Yann Moix, vous êtes critique littéraire au Figaro, et vous êtes connu pour écrire des critiques particulièrement virulentes. Pourquoi s’attaquer à certains livres de façon si radicale ?

YM : D’abord, mes critiques ne sont pas particulièrement virulentes, elles sont justes. Quand j’aime un livre, je dis que j’aime ce livre ; et quand je n’aime pas un livre, je dis que je n’aime pas ce livre. Simplement, aujourd’hui, tout le monde vit dans la terreur de dire ce qu’il pense vraiment, ou pire, les gens ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils pensent. Du coup, nous avons une critique littéraire informe, amorphe, qui ne fait plus son travail. Moi, je fais mon travail. Et je ne m’excuse pas de faire ce travail. Je précise que ce travail, qui a l’air simple et qui ne l’est pas, qui a l’air facile et qui ne l’est pas, tout le monde n’est pas capable de le faire correctement. Les meilleurs critiques littéraires sont en général les écrivains, car ce sont eux qui arrivent à décrypter au mieux le contenu d’un roman, à savoir qui est écrivain et qui ne l’est pas, et quand je suis impitoyable avec un livre c’est que je considère généralement que son auteur a sorti un livre qui ne mérite pas d’être rangé dans la catégorie littérature.

Mais votre façon de critiquer les auteurs les ridiculisent…

En général, il manque dans les livres que je n’aime pas quelque chose qui s’appelle l’humour. J’essaie de mettre dans mes articles l’humour qu’ils n’ont pas mis dans leur livre.

Ne pensez-vous pas que parfois vous allez peut-être un petit peu trop loin ?

Je suis fait de telle manière que lisant les livres de la première à la dernière page, je sais exactement ce que je dois faire. J’obéis à la colère que j’ai d’avoir passé cinq, six, sept, huit heures avec un très mauvais livre. Et c’est bizarre, quand je crie ma joie, personne ne me le fait remarquer. En revanche, quand je crie mon dégoût tout le monde me le fait remarquer, s’en offusque ou bien fait semblant plutôt de s’en offusquer, alors que 10% seulement de mes articles sont négatifs, peut-être même pas… 5% sur une année… Avouez que c’est peu ! Et ce n’est pas de ma faute non plus si je lis cinq mauvais livres d’affilée. Parfois je lis huit bons livres d’affilée. Là, j’en ai lu vraiment de très mauvais, le livre d’Amélie Nothomb, le livre de Marie Darrieussecq et le livre d’Eric Reinhardt, sont de très mauvais livres. Ce sont même des catastrophes littéraires, ce qu’on fait de pire dans le genre, c’est-à-dire dans le genre qu’ils prétendent, les pauvres, incarner. Et encore, Amélie, que j’aime beaucoup par ailleurs, a de l’humour dans son dernier roman raté. Tandis que les deux autres n’ont que sérieux et morgue à offrir. C’est sinistre. Et mon métier, quand j’écris sur ces livre sinistres, est de le dire, sans avoir peur des conséquences. Si les gens n’ont pas le courage de le dire ou même de s’avouer à eux-mêmes qu’ils viennent de lire des morceaux de néant, des extraits de rien, ce n’est pas mon problème. Je resterai totalement cohérent et honnête vis-à-vis de moi-même.

Est-ce que ça ne serait pas de la jalousie d’écrivain ?

