Hommage à Danielle Mitterrand

La Rédaction

Danielle Mitterrand (c) Manuelle Toussaint

Danielle Mitterrand (c) Manuelle Toussaint

C’est avec une profonde tristesse que nous apprenions hier la disparition de Danielle Mitterrand. Elle s’est éteinte à l’hôpital Georges-Pompidou dans la nuit de lundi à mardi. Elle avait 87 ans.  Militante énergique (elle contribuait il y a seulement trois mois à notre dossier “Comment la gauche peut-elle l’emporter en 2012 ?”), présidente de la Fondation France libertés, veuve de l’ancien président de la République, sa disparition suscite énormément d’émotion à gauche. De nombreuses personnalités politiques ont tenu à lui rendre hommage. Nous associons notre voix à la leur.

Farouche militante, on se rappelle son soutien indéfectible au peuple Kurde, aux tibétains, au Front Polisario (Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro), au prisonniers politiques. Dix ans avant le printemps arabe, elle dénonçait déjà déjà le pouvoir tunisien “dans son entreprise de dévastation de la société civile”. Ce fut également ces dernières années, une défenseuse du droit à l’eau potable pour toutes les populations. Engagements qui ne le lui valurent pas que des amitiés. Encore récemment, elle venait de réchapper à un attentat à la voiture piégée, en plein Kurdistan irakien, qui a causé la mort à sept personnes et dix-sept blessés.

Il y a trois mois seulement, Danielle Mitterrand partageait, ici, dans les pages de la Règle du Jeu, sa réflexion sur la manière dont la gauche pourrait l’emporter en 2012. Dans cet article, d’autant plus touchant à relire qu’il est probablement l’un des derniers qui lui fut donné d’écrire, Danielle Mitterrand plaide pour une gauche capable de se distinguer très nettement de la pensée unique de la politique et de la mondialisation en cours ; une gauche capable d’énoncer un projet politique clair en adéquation avec les valeurs d’humanité et d’équité sur lesquelles se fonde sa spécificité ; une gauche qui se donne les moyens de s’opposer efficacement (autrement dit sans compromis) à la dictature économique dont on voit aujourd’hui les conséquences et les ravages. C’est dire si, aux antipodes de l’esprit qui se résigne, Danielle Mitterrand a toujours été mue par une politique de l’espoir, une politique du vivant, écoutons-la : « À sa source, dès sa naissance, le chant du ruisseau annonce toutes les espérances de la vie. Avec les flots grandissant et grondant, l’eau doit se battre pour sa liberté. “On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent”, disait Brecht.
Universellement libre, elle se rit des frontières et traverse les États, elle relie les hommes, les espaces, le passé et le présent. Elle sculpte, arrose, nourrit, désaltère librement. Il a fallu attendre juillet dernier, grâce à la Bolivie, pour que son accès soit reconnu comme un droit de l’homme. J’aimerais ajouter : comme un droit du vivant sous toutes ses formes.
Voilà ce que les citoyens de gauche aimeraient entendre du candidat qui sollicitera un mandat pour sortir de la voie perverse qui les mène au désespoir. »
Lire l’intégralité du texte : ici

.


Print
Catégories : Actualité, News, Politique.

2 commentaires sur «  Hommage à Danielle Mitterrand »

  1. Asermourt dit :

    Quelques semaines plus tôt, j’avais pris le Caen-Paris à l’occasion d’un concours national, – Saint-Lazare, – comme je tirais mon violoncelle de l’étagère à bagages, un type avec une tête de bouchon sculpté enfoncé à l’envers dans un corps biscornu précède un faisceau fumant depuis l’énorme projecteur qu’il tient à bout de bras, un photographe le suit à reculons, et puis, trop vite, comme un flash, à travers la vitre du wagon, le profil de François Mitterrand, chapeau noir, manteau noir, écharpe «union de la gauche», aussi blafard qu’un acteur du théâtre No. La deuxième image qui m’est restée gravée de mai 81 m’a longtemps hanté. C’est la première image de François Mitterrand après son élection. Il était apparu comme jamais je ne l’avais vu, mais surtout comme jamais un président ne s’était montré. D’une sorte de balcon comme un roi ou un pape. Oui! un pape… Avec une veste blanche. Blanchie en tout cas par la télé en noir et blanc. Une veste claire, estivale, une veste pour partir en vacances pendant au moins sept ans, qui tranchait tellement d’avec les présidents en queue de pie ou à la particule. Une femme s’était perdue. Dans l’émotion générale elle avait dû se retrouver là sans savoir qu’à côté d’elle souriait le président solaire. Elle était tellement normale que c’en était anormal. Elle était tellement banale que dans un premier temps je ne m’étais pas aperçu de sa présence, et l’homme qu’elle accompagnait absorbait tous les feux, à ce point banale qu’après que j’eus compris ce qu’elle était je ne voyais plus qu’elle, je ne me souvenais, après coup, plus que d’elle. J’appris beaucoup plus tard que tout avait été mensonge sous l’ère mitterrandienne. Que même ce couple présidentiel n’en était plus un au moment où l’homme avait conquis le pouvoir. Je n’ai pourtant jamais réussi à les dissocier l’un de l’autre. Et à entendre la façon dont celle qui choisit de s’appeler Mitterrand jusqu’au bout de sa vie parlait de son premier et finalement unique époux longtemps après sa mort, je pense que je ne m’étais pas trompé. François et Danielle auront incarné à leur façon cette chose que semblaient avoir inventée Yves et Simone. C’est leur séparation et la résistance de leur union à celle-ci qui in fine aura rendu leur couple indestructible.

    • Asermourt dit :

      Mais en fais-je un peu trop? Saint Lazare, peut-être… je veux dire «saint Lazare», sans tiré avec une minuscule à saint. Il y a toujours un risque à déterrer les morts!
      «David, César sera toujours César et toi, tu seras toujours David, qui m’emmène sans m’emporter, qui me tient sans me prendre et qui m’aime sans me vouloir.»
      Rosalie dit David. Rosalie dit César. François, ce sera entre Vincent et Paul. Mais François est un autre. Et puis, tout n’a jamais rien avoir avec tout. Ce que je retiens de mes sauts dans le temps, c’est la touche de normal dans la toile de l’exceptionnel. Cet adjectif hameçonné au dos d’un candidat tel un poisson volant découpé dans un feuillet de cancre, dès le lendemain du 31 mars où il s’évadait de son aquarium et laissait en eaux troubles tous ses effets de loupe.

Ecrire un commentaire