hommage à Freud qui l’accueille d’emblée quant à lui de façon critique, parce que ce nouveau mot, autisme – qui contracte les deux mots « auto » et « érotisme » – efface le lien auto-érotique que chacun entretient avec lui-même et qu’il nomme pour sa part « narcissisme ». Mais « Autisme et psychanalyse » est aussi un couple contemporain si l’on tient compte de l’actualité politique (au sens courant de ce terme cette fois) du discours analytique. La seule question qui se pose est celle de savoir comment traiter ce couple. Avec l’inconscient freudien ou avec l’inconscient lacanien ?

Il ne faudrait pas conclure trop vite que l’invention freudienne est dépassée. Non. Seulement elle accentue une perspective où l’autisme semble disjoint de la psychanalyse. Or, le titre des Journées ne dit pas « Autisme ou psychanalyse », comme voudrait le faire croire une poignée d’esprits chagrins, il dit « Autisme et psychanalyse ». Il accentue donc une autre perspective de l’inconscient selon laquelle l’autisme n’est plus l’exception, mais la règle : car il s’agit alors de « l’autisme natif du sujet ». Autrement dit, chacun parle tout seul et jouit d’abord de lui-même. Lorsque l’autisme devient la règle, le problème qui se pose est celui de savoir s’il est possible d’en sortir et à quelles conditions ? Si l’on est foncièrement tout seul, c’est le lien à l’autre dont il faut rendre compte, car il ne va plus de soi. À quelles conditions peut-on alors parler de « discours », au sens lacanien de ce terme qui rend compte du lien social ? La dimension politique du discours analytique passe aussi par cette question du lien social et de ses conditions de possibilité comme de son délitement actuel.

Et comment traiter la relation à deux ? Car n’est-elle pas alors suspecte d’être plus un autisme à deux qu’une véritable relation ? Chaque fois que le deux est évoqué, chaque fois qu’il est question d’un couple et quel que soit l’amour concerné par le lien qui fait ce couple, (que ce soit celui d’un enfant pour un parent ou vice versa, d’un frère pour une sœur, ou bien encore de deux adultes hétéros ou homos), la question se pose de savoir s’il s’agit ou non d’un autisme à deux ? Le couple analysant-analyste n’échappe pas plus à cette question cruciale que les autres.

Ces Journées ont l’ambition de démontrer en acte que chaque fois que le psychanalyste fait exister l’inconscient, alors il est possible de sortir de l’autisme à deux, à la condition que l’analyste sache y faire avec sa propre jouissance autiste résiduelle qui relève non plus du symptôme, mais devient sinthome – qui n’a plus à être déchiffré –, et qu’il sache accueillir celle de chacun de ceux qui s’adressent à lui.

La politique de la psychanalyse concerne l’acte analytique et ses conséquences : la rencontre avec le psychanalyste peut-elle avoir lieu avec un être humain, quel que soit son âge, qui ne parle pas, comme c’est le cas en particulier dans l’autisme clinique ? Stratégie du transfert et tactique d’une interprétation digne de ce nom peuvent avoir des conséquences politiques si la jouissance autiste de l’analysant est atteinte. La dimension politique de l’acte analytique est encore présente lorsque l’analysant décide de conclure son parcours analytique en faisant passer l’impuissance qui ordonne le fantasme à l’impossibilité logique qui incarne le réel. Décider de demander à faire la passe pour se faire responsable de la Cité analytique, c’est aussi une décision politique à la condition d’isoler, mais aussi de rendre compte du trauma indélébile produit par le choc des mots sur le corps. La politique de la psychanalyse, concerne donc aussi bien le lien que le discours psychanalytique entretient avec les autres discours dominants comme ceux du capitalisme et de la science ou celui de l’Université et ses évaluations. La politique de la psychanalyse est aussi à entendre dans son sens classique, c’est-à-dire en tant qu’elle a trait à ce qui concerne les affaires de la Cité. Car nos Journées sont aussi le moment où l’École transmet au public, et donc aux politiques, les résultats de sa pratique sur laquelle elle entend seule être jugée.

Mettre la psychanalyse au chef de la politique n’est pas nécessairement de tout repos pour les politiques. Mais, n’est-ce pas le devoir qui revient au psychanalyste averti, qu’il dépend du réel et de lui seul ? Telle est l’orientation qui m’a conduite à construire le programme de ces Journées.

Agnès Aflalo, directrice des Journées ECF

42e Journées de l’École de la Cause freudienne : AUTISME ET PSYCHANALYSE

Journées ECF

42e Journées de l’École de la Cause freudienne

AUTISME ET PSYCHANALYSE,

Politique de la psychanalyse

Les 6 et 7 octobre 2012 au Palais des Congrès

Inscrivez-vous !

La fin des inscriptions en ligne aux Journées est programmée pour

ce mercredi 3 octobre à minuit

Cette adresse reste utilisable jusqu’à cette date : http://www.causefreudienne.net/liste-des-evenements.html

 

 

ACCUEIL au PALAIS des CONGRÈS

2 Place de la Porte Maillot, 75017 Paris

Samedi 6 octobre 2012

à partir de 8 h 30

Une équipe de 130 collègues sera là,

pour vous accueillir et répondre à vos questions pratiques.

Il est possible de s’inscrire  sur place

 

Lisez le blog des Journées : http://www.42journees-ecf.org/

 

Rendez-vous sur le site de l’Ecole de la Cause freudienne : http://www.causefreudienne.net/