Non pas du tout. Moi qui ai une capacité d’admiration énorme, je fais partie de ceux, avec Frédéric Beigbeder d’ailleurs, qui adorent défricher, découvrir de nouveaux écrivains, dire beaucoup de bien d’écrivains vivants, et non pas beaucoup de bien d’écrivains morts – sachant, bien sûr, que parfois les morts sont vivants et que les vivants sont morts, comprenne qui pourra. Pour cette rentrée, si je prends l’exemple de livres dont on parle, vous avez, je viens de le dire, Eric Reinhardt par exemple. Reinhardt rend un livre sérieux, qui doit faire événement, qui prépare même dès son manuscrit le fait que ça doit être un événement sérieux, et en fait c’est un livre d’une cuistrerie et d’une bêtise très scolaires et qui ne fait absolument rien avancer dans la littérature si ce n’est une sorte d’incroyable vanité où je dois faire événement avec un livre, où on voit des théories qui sont plaquées, des dialogues didactiques, morts, plats. C’est vraiment le contraire de la littérature. Eric Reinhardt ça me fait penser à ce que disait Marcel Proust, on a l’impression que quelqu’un vous a fait un cadeau en laissant le prix dessus. Il y a des théories qui sont plaquées dessus, et aucune greffe ne prend, tout est mort, factice, idiot, on a vraiment l’impression que c’est un élève laborieux qui a rendu une copie laborieuse. On peut lui mettre 10 sur 20 pour être gentil, mais c’est vraiment pour récompenser la médiocrité et non pas le talent. De l’autre côté du nul, mais dans une catégorie qui se veut plus légère, plus bruélienne si vous voulez, puisque l’auteur écrit pour les pisseuses, vous trouvez le très cynique Foenkinos, par ailleurs sympathique comme être humain mais ce n’est pas la question – cela ne doit jamais entrer en ligne de compte, c’est très important – Foenkinos donc qui n’est pas un écrivain, ne le sera jamais, sait qu’il ne l’est pas au fond, et sait au fond qu’il ne le sera jamais, mais tente de faire carrière dans les lettres comme on fait carrière, par exemple, dans l’administration. David Foenkinos, c’est autre chose que Reinhardt : lui ne « pense » pas du tout, ne prétend pas « penser ». Il pense ce que tout le monde pense. Comme l’a très bien dit Eric Chevillard, Foenkinos pratique une littérature de « vérification ». Reinhardt pense mal, Foenkinos pense bien mais il pense ce que tout le monde pense, tout ce que tout le monde a pensé avant lui, tout ce que tout le monde pensera après. En fait, Foenkinos pense ce qu’on pense depuis que l’être humain existe. C’est-à-dire que la guerre, c’est moins bien que la paix, que la pluie c’est beaucoup moins sympa que le beau temps, et qu’il vaut mieux être en bonne santé qu’avoir un cancer généralisé. Et là vous avez à peu près un résumé du livre de Foenkinos. Qui par ailleurs, je le souligne une fois de plus, est un garçon gentil, aussi gentil que ses livres d’ailleurs, tout ça c’est très gentil. D’ailleurs, Reinhardt, Foenkinos, Darrieussecq, ce sont des gentils. Le problème c’est que les gentils en littérature on sait ce que ça donne. Ça donne du gentil-rien. Alors moi je préfère du méchant-beaucoup à du gentil-rien, voilà. Je préfère du méchant-tout à du gentil-rien.

Dans vos critiques en général vous êtes assez tranchant. Soit vous adorez et encensez, soit vous détestez et là vous laminez. Il n’y aurait pas de juste milieu ? De livres qui sont tout simplement agréables ?

Les agréables et sympathiques, je n’en dis rien. Au moins, les textes dont je vous ai parlé sont des textes qui ne me laissent pas indifférent. Finalement, ils ont de la chance ces gens-là. D’abord, je me suis intéressé à eux, et c’est tout de même un honneur que je leur fais. Ça correspond à une sorte de Légion d’honneur. En fait, ce sont des gens qui méritent d’être épinglés, donc moi je les épingle à ma façon. Ils sont diplômés de mes chroniques, voilà. C’est une sorte d’université à l’envers, ce sont des surdoués de la médiocrité, donc je leur remets leur diplôme.

N’avez-vous pas de problèmes avec Le Figaro ? Vous censure-t-on quelques fois ?

Etienne De Montety, Dominique Guiou et Bruno Corty sont des gens avec qui je m’entends très bien, qui ont du courage et ne m’ont jamais censuré même quand mes critiques pouvaient aller à l’inverse des intérêts qu’ils pourraient avoir, en tant qu’écrivain ou journalistes. Ce sont des amis, je les trouve à la fois honnêtes, intègres et respectueux. Ils savent, pour ma part, que je les respecte également. Et souvent, très souvent, j’écoute leurs avis ou leurs conseils. Ils ont toujours eu la délicatesse de ne jamais me faire sentir leurs éventuels désaccords. Ils ne m’ont jamais obligé à dire du bien ou dire du mal, je suis totalement libre. Et je pense que c’est cette liberté qui est insupportable. Quand tous les journaux vous disent qu’Eric Reinhardt est un grand écrivain, qu’il a fait un grand livre alors que c’est un Schtroumpf, disons le Schtroumpf à lunettes, il faut quand même le dire, il faut quand même l’écrire, il faut le crier : « C’est un Schtroumpf, c’est un cuistre ! ». Alors oui, Reinhardt avait écrit un beau livre qui s’appelait Cendrillon, son prochain livre sera sans doute très bien, mais là, je lui dis : Eric, il faut que tu révises tes cours ou bien que tu cesses de réviser parce que tu as fait trop de fiches, mais il faut quand même que là, oui ; tu ailles faire un tour, que tu t’aères, que tu ailles faire du saut à l’élastique, ou du parachutisme, te changer les idées, faire de la plongée, car manifestement il y a un petit problème.

Est-ce que ça vous arrive souvent que les auteurs vous en veuillent suite à une critique négative ? Est-ce qu’il y a déjà eu des représailles physiques, par exemple ?

Moi, je n’ai pas peur qu’ils me cassent la gueule mais ce qui est dingue, c’est que, eux, ils ont peur que moi leur casse la gueule. Ils ont l’impression que mon article était le brouillon du cassage de gueule physique à venir ! Alors que dans la vie, je suis aussi doux qu’un agneau. Je déteste me battre. Je hais la violence physique. Il ne faut pas exagérer quand même, je leur en veux pas. Ces gens-là on le droit d’exister. Et de continuer à écrire, et de faire plaisir à leurs lecteurs. Le fait d’écrire, c’est estimable, mais on ne peut pas me demander quelque chose que je ne sais pas faire, c’est-à-dire, donner de l’eau tiède. Les gens que je viens de citer, contre lesquels je n’ai rien personnellement, bien au contraire, peuvent écrire de très beaux livres dans l’avenir comme ils l’on fait dans le passé. Je me souviens du premier livre de Foenkinos qui était très bien, de Cendrillon d’Eric Reinhardt qui, je le répète, était un très bon livre et de Naissance des fantômes de Marie Darrieussecq qui était très réussi. Ce n’est pas contre la personne, ce n’est jamais contre la personne, mais contre un livre présent que j’ai entre les mains que je peux m’attaquer. Voilà. Je peux dégommer la personne en tant qu’elle est l’auteur de ce livre précis que j’ai sous les yeux, mais dans une chronique vous verrez que je n’attaque jamais les livres précédents et les livres à venir. Je n’insulte pas l’avenir, ni le passé. Je n’insulte que le présent quand le présent m’insulte, moi, lecteur. C’est une insulte, un mauvais livre qu’on vous met entre les mains. Il prend sur mon temps de vie, d’existence. Reinhardt, mine de rien, m’a soutiré huit heures de mon existence – et mon existence m’est plus précieuse que son œuvre – avec sa copie de prof terne faussement subversive. On est à égalité. Il ne me pardonnera pas mon article, je ne lui pardonnerai pas son livre. Mais c’est un gentil garçon, il est gentil et poli, il est propre sur lui mais il n’est pas assez sale dans ses livres. Il met de la pornographie partout mais on a l’impression qu’il met en fait des échantillons de parfum aux galeries Lafayette. Il y a un truc qui ne va pas. Personne n’ose le lui dire, moi je lui dis : «  hé, mec, tu essayes de faire du Houellebecq, mais tu n’y parviens pas. Alors essaye autre chose : d’être toi-même. Si tu y parviens. »

Est-ce vraiment que les livres qui vous inspirent des articles virulents ? Il n’y aurait pas de temps en temps certaines inimitiés, des contentieux personnels qui se régleraient à travers vos critiques ?

C’est faux, j’ai un très bon ami qui s’appelle Philippe Besson. Eh bien Philippe Besson a reçu une volée de bois vert de ma part alors que nous sommes très amis dans la vie. Je peux dire du mal des mes amis et du bien de mes ennemis, sans  aucun problème. Ça m’est arrivé très souvent. D’ailleurs, les ennemis n’aiment pas trop que j’écrive des choses positives sur eux. Ça les dérange. Ils préfèrent que j’écrive des choses négatives : c’est tellement plus simple de rester dans la même case. Avec Jean-Paul Enthoven, en revanche, cela je vous l’accorde volontiers,  j’ai récemment commis ce qu’on peut appeler, ce qu’il s’agit d’appeler, un dérapage. Un dérapage fâcheux, désobligeant pour lui, et finalement pour moi, un dérapage injuste et insultant envers sa personne, et qu’il ne me pardonnera sans doute pas. Oui, sur Jean-Paul, qui est un être loyal, je dois quand même reconnaître, si je veux pouvoir continuer à me regarder en face dans les nombreux miroirs de mon appartement, que j’ai fait une double erreur. La première erreur est d’avoir réglé publiquement un conflit d’ordre privé. La seconde erreur, plus délicate à exposer ici car elle s’insère dans précisément par nature dans ce conflit privé – et c’est vrai que là ça ne regarde personne – étant d’avoir voulu réparer une injure qu’il n’avait sûrement pas commise. Je ne possède, en effet, aucune des preuves tangibles qui me permettraient, en toute honnêteté, de considérer qu’il a pu me nuire en quoi que ce soit. J’ai doublement tort et je le reconnais. Il est important, il est vital de reconnaître ses propres torts. Je l’ai insulté publiquement. Aussi, comme j’en ai fait la promesse à mes amis et éditeurs Bernard-Henri Lévy et Olivier Nora, est-il parfaitement normal, et surtout parfaitement loyal envers son honneur, que tout aussi publiquement je lui présente des excuses. Excuses qu’il n’accepte pas, mais cela peut se comprendre. Jean-Paul est libre après tout, il a été violement offensé… Si un jour il me pardonne, eh bien, on ira se saouler la gueule, peut-être que ça sera en 2029. De toute façon, je ne vais pas boire avant 2029. Ce sera ma punition. Voilà.

L’écrivain Yann Moix supporterait-il de lire un papier négatif du critique Yann Moix ; une critique qui parlerait de l’un de vos livres comme vous l’avez fait sur le dernier Foenkinos ?

D’abord, il faut que vous  sachiez que je suis un des écrivains français ayant parmi les critiques les plus violentes depuis dix ans. Depuis, en gros, que j’ai fait Podium, depuis que je fais du cinéma. Avant, j’étais un petit génie, maintenant je suis le pire écrivain français de tous les temps. Les Inrocks avaient quand même dit que le problème quand on disait du mal de moi, c’est qu’il fallait imprimer mon nom… Pas grave, c’est un journal qui, lui aussi, a le droit d’exister et qui, parfois, au milieu de tombereaux de snobismes, fait de très bonnes choses. Les gens lisent mes livres ou pas, ils font une critique méchante ou pas. J’accepte le jeu. J’ai la chance, si vous voulez, ayant subi des  sévices physiques et corporels très violents dans mon enfance, que les critiques ne me font aucun mal. Je ne sens plus les coups. Je suis totalement anesthésié. Donc ce n’est pas une petite critique dans les Inrocks ou dans Télérama qui va briser mon destin ou me donner un ulcère, franchement. Comme, en plus, j’ai cette assurance inouïe de figurer parmi les dix meilleurs écrivains français vivants, tout va bien pour moi, je vous remercie : je suis en pleine santé,  je reviens de la piscine et là je vais faire un peu de vélo. Je suis vraiment totalement clair dans mon esprit sur la question de la critique. Il y a les critiques qui ne savent pas quoi penser et qui vont donc regarder ce que d’autres écrivent, ils vont regarder la copie du voisin, comme ça ils sauront quoi mettre dans leurs articles. Et il y a les critiques qui ne savent pas du tout s’ils ont intérêt à penser ce qu’ils pensent, donc ils pensent autrement. Et, enfin, il y a les critiques qui passent leur temps à être méchants parce qu’ils ont une œuvre médiocre à continuer. Exemple : Angelo Rinaldi. Je ne me situe dans aucune de ces catégories, je n’attends pas la copie du voisin pour savoir ce que je pense, je suis assez grand pour penser tout seul : les livres,  je les lis très en avance. Je ne sais pas du tout ce que la critique va en dire, donc le problème est réglé et, surtout, je me sens totalement sans aigreur et sans violence de principe en moi, c’est-à-dire, que je peux dire avec la plus grande légèreté  tout le mal ou tout le bien que je pense de tel ou tel livre. Je suis incapable de mentir par écrit. J’écris exactement comme je vous parlerais dans la vie de tel ou tel livre et cette hypocrisie qui consiste à écrire quelque chose pour s’amuser à aller dire le contraire dans Paris ; on écrit des trucs dithyrambiques sur un livre puis, ensuite, on va dire que c’est de la daube… Non, au moins je suis cohérent. Les gens savent que quand je dis quelque chose, je le pense et inversement… Je suis vivant. Je suis un des hommes les plus vivants que j’aie rencontrés.

(Propos recueillis par Maria de França)

7 Commentaires

  1. Si étrange cet état de fait de la critique française… Si étrange…
    Heureusement certains critiques ne se soumettent pas complètement à ces règles-là.

  2. Bonjour,
    J’ai lu cette interview qui est très intéressante. La franchise, l’honnêteté de Yann Moix est méritante. Il est rare de tomber sur des gens qui disent ce qu’ils pensent dans ce milieu de l’édition assez… injuste, hypocrite. Le seul bémol que j’apporterai, c’est que j’ai l’impression qu’au final les critiques parlent toujours des mêmes auteurs (Darrieussecq, Nothomb, Beigbeder, Besson…) et des mêmes maisons (Gallimard, POL, Stock…). C’est toujours aux mêmes qu’on déroule le tapis rouge (même quand l’article n’est pas élogieux, l’article fait vendre : il donne alors de la visibilité). Résultat : ce sont ces mêmes auteurs et ces maisons d’éditions qui s’en mettent plein les poches en s’assurant de la presse. Franchement quelle est l’intérêt de parler par exemple de Darrieussecq si le livre est complètement nul? Elle a le compte bancaire bien garni, une large reconnaissance publique, elle a été chroniquée partout. Je ne vois pas aussi l’intérêt de parler d’elle dans ce cas. Certes on peut faire des chroniques sur des mauvais livres mais c’est parce qu’on y aura vu un peu d’intérêt littéraire, une tentative (certes ratée) d’écrire de la qualité.
    Bref, tout ça me fait dire que les journalistes cautionneraient un système, très parisianiste où on parle très peu des petites maisons d’éditions, très peu des auteurs inconnus. Qui va chroniquer un ouvrage des éditions José Corti avec machin chouette ou de Stéphane Millon avec truc bidule par exemple?! Quasiment personne. Ces maisons n’achètent pas de pub dans les journaux ou les magazines, à la différence de Stock ou de Gallimard. Une publicité avec une photo dans un journal pour un auteur d’une grosse boîte assurent plus tard des articles dans le même journal pour d’autres auteurs de la même maison. Ainsi fonctionnent le monde et ce milieu capitaliste. Du coup on s’interroge sur l’impartialité de la critique. Yann Moix est peut-être un des rares qui sort du lot, essayant de ne pas tomber dans la critique intéressée, dépendante. Mais il est un des rares.
    Puis il faut quand même se méfier : il y a ce qui se dit (les bonnes paroles : genre « on est à l’affût des talents émergeants, ne vous inquiétez pas ! ») et ce qui ce fait vraiment (dans les actes avec tels ou tels papiers effectivement écrits).
    Mais peut-être que je me trompe sur tout ça ? Le milieu de la critique serait-il vraiment différent de la manière dont je le décris ?
    Je ne sais plus quoi en penser parfois. On ne peut certes jamais généraliser. Mais pour ma part, je publie « Guillaume Dustan », mon quatrième livre. Ma maison d’édition, les éditions LC est une petite structure qui n’a pas encore de diffuseur. Aussi l’éditeur apporte-t-il lui-même les livres chez les libraires. J’ai envoyé à la presse mes propres exemplaires (puisqu’un auteur a droit à 10 livres lors de sa publication). Je suis au RSA. Je n’ai pas beaucoup d’argent. Cela m’a couté 9 euros.
    J’ai envoyé le livre à :
    Le monde des livres (à Jean Birnbaum, rédacteur en chef)
    Les inrockuptibles (à Nelly Kaprièlian qui s’occupe des livres aux Inrocks)
    Technikart (à Raphaël Turcat, rédacteur en chef)
    Libération (je n’ai pas mis de nom en particulier)
    Frédéric Beigbeder (je l’ai déposé chez Grasset à son attention)

    « Comme ça, ils ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas eu le livre », c’est ce que j’ai pensé pendant que j’envoyais mon propre texte.
    Ma maison n’a pas d’attaché de presse. Une amie s’est chargé d’envoyer près de 400 mails à tous les journalistes dont à Bruno Corty du Figaro. Résultat : peu de retour. Et les livres que j’ai envoyés aux journaux cités en haut seront probablement mis à la poubelle (mais peut-être pas ?) alors que j’aimerai tant qu’ils s’intéressent au livre. Le cynisme du milieu de l’édition et du journalisme : je ne suis personne, je publie dans une toute petite structure, mon livre traite d’une relation marginale. Je n’intéresse personne. Mon cas est similaire à tant d’autres qui galèrent parce qu’ils n’ont pas la côté, pas de réseau ou je ne sais quoi d’autre.
    Je ne crois pas que mon livre soit plus mauvais qu’un autre. Je ne dis pas que c’est un sommet de la littérature, mais il a droit au même titre que les autres d’être chroniqué.

    Je n’ai pas envoyé à Yann Moix. Aurais-je dû ?
    Je suis limité financièrement. Et il ne me restait plus que 3 exemplaires que je souhaitais donner à mes amis.

    Je suis Frédéric Huet, auteur de :
    Papa a tort (1999)
    Ma vie ratée d’Amélie Nothomb (2009)
    Utérus dans l’espace (2010)
    Guillaume Dustan (2011)

    Le lien :
    http://www.lc-editions.com/ebook/auteurs-livres-numerique/item/74-frederic-huet

    Merci pour votre attention!

  3. « Le fait d’écrire, c’est estimable, mais on ne peut pas me demander quelque chose que je ne sais pas faire, c’est-à-dire, donner de l’eau tiède. »

    Enfin le retour de l’engagement en littérature pour la littérature…
    Il est heureux que, de temps en temps, un livre ne soit plus exclusivement assimilé à un objet de consommation courante; ne plus le voir testé comme un téléphone portable devant satisfaire le plus grand nombre, mais passé à l’épreuve du dépeçage.
    A mon sens d’humble lecteur, le malheur de la littérature de masse, du livre comme pavé impersonnel au lieu du livre-contenant, est de programmer l’obsolescence de la majorité des ouvrages proposés: « il en écrira d’autres de toute façon et, au pire, il en vendra à nouveau… », se dit-on avec résignation ou appétit, alors que la mort rôde à la lisière des pages noircies par l’auteur-producteur et lues par le lecteur-acheteur. Or, il n’est question que de ça !

    « C’est une insulte, un mauvais livre qu’on vous met entre les mains. Il prend sur mon temps de vie, d’existence. Reinhardt, mine de rien, m’a soutiré huit heures de mon existence – et mon existence m’est plus précieuse que son œuvre […] »

    Je m’incline devant Yann Moix: si la littérature est brillante, elle emplit de vie nos moments vides, si elle n’est que médiocre, elle vole nos moments de vie.

    Tuer de mauvais livres est un humanisme.

  4. Je ne lis d’ailleurs que vous….
    Un auteur pour critique. Seule possibilité, sans doute.

  5. Merci Yann Moix de pouvoir et vouloir dire tout haut ce que beaucoup de gens disent tout bas, voire pas, parce-qu’ils ne peuvent plus et ne le veulent plus. Curieuse époque…